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CHAPITRE LXIV

Le peu de fruit que le roi avait tiré de son armée navale, l'année précédente, l'engagea a se borner aux armements particuliers, qui durèrent jusqu'à la fin de l'anuée 4707, où M l>uguay-Troum eut plusieurs combats heureux, ainsi que le montrent les dépêches suivanies.

La première raconte son magnifique combat contre une division anglaise.

•J'ai eu l'honneur, monsieur, de rendre compte a Son Altesse Sérénissime de mon arrivée dans ce port ; mais je n'ai pu lui

cinq vaisseaux de guerre anglais, savoir : le Cumberland, de quatre-vingt quatre canons, commandant ; le Rev'mcheim. de quatre-vingt-six ; le Ro al-lhk. de soixante-quatorze ; te Chuter, de cinquante-quatre, el le Rubi/, de cinquante-deux Nous chassâmes sur les ennemis qui nnus attendaient en travers; mais étaul à une lieue el demie au vent d'eux, H. de Forbin jugea a propos de tenir au vent pour prendre ses vis; je fis de même par déférence pour lui ; cela donna le temps aux ennemis de reconnaître oos forces, puisqu'un moment après que nous eûmes arrivé sur eux le commandant fil signal à la flotte de se sauver, et les couvois commencèrent rux> mêmes à plier. J'étais pour lors de l'avant de H. le comte de Forbin avec les vaisseaux de mon escadre, et je l'avais attendu jusque-là avec mes basses voiles carguees el mes deux buniers tout bas; mais, voyant que la flotte s'écartait insensiblement et était même à près d'une lieue et demie des convois, je connus bien que c'était une nécessité de commencer le combat avec ce que j'avais de vaisseaux, et que je ne pouvais plus différer sans donner occasion aux ennemis de se sauver, d'autant plus que la jour-

Coogl

née était fort avancée. Ce parti étant pris, j'ordonne anx vaisseaux l'Achille, te /mon et la frégate FAmaume. qui étaient a portée de la voix, d'attaquer et aborder te Royal-Ook et te Chuter, qui étaient l'arriére ; je destinai la frégate la Gloire pour me suivre dans le dessein où j'étais d'aborder le commandant, afin que, me remplaçant les hommes que je pouvais perdre dans cet abordage, je pusse être en état daller secourir mes camarades. Les vaisseaux le Bloquait et te Maure n'étaient pas assez près de soi pour pouvoir leur donner une destination; mais, selon les apparences, ils ne pouvaient prendre d'autre parti que celui d'attaquer les vaisseaux le Revincheim et le Rufnj, qui étaient de l'avant, pour donner le temps anx autres vaisseaux de M. de Forbin de venir les seconder. Ce fut dans cet ordre à peu près qu'étant a la téte de ma petite troupe j'a-

déborder pour l'éteindre et réparer on si cruel accident.

Le vaisseau le Jason aborda te Chuter; nais, ses grappins ayant rompu, la frégate l'Amazone prit sa place et déborda ensuite par le même accident. Le Jaton retourna a la charge, et l'ayant abordé l'enleva ; le vaisseau te Rlaquont pensa même le prévenir dans ce second abordage ; nais, ayant connu qu'il n'y pouvait pas être a temps, il alla attaquer le Revincheim; le vaisseau te Maure s'attacha aussi a combattre te Rubu.

Les choses étaient dans cet état lorsque je débordai, et M. le comte de Forbio, arrivant sur ces entrefaites, vint aborder par la poupe te flubij, qui se rendit et fut amariné par te Maure. Pour moi, je demeurai dans l'incertitude si je devais aller au Royal-Ook, qui s'enfuyait avec son beaupré et son bâton de pavillon bas, ou si je devais aller secourir H. de Tourouvrr,

La prince*» de» Craim ert chinée d'E«p»gne. — nat 4T7

bordai le commandant, après avoir essuyé, sans tirer, la bordée du vaisseau k Chetter. M de la Jaille, commandant la, frégate 'a Gloire, qui avait ordre de me suivre, le fit avec beaucoup de valeur, envoyant que j'avais mis le beaupré de l'ennemi dans mes grands haubans, il ne balança pas à l'aborder par le même coté que je l'avais rangé dans le moment même que je faisais battre la charge pour sauter à bord, après avoir vu que le «aisseau ennemi était en désordre, et qu'il ne paraissait sur ton pont et sur ses gaillards qu'un amas de morts et de blessés. Le sieur de la Calandre, servant de capitaine en second sur la Gloire, se trouva des premiers a bord et me fit signe avec an mouchoir qu'ils étaient les mattres. Je vis aussi un de mes contre-maîtres amener le pavillon anglais, ce qui me lit prendre le parti de déborder pour aller au secours de ceux qui pouvaient en avoir besoin. Le vaisseau (Achille aborda dans ce temps-là même te Royal4hk; mais, étant a bord et prêt à s'en rendre maître, le feu prit malheureusement dans plusieurs

Sa rgous ses , qui enfonça le pont et mit hors de combat plus e cent vingt hommes ; en sorte que ce fut une nécessité de

qui osait attaquer un vaisseau de quatre-vingt-six canons; il est vrai que sa valeur et son audace me touchèrent si sensiblement,

Îue je ne balançai pas longtemps a suivre ce dernier parti. . de Tourouvre fit bien tout ce qu'il put pour aborder l'ennemi, essuyant un feu continuel de mousqueterie et plusieurs coups de canon tirés par derrière ; mais ce vaisseau manœuvra si bien qu'il lui fut impossible d'en venir a bout, son beaupré ayant rompu sur ta poupe de l'anglais, ce qui lui fit prendre le parti de venir au vent pour lui tirer sa bordée. J'étais pour lors à portée de fusil de lui, faisaot force dévoiles dans l'intention de l'aborder; mais ta fumée épaisse qui sortait de sa poupe à deux ou trois reprises modéra mon impatieoce et me lit changer ce dessein dans celui de le battre a portée de pistolet, pour être toujours prêt de l'aborder ou de l'éviter. Ce combat, qui dura trois quarts d'heure, fut très-sangiant par le feu continuel de canon et de mousqueterie qui svtnil des deux vaisseaux. Enfin, ennuyé de celte manière de combattre, je fis pousser mon gouvernail pour l'aborder, et je me trouvai si près, qu'à peine j'eus le temps de changer mes voiles et taon

gouvernail pour l'é% iter. le feu ayant repris dans sa poupe avec tant rie violrnee que. dans un moment, ce vaisseau fut (oui embrasé. M. Par, qui me - u i v -- i i de près, el qui commençait à lui tirer, se trouva de même fort embarrassé et eut toute* les peines du monde a éviter son abordage ; mais heureusement il s'en lira, el l« combat finit par la perte de ce vaisseau, a qui nous ne pûmes donner aucun secours, el dont tout I équipage péril par le fou, à I exception de trois hommes qui se sauvèrent a la nage et qui se sont trouvés dans mon bord.

J'ai perdu dans ces deux action* cent cinquante hommes tant lues que blesses, et je suis resté dans un si grand désordre, que j'ai été trois jours en travers pour mettre mon vaisseau en état de naviguer.

Une partie des vaisseaux de M. de Forbin ayant donné dsus la Hotte, n'ont pris cependant que deux vaisseaux marchands ; FAinmoneen a pris < inq. mon vaisseau un. cl on ne sait point enrore combien deux corsaires partit uliers qui donnaient aussi

prendre. Il n en est encore ara Brest, de l'Amaione, un de peu de va'eur. Le» vaisseaux le hft el f Achille, étant trop maltraités pour pouvoir reprendre fa mer. je travaille à faire ressortir au plus lût le Ja*on. FAmaione, la Gloire et FAitrée.

Voila, monseigneur, la situation dans laquelle je suis présentement. Je compte que j'aurai l'houneur de vous voir incessamment, et de vous dire de bouebe ce que je ne peux pas mettre par écrit.

J'ai l'honneur d'être, avec tout le respect possible, ifneur,

encore cnmmeii «pus corsaires pa dins la flotte en auront pu prei rivé jusqu'à présent que trois a M. de Forhin nu Port-Louis, de

A Brc.1, k 31 octobre 1707.

serviteur, Dc«cat-T«oi:h

:uitre dépêche, Dnguay-Trouiu donne la relation de la prise du Gioccttcr, vaisseau anglais de soixante canons.

Monseigneur.

Voici la seule occasion qui te soit présentée de rendre compte à Votre Grandeur de ma conduite el de notre navigation. J'ai passé, monseigneur, les premiers jours de ma croisière sur la cote d'Angleterre el sur les Sorlingties ; j y ai \u un vaisseau de guerre anglais de soixante-dix canons ; mais le voisinage de la li-rrr et l'approche de la nuil le mettaient en sûreté.

Je me suis ensuite approc hé de la côte d'Irlande pour croiser au-devant des flottes ennemies et des vaisseaux des grand' s Indes, que je sais que l'on attend en Angleterre, me réglant sur les vents pour tenir le large ou m'approcher de terre de puis les quiirante-neiif jusqu'à cinquante el un degrés de latitude nord, et cela sans avoir vu aucun vaisseau ennemi juêqHnu 6 nnveiuhre de te moi*, qu'ayant eu connaissance d'un tttUtenH de guerre ; le hasard voulut que je le joigniue le premier el que je m'en rendinte muitre aprèt une heur* et denùe de combat, avant qu»* mes camarades, qui forçaient de voiles, eussent pu nous joindre. Ce vaisseau se nomme le Gloeetier, monté de toixtmlecmiatu. percé a soixante-six el armé de cinq cents hut» met d' équipage; mais, -elon l'apparence, il avait pris une augmentait de monde pour donner aux vaisseaux des grandes Indes, au-devant desquels ce vaisseau devait croiser avec un autre de la même force dont il s'était depuis peu séparé en donnant chasse. Voila ce que j'en ai pu juger par le rapport des prisonniers, que j'ai lait exactement interroger.

I a prise de ce vaisseau, monseigneur, dont les mâts et vergues elairnt perces de coups de canon, m'a jeté dans un grand embarras a cause surtout de la quantité de prisonniers qui me consommaient mes vivres; d ailleurs, je ne trouvais dans la nécessite de m 'affaiblir en le rruvoyaut eu r'rauce sous l'escorte d'un vaisseau de force. Cependant, dans l'attente prochaine de quelque heureuse aventure, j'ai voulu le conseiver quelques

jours, afin de le mettre en état de naviguer, et, en même temps, me suis approché de la cote d'Irlande pour me délivrer d'une partie des prisonniers en envoyant, comme j'ai fait, le brûlot les portrr a terre, et pour s'inlot mer également des nouvelles, bans cet intervalle, monseigneur, le vaisseau le Jaton, auquel j'avais donné ordre de serrer la terre, se trouva, a la pointe du jour, près d'un vaisseau do guerre anglais de soixante canons, qu il combattit avec beaucoup de valeur pendant une heure et demie; mais, n'ayant pu le joindre d'assez prés pour l'aborder, el le calme étant survenu, il ne put empêcher que ce vaisseau ne gagnai la terre el ne se sauvai entre des roches à l'aide i*

morque.

Après celte aventure, monseigneur, j'ai jogé i propos de me

tenir un peu plus au large, tant pour guetter les escadres supérieures qui ne manqueront pas de me venir chercher, que pour être en état de tirer un meilleur parti des flottes que nous pourrons rencontrer.

Comme je pouvais, monseigneur, conserver encore longtemps le vaisseau le GloceMcr. cl qne je serai forcé de lui donner escorte el de le renvoyer incessamment, peut-être même à la première chasse que je donnerai, je suis bien aise de mettre, par précaution, cette lettre dedans pour vous rendre compte de ma navigation. La prise de ce vaisseau nous a mis vingtcinq A trente hommes hors de combat. Le sieur de la Poterie, garde de la marine, y a été tué. Le sieur de Nogent, à qui j'ai lionne le commandement do ce vaisseau, et tous mes officiers ont fait des merveilles dans cette action: tout l'honneur leur en est dû; car je suis actuellement si faible par un flux de sang comi.iuel dont je suis accablé depuis le premier jour de mon départ, que je ne leur ai pas été d'un grand secourt; je pourrais même dire que. si je n'avais pas préféré mon devoir à la conservation de ma vie, il y a longtemps que j'aurais dû être de retour en France; maïs, quelque chose qu'il en puisse arriver, je n'abandonnerai point une escadre que le roi m'a bien voulu confier; il faut espérer que quelques meilleure avantages récompenseront mes travaux el mon xèle.

Vous savez, monseigneur, qu'après avoir été abandonnes de ht meilleure partie de nos intéressés, mon frère et moi nous avons engagé ce qui nous restait de biens pour acheter mon armement et me mettre en étal de rendre quelques bons service» ; permeltez-nous d'espérer que, si la fortune ne seconde pas notre bonne volonté, I honneur de votre protection et les bontés du roi suppléeront à ce défaut. J'ose ici supplier tréshumblcmem Sa Majesté de vouloir bien se ressouvenir de mes officiers ; il y en a plusieurs qui se sont déjà trouvés dans plus d'un combat avec moi. comme MM de Itrignon, de Banily, Uuvigny et t heridan, enseignes, ot les sieurs l'échelle el Marlonue. gardes de la marine. Tous les autres, monseigneur, oot également témoigné toute la valeur possible dans celte dernière action, et je ne saurais vous rendre particulièrement de trop bons témoignages de M. de Nogtnt, qui nie sert de rapil line en second, dont la valeur el le mérile sont soutenus d'une régularité el d'une application sans evemple. Je ne pourrai, monseigneur, teuir la mer plus de quinte a vingt jours; ainsi,, il me reste peu d espoir pour la réussite de mon armement : je vois que tout m'est contraire, el je suis à la veille de n'avoir pour tout bien que la satisfaction d avoir rempli tous 1rs devoirs d'un bon sujet el d'avoir tout sacrifie poor vous plaire.

J'ai l'honneur, etc.

Dccdat-Tbodi».

A Wit <lu Iji, l« 19 novembre 1701.

On va voir que l'épuisement des finances était tel, que Duguay-Trouin ni ses armateurs n'svaieul rien reçu de ses dilféi eûtes pnses. el qu'il lui était dû deux années d'appointements, liant ce dcnùment, Uuguay-Trotiiu proposa d'armer trois vaisseaux et d'aller faire la course aux grandes Indes; mais, ainsi qu'on le verra, ce projet ue fui pas adopté, et on résolut a sa place l'expédition de Rio-Jaoeiro.

Monseigneur,

J'ai reçu U lettre que Votre Grandeur m'a fait l'honneur de ■'écrire le 18 de ce mois. C'est une consolation bien grande pour moi de voir que, malgré mon malheur, vous soyez satisfait de m cpnduite. Il est vrai aussi, monseigneur, que j'ai rempli mon devoir dans toute son étendue, et que, pour profiler

du retour des flottes v\ des vaisseaux des grandes Indes , il ne ■'était pas possible de garder de meilleurs parages, ni de

rendre aucun autre parti plus avantageux Les vaisseaux des ndes, monseigneur, ont atterri.au cap de f.l.ire, avec quatre a,ulres vajsseaux marchands richement charges et deux vaisseaux (le guerre, vingt-quatre heures avant que nous y fussions arrivés pour mettre nos prisonniers a terre ; en sorte qu'il faut nécessairement qu'ils aient passé au milieu de nous la nuit, et que Pieu ail fait une espère de miracle en leur faveur pour les sauver; car il est sûr qu'il n'en serait pas échappé un seul si nous en avions eu connaissance, et j'aurais eu I honneur et la satisfaction d'amener en France pour douze ou quinze millions de prises qui n'auraient pas peu contribué a remettre le port de Brest sur un bon pied, et à faire subsister un nombre iuliui de malheureux qui meurent de faim ; j'aurais même été en état de remettre en mer tout ce que le roi avait pu m'aceorder de vaisseaux, avec lesquels je n'aurais pas donné peu d'inquiétude a ses ennemis.

Mais notre malheur est tel, que, quoique la flotte des Barbades, d'environ cent soixante voiles, ait été dispersée et soit revenue par pelotons dans les ports d'Irlande et d'Angleterre, nous n'en avons eu connaissance de pus un seul, ce qui me parait d'autant plus extraordinaire, que nous découvrions plus de trente lieues en latitude par la disposition que j'avais donnée aux vaisseaux de l'escadre. Je n ai pu m'empecher, monseigneur, de vous faire part des tristes réflexions que je faisais sur cela au milieu de ma maladie, dont le cours ne s'arrête point; nous vous voyons aujourd'hui sans bien, et, quoique la plus noire epvie ne puisse trouver à redire a ma conduite, on ne trouve guère de gens qui veuillent suivre la fortune d'un honnête homme quand il est malheureux. Vous n'ignorez pas, monseigneur, que plusieurs de mes intéressés m'avaient déjà abandonné, et que nous avons été par là chargés de 80,000 livres d'intérêts dans mon dernier armement; ainsi, a moins que Votre Grandeur ne procure quelques grâces 4 mes armateurs, je ne trouverai pas de quoi mettre un seul vaisseau a la mer. Je sais que le roi est moins en état que jamais de paver des dédommagements ; cependant, comme il pourrait être dû quelque chose de reste a Sa Majesté par mes armateurs pour le cinquième des prises, déduction faite de leurs avance» et du prix des vaisseaux et marchandises que l'on a emplovcs à son service, si Sa Majesté avait la bonté de leur en faire remise, je suis persuadé que cela produirait un bon effet et remettrait dans une bonne assiette lesprit de mes intéresses, qui sont absolument rebutés. Ce qu'il y a de bien sûr, c'est que le roi ne risquera pas une somme considérable, et que son service en pourra retirer une grande utilité ; car enfin, monseigneur, nous ne sommes plus en état, mon frère et moi, de suppléer au défaut de nos intéressés, ni même de prendre intérêt nous-mêmes, puisque je peux vous assurer qu'après nos dettes payées je ne crois pas qu'il nous reste pour vivre que mes appointements, ma pension, le revenu de ma capitainerie el quelque peu d'héritage. J'ai honte, dans le temps présent, de vous représenter que, depuis plus de quatre ans que je suis capitaine de vaisseau, ie n'ai pas reçu deux mois d'appoinlemeuts; que la pension dont le roi m'a honoré non-seulement ne m a pas été payée, mais qu'il ne m'a pas été possible de me faire meltre sur ta liste que l'on présente tous les ans au roi, et qu'enfin il m'est dû actuellement deux ans de ma capitainerie qui sont employés i payer la nouvelle taxe ;, laquelle on nous oblige. Qu alloiisnou-. devenir, monseigneur, après avoir tout sacrifié pour le service el pour vous plaire, si vous pe nous protégez pas* Je us avoue que ces tristes réflexion» me sont plus funestes que mal même dont je suis depuis si longtemps accablé. Je ne

vois pour nous qu'une seule ressource, qui m'est venue dans l'espiit a force de tiavailler mon imagination, et dont j'ai l'honneur de vous rendre compte : ce serait, monseigneur, d'armer |a vaisseau fEI'nabelh, avec la frégate qui me servait de brûlot, pour les joindre au Gtocesler, nouvellement pris, et nous en aller, mon frère et moi, faire avec ces trois baiimeuis la « ourse dans les grandes Indes, et ne portant que ce qui sejait nécessaire pour y avoir des vivres et rapporter quelques marchandises pour dédommager en partie l'armement si nous clinns assez malheureux de ne pas faire de prises. Toule la difficulté serait de Irojiver des fonds; et c'est pour cela, monseigneur, que je vous supplie très-humblement et avec la dernière instance de m'obtenir du roi quelques grâces particulières pour le débit des marchandises que je rapporterai eu France, provenant de mes prises ou autrement, el pour affranchir mon armement du tribut que l'on paye à la compagnie des Indes, sans quoi il ne me sera pas permis de former une société. J'attendrai, monseigneur, avec la dernière impatience vos ordres U-dessus. Ayez la bonlé de considérer que tout le bonheur ou le malheur de noire vie dépend de la résolution que vous prendrez sur cela, el que c'est enfin la seule ressource qui puisse te lever noire malheureux sort. J'oubliais de vous dire, monseigneur, que nous accepterons le vaisseau FEluabeih aux conditions de la nouvelle ordonnance, ou bien au cinquième ; Votre Grandeur en sera le maître. Ce vauseau peut être remplacé aisément par te Lyt. l'Achille ou la Danphine, et je Re jette les yeux dessus que pour mieux réussir aveo trois bâtiments fabrique anglaise :

J'ai l'honneur d'être, etc.

DticuAï-TaoPi».

A Brest, ce 23 décembre 1710.

Ce fut donc l'année suivante, 1711. que DuguayrTrouin fit sa, belle expédition de Rio-Janeiro, qui dot sj bien les expéditions maritimes du siècle de Louis XIV.

L'entreprise était périlleuse, la place d'un diflicile accès , bien défendue et forte il mm garnison de dix mille hommes, Malheureusement l'avidité de l'équipage empêcha M. Duguay- Trouin de tirer tout le fruit qu'il aurait voulu de cette campagne-

L'année 1713 n'offre rien d'important dans la marine; il n'y eut que quelques armements particuliers et de peu d'éclat. Le seul événement remarquable fut la prise de Saint-Yago sur les Portugais par M. Cassard ; la paix qui se traitait à l'trecht arrêta toutes les entreprises qu'on aurait pu tenter. La reine d'Angleterre se prêta 4 tout ce qu'on pouvait désirer d'elle, pour obliger ses alliés a terminer une guerre onéreuse à toutes les puissances. Le motif qui l'avait lait naître ne subsistait plus. L'archiduc, devenu empereur l'année précédente sous le nom de Charles VI, héritier des biens de la maison d'Autriche et de l'empire par la mort de Joseph I", ne pouvait plus prétendre à la couronne d Kspagne sans aller contre |e voeu des alliés, qui ne voulaient point consentir & la réunion d'autant d'Ftats sur une même tête.

La France, pour calmer leurs inquiétudes a cet égard, engagea Philippe V à faire une renonciation solennelle et irrévocable (si tels actes peuvent l'être) à la couronne de France. Cette renonciation devenait d'autant plus nécessaire que la mort de M. le d-iuphin et de M. le duc de Bretagne semblait lui offrir un accès prochain au trône de France. La déclaration de U reine Anne sur ses dispositions j la paix, la confiance avec laquelle Louis XIV fit remettre Punkcrque entre les mains des Anglais pour sûreté des préliminaires, les avantages que le maréchal de VilUrs remporta en Flandre , tout cela fil ouvrir 1rs yeux a une partie des alliés et les porta à écouler des propositions qu'une irop forte prévention en faveur de la maison d'Autriche et des iulrigues secrètes leur avaient fait rejeter jusqu'alors,

La paix cependant n'était point encoi e signée , el la course continuait toujours; mais le bruit d'une paix prochaine ralen- Uss.i|i beaucoup le zèle des armateurs, qui craignaient d'être obligés de rendre par un traité les prises qu'ils auraient faites

4Si

(In lâcha néanmoins de le* exciter surtout contre les Hollandais, avec qui l'accommodement paraissait moins prochain, et on mandait que les suspensions d armes déjà publiées ne regardaient que les troupes de terre. On avait déjà commencé en juillet à remettre Dunkerque aux Anglais, et on projetait de Taire construire à la place un port à Gravelines. La paix Tut conclue entièrement au mois d'août avec les Anglais, et le commerce libre rétabli en septembre. Avant que ce traité fût parvenu à la connaissance des vaisseaux, il s'y passa bien quelques hostilités dont les deux nations se demandèrent et se firent raison réciproquement.

La suspension d'armes avec le Portugal ne fut déclarée qu'en Hollande.

Et avant qu'elle le Tût à la mer, le sieur Cas»ard avait fait une expédition considérable avec six vaisseaux et deux frégates contre Saint-Yago, ville des lies du cap Vert appartenant aux Portugais, dont il se rendit maître en vingt-quatre heures avec mille hommes de débarquement. Il lit sauter les forts, encloua les caoous de fer, emporta ceux de fonte, les poudres, cloches, munitions et effets les plus précieux, et mit au pillage la ville, défendue par plus de douze mille habitants. Le roi trouva trèsmauvais que des officiers subalternes voulussent se refuser à servir sous lui avec les troupes embarquées sous prétexte qu'il h était qu'armateur particulier; il en demanda la liste pour les faire punir et en fil nommer d'autres d'autorité par le commandant du port.

L'année suivante il échoua sur la côte de Carraque, et y perdit son vaisseau. Cet accident et les malversations de cet armement en firent perdre presque tout le fruit aux armateurs et à l'Etat. A son retour, Cassard fut traduit devant un conseil de guerre pour se conformer à l'ordonnance.

M. Ducasse avait ramené en mars la flotte d'Espagne de l'Amérique à la Corogne, et l'on sollicita à la cour (l'Espagne le payement des frais de son escadre.

M. de Vaudreuil, gouverneur du Canada, voulut tenter de recouvrer l'Acadie sur les Anglais ; il en avait fait approuver le projet, mais cette entreprise n eut pas le temps de réussir avant ta paix.

On accorda, en août, quatre vaisseaux au sieur Gui mou du Couilray pour aller faire la course et le commerce aux Indes orientales.

En Levant, la Provence et le Languedoc firent armer à leurs frais deux galères, une pinck et une lartfne pour garder leurs

côtes.

En Ponant, le sieur de Boispineau , n'ayant que deux vaisseaux, se battit avec avantage à la côte de Guinée contre quatre vaisseaux anglais plus forts que lui.

Le roi défendit à ses armateurs de faire la course sous pavillon d'Espagne contre les Vénitiens et les Génois, avec qui il voulut couserver la neutralité, quoiqu'ils fusseul en guerre avec l'Espagne.

Enfin cette année termina toutes les opérations maritimes de celle guerre. La paix fut signée le 1 1 avril, à Utrecht, avec l'Angleterre, la Hollande et le Portugal, et, le 13 juillet, avec toutes les autres puissances, excepté avec l'Empereur. Il n'était guère possible de la faire plus à la satisfaction de toutes les parties qu'elle le fut alors, vu la situation des affaires. Le trône d'Angleterre fut assuré à la maison de Hanovre; l'Espagne lui céda Gibraltar et l'Ile de Minorque. On prévint, par des actes, l'union de la France et de l'Espagne; les princes alliés dépouilés de leurs Etals y rentrèrent ou en furent dédommagés; enfin, après une guerre aussi malheureuse pour la France, le roi perdit peu de choses et mainlinl Philippe V, son petit-fils, sur le trône d'Espagne.

Si l'on considère les perles que la roariue fil pendant « elle longue guerre, on ne sera plus surpris des sommes immenses

Îu'il en coûta, ni du mauvais état où elle était à la paix, et dont Ile ne s'est jamais relevée. Elle perdit, pendant cette guerre, cinquante-deux vaisseaux de 50 à 90 canons, pris ou brûlés par les Anglais seuls, sans compter ceux qui furent enlevés par les Hollandais el Portugais; en un mot. à la fin (le ce régne, après

avoir été si brillante, elle se composait de vmct-trois vaisseaux

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