‹ Jean Bart et Louis XIVChapitre 13 sur 120 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

On vient de voir que pour la seconde fois les flottes anglaise et hollandaise s'étaient livré un rude combat, sans que les vaisseaux français , toujours retenus par le* vents contraire» , y eussent pris part. Malgré le collier de Saint-Michel si politiquement octroyé à Ruyter, les instances de MM. de Witl et Van Beuningen au sujet de la jonction de la flotte de Louis XIV étaient toujours aussi vives, et devenaient quelque peu amères, car In marine hollandaise avait fait de grandes pertes dans ce dernier combat. Ils se plaignaient a M. d'Estrades de n'avoir reçu aucun secours de son maître, lorsque les Étals, sous le poids d'une guerre aussi ruineuse , trouvaient encore le moyen de lui fournir des vaisseaux el des matériaux de construction. M. d'Estrades, se renfermant dans sa dignité, opposait à ces récriminations la sainteté de la royale parole de son maître, promettait toujours, et recevait la lettre suivante de de Lionne, extrêmement comique, en cela qu'elle avoue nettement que ces annonces pompeuses tant de fois réitérées du secours d'une flotte imposante aboutissent i la promesse certaine... A'unliritlot; tel fui en effet le seul renfort que reçurent les flottes des sieurs États-Généraux de leur allié Louis XIV.

Voici la lettre... On y reconnaîtra sans peine le sarcasme

hautain de de Lionne, et son habitude de nier les faits les plus positifs.

< Aùûl IGC6.

• Depuis la lellre du roi écrite , et sur le point de départ de ce courrier, j'ai reçu votre dépêche du 5 de ce mois. Je crois qu'il vaut mieux compatir avec ses amis dans leurs afflictions et les consoler, que de s'amuser a leur faire des reproches , quelque justes qu'ils puissent être; sans cela, j'auraiscenlchoses à vous dire sur les désobligeantes etdéraisonnables plaintes que vons a faites M. deWilt.

Quoi I messieurs des Etats, qui se défendaient si mal contre un seul prince de l'Empire, et que la seule protection du roi a sauvés d'une ruine presque certaine qu'ils ne pouvaient éviter si la Suède etd'autres princes de l'Empire se fusseot joints a 1 **teque de Munster; les Etals , dis-je, pour lesquels Sa Majesté, contre tous ses intérêts, a déclaré la guerre au roi , son proche parent, se plaindront

Îu'ilssonlabanonnés et comme assassiné* par la France, quand on leur refuse deux bagatelles qu'il a passé par la téle de M. de Witt de demander au roil et il vous dira la-dessusqu'il est obligé d'avertir ses maîtres , afin qu'ils prennent leurs mesures avant que d'être accablés I Tout cela est si injuste et si malhonnête, que, si cela éluil arrivé en une autre conjoncture que celle de la perte d'un combat, où il faut consoler nos amis et nous réunir plus fortement que jamais, je vous aurais Lui là dessus une lellre de six pages pleine d un très-vif ressentiment de Sa Majesté; mais elle ne désire pas que vous eu disiez un seul mot au sieur de Vill...

t Ledit sieur Van-Beuningen demande qu'on lui permette de i faire une levée de matelots dans nos ports du Ponant. On lui

lliran-Saurct.

f répond qu'on lui pourrait accorder facilement sa demande, « mais que Su Majesté ne veut pas rendre de in fumée , ni que t les Liais se puissent plaindre qu'elle les a voulu tromper, et i que la sincérité l'oblige de l'avertir qu'il ne trouverait pas v un seul matelot dans nos ports. Ledit Van Ueuningen de- • mande encore qu'on équipe pramplement douze brûlots; et, « connaissant que cela n est pas praticable pour s'en pouvoir « servir a temps dans le combat, il se réduit a en demander

< deux qui sont " dans la fosse de « Mardik ; on lui f répond qu'il n'y « en n qu'un, corni me il est vrai.ee

* qu'il peut bien

* croire , car Sa « Majesté , qui « voudrait avoir « payé beaucoup t pour que tons t ses vaisseaux de « guerre et tous t ses brûlots pus- « sent arriver à « temps dans la « Manche pour se

* trouver a In ba-

« taille, ne refuse- <r rait pas un brû- « loi aux Etats , " mais que Sa Ma - « jesté craiqnait « de donner h rire

* au monde . et « quêtant les Hol- « landais que les « Anglais, voyant « arriver ce brû- 'i lot, ne disent « par moquerie , « et née quelque o r, il. uni : I ta « flotte du roi de

* France qui vient

* secourir ses al-

* liés dans le pi- « ril. C'est la pre- « mière réponse « que je donnai a « M. Van Henni n- « gen , qui était,

* selon mon petit « jugement , fort « sensée pour ne « pas nous laisser « tomber dans le c ridicule ; néan- « moins le même « soir étant arrivé « chez lui , il en « écrivit un billtt

* aussi pressant

* pour ce brûlot « que s'il eût été question de toute notre flotte ; et, l'ayant mon- « ire au roi. Sa .Majesté m'ordonna aussitôt de lui expédier les f ordres qu il désirait, malgré mes respectueuses remontrances, ■ et au péril de toutes les moqueries que pourraient faire amis « et ennemis; et ledit sieur Van Beuningen prit soin d'envoyer < a Calais cet ordre si important par uu courrier exprès; et « M. Nacquarl m'a écrit de delà qu'il allait envoyer le brûlot à « M. de Ululer »

Telle fut la fin de l'intervention de Louis XIV daus celte

ja.li wc

JEAN BABT

guerre : sa flotte'arriva vers la fin de septembre, et entra sans obstacle dans la rade de Brest en passant a la vue de l'armée anglaise mouillée à l'Ile de Wight. qui, d'après une convention tacite entre Charles II et Louis XIV, ne fil pas le moindre mouvement pour attaquer cette faible escadre qu'elle devait écraser du premier choc.

Le 15 octobre, Louis XIV donna ordre de désarmer ses vaisseaux, n'en voulant conserver que douze pendant l'hiver, dont six grands et six moindres pour croiser dans la Manche.

Cette année 1666 finit par une nouvelle et singulière assurance, de la part de Louis XIV aux Etats, de ne pas songer à s'accommoder séparément avec l'Angleterre; pourtant on sait qu'il y travaillait activement par l'entremise de la reine mére, de Madame et de lord Sainl-Arban, car ce projet d'étroite union m souvent repris se négociait incessamment; mais celte fois,

russé a bout par l'incrédulité de Van Beuningen et de de Witt, va jusqu'à ordonner a son ambassadeur de gager sa vie qu'il n'en est rien. Ce passage est fort curieux et clôt a merveille cette année si fertile en roueries diplomatiques, nécessaires il est vrai, et commandées par cette impérieuse loi de sa conservation, qui est aux Etats ce que l'égoïsme est aux individus.

Le roi au comte d'Estrades, 24 décembre :

« Si j'avais élé capable de faire un accommodement séparé « avec le roi d'Angleterre, à l'exclusion do mes fidèles amis et

• très-cher* alliés, je me serais bien gardé d'écrire aux sieurs

• Etals-Généraux aux termes que j'ai faits dans ma dernière « lettre pour leur donner ma parole royale et toute assurance « qu'ils n'auraient jamais rien à craindre de ce côté-là; il est « pourtant nécessaire que les Etals se mettent une fois pour t toute* au-dessus de ces bruits, et pour cela je ne sais plus que < leur dire après leur avoir une fois donné et si souvent con- « firme ha paroi M koyai.e ; mai* si, en y engageant votre hon- « tieur et votre propre vie, et offrant pçùr cela de vous dé- « pouiller de tout caractère d'ambassadeur et de mon ministre « en cas qu'ils voieut jamais que je rentre en paix et bonne in-

• telïujciuc et bonne amitié arec le roi d'Angleterre; que, con-

• joinlement avec les Provinces Unies, si ces expressions et « ces choses pouvaient a outer auprès de ces peuples quelque « poids a ma dite parole, vous le pouvei faire en toute assu- « rance. »

Ainsi donc, au commencement de celle année 1 1>66, Louis XIV avait * remplir deux engagements solennels jurés a ses alliés sur la foi des traités :

1° D'assister les Etals Généraux contre l'Angleterre; 2" De ne rien entreprendre contre la Flandre espagnole, d'apr.' s la renonciation insérée dans le traité des Pyrénées.

Quant au premier, des preuves irrécusables, auxquelles nous en ajouterons une dernière, attestent clairement que Louis XIV ,ie voulut jamais assister les Etals Généraux.

Celte dernière preuve est fort curieuse, et est extraite de l'instruction du marquis de Ruvigny, s'en allant ambassadeur en Angleterre, après la paix de Breda

« Le sieur de Ruvigny doit surtout travailler a opérer une Irès-étroile liaison entre le roi de la Grande-Bretagne et Sa Majesté, et faire valoir combien, pendant la guerre de 1666 et pendant la paix, la conduite de Sa MajcMé a élé tendre et obligeante pour son frère d'Angleterre. Le sieur de Ruvigny n'aura qu'à se souvenir de ce qu'il a entendu dire au sieur Van Beuningen, el de quels reproches il charge tout le procédé de Sa Majesté, quand il dit en peu de mots bien substantiels qu'étant obligée par un traité solennel à rompre contre l'Angleterre quatre mois après qu'elle aurait inutilement employé ses offices pour un accommodement, Sa Majesté leur aurait laissé porter tout le fardeau une année entière, sans même payer les subsides qu'elle devait pendant lesdils quatre mois, et a plus forte raison pendant tonte ladite année; que. quand elle a élé enfin forcée par son honneur I faire une déclaration de guerre, ça n'a été u'un parchemin , ayant envoyé sa flotte aux noces de la reine e Portugal, sans jamais avoir voulu faire joindre ses vaisseaux

• eeu> ib-s Hollandais, ce qui leur a fail perdre des batailles,

et qu'enfin le roi a cessé de faire cette guerre six mois avant que la paix eût été signée.

t Toutes ces plaintes auraient facilement leur réponse ; mais ledit sieur de Ruvigny. pour ne laisser pas de prendre grand avantage d'icelles qui sont si apparemment plausibles, pour faire connaître à S. M. Charles II et a ses ministres qu'on ne croit pas, comme il a été avancé ci-dessus, que lui-même eril pu désirer d'autres effets de l'amitié du roi que ceux que Sa ■ Majesté lui a donnés de toute manière dans la durée de la dernière guerre. »

Le dernier article du traité proposé a Charles 11 par Louis XIV, cette même année, n'est ni moins net, ni moins explicite, et dévoileclairement l'inconcevable envie qu'excitaient les richesses et le commerce des Provinces-Unies.

« Enfin, si les Flals-Généraux donnent au roi l'occasion de rompre avec eux sur l'infraction qu'ils feraient du traité de 1662, les deux rois prendront alors des mesures ensemble pour leur Ûter, autant qu'il se pourra, les avantages du commerce du monde dont ils ont presque seuls toul le profit, et de se partager ces Elats en la meilleure el la plus équitable manière qu'il se pourra entre les susdits, s

Il demeure donc bien prouvé que Louis XIV ne voulut pas remplir les engagements du traité de 1662. Quant a sa renonciation aux droits de la reine, jurée lors du traité des Pyrénées, le coure de l'année i667 prouvera s'il jugea convenable d'oublier ce serment.

Au commencement de cette aimée, les alarmes de M. de Witt devinrent plus rives. M. d'Estrades écrivait au roi, le 14 février :

• M. de Witt me témoigna beaucoup d'inquiétude des jalouf sies qu'il remarquait dans ces peuples, des bruits qui cou- < renl que te roi a intention d'afaquer la Flandre; il ne voit « nul moyen de rassurer leurs esprits, ni de leur faire romt prendre qu'il y ait sûreté pour eux, ayant un roi si puissant « pour leur voisin, et qui même, par les droits de la reine, en t cas de mort du roi d'Espagne, pourrait avoir des prétentions « sur les Provinces-Unies. — Je répondis, ajoute M. d'Estrades, i que j'étais fort surpris des ombrages qu'il me marquait que

• les Provinces-Unies et les peuples avaient du roi, après tant « de marques qu'ils avaient de son amitié el de sa protection ; (i nue ie ne pouvais approuver l'inquiétude des peuples, lorsque

• Sa Majesté, par toutes ses actions, leur donne tant de sujets

• de confiance. »

A l'aide de son admirable sagacité , de Lionne avait dès longtemps pressenti la dangereuse position de de Witt , que chaque jour rendait plus effrayante encore.

On Ta dit, profondément imbu de cette conviction . que. le rétablissement du pouvoir de ta maison d'Orange était la ruine des plus chers intérêts de la république, de Witt devait el voulait s'opposer de toutes ses forces u ce rétablissement, et, pour cela , avait dû préférer de beaucoup l'alliance du roi de France, qu'il croyait désintéressé dans celle question, a l'alliance du roi d'Angleterre, qui tenait de si près a la maison d'Orange, et regrettait toujours l'influence indirecte, mais positive et profitable, qu'il aurait pu peut-êlre exercer sur un stathouder. son propre neveu.

Or, de Witt , partant de ce principe, — qu'un traité et une promené sont inviolables et sacrés, aurait calculé juste, si le principe contraire : qu'on ne doit quand on le peut) exécuter la lettre d'un traité que lorsqu'il non.; est avantageux, n'eût déjoué toutes les prévisions de ce grand homme si pur et si intègre.

Ainsi, du moment où Louis XIV, malgré la foi jurée et garantie par le pape, invoquant les droits qu'il disait tenir de la rein laissa deviner ses intentions sur la Flandre, et conséquemment sur les Provinces-Unies, qui n'avaient été démembrées des possessions espagnoles que par rébellion . de Witt se trouva au contraire et malgré lui étroitement uni d'alliance avec son ennemi le plus mortel, et se vit obligé de concourir à augmenter des forces et des approvisionnements qui devaient un jour être employés contre la Hollande ; et cela parce que de Witt tenait, lui, a exécuter la lettre des traités, qu'il u'au-

hT LOUIS XIV.

rail pu violer d'ailleurs que sur des soupçons qui valaient, je le sais, presque la certitude, mais qui, grâce à l'habileté de de Lionne, étaieut dénués de preuves matérielles.

Dans cette occurrence, voyant le manque de foi de Louis XIV, 5on déni de secours ; sachant ses menées secrètes auprès du roi d'Angleterre, et les offres tentantes qu'il faisait a ce roi si besogneux, il essaya, vers le commencement de cette année 1667, de se rapprocher de Charles II, dont les prétentions sur la république étaient deveuues a rien, en comparaison de celles qu'il supposait, avec raison, a Louis XIV. De nouvelles démarches pour h paix avec l'Angleterre sont hasardées, et de Witt obtient de Charles II qu'il enverra ses ambassadeurs traiter la paix à la Haye.

Louis XIV apprend cette détermination, et s'en plaint fort Voici un passage d'une lettre de de Lionne a d'Estrades, à ce sujet :

« Le roi penche fort à croire que c'est l'Isola, maiire fourbe, ■ qui aura suggéré à l'Angleterre d'aller traiter a la Haye ; nous « croyons aussi, malgré ce qu'en a dit le sieur de Win, qu'il f savait la chose ; l'ouverture des Anglais était d'ailleurs si « plausible et si avantageuse pour les Etats, que le refus que « nous eu aurions fait eut scandalisé la plus grande partie de « la chrétienté ; pour cela il a fallu songer à une espèce de pa-

< rôle qui ferme la bouche aux Anglais à ne savoir que dire,

• puisqu'on veut bien Irur épargner la peine de passer la mer, « et aller cbex eux-mêmes, qui est ce qu'ils ont si longtemps t et si constamment demandé.

■ Vous n'aurez de delà qu'à satisfaire quelques criards et « nialinlnuiotinët oui déclameront qu'on ne doit pas te priver

• d'un au*si gratul honneur et avantage qu'est celui d'obliger » trou rois à venir traiter la paix à la Haut.

« Les fêles de Versailles ont fait que je n'ai pu trouver le f temps de lire au roi que depuis une demi-heure votre Mé- « moire. »

Or, les criards et malintentionnés furent satisfaits au moyen d'une lettre de change de 10,000 rixdalers envoyée par Col bert ; car, malgré les remontrances de de Wiu, il fut voté dans l'assemblée des Etats qu'au lieu de la Raye, Douvrés serait désigné comme lieu plus convenable pour traiter de la paix.

Les bruits d'une invasion en Flandre devenant plus inquiétants, d'Estrades écrit 4 de Lionne, le 17 mare :

< 17 nunidffl.

« Je vous fais cette seconde lettre pour vous dire que j'ai su

• par plusieurs députés de Harlem et de Delft qui sont a nous', « qu'on est persuadé, dans leurs villes, que le roi va déclarer « la guerre a l'Espagne, et que le livre imprimé a Paris pour « justifier les droits de la reine, qu'ils appellent un manifeste, « sera bientôt envoyé dans les pays étrangers ; ils ajoutent que « la plupart du peuple croyait que le roi et le roi <i'Augleterre

< sont d'accord, et que tout ce qui se fait à présent oést que

• pour sauver les apparences. A quoi j'ai répondu que je n'avais « nulle connaissance de ce qu'ils disaient, et que Sa Majesté

< pouvait bien faire valoir les droits de la reine, puisque les « Espagnols avaient fait paraître a Bruxelles un livre qui les att laquait.

« Quant a l'accommodement secret entre le roi et le roi « d'Angleterre, j'ai répondu que cela tombait de soi même, la « conduite sincère de Sa Majesté étant trop connue; dans la vi- « site que M. de Witt m'a faite ce malin, je l'ai mis moi-même sur

• ces bruits qu'on débite par les villes; il m'a répondu là-des-

• sus froidement sans vouloir entrer en matière, et m'a seule-

• ment dit qu'il serait le dernier qui les croirait, mais que les « bruits et les apparences d'une rupture avec l'Espagne étaient i grands. »

Pour éviter les nouvelles contestations qui naissaient, le roi d'Angleierre et M. de Witt conviennent de Breda pour traiter de la paix.

A ce moment, les forces de Louis XIV élaul prêtes pour sa rouqiiéte de Flandre, il écrit seulement le 8 mai a sou ambas-

c Le roi dépêche ce courrier aux sieurs Courlin et d'Estrades, sur la résolution que Sa Majesté a prise d'entrer en personne dans les Pays Bas, à la tète de son armée, pour se mettre en possession de ce qui lui appartient dn chef de la reine, ou de quelques équivalents qui puissent obliger les Espagnols a lui faire raison de ce qu'on usurpe :i Sa Majesté.

« Jusqu'à ce qu'on ait vu plus clair aux affaires, le comte d'Estrades ne doit pas s'occuper beaucoup d'accommoder les Suédois avec les Etals ; cela veut dire que, si le sieur d'Estrades peut, sans y paraître, faire naître de nouveaux obstacles aux négociations dudil comte de Donna, ambassadeur de Suède il sera bon qu'il k fasse. »

En apprenant l'entrée dn roi en Flandre, la surprise de M. de Witt fut grande ; il s'en plaignit amèrement à M. d'Estrades, et lui déclara que, maintenant, les intentions futures de Louis XIV n'étant plus un mystère pour lui, il allait agir seul; et que, puisque l'alliance de Louis XIV avec Charles II était si positive, il allait partir sur la flotte en qualité de député des États, et tâcher de rompre toute espérance de paix entre la république et l'Angleterre.

A la fin de la lettre où d Estrades ènumère longuement les griefs de M. de Witt, il ajoute naïvement :

« Je fus le lendemain à l'audieoce publique, où la lettre de » Votre Majesté a messieurs des Etais fut lue, ainsi que la copie - < de celle qu'elle a écrite a la reine d'Espagne; je trouvai dans « l'assemblée beaucoup d'étonnement, et le président me ré- « pondit, en peu de paroles, qu'ils étaient bien surpris de la « résolution que Votre Majesté prenait d'entrer dans les Pays- « Bas. Je suis resté a La Haye encore un jour pour voir nos

• amis, que je trouve fort étonnés et n'osant rien dire. Je n'eu « suis pas surpris, parce que c'est l'ordinaire des premières

• impressions qui font voir f instabilité de ta confiance que ces

• peuples ont en nous. »

Louis XIV entre en Flandre, f t Turenne prend Charleroi le 2 juin; le duc d'Aumool prend Armentières le 28 mai, Saint- Vinox le 6 juin, et Furnes le 12

Le corps d'armée où se trouvait le roi prend Alh le 16, et Tournay le 24, Douay et le fort de l'Escarpe le 6 juillet; le doc d'Aumont prend Courtray le 18, et Oudenarde le 51 du même mois; Lille est prise en neuf jours et se rend le 27 août; enfin, le 31 , MM. de Lréquy et de Bellefonds battent le comte de Marsins et le prince de l.igoe.

Pendant ces rapides succès, lluyter entre à l'improviste dans le port de Chalam, et incendie une partie de la flotte anglaise Cet mnute amena enfin la paix, qui fut signée à I reda le 31 juillet, entre les Etats-Généraux, l'Angleterre et la Hollande.

Louis XIV continua ses conquêtes au commencement de celte année. Le prince de Condè prit Besançon le 7 février, pendant que M. de Luxembourg enlevait Salins. Dole se rend le 14, et Grai le 19.

Enfin, par la médiation de l'Angleterre, de la Suède et de la Hollande, la paix est signée i Aix-la-Chapelle entre la France et l'Espagne.

Les conquêtes de Louis XIV dans les Pays-Bas lui restèrent, savoir :

Charleroi, — Bioch, — Alh, — Douai, — le fort de l'Escarpe. Lille, — Oudenarde, — Armentières, — Courlrai, — Perçues, — Furnes, avec leurs bailliages.

Louis XIV ne rendit que la Franche-Comté.

Ou n'a pas répété les continuelles alarmes des Hollandais, pendant ces conquêtes si rapides, en vovant leur ennemi reconnu s'approcher d eux à pas de géant.' Malgré la conduilc énergique de de Wiu, les députés des Etats, gagnés, par l'argent de Louis XIV, sopiniâtraient A voler les mesures les plus fatales a la république; témoin ce passage d une lettre de rTEstrades :

« Décembre

«Je visite lous les jours les membres de l'assembler et, « quand je serai iuformé par vous i quoi le roi destine les

JrAN BART

« 20,000 rixdaler* d'une nouTelle lettre de change que le roi I * m'a ndressée cet ordinaire, peut-être trouverai-je plus de fa- « cilité h détromper cet gens-ci de* grandi ombrages qu ils « ont de la Franee, et leur faire prendre de bonnes résolui tiont. 1

Page 1