CHAPITRE XVII
L'elonnemenl de M. de Vivonne à la vue du vaisseau amiral le Monarque elail assez concevable ; car on avait eu tellement bile de meure ce bâtiment à la mer. qu'une grande partie de : sa poupe immense, toute surchargée de sculptures, restait en- ] core à dorer; la galerie surtout élaii un chef-d'œuvre de Puget. : Deux figures allégoriques de vingt pieds de haut supportaient ses côtés, et tenaient deux fanaux dont l'un représentait le
çlobe terrestre , l'autre le céleste ; le fanal du milieu était IVcussoi) de France, aussi peint sur verre et des couleurs les plus vives et les plus brillantes ; bon nombre de doreurs travaillaient donc suspendus au couronnement, tandis que les sculpteurs évidaient leurs derniers ornements, et que les peintres s occupaient du château d'avant. Or, cette confusion d'ouvriers augmentant encore le désordre inévitable à bord d'un navire encombré de passagers, prêtait assez aux malignes observations du général des galères.
lie caïcq de M. de Vivonne, ayant doublé l'arriére du Monarque, allait accoster à tribord, lorsque le patron s'aperçut qu'on embarquait des chevaux de ce côté. Un d'eux commençait à opérer son ascension, les veux couverts d'aillères, les genoux de genouillères, le cou tendu, les extrémités rassemblées sous lui, 1rs naseaux ouverts respirant avec force : il était dans un éUt de complète immobilité , et sa terreur était si grande , que la sueur ruisselait de toutes parts, et ternissait un peu 1 éclat soyeux de M robe d'un noir de jais. Aux soins minutieux qui présidaient a son embarquement, à l'active surveillance de plusieurs écuyers , on devinait que ce magnifique animal appartenait à un personnage de haute importance. En effet, c'éiait Phœbus, le cheval de bataille de M. le duc de Ikaufort, qui avait acheté d'un Maure ce barbe d'uue vitesse et d'une vigueur incroyables , lors de sa malheureuse expédition de Gigeri . dont nous parlerons tout a l'heure.
— Far Jupiter! dit en riant M. de Vivonne, nous ne pourrons aborder ici ; car, bien que le soleil aille se coucher tout à l'heure, voici l'hœbus oui monte à l'horizon de ce navire... Peste du nom... l'hœbus ! Va, Phœbus, tu es digne de porter un César tel que ton maître 1... Ah I que j'aime bien mieux le simple nom de Jcan-le-Blanc, celui de mon brave courtaud flamand, qui a fait sous moi ces dernières guerres, et en fera d'autres s'il plait au roi ; bien que j'aime mieux la paisible allure d'une galère que le galop d'une baquenée, fût-elle mise par Cavault lui-même Allons donc aborder honteusement â bâbord, puisque Pbœbus envahit stribord.
Le patron fit un signe , et le caïcq, passant devant la proue , se dirigea vers bâbord ; mais, de ce côté , on embarquait encore d'autres animaux d'une espèce moins noble, mais aussi utile que le beau cheval de l'amiral ; un gros bœuf, amarré par les cornes, se balançait lentement dans les airs, et mêlait ses inigisscments aux cris des poulies.
— Ah, pardieu ! nous coucherons ici, dit Vivonne. D'un côté des chevaux, d'un autre des bestiaux ; mais c'est donc l'arche de Noc que le vaisseau de Son Altesse?... Allons, Dieu soit loué ! voici ce compère aux mugissements embarqué... Ce sera peutêtre a notre tour, maintenant !
Ce disant, M. de Vivonne monta pesamment l'échelle, et arriva sur le pont; il y régnait alors une telle confusion, qu'il fallut que de Vancy repoussât rudement quelques soldats aux gardes qui encombraient les avenues du château d'arrière pour frayer un passage au général; mais, à mesure qu'il avançait, la foule devenait plus compacte : ici des mousquetaires de la maison du roi, vêtus d'écnrlatc ; ailleurs, des soldats de Itauzan- Duras ou des cavaliers de Choiseul ; plus loin, un groupe d'officiers réformés , qui servaient dans celle armée comme volontaires , entouraient une vivandière provençale à bas rouges et à jupon court , tandis que les matelots, maugréant et blasphémant contre ces incommodes passagers, finissaient d'embarquer les dernières futailles d'eau. A cet encombrement se joignait encore un lapage assourdissant : c'était le bruit aigu des sifflets des contre-maîtres, le cri des matelots qui halaient à bord les chevaux et les bœufs, le retentissement du marteau des sculpteurs et des calfals. les reprises bruyantes des trompettes et des hautbois qui s'exerçaient a l'avant ; le gloussement des poules, qui s'agitaient dans leurs cages, placées sur le pont le long de la drôme ; les aboiements de plusieurs couples de beaux lévriers, que des pages, à la livrée de Vendôme, tenaient en laisse en attendant qu'on leur désignât l'endroit où on enfermerait les animaux favoris de l'amiral ; c'était encore le hennissement des chevaux déjà descendus dans la batterie basse ; les éclats de vois et 1rs ris grossiers d'une soldatesque alors fort
indisciplinée ; enfin tous ces bruits assourdissants complétaient si bien ce lableau de désordre , que M. de Vivonne , précédé de de Vancy, courut comme épouvanté vers le château d'arrière, où il se réfugia en se bouchant les oreilles.
A la porte extérieure de la dunette , il trouva deux gardes de H. de Beaufort, qui lui rendirent les honneurs militaires , et il entra dans une espèce d'antichambre comblée de paquets et de caisses que des laquais déballaient. Là, un des gentilshommes de H. de Beaufort, précédant M. de Vivonne, l'introduisit dans la galerie où il devait trouver l'amiral.
Cette galerie offrait le même aspect de confusion et de négligence que le pont du navire ; des meubles précieux étaient comme jetés çà et là , rien ne paraissait être à sa place. Les parois de l'appartement étaient couvertes d'une magnifique étoffe de basane blanche à fleurs d'or, et le plancher, sans tapis, laissait voir les planches brutes du parquet ; sur une table d'ebéne, richement ornée, était le reste d'un repas grossier pris à la hâte, et servi dans une magnifique vaisselle de vermeil, avec une incurie qui approchait de la malpropreté ; des cartes et des plans, un vieux luth sans corde, une riche cravate de dentelle et un superbe sabre turc étaient confondus sur cette table avec les plats et les coupes ; une espèce de tableau, couvert de signes cabalistiques, étiit ouvert à côté du Traité de vénerie de messire Robert de Salnove. et des Parfait* Knseignementt du royal et trbt-honorable ieu de Ijongne-Paume ; enfin un assez mauvais portrait d'Henri IV pendait, dans un cadre de noyer sculpté, audessus d'une chaise longue.
Tel était l'intérieur du réduit de Son Altesse monseigneur le duc de Beaufort, chef et surintendant général de la navigation et du commerce en France, (ils de César de Vendôme, et petitfils d'Henri IV, né à Paris en 1616.
L'esquisse de cet intérieur et la confusion qui régnait sur le pont du vaisseau qu'il commandait résumaient parfaitement les goûts, les habitudes et le caractère du duc de Beaufort.
Elevé dans les terres de sa mère, la femme de France la plus grossière et la plus ignorante, il ne reçut pas même ( instruction vulgaire du dernier des bourgeois de ce temps-là, et passa sa première jeunesse à la chasse, qu'il aima toujours avec passion. Il parut alors à la cour de Louis XIII, ou il étonna fort par la sauvagerie de ses manières. Pois, après avoir bravement combattu d'ailleurs aux sièges de Corhie, d'Arras, cl à Hesdin. mais plutôt en enfant perdu qu'en capitaine, on sait quel rôle il joua pendant la minorité de Louis XIV : d'abord dans l'extrême confiance et familiarité d'Anne d'Autriche, qui, la veille de la mort de Louis XIII, lui remit la garde du dauphin et de M. le duc d'Anjou, ainsi que le commandement supérieur des troupes; bientôt après, il entre dans la cabale, des importants, et prend parti pour madame la duchesse de Montbazon, dont il s'occupait fort, contre madame la duchesse de Lougueville ; puis il brave impunémeiit Mazarin. comme il avait bravé Richelieu; pourtant, malgré son peu d'influence et sa nullité, fatiguée de ses bravades et de ses brutalités, Anne d'Autriche le fait enfermer à Vincenues en 1613; il s'évade en 1649, et se joint alors aux frondeurs ; il se reunit au prince de Conti, aux ducs de Longueville, d'blbeuf, de Bouillon, au maréchal de la Mothe, au cardinal dellelz, va se loger rue Quinrampoix, là se fait nommer marguillier de Saint-Nicolas-des-Charaps, et devient bientôt l'idole de la populace, qui le surnomme le Roi de* Italie*. ~ avec cet instinct grossier, mais d'uue merveilleuse justesse, qui'* la caractérise.
C'est qu'en effet le duc de Beaufort était admirablement peint dans ces mots. Sa force athlétique, sa mine hautaine et bravache, ses gestes et ses propos de brelandier, son balancement perpétuel de tète et d'épaules, son poing toujours sur la hanche et sa large moustache incessamment caressée, lui donnaient l'apparence, qu'il réalisait de reste, de ces capitans-tratamores des plus mauvais lieux. Mais ce nui témoignait surtout de la grandi' justesse de ce surnom du /loi des halles, c'était, comme le disaient ses contemporains, * la parfaite similitude de sou langage et de celui de ses sujets ; » car. outre le cynisme et la grossièreté de sa parole, mêlée çà et là de termes de chasse el de fauconnerie, il formait, dit entre autres madame la duchesse
de Nemours dans ses Mémoires : • Il formait un certain jargon « de mots si populaires ou si mal placés, que cela le rendait rit dicule a tout le monde, quoique ces mots, qu'il pinçait si mal, • n'eussent peut-être pas laissé de paraître fort bons, s'il avait i su les placer mieux, n'étant mauvais seulement que dans les
< endroits où il les mettait. »
Le cardinal de Reu dit aussi : — « Que ce que le duc de « Beaufort avait retenu du jargon des importants, radié avec « les impressions t qu'il avait relit rées de madame ■ de Vendôme sa 4 mère, la femme t de France la plus t grossière et la « plus ignorante ,
< formait une laof gue qui aurait c déparé le bon « sens de Caton »
De fait, l'excessive ignorance du dur di- ISeaul'ori U.i
rendait habituels une foule de coqs- M'ine (qu'on excuse celte vulgarité qui seule peut peindre ces nousens ridicules qui di-frayeol cm-urn de nos jours les stupides plaisanteries des bateleurs}, delà force de ceuxci, qui sont devenus historiques :
— Une confusion (contusion) a la tête ; — les hcni'nphèret [ émissaires} secrets du cardinal; — ma ronttetlation (consternation ) fut grande... et une foule d'autres qu'il serait puéril de citer.
Sa correspondance relative â la marine . dont les signatures seulement .sont autographes, qui fut évidemment rédigée par un secrétaire, et écrite d'ailleurs dans les derniers temps de sa vie , alors qu'il avait un peu épuré son langage , conserve pourtant encore ,
ainsi qu'on le verra, quelques traces de cette singulière phra* séologie.
Quant aux connaissances nautiques de l'amiral, elles étaient fort bornées, n'exerçant sa charge que depuis 100.', époque de la mort de César de Vendôme, son père, qui eu m.iii les provisions.
La première campagne du duc de Beaufort contre Gigeri. en IGCi, eut l'issue la plus fâcheuse, bien qu'en disent les historiens, ftuiis allons citer, comme preuve, quelques passages d'un
mémoire adressé à Louis XIV à ce sujet. On y démêlera farilelemeul tout le manège des influences secrètes et des intérêts privés mil eu présence des intérêts généraux. — Le duc de bVaufort, sur le point de son départ, i tait alors à Toulon. Le comte de Vivonne, MM. de Gadagne et de Castellan veuaient de je rejoindre; ces officiers généraux vivaient dans la meilleure intelligence, lorsqu'arriva H. le chevalier de Clerville, controdes fortifications de France.— Voici comment s'ex
leur gVnéral <
Le duc àt B«aufoil,
exprime ce mémoire - « L'iolrigue de toutes les discussions commença pour lors a se former secrètement; le chevalier de Clerville n'ignorait pas que , selon le récit avantageux du poste de Gigeri que M. de Beaufort avait fait a la cour, on avait résolu de s'en rendre mal Ire, n'en croyant pas de plus considérable pour le service du roi ; néanmoins M.deClemlleavait formé son dessein pour lîonc; ceux qui se croient les mieux informés disent qu'il y avait obtenu une franchùedc commerce, et que, le roi étant mailrc du poste de Boue , M. de Clerville augmenterait alors sa fortuao par la facilité du commerce ; les autres, qu'étant contrôleur généraldes fortifications du royaume , on n'y pourrait travailler sans le choquer, en ayant fait nn point d'honneur, et qu'ainsi il lui était bien plus utile par toutes sortes de raisons d'aller 1 Bone , puisque c'est uneplace considérable où l'on aurait formé un véritable siéçe. Quoi qu'il en soit, pour réussir a sou dessein, il mit tout en œuvre, sans oublier son éloquence, pour gagner les bonnes grâces de M. de Beaufort, afin de lui persuader que ses conseils devaient être suivis de l'exécution : il réussit plus en huit jours de temps
Su'il ne se le fût osé permettre, et, dès qu'il connut son ascenanl, il appliqua tout son esprit pour gagner celui de M. de Gadagne.
s Sur le vaisseau, M. de Clerville s'aperçut qu'il ne pouvait pas gouverner M. de Gadagne, qui n'ajoutait pas une entière foi a tous ses évangiles; cela commença de l'atterrer et à lui sug-
gérer He tourner son desseins sur M. de la Guillotière : aussi lui
6er»uadu-t-il bientôt qu'il le ferait par son crédit gouverneur de one, position qui lui serait extrêmement avantageuse, et puis qu'enfin, par la franchise du commerce, ils gagneraient tous deux des sommes immenses. »
M. de Beaufort met donc à I» voile, tout a fait sous la domination de M. de Clerville, et arrive avec son escadre et les galères à une portée de canon de Bougie. La, M de Beaufort tint con&eil pour savoir si on devait attaquer cette ville. M. de Gadagne, ayant été en canot l'examiner attentivement, fut de cet avis par trois raisons : la première, qu'on voyait les gens l'abandonner en toute hâte ; la deuxième, qu'elle paraissait bien fortifiée, et qu'elle deviendrait fort importante au moyen de quelques réparations qu'on y ferait; la troisième, enfin, que c'était une conquête utile au service du roi. l a cabale du chevalier de Clerville, qui tenait à Bone et à la franchise du commerce qui le devait enrichir, fut de l'avis contraire et soutint qu'il ne fallait pas prendre le change ; que les ordres du roi portaient d'attaquer Gigeri, et que, si on négligeait leur exécution, autant valait attaquer Bone que Bougie. A cela, M de Gadagne répondit que l'un n'empêchait pas 1 autre, et qu'ayant d'abord pris Bougie, on attaquerait Gigeri, puis Bone ; mais que l'attaque de Bougie devait précéder toutes les autres, puisque la possession de cette place, voisine de Gigeri, empêcherait les Maures d'y porter aucun secours lorsqu on ferait le siège de cette dernière ville. M. de Beaufort allait se rendre à ces raisons, lorsque M. de Clerville le rament à ses sentiments : l'attaque de Bougie n'eut pas lieu ; on mit i la voile, et le lendemain matin on était en vue de Gigeri Alors on commença de canonner la ville. M. de Vivonne mil pied a terre, et sortit de ses galères à la tête du régiment de Picardie, et M. de Gadagne à la tête de MM. de Malte. MM. de Beaufort, de Castellan, de Clerville, de la Guillotièrc, les soutinrent vigoureusement, et Gigeri fut pris. Malgré les succès de ce siège, les populations maures se soulevèrent et revinrent en nombre formidable harceler les lignes. Pendant un mois, ce furent des escarmouches continuelles; et malgré les avis réitérés de MM. de Gadagne et de Vivonne. qui voulaient qu'on fortifiât davantage les lignes, M. de Beaufort, suivant les errements de M. de Clerville, laissa les dehors de. Gigeri presque sans défense, comptant sur la faiblesse des Maures. F.nlin, le 27 octobre, d'après l'avis que l'on eut que les ennemis avaient reçu du renfort, M. de Beaufort assembla un conseil dans lequel le mauvais état des lignes fut encore vivement représenté par M. de Gadagne, qui annonça formellement que, dans le cas où les enuemis recevraient du gros canon, le poste ne serait plus tenable. M. de Beaufort répondit, avec M. de Clerville, qu il était impossible que les Maures reçussent un pareil renfort, et, terminant le conseil, il mit à la voile, laissant l'armée dans un étal fort alarmant. Trois jours après il envoya M. de Thnrel sur le vaisseau te Mermre pour prévenir M. de Gadagne, qui avait pris le commandement de l'armée après son départ, que l'amiral avait arrêté devant Bougie un vaisseau chargé d'armes, et que les Maures des environs de Gigeri avaient reçu beaucoup de grosse artillerie et un secours considérable. En effel, bientôt les Maures attaquèrent les lignes avec force; soutenus par l'artillerie, ils y firent un dommage notable. M. de Gadagne tint le plus longtemps possible, mais à la fin, forcé par la sédition des troupes, il quitta Gigeri et en sortit le dernier, protégeant sa retraite avec une si rare bravoure . qu'il put â peine rejoindre la chaloupe qui transportait les derniers soldats à bord des vaisseaux de charge. Ces bâtiments rallièrent l'escadre de M. de Beaufort devant Alger; et le jour de la Toussaint, la flotte mouilla dans la rade de Toulon, après avoir perdu le vaisseau la Lune, qui sombra en vue des lies d'Hyéres. L'année d'ensuite, M. de Beaufort commanda quelques croisières dans la Méditerranée; mais ses succès furent assez douteux.
En 166b\ on sait qu'il fut ch:irgé de se joindre â l'escorte de la nouvelle reine de Portugal, cl que les ordres du roi le reluirent dans le Tagc jusqu'au intiment oh la paix fut pour ainsi dire tacitement conclue avec l'Angleterre, puisque, grâce au sauf-conduit donné par Charles II aux vaisseaux du toi,
BART
Louis XIV pouviit impunément faire rentr.rsa flotte en France, comme elle rentra en passant en vue de l'Ile de YYight, sans que la flotte anglaise mouillée dans cette rade fit sortir un seul bâtiment, le combat partiel qui eut lieu entre deux vaisseaux anglais et trois vaisseaux français n'ayant été que tout â fait accidentel et fort mal vu en cour.
Malgré ces fâcheux antécédents, on ne pouvait refuser a M. de Beaufort un certain zèle pour les choses de la marine; mais sa continuelle agitation, son étourderie qui, malgré l'âge, était toujours extrême, son habitude de se vouloir mêler des débits les plus puérils , au lieu de commander sa flotte d'un point de vue élevé, le rendaient, â bien dire, incapable de remplir les hautes exigences de sa charge.
L'âge n'avait pas non plus calmé son humeur impétueuse et arrogante, ainsi que le prouvent les brutales altercations dont se plaignaient â Lnlbert tous les intendants mis à bord de l'amiral par ce ministre pour surveiller ses dépenses, et veiller â la régularité des comptes de l'équipage et de l'armement. C'est Brodart, c'est d'Infreville, c'est Colbert de Terron, qui passent tour â tour à son bord, et qu'il est toujours sur le point de faire jeter â la mer ou de maltraiter. C'est tout au plus s'il est retenu par les sévères réprimandes de Colbert, signées par Louis XIV; car c'est toujours le héros des rixes du jardin de Renard, c'est toujours ce fou brutal qui, voyant, lors de la Fronde, les esprits se rapprocher de la soumission, demandait au président de Bellièvre si, en donnant un soufflet au duc d'F.Ibeuf il ne changerait pas la face des affaires. — A quoi ce président répondit fort sagement que cela ne pouvait guère changer que la face du duc d'Elbeuf.
On sait encore que, lorsqu'en 165*2 le prince de Condé recommença la guerre civile, il prit parmi ses lieutenants le duc de Beaufort et son beau-frère M. le duc de Nemours , mais que ce dernier, ne pouvant s'accommoder du caractère présomptueux du duc de Beaufort, le provoqua et fut tué dans cette rencontre.
Il est donc â présumer que la longanimité de l ouis XIV a l'égard du duc de Beaufort n'avait d'autre cause que son habitude politique de mainteoir dans leur position et dans leurs charges tous ceux qui étaient d'un sang royal, et comme tels, sinon infaillibles, au moins impunissables.
En entrant dans la galerie du vaisseau. Vivonne avait cru y trouver l'amiral ; en effel. il y était h peu près, c'esl-â-dire
3u'il avait le corps et une jambe passés en dehors de la balustrade e la poupe, et que de là il vitupérait après quelques malheureux ouvriers doreurs
Il fallut donc que le général des galères tirât respectueusement M. de Beaufort par la basque du justaucorps pour lui annoncer sa présence.
Alors l'amiral se retourna brusquement, et, voyant Vivonne, rentra tout â fait dans la galerie.
Nous avons dit que M. de Beaufort avait alors cinquante-trois ans ; il était vêtu d'un justaucorps vert, à broderie d'or ternie, et il y avait beaucoup plus de prétention que de goût dans celte toilette surchargée de rubans et d'aiguillettes fanées, et rendue moins attrayante encore par la singulière incurie dans laquelle l'amiral tenait sa personne; sa perruque blonde était m il peignée, sa barbe fort longue, et sa moustache encore toute graisseuse
— Ah ! bonjour, Vivonne, dit-il au général des galères. Sambieu ! mon gros crevé, vous me voyez tout entoxiquè par ces renégats de doreurs qui sont lâ accumulés à la poupe et qui
ne font d'ailleurs que suivre la piste de ces loups d'intendants, que le diable étrangle, et qui au lieu de faire dorer mon vaisseau amiral, fort et ferme comme ils le devraient, spécularisent sur le métal, et me mettent cette lavasserie d'eau dorée au lieu d'or de bon aloi... Puis, sentant sa fureur se rallumer, l'amiral retourna se pencher â une des fenêtres de la galerie, et cria d une voix tonnante aux ouvriers : — Oui! oui, vous avez biau faire les ébaubis, n'y a pas làâ barguigner; vous recommencerez ces couches de dorure-là , et ne me persistez
plus la cervelle de vos b de raisons, car je vous traquerai,
vous et vos maîtres les intendants, comme de véritables bêles
puantes et vermines de la marine que vous êtes... entendez vous, gueux et malotrus 4 Puis, ayant donné ce nouveau cours a ;>a colère, l'amiral revint a Vjvonne qui ne cherchait pas a réprimer uo malicieux sourire. — Ah ça, Vivonne... je vous ai fait venir pour que nous combinions, avec Navailles, d'une dépêche que j'ai reçue par un hémuphhe de Sa Sainteté notre père le pape, qu'il vient de m'apporter avec un fort magnifique étendard rouge tout broché d'or sur lequel sont peinturées deux ligures en manteaux et nues comme la main, sauf la décence, et qui m'ont la mine d'une paire de saints ou d'apôtres.
— Et ce digne himitphhe n'a-t-il pas apporté des nouvelles de Candie, monseigneur?
— Mais on dit de delà que les Turcs sont dans une extrême constellation d'une furieuse sortie du bonhomme Saint-André- Montbruu. qui a débuché a la téte de mille hommes de pied et de deux ceots maîtres, et les a menés battant jusqu'à un mille de Candie-Neuve. Hais il se fait tard, et je vais envoyer quérir M. de Navailles, et puis vous lire les ordres de Sa Majesté pour voir eosuite a résolutionner ensemble ce que nous ferons.
L'amiral ayant fait mander M. de Navailles pur un de ses gentilshommes, il arriva bientôt dans la galerie, et prit place a la table du conseil avec MM. de Heaufort et Vivonne.
Philippe de Uontaut de Benac, duc de Navailles, était né en 1019 ; il avait commandé la compagnie des chevau-lègers du cardinal Mazarin. C'était, dit M. de Saint-Simon, un homme de qualité de Gascogne, plein d'honneur, de valeur et de fidélité ; par degré capitaine des gendarmes, gouverneur de Bapaume, puis du Havre de-Grftcc, général d armée en Catalogne et en Italie, ambassadeur plénipotentiaire vers les princes d'Italie, et chevalier de l'ordre en 1661. Il fut exilé chez lui, en Guienne, vers 1664, pour la conduite pleine de raison et de dignité que madame sa femme, gouvernante des filles de la reine, avait tenue lors des tentatives du jeune roi Louis YIV pour s'introduire dans leur chambre. S'il n'était depuis rentré en grâce, du moins il était traité avec quelques égards, et le roi lui confia dernièrement le commandement de I armée pour le siège deCandie.
« L'était un grand homme maigre, jaune, poli, qui était naïf et ignorant a I excès. Il fut un jour étrangement rabroué par M. le Prince (de Condé)qui, étant fort en peine, en Flandre, du cours exact d'un ruisseau que ses cartes ne lui marquaient pas, vit Navailles revenir avec une mappemonde qu'il avait été quérir pour le tirer d'embarras. Il disait aussi, a propos des huguenots et de la difficulté qu'ils montraient à changer de religion : Si Jésus-Christ m'avait fait la grâce de me faire naître Turc, je le serais demeuré. »
l.a physionomie de ces trois généraux, assis à la table du conseil, offrait un contraste parfait Beaufort, le Roi des halle*, important et rengorgé, caressait sa moustache; Vivonne, le gros crevé, étendu dans son fauteuil, promenait entre ses dents un petit cure-dent d'or ; et le duc de Navailles, grave et pose, courbait sa haute taille, se disposant a prêter une sérieuse attention à la discussion qui allait s'ouvrir. — Je vais, m'ssienx. dit M. de Beaufort d'un air important, vous colloquer les volontés de Sa Majesté. Et il commença la lecture de la pièce suivante, sans omettre aucune de ses qualifications.
ISSTRCCTIOB QUI LB BOI A RESOLU ETRE ENVOYEE A N. LE DOC DR BEAUFORT, PAIR, GRARD-MaItRR, CHEF ET SURINTENDANT C.É- NtBAL DE LA NAVIGATION ET COMMERCE DU ROYAUME, SUR LEM- 1 loi DE L'ARMÉE RAVALE QUE SA MAJESTÉ MET EN MER SOCS S0» COU MANDEMENT PENDANT LA PRÉSENTE CAMPAGNE.
Le sieur duc est informé que ledit armement est destiné pour le secours de Candie, et que Sa Majesté ne voulant pas déclarer ouvertement la guerre au Grand Seigneur, elle a résolu qu'elle agirait sous le nom dn pape et prendrait l'étendard de Sa Sainteté, à quoi ledit sieur duc doit se conformer.
En cas que Sa Sainteté envoie des vaisseaux ou des galères, Sa Majesté est persuadée qu'elle fera porter le pavillon de la sainte Eglise sur le principal et, en ce cas, Sa Majesté désire que ledit sieui duc porte le second pavillon, qui sera celui de Sa
Sainteté, et qu'il obéisse et prenne les ordres de celui qui sera établi par elle général de l'armée.
En cas que Sa Sainteté n'envoie pas de vaisseaux, mais seulement des galères, la navigation des vaisseaux étant fort différente, Sa Majesté désire qu'il donne promptementavis audit général de sa partance du port de Toulon, et du rendez-vous qu'il estimera devoir être pris pour se joindre, et qu'alors qu'ils seront joints il obéisse pareillement audit général et prenne son avis en toute rencontre.
Sa Majesté veut qu'en toute occasion de jonction il tienne toujours le rang dû a sa dignité de fils aîné de l'Eglise, rl qu'il ne souffre jamais qu'aucun vaisseau d'une autre nation prenne le rang d'honneur entre l'étendard de la sainte Eglise et celui qu'il portera ; en quoi Sa Majesté ne veut pas qu'il souffre aucun ménagement.
Il observe seulement que, comme la différente navigation des vaisseaux et des galères ne lui donnera peut-être aucune occasion pendant toute la campagne de prendre rang après l'étendard de la sainte Eglise, ce sera au capitaine général des galères de Sa Majesté a soutenir et conserver le rang de patronne, en quoi le sieur duc l'assistera et le soutiendra s'il en a besoin. Ledit sieur duc commandera également les vaisseaux et les galères suivant le pouvoir que Sa Majesté lui a donné. Elle veut qu'après avoir pris l'ordre dudil général de la sainte Eglise il le donne ensuite au capitaine général de ses galères pour tout ce qui coucerne son corps.
En cas que ledit sieur duc de Beaufort et le sieur comte de Vivonne se trouvent ensemble dans les galères qui pourraient être commandées par ledit général de la sainte Eglise , Sa Majesté veut qu'ils tiennent les second et troisième rangs sans souffrir aucune séparation ni aucun ménagement.
Comme la seule intention de Sa Majesté pour l'emploi de sou armée navale pendant la présente eampague est le secours de Candie, Sa Majesté veut aussi que ledit sieur duc règle toute sa conduite à bien faire réussir cette importante entreprise, et pour cet effet qu'il agisse en toute chose de concert avec le sieur duc de Navailles, lieutenant général de ses armées, commaudant le corps de troupes qu'elle envoie poHr ledit secours et garder ensemble une parfaite union et correspondance
Que le sieur duc prenne grand soin que les troupes soient bien embarquées , et fasse observer une si bonne polirc dans tous les vaisseaux,- qu'ils soient exempts des maladies autant qu'il se pourra.
Que lorsque l'armée sera arrivée près de l'Ile, ils concertent ensemble le lieu de débarquement, et, pourvu que les vaisseaux s'y trouveut en sûreté, Sa Majesté veut que le débarquement se fasse au lieu où le sieur duc de Navailles trouvera plus commode pour le secours de la place.
Dans le même temps que le débarquement des troupes, vivres et munitions d'artillerie se fera , Sa Majesté veut que les sieurs ducs de Beaufort et de Navailles concertent ensemble les lieux où seront établis les commis des vivres, désignés pour les achats à faire pour la subsistance de l'armée pour le temps qu'elle demeurera dans ladite ile ; en conséquence, le sieur due détacherait tous les vaisseaux de charge et d'escorte pour la sûreté du transport desdits vivres , des lieux où ils seront achetés jusques en ceux qui seront destinés en ladite Ile pour les recevoir; et, comme de l'exécution de ce qui aura été ainsi concerté pour la sûreté desdits vaisseaux de charge dépend entièrement le succès de cette entreprise , Sa Majesté veut que le sieur duc y pourvoie , de sorte qu'il ne puisse arriver d'accident , et qu'il emploie même toute son armée s'il l'estime nécessaire.
Sa Majesté veut de plus que le sieur duc de l'eaufort tienne toujours les vaisseaux de son armée navale en état de recevoir et d'embarquer les troupes de l'aimée de terre, soit en cas que les Turcs soient chassés et que le siège soit levé , et la place en sûret- , soit en cas d'accident contraire , ou que la place soit prise par composition ou par force ; et , pour cet effet, Sa Majesté veut que le sieur duc demeure toujours dans les ports et rades de l'Ile de Candie, ou les plus proches, où il pourra tenir ics vaisseaux de Sa Majesté , et qu'il n'en puisse partir par aucun autre effet qu'après avoir été tenu conseil, ou le sieur due
de Navailles sera appelé, el, soit qu'il soit présent ou abseul, le départ de l'armée navale ne scia point exécuté qu'après avoir pris son consentement par écrit.
Sa Majesté veut qu'aussitôt que le sieur duc sera arrivé et aura fait le débarquement il envoie une des tartanes qui sera à la suite de l'armée en apporter les nouvelles, ensemble les lettres du sieur duc de Navailles et des autres officiers de l'armée.
Quoique Sa Majesté ordonne audit sieur duc d'obéir en toute chose au général de la sainte Eglise, elle est persuadée qu'il trouvera les moyens d'exécuter les ordres ci-dessus, d'autant que ledit général sera instruit sur tout ce qu'il y aura a faire, et qu'il s'accommodera facilement à l'exécution desdits ordres qui ne tendent qu'au secours de celle grande entreprise.
Sa Majesté désire que le sieur duc de Navailles assiste dans tous les conseils qui seront tenus pour l'emploi de l'armée navale, s'il peut s'y trouver, et qu'il y prenne rang immédiatement après le capitaine général des galères.
Sa Majesté veut que ledit sieur duc fasse exécuter son ordonnance , qui fut publiée dans tous les ports de son royaume l'année dernière, portant injonction à tous ses sujets qui sont au service des étrangers de retourner en France, et, pour cet effet, qu'il fasse visiter les vaisseaux étrangers qu'il rencontrera en mer, el se fasse remettre ses sujets qui s'y trouveront pour les faire punir selon la rigueur de ladite ordonnance.
Ledit sieur duc est informé de la conduite que les corsaires d'Alger tiennent a l'égard de ses sujets pour l'exécution des traités de bonne correspondance qui oui de faits avec eux; et, comme ils ont relâché quelques bàlimenls qu'ils ont trouves en mer et ont pris l'argent qu'ils ont trouvé sur une barque, Sa Majesté estime que iusques â ce qu'elle puisse leur faire la guerre avec bon nombre de vaisseaux, pour leur faire rendre ce qu'ils ont mal pris et rompre avec eux, il convient au bien de son service de ne leur point faire connaître le dessein de Sa Majesté qu'en quelque occasion importante.
Et toutefois, comme l'armée de Sa Majesié agit sous le nom de Sa Sainteté, ledit sieur duc ne laissera de prendre loul ce qu'il trouvera appartenant auxdits corsaires a Alger, Tunis et Tripoli.
Sa Majesté envoie audit sieur duc le pouvoir pour commander ses galères en cas de jonction, et elle envoie pareillement le pouvoir au sieur comte de Yivonne, -capitaine général de .ses galères, pour commander les vaisseaux en cas de maladie ou d'accident qui pourrait arriver audit sieur duc.
Sa Majesté veul que ledit sieur duc s'applique à faire le plus
Srand nombre d'esclaves qu'il pourra pour fortifier les cbiourmes e ses galères. Sa Majesté a ordonné d'ajouter à l'instruction de l'autre part, qu'en cas qu'après que le sieur duc de Navailles aura reconnu l'étal auquel sera la place de Candie lorsque l'armée de Sa Majesté y arrivera , il estimerait qu'elle ne fût plus en élat d'être secourue, el qu'il fût d'avis de reporter les troupes en France . Sa Majesté veut qu'en cela ledit sieur duc de Beauforl suive l'avis audit sieur de Navailles, el qu'il reprenne la roule de France avec touies les troupes qui seront sur ses vaisseaux.
Celle lecture terminée, M. de Deaufort demanda aux deux généraux s'ils avaient quelque instruction secrète qui différât de la sienne : ils répondirent que non.
En effet, les instructions séparées de MM. de Navailles et de Vivonne étaient identiquement les mêmes que celles de M. de Deaufort.
— Maintenant, m'ssicux , je vais vous dénoncer ce que M. l'abbé de Honlils m'écrit au nom de Sa Sainteté le père aux chrétiens :
« Je me donne l'honneur de prévenir Votre Altesse que les sentiments de Sa Sainteté sont, monseigneur, que vous preniez Cérigo pnur le lieu du rendez-vous el non Corlou ; Sa Sainteté avant goûté les observations que vous et les généraux de Sa Majesté avez faites sur ce que Cérigo csl mieux situé que l'autre ile , cl qu'elle est bien fournie d'eau el rafraîchissements nécessaires à une armée ; que, de plus, Cérigo est au vent de Candie, et dist.un d'elle de rtol ciiiquniiic milles seulement; que les
troupes y pourront débarquer si on le veut, et que le général de Candie s'y trouvera pour y couférer avec les généraux de Sa Majesté sur le dessein de la campagne, ce qui ne se pourrait pas rencontrer en quelque autre lieu que ce fût.
« Les mémoires italiens de l'ambassadeur de Venise â Sa Sainteté touchent les mêmes choses, et proposent, à propos de l'action des troupes , que le meilleur expédient serait d'attaquer les lignes des Turcs et non leurs places, pour ne laisser pas morfondre l'ardeur des soldats. »
— Voilà donc , m'ssicux , les réverbératious lumineuses de M. de Bonds, dont je m 'suis donné hier l'honneur d'éclairer Sa Majesté. A présent que le rendez-vous de Cérigo est accepté par Sa Sainteté le père aux chrétiens, ne pourrions-nous pas exprimer un plan de route pour les galères cl les vaisseaux? Voici quelques noies U-dessus par le rtvérend père l'Hoste, du séminaire des jésuites : il me Isa départies hier. —
Le plan du père l'Hoste était excellent, et il fut adopté sans contestations.
— Maintenant, m'ssieux, dit M. de Deaufort, que les vaisseaux , les galères et les troupes de terre sont comprimés ensemble et sur l'heure de partir, je voudrais avoir l'étal des galères, m'sieur de Yivonne , el l'étal de vos troupes, m'sieu de Navailles, pour l'envoyer à Sa Majesté, qui m l'a demandé.
MM. de Vivonne cl de Navailles donnèrent ces états, qui, joints â l'état des vaisseaux commandés par M. de Beauforl, formait l'effectif de cette armée.
Après ce conseil, M. de Vivonne retourna â bord de ta Cupitatie, et partit le lendemain, avec les galères, pour Candie ; mais il devait d'abord se rendre à Home.
Le 5juiu, les vaisseaux et les transports, commandés par le duc de Deaufort, mirent à la voile pour aller directement â Candie par le vent le plus favorable.