CHAPITRE XXI
Ce dut éïre un beau spectacle pour les habitants et pour la garnison de Candie que de voir, du haut de ses remparts démantelés, l'escadre combinée s'avancer lentement et en bon ordre sur une colonne ; chaque galère rouge , blanche et or, hardiment élancée, remorquant un lourd vaisseau de haut bord, au château d'avant chargé de sculptures, et que les vigoureuses palades des galères semblaient faire bondir sur les eaux.
Il était environ six heures du matin. Le soleil, déjà fort élevé, inondait la mer calme et bleue d'une nappe de lumière éblouissante qui miroitait sur le sommet mouvant de mille petites vagues soulevées par un léger clapotis. Le ciel, d'un azur foncé, était rayé vers l'ouest par les zones longues et étroites de quelques nuages d'un blanc argenté , qui de leur courbe immense embrassaient tout l'horizon, et sur lesquelles les hautes terres boisées de l'Ile se découpaient en masses d'un vert sombre. Il y avait si peu de brise, que c'est a peine si un faible souffle de tramontane (2; pouvait agiter les mille flammes, banderoles el pavillons de soie de toutes couleurs qui flottaient aux mats et aux antennes dégarnis de voiles des galères de France , de Malte, de Venise el de Home; quant a leurs étendards, ils
(i) Faire armtt rn comtrif. hra»l«-btl de lomkil (i} Vint du nord.
étaient trop chargés de broderies pour se dérouler; le seul étendard de combat des galères de France, placé sur sa lance au milieu de l'espale droite de la capitane, se déployait à moitié, étant d'une étoffe moins épaisse que le rouge étendard de l'Eglise arboré a l'arrière du carrosse; ce pavillon de combat étail de taffetas blanc, et représentait, selon l'usage, une Xotre- Dame en assomption, sous la protection de laquelle la France combattait alors.
A la tête de la colonne, on voyait la réale portant l'étendard de la chrétienté, montée par M. le bailli de Hospigliosi; après elle venaient les galèrfs de Rome et de Venise, composant la droite ou l'avant-garde ; puis la capitane et les vaisseaux et galères de France formant le corps de bataille. Enfin, a la tête de la gauche éuil la patronne de Malte, et après elle les galères et les huit vaisseaux vénitiens.
L'avant-garde ou tête de colonne avait le cap au midi, el s'avançait droit sur les murailles de Candie, qui reflétaient leurs masses blanches el irréguliôres dans la mer où baignait leur pied.
Lorsque la réale fut environ i trois portées de canon du bastion de Darmata sur lequel elle paraissait se diriger, elle orsa (I) vers le ponant, de façon que son apostis sénestre se trouvait parallèle à la côte, et que par celte manœuvre, que les galères imitèrent, leur ligne forma un angle droit avec la marche qu'elles tenaient d abord.
Suivie de sa division, la réale prolongea donc les murailles de Candie, puis les travaux des Turcs, puis leur camp, jusqu'à ce qu'elle eût à peu près atteint la hauteur de l'embouchure de la rivière de Jolfra. Arrivée là, la réale, au lieu de continuer à courir vers le ponant, pougea vers labèche (2; jusqu'à une portée de canon de I embouchure de la rivière; alors la réale ayant palpé (3,1, chaque galère passa devant elle pour aller prendre son poste de combat, atin de canonner le camp des Turcs par le revers, camp situé, ou le sait, à l'ouest de la ville, et qui s'appuvait sur le bord de la mer.
L aile droite de l'armée mouilla donc le fer, de sorte que sa ligne de proue, tournée vers grec-et-levanl(4), formait un angle très-aigu avec la côte qui courait du ponant au levant.
La réale ayant ainsi placé son avant-garde , se dirigea vers le levant pour y surveiller la manœuvre des huit vaisseaux el des galères de Malte, qui, formant l'aile gauche sous le commandement de la patronne . devaient battre les travaux lurcs du côté de la Sablonniére.
Pendant ce temps, les galères et vaisseaux de France continuaient d'avancer doucement en ligne droite aussi vers le bastion de Darmata , et cette escadre se trouvait assez proche de la côte pour qu'on pût apercevoir irès-distiuctement les ouvrages de l'ennemi.
Jusqu'alors les batteries turques, rases, élongées à fleur d'eau, avec leur glacis de gazon vert et leurs revêtements de terre d'un brun rougeâtre, étaient restées muettes; on vovail parfaitement les larges gueules de leurs grosses pièces d'artillerie qui béaient toujours silencieuses à chaque embrasure, bien que l'avant-garde de la flotte chrétienne fût déjà embossée à droite de ces ouvrages, qui, du côté de la mer, défendaient le camp infidèle.
Déjà la chaleur était accablante , et arrivait comme par rafales brûlantes : on eût dit les exhalaisons d'une fournaise ; la ville, les retranchements, les ouvrages d'attaque, tout paraissait mort et désert ; seulement on apercevait vers le milieu des travaux turcs un énorme mit de pavillou qui se dessinait nettement sur l'atmosphère chaude et bleue, et le long duquel s'élevaient ou s'abaissaient alternativement deux longues flammes rouges servant sans doute de communication télégraphique entre les ennemis ; à part ces signaux, on le répète, tout paraissait enseveii dans le calme le plus morne el le plus profond.
A ce moment même, la faible brise qui avait à peine ridé la
fil Ortr vtr, U panant (en l«nRoPe de pilireu', lusser «river à J oue*l.
(2) fous/tr em tifoht, — loffer *M| le *ud~mii»t
(3) Polptr, — c'cil plonger les pale» de* Mme* dm» l'eau pour irri-ler b mirehe ou IVrre de b ««lère.
I*] Éric m >»»», («nues de gjk-ro - Nont-e >t-qiurt-e»t.
surface de l'eau cessa Jouta coup, el la mer, reflétant les rayons ardents du soleil , s'étendit partout comme une glace flamboyante.
Ijt Courtisan , vice-amiral , remorqué par ta Force . formait la téte de colonne du corps de bataille, et avait pour matelot d'arrière C Etoile, remorquée par la llenommee ; après f Etoile, veuait l'amiral te Monarque, remorqué par la capitane, et ensuite le reste des vaisseaux et des galères de France.
La capitane, ainsi que toutes les autres galères, avait fait arme» en couverte de bombarde , c'est-à-dire que les dehors de chaque rambade qui formait une espèce de château d'avant, élevé d'environ six pieds et destiné à mettre a couvert les bombardiers qui manœuvraient l'artillerie de la galère située sur les conilles, furent revêtus de paillcls de deux ou trois pouces d'épaisseur, afin d'amortir l'effet des projectiles. On cacha aussi les parois extérieures des conilles avec quelques-uns de ces mêmes paillets, qui, - étendant comme un vaste mantelel de sabord , se haussaient pour chaque bordée et se baissaient après , au moyen d'une manœuvre courante ; puis on avait élevé seulement le premier des trois retranchements qu'on construisait d'ordinaire lorsqu'il s'agissait d'un combat de galère à galère (les deux autres retranchements n'étant bons qu'a défendre le bâtiment pied à pied en cas d'abordage).
on se borna donc à construire le plus important de ces retranchements, appelé le Bastion. Ce bastion prenait toute la largeur de la galère,, à la hauteur du quatrième banc de proue, et s'élevait au moyen de deux parois faites de traverses el de batayoles ; puis on remplissait I intervalle laissé entre ces deux espèces de murailles avec bon nombre de gumes (1, gumettes el autres cordages roués (2) en rond ou ovale. Du côté de la proue, on revêlait ce bastion de paillets de cinq à six pouces d'épaisseur, et sa hauteur, d'environ six pieds du coté de la poupe, n'en avait que cinq cl demi vers l'avant, ce bastion s'abaissant en glacis de ce côté jusqu'au niveau des rambade*. Cet ouvrage était destiné a empêcher l'artillerie ennemie de prolonger la galère de long en long, et à affaiblir encore l'effet des boulets déjà très-amortis par les paillets des rambades.
À l'arrière et sur l'espale droiie de la capitane, M. de Vivonne occupait son poste de combat ; il était armé, et, selon l'usage du temps , portait par-dessous sa cuirasse un surtout écaiiate fort richement brodé ; au lieu d'un morion, il avait un chapeau à plumes vertes et blanches garni a l'intérieur d'une croix de fer dite de Saint-André ; il avait en outre un haut-de-chausses de buffle , el ses grande* bottes de cuir épais lui montaient presque a la ceinture, les bottes étant alors presque considérée* comme armes défensives , comparées aux bas de soie qu'on chaussait habituellement.
Le général des galère» suivait les mouvements de la flotte au moyen d'une lunette; auprès du général étaient M. de Manse, capitaine de la capitane, et M. de Riquelti, chevalier de Mirabeau, major et inspecteur des galères- Ces officiers étaient aussi armés ; un peu derrière eux , on vovait le capitaine des gardes de H. de Vivoiine, ainsi que MM. de Monlbousquet , le chevalier Gaillard, et de Manse, enfant de douze ans, fils du capitaine.
Le maître pilote, monté sur la timonière , donnait ses ordres au sous-pilote , placé a la barre avec ses deux meilleurs aides.
Le lieutenant, M. de Chabert, avait son poste sur la rambade droite, afin de pouvoir juger du pointage de l'artillerie Enfin , maître Talebaro-Talebardon était debout sur le tabernacle , .son long sifflet d'argent pendu au col , véiu comme de coutume, ayant seulement un morion d'acier tout rouillé sur la téte ; à son côté un sabre large et court sans fourreau , à sa ceinture une paire de pistolets à rouet , et à la main un assez long nerf de bœuf d'un pouce de diamètre , qui paraissait aussi souple que dur. Ce nerf de bœuf, ce sabre et ces pistolets résumaient, pour ainsi dire, les trois degrés de pénalité qu'il devenait souvent nécessaire d'appliquer immédiatement aux chérubins et aux fils cr amour (selon l'heureuse expressiou de maître Ta-
(1) Gumri et gumtlltt, — cible* et grelm».
(2) tout,, — W».
lebard-Talebardon ) qui composaient la chiourme. lin coup de nerf de bœuf était le premier avertissement ; le coup de sabre , la réprimande sérieuse; et la balle de pistolet, la dernière semonce, Yultima ratio. Le sous-comite, l'argousin, le sous-argousin, qui se promenaient dans la courcic et dans les couroirs. étaient armés de même. En outre, les mariniers déferrés, qui servaient de voaue-avant à chaque rame, avaient aussi un sabre à la ceinture pour contenir ou stimuler les forçats, qui, au milieu d'un combat meurtrier, pouvaient être tentés de ralentir leur vogue ou de se rebeller.
Et de fait , bien que la palamenle de la capitane fût composée d'une chiourme extrêmement choisie, de la line fleur des condamnés , de l'élite des esclaves achetés ou pris pour le service du roi, on doit avouer qu'on ne lisait pas alors, sur la physionomie de ces rameurs qui allaient soutenir la croix, l'exaltation guerrière et religieuse qui aurait dû animer les défenseurs d'une cause aussi sainte ; chez la plupart on reconnaissait tous les signes de la terreur ou de la résignation la plus désespérée, et chez quelques-uns ceux d'une insouciance tout animale.
Cela se peut d'ailleurs facilement concevoir; à jamais enchaînés à leurs bancs, n'étant autrement comptés que comme la puissance locomotrice de la galère, mis a peu près à la hauteur morale el intelligente des roues d'un bateau à vapeur de nos jours; soumis a une manœuvre de force lente mécanique, el qui, bien qu'horriblement fatigante , leur laissait lout le calme nécessaire pour envisager le péril ; ne pouvant pas même, au milieu d'un combat sans merci , assouvir celle ardeur animale et féroce que l'instinct de sa conservation éveille toujours chez l'homme a la vue du carnage, ardeur, ou , comme on dit , courage , qui fait rendre coup pour coup , ou tuer pour ne pas être tue. ne pouvant pas même, pendant une action meurtrière, s'étourdir ou s'exalter par un cri national ( il était expressément défendu à ta chiourme de crier vivk le roi, lorsqu'elle n'était pas bâillonnée); n'ayant pas même, après l'affaire, l'es-
Foir d'une de ces félicitations banales dont on paye au moins aveugle acharnement du soldat. Encore . partout el toujours , force mouvante el rien de plus ; on conçoit que, victoire ou defaite, pour eux c'était lout un ; car, vaincu, ramer pour le bey de Tunis ; ou vainqueur, ramer pour le roi de France, pojir le forçat c'était aussi tout un. Seulement l'abnégation désespérée avec laquelle ces misérables se laissaient sacrifier pour des causes qui leur importaieui généralement si peu, procédait de ce dilemme pressant appuyé par le pistolet des argousins et les pierriers des rambades : On va te tuer, si tu ne veux pas l'exposer à te faire tuer. Or, comme après tout chaque boulet ennemi n'arrivait pas en pleine galère, et que pistolets et pierriers eussent au contraire agi directement et infailliblement sur les rebelles, la chiourme voguait toujours, souvent, il est vrai, avec mollesse el lâcheté, mais enfin elle voguait.
Or, en voguant, elle approchait la capitane du fort de Darmata, au plus éloigné de deux portées de canon ; car nous avons dit que la tête de colonne continuait d'avancer en ligne droite vers le fort, et que les batteries turques restaient toujours silencieuses.
M. de Vivonne, fatigué de se tenir debout , avait fait monter, du gavon sur la couverte, un moelleux fauteuil doré recouvert de velours rouge; la chaleur était excessive, el l'obésité du joyeux général commençait a lui devenir fort incommode , car sa cuirasse l'echauffait terriblement.
— Ah, pardieu ! dit-il en soulevant son chapeau a plumes, et essuyant avec son mt u. hoir brodé la sueur qui lui coulait du front, pardieu! chevalier de Mirabeau, je me sens dans cette damnée cuirasse à peu près aussi a mon aise qu'au fond d'un four; je n'y liens plus... je vais me faire désarmer ; parce qu'après tout un général des galères doit honorablement mourir emporté d'un coup de canon , et non pas cuit à petit feu dans celle rôtissoire Puis, appelant un proyer (I : — Va dire à mon valet de chambre de monter ici pour me désarmer.
— Vous d-sarmerl par saint Antoine mon patron , s'écria le chevalier avec son effroyable accent provençal, vous des-
[I) tro*tr, — 'mou»«c à b*nl de* pttrtl.
armer! n'en faites rien, monsieur; que parlez vous seulement de coups de canon ? savez-vous pas que ces sauvages-là vont nous tirer a gros plomb comme des lièvres , puisque nous allons mouiller le fer a une demi-portée de mousquet de leur lanière? Gardez, gardez votre armure, monsieur; et leurs balles de fer de quatre a la livre deviendront camuses sur votre cuirasse.
— Garder ma cuirasse, mon cher major, garder ma cuirasse, cela vous est bien facile A dire , a vous qui êtes une véritable salamandre, puisque vous n'étouffez pas dans la vôtre Nais moi, qui étouffe et qui cuis dans la mienne, avant tout, je tiens a m'en débarrasser, dit M. de Vivonne en se faisant désarmer ; pois il ajouta : Ah 1 si c'était l'hiver, avec un bon buffle fourré par-dessous . je me résignerais encore I subir cette infernale coquille de fer ; mais au mois de juillet, mais sous ce soleil, dévorant I que j'exècre surtout depuis qu'il me prive de glace
de glace, cette adorable contradiction de l'été I Sardanapale! j'aimerais mieux ne jamais flairer un becflgne ou un ortolan de ma vie, que de rester une minute de plus dans cette machine a rôtir des chrétiens. Ouf... au moins on respire... ainsi .. dit le général en se sentant débarrassé de son armure. Puis il ajouta : Allons! débarrasse-moi donc aussi de ces lourdes bottes ; c'est bien assez, pardieu ! de les chausser dans une campagne de terre ferme, lorsque j'ai , hélas ! a chevaucher sur mon brave courtaud Jean-Leblanc.
Pendant qu'on le débottait, M de Vivonne, assis sur son fauteuil, jeta machinalement les yeux sur les sept rameurs qui manœuvraient la rame du premier banc de droite ; mais , au bout de quelques instants, il détourna brusquement la vue en faisant un geste de dégoût et presque d'effroi. Puis il commanda d'une voix dure et colère qu'on lui amenât le comite-réal.
On va tacher d'expliquer la cause de ce dégoût. Le général avait donc un moment arrêté ses yeux sur les rameurs du premier banc de droite. Or, on mettait ordinairement sur les rames de ce banc et de celui de sénestre les forçats les plus vigoureux de la vogue. En effet, les sept rameurs de droite . les cinq forçals dont on voyait les figures, avaient des formes herculéennes, leurs chemises de grosse toile blanche fiaient relevées jusqu'aux coudes, et lorsque, après être montés sur la pédague et avoir poussé le geuou de la rame vers la poupe, ils retombaient sur leurs bancs en se renversant violemment en arrière pour ramener la rame avec force, on aurait pu compter les veines et les muscles de leurs bras qui, dans cet exercice, avaient acquis un incroyable développement.
Deux rameurs de ce banc, \'ajto*iU U) et le tiereerol (2), étaient surtout d'une taille athlétique, l'apottit , nègre de proportions gigantesques, vétu seulement d'un caleçon rouge, avait le torse entièrement nu ; son crâne, aussi nu, lui<ant et rasé, semblait défier l'ardeur torréfiante des rayons du soleil. Le Mi m vt u/ était un Provençal d'une taille non moins colossale, au visage hâlè, bronzé par la chaleur, et qui, rasé comme le noir, ne portait pas non plus le bonnet rouge de la chiourme; mats ce qui causa le dégoût du général, et ce qui rendait en effet ces deux physionomies déjà basses et féroces d'une épouvantable hideur, c'était le manque absolu de nez et d'oreilles, far sur ces deux visages, dont les sourcils étaient, selon l'ordonnsnee, rasés comme la barbe et les cheveux , au lieu de nez, on voyait deux larges trous affreusement cicatrisés par te fer rouge, au moyen duquel le bourreau arrêtait d'ordinaire l'hémorrhagie causée par son couteau. Enfin, de chaque coté de la tète, les cartilages des oreilles manquant, le conduit auditif restait aussi découvert, et entouré d'une profonde cicatrice.
Qu'on se figure donc l'aspect horrible de deux visages sans nez, sans oreilles, sans un poil de barbe ou de sourcil, sans un cheveu, et rendus plus affreux encore par une expression de férocité sournoise, et l'on concevra le dégoût de M. de Vivonne, qui, en tout et partout, aimait le beau passionnément, et affirmait h éprouver un malaise physique aussi prononcé en voyant
(I) L'apntu était le dtiuivuiv raimur, celui qui »ui»ail imniudiab-uienl le Vogue-avant.
(2| Le iitrctrol était le I roi lit— ,
uue ligure repoussante qu'en entendant une musique fausse et criarde; » on concevra, dis-je, l'espèce de terreur dont il dut élre frappé à la vue de ces deux atroces figures qui, à chaque élan des forçats sur la pédague, se dressaient vers lai. Aussi, avons-nous dit que, détournant les yeux, il appela maître Talcbard-Talebardon, qui d'un saut fut près du général.
— Pourquoi, lui dit M. de Vivonne avec impétuosité, vienstu mettre juste en face de l'espale où je me tiens, ces deux monstres à figures de damnés, que je n'avais pas encore vus sur la capitane?
— Deux monstres ! monseigneur, dit le comite-réal, tout tremblant de la colère de M. de Vivonne, et cherchant des yeux, du côté de la proue, deux monstres! Par saint Klmel j'y suis. Monseigneur veut parler de Boule-Noire et de Boule- Borgne, comme j'appelle ces chérubins, maintenant l'apostis et le tiereerol du premier banc de droite, et qui étaient, il y a une heure, les tire-gourdins du même banc ; c'est pour cela que monseigneur ne les avait pas vus. Mais que monseigneur me par donne ; ce ne sont pas la des monstres... ce sont les deux meilleurs...
— Tais-loi, cria M. de Vivonne, qui, la téte toujours tournée, faisait de sa main un signe expressif au comite-réal , taistoi... chasse-moi ces affreux spectres... que je ne les aie plus sous mes yeux.
— Les chasser! chasser Boule-Noire et Boule-Borgne I reprit maître Talebard-Talebardou, qui, dans son étonnement, oublia le respect qu'il devait à son général ; les chasser ! Mais, monseigneur, ça vous a peut-être les quatre meilleurs bras de toute la palamente ; deux évadés repris qui doivent à leur petite promenade, les pauvres fils d amour, l'état où vous les voyez, monseigneur. Par exemple, c'est bien la faute de Boule- Borgne s'il s'est fait priver d'un œil en remuant la tête par trop brusquement lorsque le bourreau a voulu cautériser la place où se tenait habituellement le nez qu'il venait de lui couper; le fera remonté et a fait tort d'un œil au pauvre Boule- Borgne. C'est vrai ; mais, malgré cela, monseigneur, tui et son camarade Boule-Noire...
M. de Vivonne, qui avait écoulé ces explications avec une longanimité exemplaire, frappa vivement du pied en disant : — Comité ! d'un son de voix tellement courrouce, que maître Talebard-Talebardon ajouta respectueusement : — Mais, puisque monseigneur t'en dégoûte, te vais en refaire les deux tiregourdins de la première rame de sénestre ; ce qui les cachera de nouveau a la vue de monseigneur sans priver la première rame des quatre meilleurs bras de la palamente.
— Allons, allons, fais vite, dit M. de Vivonne toujours tourné vers la poupe, et que je ne les voie plus.
Ce changement fut donc exécuté au grand mécontentement de Boule-Noire et de Boule-Borgne, qui trouvaient leur ancien poste de tire-gourdin beaucoup plus pénible que celui qu'ils venaient de quitter.
A ce moment, te Courti$an, vaisseau-amiral, formant la tête de colonne du corps de bataille, arrivant a une portée de canon du bastion de Darmata, orienta sa voile d'artimon pour se faire abattre et aider la manœuvre de sa remorqueuse, qui, au lieu de continuer de courir sur ce bastion, orsa vers te ponanl, afin de prolonger la côte où étaient placées les batteries turques, et de prendre son poste de bataille a l'ouest du bastion Saint André, en face des derniers travaux du camp des infidèles.
— Allons, messieurs, dit gaiement M. de Vivonne à ses officiers et anx volontaires qui l'entouraient, le feu va sans doute commencer; nous serons des mieux placés pour le voir et entrer aussi en branle. Mais, de par Dieu! voici un lourd vaisseau qui nous est aussi fâchenx que l'est une duègne collée à la jupe d'une jeune fille qui brûle d'aller voir son amant. Et M. de Vivonne, se retournant vers la poupe de la capitane, montrait a son état-major la proue gigantesque du Monarque, encore surchargé d'un énorme château d'avant, couvert de sculptures, et qui paraissait devoir abîmer la galère i charune de ses palades ou rompre la double gume qui lui servait de
Hfl
rap de remorque, tant le câble se roidissait sous ce hal.ige écrasant.
L'Etoile, matelot d'arrière du vite-amiral, et matelot d';i-
dc la capilane, imitait la manœuvre du Cvurthan, lorsque maître Talchard Talebardon s'écria : — Monsieur le capitaine, voici F Etoile qui orse; n'oserons-nous pas aussi, s'il vous platt?
A peine ces mots étaient-ils prononcés, que t Etoile était en travers des batteries turques, ainsi que le Courtisan, dont l'arriére formait un angle droit avec l'éperon de la rapitane.
Les batteries turques, jusqu'alors muettes, se couvrirent tout n coup d'un nuage de fumée blanchâtre qui fut au même instant troué par de rapides jets de flammes ; un long roulement, répété par l'écho des montagnes, retentit sur la mer; quelques boulets égarés passèrent en sifflant au-dessus de la rapitane, et l'un d'eux Gt voler en éclats un morceau de sculpture de l'avant de l'amiral.
Cette première volée produisit un singulier effet sur la chiourme de la galère; ce fut comme une commotion électrique. La palamente, sans précisément discontinuer la vogue, forma un brusque temps d arrêt qui dura à peine une minute, ravis qui fut pourtant assez sensible pour que le comite-réal, et â son imitation les sous-comites, argousins, sous-argousins et anspeçades. fissent tomber sur le dos des rameurs, par uo mouvement sans doute électrique aussi, une grêle de coups de nerf de bœuf.
— Voguez donc I voguez donc sème ( I), mes chérubins, dit le comile-réat d'une voix des plus amicales, tout en redoublant de coups sur le dos des premiers rameurs de poupe qui devaient régler le reste delà vogue. — Arranque... arranque ! Pourquoi jouer ainsi de l'épinette (2), mes fils d'amour... Eh î de quoi vous mêlez vous donc d'avoir peur?... vous savez bien que le canon ne vous regarde pas... Est-ce que les arbres et les antennes d'une galère ont peur des balles! Eh bien! mes beaux mignons, puisque vous faites seulement l'office d'arbres, d'antennes et même de zéphyrs en poussant la rapitane, les boulets vous doivent demeurer aussi indifférents qu'aux agrès et aux zéphyrs, entendez-vous, mes chérubins? Allons, arranque... arranque, tt laissez reposer un peu mon pauvre gourdin, qui ne vous a rien fait.
Grâce â ces exhortations, la vogue reprit son ensemble, et la rapitane continua de marcher.
— Monsieur le capitaine, demanda le comite-réal du bnut du tabernacle, ne faut-il pas maintenant, s'il vous plaît, suivre la manœuvre de t Etoile Y sans cela nous allons dépasser la ligne d'embossage.
— Non, non, s'écria Vivonne, laisse courir. Vive Dieu ! laisse courir. Approche-nous encore du rivage... Tu orseras tout a l'heure, quand la rapitane sera prés de son poste, c'est-à-dire à portée de voix de ces mécréants. N'est-ce pas, messieurs, â elle cet honneur d'être la seule et la plus avancée de toute l'escadre?
— Oui, oui, s'écrièrent les officiers. En avant la capitane, en avant! Comité, mouille-la, mort-Dieu! à toucher terre de son
— Allons... allons... vous entendez, mes chérubins, dit le comité. Allons, casque a proue... Ferme sur la nédague. La, voguez, voguez tout, mes vaillants ; que notre capitane fasse la nargue a ces baquets de haut bord, qu'il faut traîner au combat, comme une bourrique rétive au marché!
Alors la chiourme vogua si vigoureusement que la capitane devait bientôt atteindre puis dépasser sans doute la ligne d'embossage des autres bâtiments.
Le feu des batteries turques était vigoureux et nourri; f Etoile elle (Courtisan n'y répondaient pas encore, attendant, selon les ordres de M. de Vivonne, que le reste de l'escadre fût embossé. Pourtant le (Aurt'uan, ayant perdu son petit mât de bourcet (3j, ne put retenir son ardeur, laissa tomber ses ancres, coupa le
Voguer me dt /Y/il
, — mit ri hune.
Ut, — en bugige d'irgnl île g»lèrc, rogutr iinifuit rumor nul et mus cmemMe.
cap de sa remorque et engagea l'action ainsi que F Etoile, tandis que les deux galères la Force et la Renommée, mouillant a gauche de chaque vaisseau, dans l'intervalle qu'ils laissaient entre eux de poupe a proue, firent feu de leurs cinq pièces placées à l'avant.
— Mort-Dieu! s'écria impétueusement Vivonne, ce damné Martel n'attend pas mon signal... Allons, comité... avance donc, cordieul avance donc! Ils commencent sans nous. Il ne nous en restera pas. Avance... avance...
Comme la chiourme ne paraissait pas faire des efforts de vogue proportionnés â l'ardeur du général des galères, le comité et ses aides regardèrent comme â propos de remplacer le nerf de bœuf par le sabre nu : ils furent généralement compris, et la capitane voguait aussi vite qu'elle pouvait, eu égard au poids énorme qu'elle avait à remorquer, lorsqu'on entendit tout à coup une voix perçante qui, partant de l'avant du Monarque, s'écria avec effroi :
— Obéi de la capitane... pas une palade de plus .. Laissez arriver ù tribord... ou le vaisseau va toucher. Il lire vingt pieds d'eau de plus que les autres.
— Alerte!... scie, scie la droite, et vogue avant tout le senestre, cria le comite-réal avant que le capitaine ou le général eussent dit un mot. Et toi, timonier, orse tout â la bande (1), orse tout.
A peine ces mots étaient-ils prononcés, que la capitane décrivit uo angle droit avec la ligne qu'elle suivait d abord, et prolongea la côte, m;»is un peu en arrière du Court'uan, de t Etoile et des deux galères, qui continuaient leur feu, pendant que le reste de l'escadre poursuivait sa route en passant devant le général pour aller prendre son poste de bataille.
— Mille dieux I s'écria M. de Vivonne en frappant du pied In couverte de la g ilèreavec un geste de désespoir, ne vous le disais-je pas, Mirabeau* ce lourd vaisseau va nous empêcher d'avoir le plus beau poste de combat et forcer la capitane de se battre â une portée de canon, quand deux de ses galères s'escriment 1 portée de mousquet!... Comité... fais couper le cap de remorque de ce vaisseau, qu'il mouille ici ou au diable. .. je veux aller au poste qui m'appartient... Coupe cette gume, comité, m'entends-tu?
— On ne peut, s'il vous platt, monseigneur, dit froidement le comité, couper ce cap sans en prévenir le vaisseau : c'est le laisser aller sur son erre... et, bien que ce ne soit qu'un vaisseau, c'est l'exposer beaucoup, et...
— Je m eu f..., je veux aller à mon poste! s'écria M. de Vivonne avec une aveugle impétuosité. Comité, fais couper cette remorque... ou je te fais fusiller comme un chieo.
Alors le comité, s'èlançant sur la liuionière, cria : — Ohc! du vaisseau, on va larguer le cap de remorque, pre parez-vous à mouiller vos ancres.
En entendant l'avertissement que le comité venait de doiiner au vaisseau, M. de Vivonne revint, pour ainsi dire, à lui , et frémit en pensant aux suites que pouvait avoir son imprudence
L'n ii.slant après, le lieutenant du Monarque, le jeune de Keroualle. s'écria de l'avant du Monarque : — Larguez le grelin, nous allons mouiller.
Ces deux manœuvres étant faites presque simultanément â bord de l'amiral et de la capitane, cette belle galère, débarras» sée du poids qui gênait sa marche sembla véritablement voler sur les eaux, et s'avança rapidement vers le rivage pour aller rejoindre et dépasser le corps de bataille, qui, déjà mouillé et embossé, répondait vigoureusement au feu des batteries turques.
Hien que le poste de chaque bâtiment eût été désigné à l'avance par M. de Vivonne, le mouillage se fit avec une telle confusion, et les vaisseaux se trouvèrent si près les uns des autres, qu'il n'y eut plus de place entre eux pour la plupart des galères. Fut-ce mauvais vouloir ou ignorance de la part «les capitaines de vaisseau, était-ce désir d'oler aux galères le inoveii de participer â l'action, c'est ce qu'il est fort difficile déjuger. Toujours est-il que les capitaines de la plupart des galères,
(1 ; Or«r i<m< a U
— mettre l.i lurrc <lt'*MHi».
JKAN BART
voyant la ligne d'em bossage des vaisseaux si serrée qu'ils n'y ' pouvaient trouver place, plutôt que de rester spectalturs dû combat, commirent l'héroïque imprudence de mouiller entre les vaisseaux et les batteries turques, de sorte que les bordées des vaisseaux passaient par-dessus leurs bâtiments, ce qui n'élail pas absolument sans danger ; car, bien que l'œuvre morte des
Salères ne fût guère élevée de plus de trois pieds et demi auessus de l'eau d'un joug à l'autre, et que la batterie basse des vaisseaux d'alors fût au moins à six pieds au-dessus de la ligne d'eau, la poupe, la limoniére et les rambades des galères étaient fort élevées. Aussi l'on doit croire que ce dangereux mouillage des galères dut masquer plusieurs pièces d'artillerie des vaisseaux qui combattaient par le travers, undis que les galères, ainsi qu'on «ait, faisaient seulement feu de la proue.
Nous avons laissé la capitane voguant rapidement pour prendre son poste de combat H. de Vivonnc, voyant un intervalle entre le Provençal et la Thérète, mouillés très-proche de terre, et un peu à l'ouest du bastion de Saint-André, en face des batteries turques les plus considérables, dit à H. de Hanse:
— Monsieur, vous allez faire donner fond a la capitane, tout proche et un peu en avant de la Thérètc et du Provençal, et une fois là , mille dieux! nous rattraperons le temps perdu.
— Oui, monseigneur, dit M. de Manse, qui transmit cet ordre au comite-réal.
Et ce dernier s'écria d'une voix claire qui surmontait le retentissement de l'artillerie : — Allons... arranque, mes beaux fils; encore deux palades, et nous voici arrives ... pour nous croiser les bras, et enfin nous reposer un peu en voyant la féte. mes chérubins...
Comme cette promesse de repos ne paraissait pas suffisamment stipuler le zèle de la chiourme qui se voyait avec un effroi croissant approcher de plus en plus du théâtre de l'action, le comité eut recours au sabre nu qu'il tenait a la main, et donna deux ou trois légers lardons aux moins allant* de ces chérubins. Fuis s'approrbant de M. de Nanse : — Monsieur, lui dit-il. je vais, s'il vousplall, faire coniller les rames pour nous glisser entre ces deux vaisseaux ; notre erre nous suffira pour passer et donner fond... Mais, outre les deux fers, je crois qu'il serait bon de mouiller avec la gume une grouppi de col (I) ; car, s'il nous faut serper en hâte, cela facilitera la manœuvre.
— Faites... faites vite, comité, dit le capitaine, que nous puissions donc rendre quelques boulets à ces infidèles.
— Oh là ! hé ! Isnard ! cria le comite-réal, as-tu fait prolonger à séneslrc une grouppi de col pour renforcer la gume?
— Oui, notre homme.
— Alerte... donne fond.
La capitane s'arrêta sur son erre; et, les rames ayant été confiées d avance, elle put commencer son feu
A part quelques boulets ricochés , la capitane n'avait reçu aucune avarie.
A la première salve de ses cinq pièces, la capitane frémit dans sa membrure, et M. de Vivonne jeta son chapeau en l'air au cri de rire le roi!
Les soldats et les mariniers répétèrent seuls ce cri, qu'il était défendu aux forçats de pousser comme s'ils l'eussent profané.
L'attaque était généralement et vigoureusement engagée; seulement, comme il n'y avait pas la moindre brise, une vapeur rousse et épaisse enveloppait tellemcut la Hotte, que c'est à peine si l'on distinguait la coque blanche des vaisseaux à la lueur de chaque bordée; quant' aux batteries des Turcs, elles
(l) I.i y r un/./) i de col était un grelin neuf de morne longueur que la gume lie ràlilel, nuis n ayant qur six pouces rt demi de circonférence ; un alUchiit ce grelin aux tiras «le l'ancre pour aider à serper le Ter. Pour cet i-ITet, il ï mail un organneau île toi* doué sur le tabouret, sur lequel ou frappait la grouppi <tc col, et on la prolongeait sur les lianes, toujours (tu côté opposé i ci'lni où la gume de l'ancre était prolongée. Quand on \oulait serper. la chiourme hàlail la grouppi en même temps que la gume : ce qui aidait singulièrement et faisait beaucoup pin» de lorce, parce que la ermippi, étant attachée aux bras de l'ancre, lui faisait quitter le fond phis facilement que la gume qui. étant attachée à la cigale, faisait par son poids enfoncer les pallia de l'ancre dau* le fond.
' avaient aussi presque entièrement disparu sous un épais nuage de fumée.
Un boulet de marbre, parti du retranchement ennemi, tomba en plein abord de la capitane : il s'amortit en traversant le bastion , mais néanmoins laboura profondément la vogue de la galère , et ne s'arrêta que sur le pied de cavalet du caicq , qu'il brisa du choc.
Dans sa course, ce boulet atteignit cinq forçats, dont deux furent tués et trois autres grièvement blessés. A cette vue, les voisins des blessés poussèrent un cri lamentable, et firent un mouvement pour se porter en dehors de leurs bancs ; mais leur chaîne les retint en se roidissanl, et le sabre du vogue-avant et des argousins les fil tout à fait rentrer dans leurs places.
— Voilà un furieux coup , dit M. de Vivonne au chevalier de Mirabeau en entendant les cris des blessés; mais heureusement ce n'est que de la chiourme. Pourtant, comme les cris de ces poltrons pourraient démoraliser les autres, et qu'ils sont d'ailleurs des plus aigres et assourdissants, dites au comité de leur faire mettre le lap en bouche avec les oreillères (1), ajouta le général.
L'ordre donné , maître Talebard-Talebardon s'écria : — Alerte ! mes chérubins. Alerte! le lap en bouche! mordez vite cette bonne bouchée de liége-là, et attachez le tap à vos oreilles, de peur de le laisser tomber en riant trop fort. Allons... alerte! Oh hé! les anspeçades (2), serrez-le ferme, jusqu'au sang, à ceux qui l'oublieraient. .
A ce moment, un autre boulet arriva en ricochant sur l'apostis, et frappa en plein M. Vidau, capitaine de la barque longue |ou mouchel de la capitane, et sortit par la limoniére en emportant un limonier.
M. Vidau était à ce moment tout proche de M. de Vivonne ; il eut la tète et l'épaule droite fracassées et tomba aux pieds de M. de Manse, qui fut couvert de s.mg.
— Diable ! de Manse, dit M. de Vivonne en pâlissant et serrant les lèvres, voici qui n'est plus de la ch ourme. Puis, s'adressant au major: — Vous voyez, monsieur de Mirabeau, si j'ai, par Dieu! bien fait de me "désarmer; je vous demande ce que peut répondre une pauvre cuirasse à de pareils brutes de boulets. Eh bien ! eh bien ! notre feu se ralentit, pourquoi cela?... le Courrier seul continue de tirer. Monsieur de Manse, ajouta Vivonne en s'adressanl à un enfant de douze ans, fils du capitaine, embarqué comme volontaire, monsieur de Manse, courez donc voir ce que c'est .. Mille dieux...
L'enfant se précipita vers la proue par le couroir. et au bout de deux minutes il revint par la courcie, porté par deux soldats, tout sanglant, et son bras droit pendant ça et là. — Monseigneur, dit-il à Vivonne d'une voix éteinte, le feu a cessé un instant... parce que M. de Chabcrl vient d'être luè sur la rarabade droite. Et le pauvre enfant s'évanouit après avoir dit ces mois.
Son père, M. de Manse, était sur l'espale proche de M. de Vivonne ; il pâlit affreusement, se sentit défaillir, et s'appuya un moment sur le bras du fauteuil du général. Puis il se jeta vers son enfanl, criant d'une voix déchirante : — Mon fils! Mais, comme s'il eût senti qu'il était, avant toutes choses, ca-
Sitaine, il se contint et, les larmes aux yeux, dil seulement à [. de Vivonne : Permcltez-vous, monseigneur, qu'on porte ce malheureux enfant dans le carrosse de poupe ?
— Sans doute, sans doute, de Manse, allez; et mon chirurgien Mascarolus le va panser tout à l'heure; accompagnez-le, et venez m'en rendre compte ; car, merci Dieu ! j'espère qu'il n'en sera rien.
— Je ne puis abandonner mon poste, monseigneur; mais je vous saurai gré toute ma vie de l'offre que vous me faites, et de votre intérêt pour mon fils.
El le jeune de Manse. que son père suivit des yeux en joignant
(IJ On sait que le Mp était un haillon fait d un morceau de liége épais d'un pnure, large de deux et loug de trois, qu'un faisait tenir aux forçais entre leurs dculs ; dans les occasions dangereuses, on les obligeait à tixer ce haillon dans leur bouche su moyen de deux cordons qui passaient dernère les oreille».
(3) Les anspeçadès étaient des marinier, remplissant les mêmes fonction» que les sous-argntMii*.
ses deux mains avec force, disparut porté par les deux soldats.
Un a dit 'tue les navires étaient embossés .. portée de mousquet de plusieurs batteries à fleur d'eau, dislance qui permettait aux Turcs de se servir de mitraille. Aussi fut-ce a leur première volée de ces projectiles que la capitane dut la mort du sous-lieutenant, M. de Chabert, qui reçut deux biscaîeus dans la poitrine. Le jeune de M .m se avait eu l'épaule et le bras droit cassés.
Comme on finissait de descendre le corps du sous-lieutenant dans le scandalard, il arriva une seconde pleine bordée de mitraille; cette grêle de fer s'abattit en sifflant sur la capitane, brisa les rames, ricocha sur des ferrures, tua ou mutila une vingtaine de forçats, et atteignit a la tête le chevalier de Mirabeau, au moment où, monté sur le bandinet d'espalc. il lâchait de dis-
cuirasse ; car, au lieu de gros écus, ils vont nous envoyer de la monnaie. Encore une fois, reprenez votre cuirasse, croyez-moi, monsieur.
— Bah! bah!... dit Vivonne, il fait si chaud! Elle digne général se jeta dans son fauteuil en s'essuyant le front.
On a dit que bon nombre de forçats étaient blessés ou tués. Or, comme leur défcrremenl des bancs était une opération fort longue, on ne pouvait, Unique durait l'action, oter les morts et les blessés d'entre leurs camarades; el l'on conçoit assez qu'une telle vue et un tel voisinage n'exaltaient pas beaucoup la chiourme. Quelques blessés turcs, surtout, malgré leur bâillon, poussaient des cris sourds et étouffés, et dans le paroxysme de la douleur faisaient tout au monde pour arracher leurs chaînes de leurs bancs; d'autres, avec uu élonuemeot
Troun & Tair Qui', voilà de fr»c»« pour me IraciMer ma perruque t
tingtier la manoeuvre des vaisseaux vénitiens qui abandonnaient licitement leur posie. Le chevalier tomba à la renverse, el MM. de Manse et de Vivonne le crurent mort ; mais au bout d'une minute, il lit un mouvement, s'assit sur la couverte el enfin se releva ; mais, marchant d'un pas incertain comme un homme ivre, il alla donner sur la porte du carrosse ; revenant alors tout t fait a lui, il porta la main a sa tête, el dit froidement : — Troùn de rair!... Que voilà de fracas pour me tracasser ma perruque I En effet, par un bonheur inespéré, la balle, effleurant l'épiderme du c6t( droit du crâne un peu audessous de l'oreille, avait emporté une partie de l'épais réseau de til qui tenait les cheveux de la perruque du major.
— Vous devez un furieux ex-voto à votre perruque, chevalier de Mirabeau , dit M. de Vivonne en aidant le major à se reconnaître ; deux lignes de plus, et M. de la Jonquière allait a la parade...
— Ah ! par saint Antoine , monsieur, reprit le chevalier en se Utant la téte , ne vous le disais-je pas... voici les halles de quatre a la (ivre qui commencent. Croyez-moi , reprenez votre
stupide, lâchaient de se dégager des cadavres , qui , enchaînés aux bancs, pesaient sur eux. Somme toute, bien qu'une partie de la chiourme eût déjà vu le feu, la démoralisation commençait a s'y mettre ; et mallre Talebard-Talebardon , fort expert physionomiste, et qui pendant tout le combat n'avait autre chose A faire qu'a se promener sur la courcie et a examiner le visage de ses chérubins, fut frappé de celle terreur apathique qui les gagnait , et pensa , non sans effroi , que, s'il fallait voguer tout pour retirer la capitane d'un danger pressant, il ne retrouverait plus la vigueur accoutumée de sa chiourme. Aussi, s'approchanl du général ;
— Monseigneur, voila des drôles qui regardent comme indignes d'eux celle honnête compagnie de morts el de mourants,
!|ui ouvrent des yeux de boeufs à cette canonnade, et que le roid de la peur va engourdir tout a fait ; m'est avis qu'il faudrait, s'il vous plall, leur donner un verre de ce bon saonvochrittian qu'on trouve a ma taverne, el leur faire jouer aussi quelques bidorhot par vos hautbois et vos trompettes pour les égayer un peu.
JFAN BAHT
— Tu as, ma foi, raison ! dis au majordome de leur faire donnerà boire a mon compte, et ordonne i mes trompettes et hautbois de venir ici sonner dans le miroir.
— Mais, monseigneur, ces damnés couards de musiciens italiens sont eneapés dans le scandatord, comme des congres dans leur trou , et ils n'en voudront sortir sans...
Ici le comite-réal fil un geste significatif avec son gourdin.
— Eh bien ! eh bien ! qui te relient? va-s-y, ou envoie-s-y tes argousins et sous-argousins, et qu'ils me les amènent ici à l'instant même. Par Amphion I le souffle de ces beaux musiciens m'appartient en paix comme en guerre, en calme comme en tempête ; qu'ils viennent donc.
Maître Talebard-Talebardon descendit par le fougon, et bientôt deux aides du barillet (I) vinrent avec des bidons qu'ils confièrent tour a tour à la bouche altérée des forçats, auxquels on ù tu et on remit' le tap après boire.
Puis on vit apparaître à l'entrée du porteau de mestre une longue figure livide de terreur sous une énorme perruque de crin fort mal ajustée ; puis deux, puis trois ; puis enfin se rangèrent sur le couroir les dix musiciens de Vivonne vêtus de sa livrée cl portant à leurs instruments un brillant étendard brodé à ses armes.
Ces pauvres diables étaient une compagnie des musiciens ambulants italiens, qu'une bonne voglie de la capitanc avait enrôlés en les faisant boire à la santé du roi, et leur promettant des merveilles. Ces recrues, assez triste* symphonistes d'ailleurs, s 'étaient mis bien vite au fait de quelques sonneries dont se composait le répertoire des airs des galères, sorte» de fanfares assez analogues a celles de la vénerie, comme, par exemple, k Mouillage, i Appareillage, la Chatte, la Retraite; mais, dans leur engagement, je ne sais s'il éteit spécifié qu'ils auraient à exercer leurs talents harmoniques au milieu d'un combat ; toujours est-il qu'ils arrivèrent sur le couroir, piles comme des morts, a moitié baissés, marchant presque sur les mains, el se couchant i plat ventre i chaque salve d'artillerie....
A la vue de ces grotesques figures rendues plus ridicule* encore par les symptômes de la plus effroyable terreur, Vivonne n'y tint pas, et sa gaieté fut partagée par son état-major, a l'exception du malheureux M. de Manse, qui allait sana cesse soulever la portière du carrosse pour savoir des nouvelle* de son fils.
— Allons, beaux messieurs, dit le chevalier de Mirabeau, qui avait bandé la blessure de sa téta avec sa cravate, jouez-nous la quelque chose de gai, de joyeux.
Les malheureux virtuoses tirent un geste de supplication el de désespoir, et l'un d'eux, petit homme à gro» ventre et i grosse perruque, dit d'une voix chevrotante de peur, en *'agenouillant : — Siqnor gênerait! ecceUcnta! ... putàt pietàt
— Comment, pieth! oit M. de Montliousqnet. un des volon taires de la capitane, en prenant un pistolet d'un air fort sérieux : sonnez à l'instant, drôles... le général le veut. Sonnez! ou, de par Dieu! je vous abats comme des chiens.
A la vue de ce menaçant pistolet, les dix malheureux musiciens se regardèrent un moment comme pour se concerter sur l'air qu'ils allaient sonner. Puis, approchant leurs lèvres tremblantes des embouchures, et roulant de côté et d'autre des yeux effarés, ils arrachèrent de ces instruments une espèce de son tellement faux, tellement discord, tellement lamentable et sauvage, que le général et ses officiers en bondirent sur la couverte.
— Grâce... grâce, malheureux! s'écria Vivonne en se bouchant les oreilles et serrant les dents comme si elles eussent été agacées par un acide; grâce! c'est à faire fuir les Turcs de leurs batteries, s'ils étaient assez proches ponr entendre! C'est...
Le général ne put achever , car une épouvantable scène de terreur succéda â ce grotoque épisode.
On sait que la capiiaue était mouillée tout proche de la Thèrhe, vaisseau de soixante-dix.
(I) Toimclier».
Tout à coup une horrible explosion se fait entendre. On eut dit que la foudre éclatait au-dessus de la capitanc ; une bouffée de flamme, rouge et ardente comme le feu d'un volcan, l'enveloppe un moment, el une énorme lame sourde, prenant la galère par son travers, la coucha si furieusement sur le côté sénestre, qu'on vit toute sa quille.
A ce choc épouvantable, M. de Vivonne et ses officiers furent renversés el roulèrent péle-mèle vers la sénestre; M. de Vivonne eut le temps de s'accrocher avec force i un des bandinets de poupe, ainsi que M. de Manse ; mais M. de Montbotisquet roula par-dessus les bataynles d'apostis et tomba â la mer.
A l'instant où la capitane se relevait, une nuée d'éclats de bois, de bordages, de ferrures, de débris humains, de poutres, tombant sur la galère avec un épouvantable fracas, crevèrent la couverte en plusieurs endroits, écrasêreut les forçats sur leurs bancs, brisèrent les mâts et les antennes; et cela, au milieu d'un nuage de fumée noire et sulfureuse qui ne permettait pas de se voir à deux pas.
Tout ceci aviil duré mille fois moins de temps qu'il ne faul pour l'écrire ; en un mot. le temps que dure I explosion d'un vaisseau de haut bord; ta Thérètc, en un mot, avait sauté à vingt pas de la capitane.
Il est plus facile de concevoir que d'exprimer l'épouvantable confusion qui dut régner i bord de celle galère; car on ne put voir tout de suite I étendue des pertes que cet accident avait causée*. Seulement, M. de Vivonne, en se rajustant, vit un de ses volontaire». M. le chevalier Gaillard, affreusement écrasé par un bordage de la Thèrhe, qui le tenait, pour ainsi dire, plaqué sur l'espale droite; M. de Manse, le capitaine, était â moitié couché par terre, et ne pouvait remuer la cuisse droite, qui avait été fracassée. M. de Vivonne n'avait rien qu'une forte contusion au côté gauche; mais son major, le chevalier de Mirabeau, avait une affreuse blessure â 1 épaule, un crochet de fer attaché à un morceau de bordage la lui ayant dénudée presque juiqu'â l'o*.
La capitane recueillit Irois matelots de la Thèrhe, qui seuls échappèrent à ce désastre; le reate périt.
Le combat continuait toujoura; mai* le* bordée» des Turcs, de moin* en moins nourrie*, cessèrent bientôt. Une assez forte brise du aud t'étant élevée, la fumée qui voilait la ville et les ouvrages des Turcs se dissipant peu à peu , permit de voir un pavillon blanc et bleu qui flottait au commet du fort Martinengo. C'était le signal convenu entre La ville et l'escadre pour faire cesser le feu.
Il était environ onze heure», et le feu avait commencé à sept heures moins un quart.
Lorsque le vent eut dissipé la fumée qui recouvrait les retranchements des Turcs, on vit leurs batteries â fleur d'eau fort peu endommagées , et leurs revêtements presque intacts.
Selon qu'on en était convenu dans le conseil , les vaisseaux profilèrent de cette brise du sud pour s'élever au nord et regagner la fosse, tandis que les galères serpèrent et regagnèrent le port Saint-Nicolas, ayant la capitane â leur tête.
Nous terminerons la relation de ce combat par cet extrait du Mémoire de M. de Vivonne au roi :
« ... D'après l'ordre de marche que je me suis donné l'honneur d'envoyer | Votre Majesté, F Etoile, commandée par M de Contay, remorquée par la galère la Renommée; le Conrtitan, vaisseau amiral, remorqué par ta Force, prirent les premiers leur poste ; mais , comme ils étaient incommodés des batteries des ennemis, ils crurent être obligés de faire leurs premières décharges sans attendre mon signal. Le début de ces deux vaisseaux el de ces deux galères fut tout A fait beau, et tout ce qui était de monde dans la ville s'étonna de les voir faire des décharges aussi justes que pourrait faire l'infanterie avec le mousquet Le vaisseau amiral n'eut pas plutôt commencé â tirer, que je pris mon poste sous les batteries turques. Le Comte, remorqué par Ut Sumt-lj>uit, le Bourbon par la Vietoire. k Provençal par la Couronne, la Thèrhe par la Hauphinc. k Toulon parla patronne, se rangèrent ensuite a leur poste, avec tous lee autres vaisseaux et galères, sous les batteries que les
Tares avaient faites a fleur d'eau le long de la marine, outre celles dont il» avaient coutume de battre la ville ; et comme l'amiral tire beaucoup plus d'eau que les autres vaisseaux, je fu» cotitraint de le laisser demeurer un peu plus au large, et je n'avançai plus près de terre et me plaçai près du vaisseau amiral et de h Thérèse Ce voisinage pensa perdre la capitane : car, le feu ayant pris aux poudres de la Thérèse, elle sauta en l'air et pensa m'accabler de ses débris. Ce malheur, joint a la perte qu'on avait déjà faite de beaucoup de gens par le canon et la monsquf terie (les ennemis, nons mit en quelque désordre. Mais chacun demeura à son devoir. Votre Majesté saura que l'effet de la poudre de la Thérèse fui si grand, nue la mer s'entr'ouvrit et coucha la capitane trois fois sur le côté, de manière qu'on en vit la quille et que chacun la crut perdue. Ce désordre n'empêcha pas les autres vaisseaux et galères de canonner le camp des Turcs, jusqu'à ce que le signal de la retraite parât sur le fort de Martinencq.
c Le contre-amiral, commandé par M. Gabaret, avec sa division de sept vaisseaux et sept galères , firent leur devoir on ne peut mieux; le seul désordre qu'il v eut de ce coté fut que, l'espace étant un peu serré pour tant de vaisseaux, ils se trouvèrent quasi les uns sur les autres et ne purent laisser entre eux les intervalles nécessaires pour les galères, hors le conlreamiral. a la gauche duquel la galère la France trouva place pour se mettre. Les autres galères : la Croix-de-Malte , capitaine d'Oppède; la Fleur-de-lis, capitaine Labrelèche; la Fortune, capitaine de Janson ; la Valeur, capitaine de Vivier, et deux galiotes se trouvèrent nécessitées , pour être de la partie, de se mettre entre la terre et les vaisseaux; ces galères souffrant que les vaisseaux susdits lissent leurs décharges pardessus elles, plutôt que de manquer 4 prendre un poste honorable.
i Kn ce rencontre, les galères de S. S. , dt Venise et de Malte étaient tout à fait sur la droite, qui battaient parle revers le camp des Turcs; M. de Rospicliosi avait remorqué de nuit les huit vaisseaux vénitiens sous la Sablonnière, pour canonner le camp des Turcs de ce côté-là, et les empêcher de tirer par le revers, comme ils firent sur les galères et vaisseaux qui étaient sous Saint-André ; mai» ils ne jugèrent pas à propos d'y demeurer. .Si bien qu'ils mirent à la voile sitôt que M. Rospigliosi eut levé la remorque, et ils s'allèrent poster en un lieu on ils virettt, avec toute sûreté et le plus agréablement du monde, cette canonnade.
« Il serait difficile, à part celte trahison, de dire à Votre Majesté lequel fit le mieux en celle rencontre, parce que tous les capitaines des vaisseaux et des galères ont également bien fait leur devoir; et tout ce que je puis assurer à Votre Majeslé, est qu'on peut dire que rien ne fut plus beau que le début de M. de Martel. La perte que Votre Majesté a faite dans celte canonnade serait peu considérable sans celle de la Thérèse. Car, quoiqu'il y ait eu cinq on six cents hommes hors de combat, il n'y a d officiers blessés, sur les galères, que le sieur de Manae, capitaine de la capitane, blessé d'un éclat à la cuisse; le chevalier de Mirabeau, major des galères, blessé d'une balle de mousquet à la tête et de deux éclats à l'épaule et au bras ; de tués que les sieurs de Tagenat, lieutenant de la patronne, et de Cbabert, sous- lieutenant de la capitane, de deux balles de gros mousquet dans la poitrine. Mes volontaires furent maltraites. M. de Montbousquet et le chevalier Gaillard furent dangereusement blessés d'un éclat de la Thérèse; et le jeune de M-jnse, fils du capitaine, eut le bras droit cassé d'une balle de mousquet ; et aussi le sieur Videau, capitaine de ma barque longue, fut tué. Pour le reste, tué ou blessé sur les galères, ça n'a été que soldats, matelots ou chionrme. Pour ce qui est des vaisseaux, il n'y a eu d'officier blessé que le sieur de Mirecourt, lieutenant dû Comte, et le sieur Verquin, espilaine d'un briganlin ; l'amiral et le vice-amiral eurent quelques coups dans l'eau, mais sans conséquence.
• Je vais faire aujourd'hui travailler à la réparation des vaisseaux et galères, et attendrai respectueusement, sire, les ordres qu'il plaira à Votre Majeslé de donner à celui qui se dit, avec la passion la plus respectueuse, de Votre Majesté, etc., etc. ■
Il n'y eut pas d'autre action navale jusqu'au moment ob les troupes du roi, réduites de 7 000 hommes a 2,000, s'embarquèrent pour retourner en France, et ce fut le 51 août que la flotte mit à la voile.
Mais si, dans cet intervalle, il n'y eut pas de bataille de mer, il y eut de fréquentes et sanglantes escarmouches par terre ; et, comme toujours, les seules troupes françaises s'y firent courageusement décimer sous les yeux des Vénitiens, qui, fort las du rôle qu'ils jouaient, avaient grande hâte d'en venir à la capitulation dès longtemps arrêtée avec la Porte. Comme toujours, la veille d'une sortie, ils promettaient mille, deux mille, trois mille hommes ; puis au moment de l'attaque pas un soldat ne se présentait; nos tronpes sortaient seules, et revenaient toujours bien mutilées de celte boucherie.
MM. de Navailles, de Vivonne, de Colbert de Maulevrier, Jacquier et Delacroix, écrivaient lettres sur lettres pour se
flaindre de la conduite des Vénitiens; on leur répondait de rance :
« Combattez, combattez pour rhonnenr de la chrétienté. » Et ces gens combattaient, et cela bravement, et cela intrépidement, quoique Uurs alliés les laissassent éebarper avec une aussi imperturbable indifférence.
Voici, d'ailleurs, comme s'exprime à ce sujet un manuscrit du temps, qui, comparé aux autres relations aussi originales, semble écrit avec autant de bonne foi que de modération.
Après avoir mis bien en évidence ce fait : » Que les Vénitiens avaient traité secrètement de la rcMilion de la plat e avec la Porte avant f arrivée de M. de yavailles, et étaient convenus de ^avantageuse capitulation qu'on leur accorda plus tard ; » après avoir démontré jusqu'à satiété le mauvais vouloir des Vénitiens, en racontant jour par jour les combats de terre, depuis l'arrivée de M. de Navailles jusqu'à son dépari, l'auteur se résume ainsi :
t Le résultat de toute celle relation fait assez voir que les troupes du roi, arrivant en Candie, ont trouvé la place en état de durer vingt-quatre heures; qu'elle ne pouvait être secourue que par l'enlèvement et la défaite de l'un des quartiers des ennemis; que M. le capitaine général Morosini na favorisé leur attaque d'aucun secours ni diversion ; que l'on n'a pas trouvé dans la place les 12,000 hommes nue l'on avait assuré qui y étaient; que, sans la retirade qu'ont faite les troupes françaises, tout ce qu'il y avait dans Candie était égorgé, et que les troupes de la république ne pouvaient espérer capitulation sans ce retranchement, ce qui eût rendu leurs généraux très-coupables, s'ils n'eussent , avant, pris leurs sûretés avec le grand vizir. Les motifs qui ont obligé les Français de sortir de Candie paraissent dans toutes les circonstances qui ont été remarquées, et par la conduite que M. te capitaine général a tenue depuis notre arrivée dans fa place. Nous fûmes avertis qu'il y avait eu un traité de commencé pour laisser aux Vénitiens h ville de Candie ; et ce traité était si avantageux à la chrétienté, que notre sentiment fut de faire tous nos efforts pour le renouer, ne pouvant espérer de parti plus glorieux pour la république. Mais M. le capitaine général s y refusa, disant alors que la république avait révoqué le pouvoir de traiter qu'elle avait donné à son ambassadeur, qui était à la Canée, et qu'il ne pouvait se chargerd'une chose de cette importance : que, si M. de Navailles voulait, il pouvait entrer en cette négociation. En quoi M. de Navailles répondit que, le roi n'ayant rien à démêler avec la Porte, et n'étant venu que sous les enseignes du pape, il ne pouvait faire aucun traité avec les infidèles. Ce refus du capitaine général était une marque assurée qu'il avait pris des mesures pour un autre traité dont M. le duc de Navailles ne pouvait plus douter, en ayant eu des avis de très-bonne part. Ce qui parut visiblement ën ce qu'il dit qu'il n'avait pas le pouvoir de traiter pour une chose qui était très-avantageuse à la république, et qu ensuite il a excédé le pouvoir dans la capitulation qu'il a faite de remettre la place entre les mains des Turcs, ce qui a fait iuférer que ce traité était arrêté il y a longtemps.
« Depuis, le relâchement ob nous avons vu les troupes qui restaient en Candie à la solde de la république, était une rai-
Ml assez forte pour nous obliger a nous retirer; il n'y a point eu de jour ou nous n'ayons vu que les efforts que les troupes de Sa Majesté faisaient pour gagner ou conserver quelque travail n'eussent été rendus inutiles par la facilité avec laquelle les Vénitiens les laissaient perdre, comme il a paru particulièrement à l'attaque de la Sablonnière ; ce qui nous découvrit d'autant plus la vérité du traité secret dont nous venons de parler, dans laquelle, si le public veut se confirmer, il n'a qu'a considérer que les troupes que M. le duc de Navailles laissa dans la place pour attendre leur secours soutinrent un assaut et chassèrent les Turcs de tous les endroits qu'ils attaquaient ;
Sue le secours de quinre cents hommes menés par le duc de la irandole composait presque autant de monde que l'on en retirait des troupes de France en état de servir ; qu'avec ce secours il y avait quantité de munitions de guerre et particulièrement beaucoup de grenades dont on manquait dans la place ; ce qui leur donnait les moyens de se pouvoir soutenir fort longtemps. Cependant M. le" capitaine géuéral fait sa capitulation deux jours après l'entrée de ce secours, et trois jours après que les troupes de France furent sorties de la place ; après quoi l'ou ne pourra pas douter de ce traité, que M. de Navailles avait fort bien pénétré, et dont il a cru ne devoir pas être le témoin. *
Trois jours après le départ de M. de Navailles, qui, ainsi qu'on l'a remarqué, n'emmenait pas avec lui plus de quinze cents hommes en état de combattre, qui se trouvèrent remplacés par ceux que le duc de la Mirandole avaient conduits ; trois jours après, la place se rendit aux conditions suivautes :
I. — Que le capitaine général sera obligé de mettre Candie entre les mains du premier vizir, pour en dispenser absolument à sa volonté comme d'une place tout à fait soumise aux ordres du Grand Seigneur, et que les Vénitiens seront obligés de se retirer a Standia dans douze jours, pourvu que le temps soit favorable pour ce trajet, et que toute l'armée sortirait de la même Ile de Standia (Lestandiei dans quarante jours, le temps étant propre pour cet effet.
D. — Que toutes les forteresses, havres, Iles adjacentes et autres places, qui sont sons le commandement de la république dans le royaume de Candie, resteront sous sa domination de la même façon qu'avant la guerre ; du nombre desquels sont la Suda, Spina-Longa, Carabera et Tine, et qu'on séparera toutes les dépendances de Spina-Longa du royaume de Candie.
III. — Que toute l'artillerie, les matériaux, etc., qui sont dans la place, y resteront entièrement, à cette condition que le premier vizir fera présent de quarante pièces de canon au capitaine général.
IV. — Que toutes les lies de l'Archipel et autres qui peuvent lui appartenir demeureront sous sa domination de la même façon qu'elles étaient auparavant la guerre, et que la forteresse de Clissa et tout ce que les Vénitiens pourraient avoir pris sur les Turcs en Dalmatie et en Albanie resteront absolument sous la souveraineté de la Sérénissime Republique.
V. — Que la République ne payera plus les contributions qu'elle avait accoutumé de payer pour les lies de l'Archipel et de Grèce , et que Zante et Céphalonie n'en donneront pas du tout pour leur trafic.
VI. — Que pas une des parties ne sera tenue de donner de l'argent sous prétexte de remboursement de dépense . de pension de guerre, ou d'autre titre que ce soit.
VII. — Que le premier vizir donnera tout le temps nécessaire au capitaine général pour transporter 1rs vivres et les munitions hors de Candie ; que la garnison sortira les enseignes déployées avec tout son bagage, et qu'il sera permis a tous les habitants de la ville qui ne voudraient pas rester de sortir avec toute leur famille et leurs biens, et que le capitaine général pourra emporter avec lui toutes les reliques, les vases sacrés et les ornements des églises.
VIII. - Que la Sérénissime République enverra un ambassadeur à Constantinople pour faire ratifier ce traité et pour établir le plus parfaitement possible le commerce , lequel>eta libre et «ans aucun empêchement, comme auparavant la guerre.
IX. — Qu'on donnera la liberté à tous les prisonniers et esclaves des deux partis, dès que l'ambassadeur de la Sérénissime République sera arrivé à Constantinople.
X. — Que tous les articles dont on est convenn ci-dessus seront fidèlement et inviolablement accomplis, et qu'on se jurera, au reste, une paix éternelle entre les deux Etats, et un commerce perpétuel.
La flotte française arriva à Toulon le 46 septembre. A son arrivée en France, M. de Navailles fut envoyé en exil, sans que le roi voulût le voir ni l'entendre. Ce passage des Mémoires de ce général , d'ailleurs entièrement conformes 1 tous les manuscrits et rapports du temps, est remarquable par sa modération, sa logique et sa résignation pleine de dignité.
c Les Vénitiens prirent un si grand soin de déguiser la vérité, que mon départ ne fut pas approuvé de tout le monde ; mais, outre l'impossibilité où j étais de faire subsister les troupes du roi, j'avais encore de fort bonnes raisons pour les retirer de Candie. Il semble, d'ailleurs, qu'il est aisé de comprendre que l'intérêt des Vénitiens n était pas de conserver Candie, et que ce n'était pas non plus leur dessein ; ils n'en tiraient aucun secours d'hommes ni d'argent, parce que les Turcs étaient maîtres de tout le reste du royaume. Cette ville leur causait une prodigieuse dépense : elle était ouverte de tous cotés, et il leur aurait fallu plus de trois millions pour la rétablir. Leurs finances étaient épuisées. Ils manquaient de soldats et de cbiourme ; ils ne pouvaient plus soutenir la guerre contre le Grand Seigneur, ni conserver les places qu'ils ont dans l'Archipel et la Dalmatie, qu'en faisant la paix avec lui ; de sorte qu'ils ne voulaient se servir du secours de la France que pour faire voir que la chrétienté s'intéressait pour eux, et obliger la Porte a leur accorder une paix moins désavantageuse.
» L'ambassadeur de Venise avait fait de si grandes plaintes de mon départ an roi, qu'on m'envoya ordre, d'abord que je fus arrivé en France , de me retirer dans l'une de mes terres J'y demeurai trois ans relégué, sans qu'il me fût permis de rien dire pour ma justification. Après ce temps , on me donna la permission d'aller à mon gouvernement de la Rochelle. »
Maintenant il reste a expliquer la cause du ressentiment de Louis XIV contre Navailles , et son dépit de la reddition de Candie.
On se rappelle que le but principal de l'expédition de Candie fut d'obtenir les chapeaux de M. le duc d Albret, de M. l'evéque de Laon et de M. le prince d'Awersberg; mais, ce dernier ayant été éloigné en raison de ses services passés et de son inutilité présente, on n'en parlera que pour mémoire.
Restaient donc deux candidats : M. d'Albret, fortement appuyé par Louis XIV et Turenne; et M. de Laon, appuyé par Beaufôrt et le Portugal.
On concevra l'importance que Lionne mettait à obtenir ces chapeaux, si l'on songe que la santé de Clément IX était chancelante, et que, dans le cas probable de sa mort, le parti français a Rome déjà,' conisdérable pouvait, grice a la uomination de MM. de Laon et d'Albret, acquérir une grande influence dans le conclave ; influence pas assez puissante peut-être pour arriver a l'exaltation d'un pape français, mais cependant assez importante pour que ce parti dictât des conditions au p >pe futur \ pour prix des voix qu'il lui pouvait assurer.
Or. grâce à la guerre de Candie, Lionne pouvait merveilleusement solliciter pour les candidats de son maître, et. basant ses instances réitérées sur le dévouement positif et prouvé du roi de France aux intérêts de la chrétienté, opposer constamment cette ferveur religieuse de Louis XIV à l'indifférence des autres couronnes qui sollicitaient également les chapeaux vacants. Mais, une fois la guerre de Candie terminée, la place rendue, ce prétexte épuisé, le roi de France, ne pouvant plus appuyer ses prétentions sur des services rendus a la foi, retombait dans le droit commun des pétionnaires. Ceci explique suffisamment le désappointement de Lionne en apprenant le retour de Navailles, et les ordres précipités donnés au marquis de Bellefonds, pour commander un nouveau secours destiné à Candie, mais qui devint inutile par la reddition de cette place.
Il demeure donr prouvé, malgré les apparentes réclamation
de l'ambassadeur de Veuise, que celle république, céilant aux «ggeation* de la France, avait bien voulu ajourner la reddition Je Candie, couveuue il' avanie avec le vnir. Jusqu'au moment oit les chapeaux de MM. d'Albret et de Laon seraient accordés par le pape.
Pourtant, deux jours après le départ de M. de Navailles, et
Sinze jours après la nomioation de M. d'Albret, la ville de ndie, qui avait grand besoin de la paix, se rendit, prétexlaul la retraite de Navailles.
Or, il est évident que si M. de Navailles, au lieu de céder selon la saine raison aux exigences de la position de l'armée, position de plus en plus insoutenable, eût sacrifié le reste des • soldats, sa présence eût sans doute retardé la reddition de Candie de quelque temps, et consequemment aussi peut-être amené la seconde cardinalerie, celle de M. de Laon.
Mais la retraite de l'armée du roi rendit vaine cette espérance. De là vint la colère de Lionne contre Navailles; de là les instances désespérées de M. de Laon, qui, prévoyant bien
3ue sans guerre de Candie pas de chapeau, lit par son manège emander et obtenir le commandement d'un second secours destiné à Candie par un de ses plus dévoués amis, M. le marquis de Bellefonds. Mais, ce secours étant devenu inutile par la reddition de la place, H. de Laon, ainsi qu'il l'avait pressenti, vit sa promotion indéûnimeul reculée.
C'est ainsi que finit l'expédition de Candie, entreprise pour assurer la promotion des chapeaux de MM. le duc d'Albret et l'évèque de Laon.
Le roi ne recevant pas de nouvelles de M. le duc de Beaufort, et sa mort paraissant certaine, Louis de Bourbon, comte de Vermandois, fils naturel de Louis XIV et de mademoiselle de la Vallière, fut pourvu, le 12 novembre de cette même année, de la charge d'amiral de France, supprimée, en 1620, par le cardinal de Richelieu, qui avait substitué à ce pouvoir trop étendu l'office de grand-maitre, chef et surintendant général de la navigation et commerce de France, office dont il fut lui-même pourvu en cette même année, et après lui son neveu, Armand de Maillé-Brézé, duc de Fronzac, la reine mère Anne-d'Aulriche, César, duc de Vendôme, et, en dernier lieu, son fils François de Vendôme, duc de Beaufort.
Voici un Mémoire fort curieux de Colbert, au sujet du nom qui devait être donné au nouvel amiral, alors âgé de vingt-deux mois.
WrMOWE POCR SAVOIR OUEL HOM II EST BESOIX DE DOKSER A M. LE COMTB DE VERMANDOIS, AMIRAL DE FRAKCE.
Le roi voulant pourvoir M. le comte de Vermandois. son fils naturel, de la charge d'amiral de France, il est nécessaire de résoudre son nom et son seing. Pour le premier :
1. Il faut examiner comment les bâtards des rois ont été appelés de tous temps. — M. d'Angouléme ajoutait à son nom propre : bâtard de Valois ; — je crois que tous les bâtards ont été appelés de même.
2. Savoir si aucun n'a pris le nom de bâtard de France, avant la mort du feu roi.
5. Les lettres des secrétaires d'Etat à MM. de Vendôme, de Vemeuil et autres commençaient par ces mots : mon oncle naturel. Dans la minorité, on leur écrit : mon oncle, seulement.
Il faut observer que madame de Fontevrault prend le nom de Jeanne-Baptiste, légitimée de France.
4. M. de Vendôme s'est toujours appelé César de Vendôme, sans marquer sa bâtardise.
Voici les différents noms qui pourraient lui être donués :
Louis, bâtard de Bourbon, comte de Vermandois, amiral de France;
Louis, bâtard de France, amiral de France. — Les deux termes de France ne sonneraient pas bien, on pourrait dire : Louis, bâtard, comte de Vermandois, amiral de France;
Louis, légitimé de France, comte de Vermandois, amiral de France;
Louis, fils naturel du roi, comte de Vermandois. amiral de France ;
Ou bien seulement,
Louis, comte de Vermandois. amiral de France.
5. A l'égard du seing, comme il faut que tous les congés et tous les passe-ports de la marine soient signés de l'amiral, les termes seront régies par ceux de son nom ; mais comme il ne
fient pas signer, savoir s'il ne sera pas à propos d'expédier des étires patentes portant que tous passe-poils, congés et autres actes de marine, seront signés d'une empreinte de son nom, jusqiies à l'âge de douze ans; laquelle empreinte sera mise sous le cootre-scel.
6. Examiner si la charge d'amiral de France n'a jamais été office de la couronne ;
7. Si l'amiral n'a jamais eu séance dans le parlement. — Si le roi la créait office de la couronne, quel rang elle aurait, et comme apparemment ce ne serait qu'après le grand maréchal de l'artillerie.
8. Savoir si l'on ne pouvait pas, ou le faire passer après le dernier duc, ou lui donner une séance particulière.
». Je trouve qu'en 1480 il y a une patente du roi Louis XI, rapportée parFontanon, au III* tome, P 13, qui porte : « Notre très-cher et bien-aimè fils et cousin, Louis, bâtard de Bourbon, comte de Boussillon el amiral de France. »
{ BiU. Rog. Mu. )
Il fut résolu que M. le comte de Vermandois prendrait le titre et le nom de Loiii* de Bourbon, comte de Vermandois. amiral de France. — Plus lard, Louis XIV fit prendre rang à ses bâtards légitimés immédiatement après les princes du sang.