‹ Jean Bart et Louis XIVChapitre 33 sur 120 · COLBERT. I · texte numérisé non relu

COLBERT. I

[Lettres de (Mbert, Bibl. roy. nu*.)

MÉMOIRE DC COMTE d'esTRÉES AD ROI.

< lit la rade Swilhwold-Bay, le 6 juin 1075.

« Quoique j'ai écrit hier par la voie de monsieur l'ambassadeur du roi à Londres, je n'ai garde de laisser partir une barque de M. d'Elbcruf, qui vient d'arriver pour apprendre des nouvelles île cette armée, et qui veut s'en retourner incontinent, sans f.iire savoir par cette occasion que l'on a appris aujourd'hui de vaisseaux marchands qui ont passé dans l'armée de Hollande, qu'elle a abandonné le poste ou elle était pour gagner le Texel, où ;ipr>aremmeiil l'opinion qu'elle a eue de l'arrivée prochaine de la flotte des Indes et la crainte de ne pouvoir joindre les vaisseaux que l'on arme à Amsterdam, l'aura sans doute attirée. Cependant les vaisseaux anglais se pressent d'embarquer leurs vivres et faire leurs eaux ; mais je vols bien qu'ils ne feront pas

la diligence que M. le duc d'York avait espéré, et que celle qu'ont faite les vaisseaux de Sa Majesté est surprenante. Je me natte qu'on pourra se passer d'une partie des bâtiments de Londres chargés d'eau, qu'on aurait demandés suivant les ordres et l'empressement de M. le duc d'York de remettre à la voile cinq jours après avoir mouillé. Je viens de donner part, par un courrier exprès, â monsieur l'ambassadeur, de l'état ou nous sommes, et de l'espérante de pouvoir se passer d'une partie de ce secours, afin de ménager tout ce qui sera possible sur cette dépense.

« On continue toujours ici dans le dessein de se montrer â la côte de Hollande, et â y faire même des descentes, plus pour le bruit et l'éclat que pour en espérer un grand effet. Si ce n'est que je me persuade que le roi d'Angleterre croit que la présence de cette armée uavale et l'entrée de celle du roi en même temps dans le pays fera naître le trouble et la confusion dans les conseils, et pourra réveiller les factions que l'on peut y avoir entretenues, au moins j'ai lieu de le penser sur la lettre que M. le duc d'York m'a fait voir, et qu'il reçut hier du roi d'Angleterre.

« Le comte d'Estrées. »

{lettres de Colbert. Bibl. roy., mu.)

Ce fut â l'issue d'un couseil tenu le 6 juin, emre MM. le duc d'York, amiral d'Angleterre, commandant en chef la flotte combinée, le comte de Sandwich, amiral de l'escadre bleue, et le comte d'Estrées, commandant l'escadre blanche, que ce dernier écrivait au roi la dépèche précédente, se trouvant encore â bord du Prince, vaisseau amiral anglais de cent canons, mouillé depuis trois jours, ainsi que les autres navires des escadres, dans la rade de SouthwoUt-Bay.

Le conseil avait été remarquable par une discussion fort vive qui s'était élevée entre le duc d'York et le comte de Sandwich; bien que celui-ci ne se fût en rien écarté du respect qu'il devait â l'amiral, frère du roi, son maître, en soutenant une opinion qu'il croyait bonne, et que les événements justifièrent de reste, il s'était attiré de la part de M. le duc d'York un mol d'une extrême dureté, voici à miel propos :

Le matin de ce jour-là, voyant le vent qui était ouest tourner tout i coup au nord-est, M. le duc d'York avait fait appeler son capitaine de pavillon, sir John < ox, pour lui ordonner de faire à la flotte le signal de prendre le large cl de se ranger en ordre de bataille, afin d'être prêt â recevoir les Hollandais dans le cas ou, profilant de celte brise favorable qui les portait au vent de Southwold-Bay. ils y viendraient attenter les floues alliées. Sir John Cox, dans lequel le duc avait la plus aveugle confiauce, lui répondit que, selon son opinion, ou ne courait pas risque que les ennemis viussent insulter l'armée, que leur flolle était dans la position de ta flolle combinée, c'est-â-dire occupée à s'approvisionner ; que le capitaine Finch, un des croiseurs anglais récemment arrivé de la cote de Hollande, avait rapporté que l'ennemi était à l'ancre sur la rade de Goêrée, la plupart des vaisseaux ayant leurs mâts de hune calés, et embarquant des munitions de toutes sortes. Sir John avait conclu de ces renseignements qu'il n'était pas probable que les Hollandais fussent de sitôt prêts à mettre à la voile, et qu'ainsi il serait beaucoup plus avantageux â Son Altesse Royale de demeurer mouillée, où elle était, vingt-quatre heures de plus, ce qui suffirait pour achever l'approvisionnement de sa flotte, approvisionnement qui ne pourrait, si on la mouillait plus loin du rivage, se terminer de plusieurs jours. Enlin M. le duc d'York, s'étant laisse persuadtr de demeurer comme il était, avait conservé son mouillage au nord et au fond de la baie

Dans le conseil qui se tint ensuite, ainsi qu'on l'a dit. le comte de Sandwich avait vivement combattu la résolution que le duc d'\ork avait prise d'après l'avis de sir John Cox. Mais, soit que le duc d'York fût convaincu de la solidité des raisous données par son capitaine, soit plutôt qu'il s'obstinât â ne pas revenir sur une résolution déjà prise, et ce â l'instance du comte de Sandwich qu'il n'aimait pas, le duc répondit avec hauteur au comte de Sandwich, qui exagérait l'imprudence de celle pro-

Iffl

foude sécurité, et le danger de ce mouillage si I on était surpris — t Oh ! je sais, milord, mie vous êtes fort prudent très-pru

« dent... mais voire prudence permettra pourtant au en rell « rencontre j'agisse comme je le veux, et comme je le dois. * sur les mots prudent avec une intention évidem-

Ena

ment blessante, le duc s'en faisait un moyen de blâme indirect aussi cruel qu'il était peu mérité ; car le comte do Sandwivh avait toujours vaillamment servi, entre autres fois lors du combat de 1665, où il enleva a l'abordage le vaisseau de l'amiral hollandais Opdam, qui périt dans cette bataille.

Ecrasé sous ce reproche, le comte de Sandwich pâlit et répondit seulement en s'inclinant : — a J'use assun r à Votre Al- « tesse Royale que je n'ai mérité ni ne mériterai jamais le re- « proche de lâi hetc qu'elle vient de m'adresser. elle le verra » bien. > Puis, saluant respectueusement le duc il sortit delà grand'rhambre pour retourner» bord de son vaisseau le Royal- James, de ceQt canons.

Le comte d'Entrées, qui rentrait dans la chambre du conseil au moment où le comte de Sandwich en soruit, fut fiappé de son air sombre et désespéré, et ne put s'empêcher dé faire part de relie remarque au duc d'York, qui répondit froidement : — Milord Sandwich est sujet a de ces sortes d'hypocondries.

Le fait est que lord Sandwirh s'exposa tellement et si imprudemment dans le combat du 7 juin , qu'il y périt avec son fils.

Le duc d'York avait alors trente-neuf ans. Sa figure rude, austère et pensive, inspirait plutôt l'éloiguement que l'attraction ; car, ainsi que son frère Charles, il ne possédait pas le secret de celte joyeuse humeur, de celte spirituelle bonhomie qui , cachant sous une apparente cordialité un épouvantable egoïsme , savait parfois charmer jusqu'aux plus violents détracteurs de ce roi insouriant et sceptique , qui se moquait de tout et de tous , de lui-même , du pape , de ses favoris, de ses ministres, de ses maîtresses, de son peuple, de la catholicité, et enfin de la superbe de Louis XIV, dont il empocbaii gaiement les subsides en disant : Aon oient sercitudinem.

Le doc d'York, au contraire, catholique fervent et exalté, surtout depuis son affiliation a l'ordre des Jésuites, en 1669, d'un caractère ferme et opiniâtre, d'une religion inviolable pour ta parole, voulant résolument, a sa manière, le bien et l'honneur de l'Angleterre; persuadé que la monarchie absolue, appuyée sur le catholicisme pur, le conduirait à ce but ; d'un ordre et d'une économie, dans ses affaires, qui approchaient de l'avarice; ami sûr et fidèle , mais implacable ennemi ; si peu voluptueux, ue le roi Charles disait plaisamment, en parlant d'un des objets

que

du i

goût peu élevé de Jf. le duc d'York : — C'est le confesseur de mon frère qui lui a imposé celle maitresselit pour pénitence ; — en uu mot, le duc d'York avait pour ainsi dire l'exagération de tous les sentiments dont la complète négation formait le trait le plus arrêté du caractère du roi Charles, si, a part son impérieuse habitude de satisfaire le caprice du moment à quelque prix que ce fût, argent, hommes ou nation, il y eut jamais quelque chose d'arrêté dans ce qu'on est obligé d appeler le caractère du bon Rowley.

Quant aux connaissances nautiques du duc d'York, elles étaient grandes et complètes ; sa charge d'amiral d'Angleterre convenait parfaitement a ses goûts et aux éludes toutes spéciales qu'il avait faites de la marine. Il avait singulièrement perfectionné l'usage des signaux sur mer, el s'occupait fort de l'emménagement des vaisseaux. Ce fui encore lui qui engagea surtout le roi son frère i remplacer, par uu nombre égal de matelots , une grande partie des troupes de terre et d'artillerie qu'on embarquait à bord des vaisseaux aoglais, et i ordonner enfin que les matelots seraient à la fois canonniers, marins et soldats. Sur terre, le duc d'York avait appris la guerre à l'école de Turenne, de Condé, de don Juan d'Autriche, et, commandant sur mer depuis 1664, il avait, dans plusieurs batailles rangées . acquis une grande habitude pratique de la navigation en escadre.

Nous avons laisse le comte d 'Etirées el le duc d'York dans la chambre du conseil. Soit que le duc ait réfléchi aux obserdu comte de Sandwich . ou qu il ait eu d'avance l'in-

tention de l'ordre qu'il donna au comte d'Eslrées, il dit a ce dernier :

— Monsieur le comte, comme votre escadre a presque terminé ses approvisionnements d'eau, je désirerai* que vous la lissiez mouiller plus au sud et plus au large de la baie, pour être prêts en cas de surprise, non que je craigne le moins du monde d'élre inquiété, mais c'est une précaution qu'il est toujours bon de prendre, el je vais tout A l'heure faire donner le sigual de cette manrpuvre.

— Les ordres de Votre Altesse vont être exécutés a l'instant , dit le comte d'Eslrées.

jr- Adieu, donc, monsieur le comte... J'espère que vous n'oublierez pas la promesse que vous m'avei faite de venir ce soir souper ici, pour porter un toast en l'honneur du jour de la naissance du roi mon frère.

— Que Votre Altesse soil persuadée que celle faveur mêlait trop prérieuse pour que je l'aie oubliée, dit le coraie d'Eslrées en s'inclinant: puis, sortant de la chambre, il fit demander son canot pour rallier son bord , et faire exécuter les ordres qui ne lardèrent pas a lui être signales par l'amiral d'Angleterre.

On verra plus tard combien les prévisions du comte de Sandwich étaient fondées, el avec quel heureux instinct le duc d'York fil mouiller son avant-garde ; l'escadre française) plus au large ; car les renseignements donnés par le capitaine t.'ox étaient faux

Au lieu d être mouillés au Texel, Uuvler se trouvaille jour-là même, le 6 juin au matin, a dix milles du North-Forelaml , et apprenant là, par un bateau charbonnier, la position de la flollc anglo-française à Solelmtj, il avait mis immédiatement à la voile dans celle direction, «était, a cetle heure, en marche pour venir surprendre le duc d'York au mouillage.

La baie de Soulhwold, appelée communément SoMni'/, éiait située sur la côte orientale de l'Angleterre, dans le comté de Sulïolk. a trente lieues environ de l'embouchure de la Tamise en remontant vers le nord. A l'entrée de cette haie, d'un côte le banc Sizewell, et de l'autre le banc Bamard, étendaient au loin leurs ligues sableuses sur lesquelles la mer brisait doucement.

La rade de Soulhwold était partagée en deux bassins nord et sud par une langue de terre qui s'avançait de l'ouest vers l'est jusqu'aux deux tiers de la largeur de cette baie; la rivière Hlilh. venant de l'ouest, se déchargeait dans le bassin du nord, et un assez grand bonrg, ombragé de vieux chênes, s'élevait sur le rivage méridional de celte jolie rivière.

Vers le milieu de l'isthme dont on a parlé, un petit fort, surmonte d une tour de signaux, èlcvail ses murailles de pierre grise sur des rochers bruns tapissés de nombreuses plantes marines d'un verld'émeraude ; enfin, au loin, ou voyait la masse blanche et crayeuse des hautes dunes du cap Earton. immense promontoire situé vers le sud, qui, de ce côté, abritait la rade, et nuis, encaissant la baie, c'étaient ces molles et grasses prairies d'Angleterre qui, s'abaissaiil vers la côte, y laissaient voir de beaux troupeaux paissant ci et là, ou bien sur la pelouse épaisse d'une colline, au milieu de quelque grand bouquet d'arbres séculaires, quelque joli cottage aux murailles de briques à demi cachées sous le feuillage d'un rosier en fleurs.

La rade, du côte de la rivière Blith. offrait surtout le coup d'œil le plus animé. L'escadre française, qui venait de mouiller au sud et plus au large, formait l avant-garde, tandis que le corps de bataille et l'arrière garde étaient mouilles vers le nord, et tort proche du rivage, ainsi qu'on l'a dit.

Sillonnant la rade en tous sens, une multitude d'embarcations allaient emplir leurs futailles de l'eau limpide et fraîche de la rivière: chaque chaloupe se distinguait par le pavillon de sa nation et le costume de ses marins — Les matelots anglais, uniformément vêtus de jaquettes et de chausses de toile blanche serrées autour des rems par des ceintures de laine rouge, avaient celle apparence de propreté, celte allure leste et dégagée que ne possédaient pas encore les marins français, qui portaient alors généralement le costume de leur province.

Ainsi, les larges braies de Bretons, aux longs cheveux el aux jambes nues, les chausses plus étroites, et les grandes bolles de pécheurs dunkerquois el normands, contrastaient avec le vêlement brun des Hochellois : seulement les uniformes blancs à

ib* JEAN

parements bleus, et les feutres galonnés de quelque soldat ou sergent de marine, rappelaient que cette foule de matelots, vêtus de costumes si variés, appartenaient aux vaisseaux du roi

Il était environ huit heures du soir, le soleil commençait a disparaître au couchant, et presque toutes les chaloupes et embarcations regagnaient leur bord, chargées de futailles pleines d'eau Les marins, gais et chantants, ramaient avec vigueur, et levaient leurs avirons en cadence : plusieurs, s'étant éparpillés dans les plaines pendant que les tonnes se remplissaient, avaient rapporté de gros bouquets de fleurs cueillies dans les blés déjà jaunissants; et ces hommes rudes et naifs, à qui l'aspect de ces champs fertiles avait rappelé le doux souvenir de leurs campagnes et de leurs chaumières natales, s'épanouissaient à cene belle soirée de juin en ralliant joyeusement leur navire, après cette chaude et laborieuse journée.

Le ciel pur et sans nuages s'empourprait des derniers rayons do soleil, elrien n'était plus majestueux que cette flotte de cent vaisseaux de guerre mouillés sur cette rade calme comme un lac, et couverte de milliers de barques; puis tout cet aspect de guerre contrastait singulièrement avec la tranquillité sereine de la cote; car là tout respirait le calme et la paix... A mesure que l'heure du retour des paysans s'approchait, on voyait au loin au-dessus du bourg et des habitations semées dans les vertes plaines s'élever peu à peu mille petits nuages de fumée blanche irisés d'azur et d'or pa/ les feux du soleil couchant, tandis que le long du rivage de pesantes charrettes de foin odorant, attelées de grands bœufs, et accompagnées de quelque robuste fermier monté sur son poney, regagnaient lentement leurs métairies.

Mais, lorsque le soleil eut tout à fait disparu derrière les hautes montagnes de l'ouest, un coup de canon retentit sourde- - ment à bord du Saint-Philippe. A ce signal , un roulement de tambour se fit entendre sur tous les vaisseaux français , et sur chacun le pavillon du roi fut amené, la garde relevée, les postes placés pour la nuit , et sur chacun aussi la cloche tinta longuement pour appeler les équipages à la prière du soir, dite par les chapelains de chaque bord.

Le révérend père l'Hoste, chapelain du Saint-Philippe, était déjà sur le pont de ce beau vaisseau ; au dernier son de la cloche ses gaillards se couvrirent de monde, et bientôt le père l'Hoste s'agenouillant, l'amiral et son état-major l'imitèrent , se découvrirent et se mirent à genoux sur la dunette, tandis que les matelots et les soldais se tenaient sur le pont dans un profond et religieux silence.

Alors le chapelain, d'une voix pure, grave et sonore, entonna Y Ave man Stella, qui fut répété en chœur par tout l'équipage,

fuis YExaudiat, dont le chapelain dit le premier verset, puis oraison pour le roi ; et enlin, un acte de contrition auquel l'équipage répondit par le Confiteor; après quoi le chapelain donna une absolution générale. On cria vive le roi trois fois, et l'équipage alla souper.

Au moment ou le vice-amiral demandait son canot pour se rendre à bord du duc d'York, on vit poindre a l'entrée de la baie les deux frégates anglaises et la frégate française qui croisaient au large pour éclairer la côte et éviter toute surprise. La brise du nord-est fraîchissant, les deux anglaises entrèrent vent arrière et sous petite voilure dans la rade, et mouillèrent proche de la passe pour être plus tôt prêtes à appareiller le lendemain ; mais la frégate française l'Eolc, au lieu d'imiter la manumvre de ces deux bâtiments, resta un instant en panne, mit une embarcation à la mer. puis, pour l'attendre, courut quelques bordées sous ses huniers en dehors de la passe.

Bientôt on vit le canot de CEole se diriger vers le Saint-Philippe.

— ilegardez donc, mon père, dit M. d'Estrées au chapelain , voici que la frégate de Cogolin reste dehors au lieu de rentrer en rade comme les frégates anglaises... que signifie cela?

— Je ne sais , monsiéur , c'est peut-être pour quelque raison importante, car voici bien les anglais qui rentrent.

— Il faut donc que ce soit quelque chose de particulier à M. de Cogolin ou à notre escadre, dit l'amiral d'un air pensif.

Puis il ajouta : — De toutes façons , ce ne peut être que pour le bien du service du roi que Cogolin agit de la sorte , car déjà

BART

une fois, grâce a la inarche supérieure de sa frégate, il a decouvert l'armée hollandaise ce jour où le brouillard nous a séparés.

— Mais voici l'embarcation qui s'avance, monsieur le comte, et nous saurons bientôt ce que c'est ; et. à ce propos, rien ne me parait plus prudent que d'avoir de ces sortes d'èelaireurs. et il est même dommage qu'on ne puisse envoyer quelque bâtiment léger en manière d'ambassade, au milieu d'une flotte ennemie, sous le prétexte de vouloir parlementer ou défier un ou plusieurs vaisseaux à combat égal.

— Et pourquoi cela, mon père?

— Mais , monsieur le comte , pour pénétrer les plans et les projets de l'ennemi, ainsi que le fil autrefois Sextus-Pompeius, en Sicile : on enverrait donc, je suppose, dans ce bâtiment léger que je dis, des officiers adroits, travestis en mariniers, lesquels, pendant que l'ambassadeur ou porteur de défi parlementerait , (ai lleraient de connaître les projets ennemis en faisant jaser les matelots.

— Mais cela, mon père, dit d'Estrées en souriant, est un peu contre les droits de la guerre, et les jaseurs pourraient d'ailleurs donner lieu a des soupçons.

— Dans ce dernier cas, monsieur le comte, et pour détourner tout soupçon, il serait bon que l'ambassadeur ou porteur du cartel fît administrer aux jaseurs ou officiers travestis une forte bastonnade, en manière de réprimande, auquel cas mesdits officiers travestis prendraient la bastonnade en patience, songeant

Îu'ils servent les intérêts de leur maître comme fit autrefois ucinius, brave capitaine, qui fut bâtonné .par Ladius en pareil rencontre.

— Peste ! mon père, vos moyens sont rudes, et puisque voici ' Cogolin qui monte à bord, nous allons lui demander son senti- ' ment à ce sujet.

A ce moment, M. de Cogolin, capitaine de vaisseau, parui sur la dunette, et salua l'amiral.

M. de Cogolin avait environ trente quatre ans, et portait le justaucorps à brevet.

— Bonsoir, monsieur de Cogolin, lui dit le vire-amiral, pourquoi donc restez-vous en dehors de la passe au lieu de venir au mouillage comme les Anglais?

— En voyant une brise aussi favorable pour nous attaquer que celle qui vente à cette heure, monsieur, et bien que je n aie rien découvert au large, j'ai cru, avant que de rentrer en rade, devoir venir vous demander, monsieur, si vous ne trouveriez pas a propos que je restasse celle nuit en croisière.

— Je n en vois pas trop l'urgente nécessité, monsieur, car oa sait de science certaine que la flotte des Etals remonte maintenant au nord, et qu'elle se dirige vers le Tcxel et les bancs de Flandre pour protéger la rentrée de ses convois, et assurer ses côtes contre nos insultes... Pourtant, ajouta M. d'Estrées après un moment de réflexion, pourtant j'approuve votre idée; il ne peut d'ailleurs y avoir aucun inconvénient à cela... oui, oui, retournez croiser cette nuit, je prends sur moi de vous excuser auprès de M. le duc d'York de ce que vous n'aurez pas imité la manœuvre de ses éelaireurs qui viennent de rentrer en rade. Aussi, allez, monsieur, et je n'oublierai pas votre bonne volonté pour le service du roi.

M. de Cogolin salua, et prit congé de l'amiral, qui, accompagné de son capitaine de pavillon et du père l'Hoste, se rendit a bord du duc d'York.

Peu de temps après, alors que le crépuscule projetait ses ombres envahissantes, et que les échos de Soulhwold retentissaient des gais huzza et des fanfares guerrières de la flotte anglaise, éclairée de mille finaux étincelants, on vit la frégate l'Eolc courir quelques bordées pour s'élever au vent de la baie: puis, carhantses feux, s'avancer, hardie, silencieuse et vigilante, dans les profondeurs de l'horizon, où l'on put suivre encore quelque temps sa marche, grâce à latilancheur de ses voiles... Mais la nuit devenant sombre, l'alerte frégate, qui allait seule veiller ' pour tous, ne fut plus qu'une forme légère et indécise, qui bientôt disparut tout à fait dans les ténébreuses vapeurs de l'Océan.

Le lendemain, 7 juin, vers trois heures du matin, une tiède

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nuit dVtè étendait son voile sur la mer, à peine ondulée par une brise d'est-nord-est; le silence de cette sombre immensité était quelquefois interrompu par le choc de deux lourdes lames longuement et pesamment soulevées par une faible houle qui, venant de l'est, les déroulait vers l'Angleterre, dans la direction de la côte orientale du comté de SuflolL.

Au milieu de ces vagues noirâtres sans horizon, et malgré l'obscurité de h nuit, on voyait la coque blanche et les voiles aussi blanches d'une petite frégate qui tenait le plus prés du vent mus srs huniers et ses perroquets.

La mer , toujours très -phosphorescente a relie époque de l'année, scintillait nu loin comme un sillage de feu, derrière la poupe sans fanal de ce navire , ou pétillait sous le tranchant de son tsil le mer comme une nuée d'étincelles..

Celte frégate étajt fEok : elle croisait depuis la veille dans ces parages, et se trouvait alors à sept mille* environ de la rade de Soutfawold, où était, on le sait, mouillée la flotte a ngh «-française.

L'équipage de / £o/c était tout entier sur le pont; car

Four bien remplir importante mission qu'on lui avait confiée, M. de Cogolin, en expérimente capitaine, avait voulu que tout son monde fût prêt en cas d'alerte. Aussi ,

?[ooique ses feux usent cachés, le branle-basde combat était fait partout, et les mantelets des sabords, soigneusement fermés, empêchaient de voir du dehors la batterie illuminée a l'intérieur et remplie de canonniers prêts à servir leurs

Sièces; dans les hunes, et jusque sur la pomme des mâts, [. de Cogolin avait fait disposer nn grand nombre de fusées et d'artifices de signaux, afin d'être â même d'avertir la flotte dans le cas ou il reconnaîtrait l'ennemi.

Les matelots de tEole, que sa marche supérieure rendait propre à ce service d'éclaireur, étaient tous marins d'élite, et les deux meilleurs pilotes de la Hanche faisaient la route de cette frégate.

M. 4e Cogolin.

Des mariniers, placés en vigie aux bossoirs, sur le lourotentin et dans la hune de misaine, avaient reçu l'ordre de veiller an large avec la plus grande attention, lundis que le reste de l'équipage était sur le pont prêt â se jeter sur les bras des vergues et les amures, dans le cas où il deviendrait nécessaire de virer de bord précipitamment et de prendre chasse devant l'ennemi.

Ces dispositions sagement ordonnées, V. de Cogolin continuait sa croisière, et, par son ordre, toutes les cinq minutes, â un léger coup de cloche, les vigies se disaient l'une â l'antre : Noire-Dame, bon quart!

H. de Cogolin attendait le lever du soleil avec la plus grande impatience; aussi, â certaine lueur douteuse qui fil peu â peu et imperceptiblement pâlir les étoiles et permit de 'distinguer confusément la ligne d'horizon dn coté du levant, il ne put retenir une exclamation de joie :

Enfin, dil-il à son maître pilote, le jour vient I — Oui , monsieur, et avant un quart d'heure, s'il plaît â Weu, nous pourrons éclairer cet horizon.

— Et vous*, dit M. de Cogolin au maître d'équipage, recommandez surtout aux vigies de regarder maintenant dans le nord-est , de tous leurs yeux; car c'est de ce côté-là que doivent arriver les Hollandais (iubonhomme lluyter, s'ils ont â venir.

Les ordres du capitaine furent exécutés, et luimême, monté sur le bastingage de tribord , se tenant

d'uuc main aox haubans d'artimon, attachait un regard fixe sur le levant, qui se colorait peu â peu des premières lueurs du jour.

— Ne voyez-vous rien, pilote, vous qui avex des yeux plus exercés que les miens? demanda le capitaine.

— Rien, monsieur : car c'est à peine si vers l'orient on peut déjà distinguer nettement la mer du ciel. Mais, allons, allons, voilà pourtant qu'on voit maintenant la ligne noire des vagues.

— Vous avex raison, pilote, les étoiles brillent moins, la

JEAN BAUX

bri e fraîchit, le soleil monte. Sang-Dieu! qu'il monte donc vite, et que ma lunette me puisse servir a quelque chose. Bientôt, en effet, le soleil se leva.

Un large sillon de lumière, effleurant le sommet des values verteset sombres, se projeta de l'orient au couchant ; el l'Eole, qui se trouvait dans cette direction, fut soudainement éclairé de mille reflets éclatants, qui dorèrent la courbe de ses voiles blanches, ses flancs arrondis et la sculpture délicate de son rhftteau d'avant.

Avant que le disque du soleil n'eût paru au-dessus des eaux, M. de Cogolin et le pilote interrogeaient déjà tous les points de l'horizon, au moyen de leurs longues-vues, lorsque, tout à coup, abaissant leurs lunettes en même temps, ces deux marins se firent l'un à l'autre un geste des plus expressifs en montrant le levant. Puis le capitaine s'écria d'une voix tonnante :

— Maître, faites virer de bord... Vite, vite, couvrez l'Eole de toute la toile qu'elle peut porter; et vous, pilote, a la barre, a la barre... et droit à Solebay, voici l'ennemi !

A ce mot, l'équipage agit avec un ensemble et une rapidité extraordinaires; cinquante hommes furent jetés sur les bras des vergues, et l'Eole, virant lestement de bord, commença de courir grand largue vers Southwold-Bay, et à déployer toutes les voiles qu'elle pouvait porter depuis ses civadières jusqu'à ses bonnettes.

— Maître ranonnier, à vos pièces, s'écria Cogolin monté sur le bastingage de tribord, et lirez en salut, jusqu'à la vue de terre, toute votre artillerie, pendant que vos fusées d'artillerie éclateront des hunes et de la pomme des mâts.

— Fit vous, timonier, couvrez l'Eole de pavois el de flammes, vite, vite... Mes enfants, que CEole s'adresse aux yeux et aux oreilles de nos frères de Solebay qui ne s'attendent pas a entrer sitôt en branle... Courage, enfants!... courage, ai noua arrivons à temps, CEole aura sauve l'armée !

— Monsieur le chevalier, on est paré dans la batterie, vint dire le connétable (maître canon nier).

— Faites donc feu, mon brave, et mettez double charge. . feu partout, feu toujours, qu'on nous entende, qu'on nous voie de loin ... Elvous. mes enfants, vive le roi, à la première salve ! pour nous porter bonheur.

Le connétable descendit, et bientôt le premier coup de canon retentit sur la mer calme M déserte... A ce moment, le pavillon de France se hissa fièrement à poupe, et fut salué par trois cris de Vive le roi !

Au même instant aussi, mille banderoles et pavillons de toutes couleurs s'élevèrent sous le vent ; et des fusées d'un rouge assez ardent pour être visibles, même en plein jour, s'élancèrent de la pomme des mâts, et tombèrent en pluie d'étincelles pendant que l'artillerie ne cessait de tonner... Il est imposai b'e de décrire le tableau nue devait présenter cette frégate, sous toutes voiles, inondée de soleil, faisant feu de ses deux bords, lançant des gerbes de flammes empourprées du sommet de ses mâts pavoises, éblouissante d'éclat, étourdissante de bruit, glissant avec rapidité sur l'Océan, et laissant après elle un long nuage de fumée, tournoyant comme la poussière soulevée par un char.

Ft puis sur le pont, et comme pour contraster avec tout ce dehors de bruit, de lumière et de couleurs, c'était un calme, un silence profond; car, la frégate faisant toute la voile, toute la route qu'elle pouvait faire eu ligne directe, le capitaine, le maître et les matelots attentifs, mais inoccupés a la manœuvre, n'avaient plus qu'à hâter de tous leurs vœux la rapidité de la marche de C Eole.

Fa batterie offrait un spectacle plus animé : les canonniers el les soldats de la marine qui manœuvraient l'artillerie, exaltés par l'odeur de la poudre el par cet exercice entraînant, s'évitaient entre eux cl s'identifiaient pour ainsi dire avec celte retentissante et grande voix de leurs canons, qui devait porter ces mots jusqu'aux échos du Southwold : — roieï Feunom !

Car le capitaine Cogolin ne s'était pas trompé : c'était bien la flotte de Uuvler arrivant grand largue, et formant une imposante li^ie de bataille, qui de ses ailes immenses embra-aait picsque tout l'horizon.

Bien que l'Eole fût de première vitesse, et que le Ilot el le . vent le portassent droit sur Southwold, il est impossible d'exprimer I affreuse anxiété de M de Cogolin; car la brise et la marée qui favorisaient sa marche favorisaient aussi la flotte hollandaise, qui, a chaque instant, se dessinait plus nettement à l'horizon. Ce capitaine songeait presque avec désespoir à la surprise écrasante que devait faire éprouver aux amiraux la nouvelle qu'il apportait; la plupart des vaisseaux étant mouilles près de la côte, ayant peut-être la moitié de leurs équipages à terre occupés à faire de l'eau, ne s'altendant nullement à être attaqués, et devant encore lutter entre le vent et la marée pour sortir de la baie, dans le cas même ou ils seraient avertis i temps de l'arrivée des ennemis

Qu'on ae figure donc l'angoisse de ce jeune officier, qui, les yeux tantôt ardemment fixés sur la flotte hollandaise, tantôt sur les voiles de si frégate, semblait vouloir lui communiquer sa fiévreuse impatience, bien que la mar. be de ce navire fût aussi rapide que possible ; mais l'inaction, le calme dans lequel Cogolin était forcé de rester au milieu de cette fuite, lui paraissaient insupportables. Au nioius-à teare, soit en courant, soit en hâtant de aa voix et de l'éperon l'allure d'un cheval, on participe à l'action, le mouvement vous exalte, vous vous sentez avancer; mais être la, froid el debout, sur une planche, ne pouvoir ni d'uo cri ni d'un geste liftier une marche due à des moyens muets et mécaniques; être immobile quand on payerait de son sang chaque pas vers le but, c'est en vérité un supplice horrible...

Aussi M. de Cogolin dit-il a son pilote, en lui montrant la voilure de la frégate : — El n'avoir pas un pouce de toile de plus à mettre au vent, et supporter cette allure régulière et monotone... Au moins, à bord d'une galère, on force de rames, on exalte, on emporte son équipage... le mouvement répond a votre impatience... mais à nos bords ... pilote... être réduits i regarder les voiles se gonfler, et attendre... c'est odieux...

— Mais aussi, monsieur, une pauvre voile ne se lasse pas, ne va pas par a-coup, tantôt vite, tantôt doucement; si un boulet la troue, on en envergue une autre, et tout est dit; allez,. allez, monsieur, pour fuir, chasser ou combattre un ennemi, ces galères que voua dites, ces barques a voleurs, ces bagnes à rames, ne vaudront jamais le plus petit brigantin monte par d'honnêtes marins... Mata, Dieu soit loué, monsieur, voici la pointe sud du banc de Sizewell. je vais prendre la barre ; dans une demiheure nous entrerons dans Solebay.

— Oui, que Dieu soit loué, pilote... s'écria Cogolin. Puis, s'adreaaantà M. de Ltesy, un de ses volontaires : Courez dans la batterie, monsieur, dire qu'on redouble d'activité, que les salvea ae aoccédent sans interruption ; car, par le Dieu qui nous entend, le moment est grave !...

Le jeune gentilhomme descendit, et Cogolin, prenant sa longue-vue, regarda vers le nord-est avec une anxiété croissante Le soleil était déjà haut, et l'on distinguait parfaitement i l'horizon les larges envergures des huiliers de la flotte ennemie, qui approchait toujours à toutes voiles-... Cogolin compta quatrevingt-dix-huit navires; puis, entre lui et l'armée ennemie il aperçut bientôt cinq frégates qui éclairaient la flotte hollandaise.

Enfin l'Eole entra dans Southwold-Bay, au bruit de son artillerie et de ses cris retentissants poussés par mut son équipage: — L'ennemi I... t ennemi!...

Aussitôt un cutter anglais, mouillé près M la nasse, mit précipitamment a la voile, et se dirigea vera le nord de la baie pour prévenir le duc d'York.

L'Eole resta en panne à deux portées de canon du Saint- Philippe; M. de Cogolin se jeta dans son canot, accosta bientôt l'amiral, et était sur le pont de ce bâtiment, que le comte d'Estrées dormait encore.

— L'ennemi I l'ennemi ! monsieur, cria de Cogolin à M d'Ilerouard de la Piogerie { major des vaisseaux et de la marine dn Ponant , qui, par hasard, était déjà levé, l'ennemi me suit, ayant comme moi le vent el la marée pour lui.

" M d'Iléronard. stupéfait de cette nouvelle, ne put que faire un signe à M. de Cogolin. pour lui dire de le suivre dans la chambre de l'amiral Introduit près de M d Fstrees qui était

encore au lit, M. de Cogolin lui donna rapidement les détails de sa croisière.

— .Monsieur d'Hérouard, dit le comte d'Estrées eu se faisant vite habiller et armer, allez a l'instant, à bord de H. le duc d'York, lui demander ses ordres.

— Monsieur de Cou, ajoula-l-il à son capitaine de pavillon, faites lever l'ancre à l'instant, ordonnez de faire le branle-ba* de combat partout, et donnez le signal à la flotte d'imiter ma manœuvre. Puis, se retournant vers Cogolin d'un air consterné : Ah! monsieur, qui donc aurait pensé cela... et M. le duc d'York qui se croyait cerUio que l'amiral hollandais était mouillé au Texel.

— C'est une bien funeste ignorance, monsieur l'amiral, mais heureusement que votre escadre est mouillée plus au large.

— Sans doute, et, malheureusement, j'ai encore une partie des équipages de mes vaisseaux à terre, mes barques longues y sont mouillées pour le service de l'eau, et c'est a peine si j'en aurai le nombre nécessaire pour détourner les brûlots.

Peu de temps après M. a'Hérouard revint du bord du duc d'York, et dit a M. d'Estrées : — Monsieur, Son Altesse le duc d'York était couchée : en apprenant cette approche si inattendue des Hollandais, elle m'a ordonné de vous dire d'appareiller en coupant vos cables ou en les filant par le bout , et ne t km» le ve.vt autant que fossible, parce qu'il prévoyait bien que lui* même aurait beaucoup de peine à s'élever avec son escadre ; Son Altesse ajouta, en riant, que c'était une bonne chance pour célpbrer la naissance du roi son frère.

— Faites venir M. de Cou, dit l'amiral; puis, il ajouta : Adieu, monsieur de Cogolin, retournez a votre bord, vous avez sauvé l'armée du roi.

M. de Cou entra.

— Monsieur, faites couper les cibles, et appareillons sur l'heure.

— Mais, monseigneur, les chaloupes et matelots de la plu- ,parl des vaisseaux sont encore i terre.

— Il n'importe, monsieur, il n'importe, faites appareiller, et donnez le signal a tous les vaisseaux qui seront prête d'imiterroa manœuvre.

— Je l'ai déjà fait, monsieur.

Le mouvement nécessaire a l'appareillage se terminait, lors-

3 ne le vice-amiral parut sur le pont. Après une courte prière, ite par le père l'IIoste, on hissa le pavillon de combat, et te Saint-Philippe mit à la voile sous ses huniers, ayant à vaincre le flot assez fort.

Les vaisseaux le Grand, le Tonnant, le Foudroyant, tExcelltnt, le Superbe, t Aquilon et l'Invincible, n'ayant personne à terre, imitèrent la manœuvre de l'amiral, et le suivirent; lorsqu'ils arrivèrent dans la passe de la baie, ils purent voir la flotte hollandaise venant droit sur eux sur une seule ligne.

Au grand élonnement des officiers de l'escadre, el malgré t ordre formel que lui avait donné M. le duc d'York, db tenir tM itn, M. d'Estrées laissa ac co.-it»aif» arrive» vers le soo, et bientôt l'action s'engagea au nord, ainsi qu'on va le voir, entre les flottes anglaise et hollandaise.

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