‹ Jean Bart et Louis XIVChapitre 35 sur 120 · IRAN · texte numérisé non relu

IRAN

d'honnenr pour le reste de la campagne, sans donner un méchant exemple, d'autant plus qu'il est déjà dans cette escadre, et que c'est le plus ancien capitaine de tous ceu< q"ui sont ici.

• Je ne manquerai pas de faire porter à Calais et a Dunkerque nos malades et nos blessés, et de faire partir incessamment I escorte pour aller chercher les vivres, a6n qu'ils puissent être embarqués dans la rivière pendant le temps que l'on y sera pour se raccommoder. Il me semble même que, pour assurer cette escorte, il est bon d'en envoyer deux, ce que je ne manquerai pas de proposer aujourd'hui à M. le duc d'York, où je ne vois aucune difficulté.

• J'envoie une liste des morts et blessés qui n'a pu être complète, le Stiffcrbe ayant été obligé d'entrer dans la Tamise sans me donner part de'son incommodité; j'apprends toutefois qu'il a eu trente morts ou.blessès considérablement.

• M. du Quesne et quelques vaisseaux de sa division ne m'ont pas aussi envoyé leurs listes, telles que je les demande, signées des écrivains du roi. Mais je sais néanmoins qu'il y a eu dans tous les vaisseaux des gens tués ou blessés, hoimis dans un ou deux, et même sur les frégates légères ou brûlots.

• Hier, le Tonnant et le Rubis touchèrent aussi bien que deux grands vaisseaux anglais. Le Tonnant n'a eu aucune incommodité ; mais j'appréhende qu'il n'en soit pas de même du Rubis; c'est un si méchant vaisseau de voile, qu'il est presque inutile dans un combat, ne pouvant tenir en ligne.

f Je suis, avec toute sorte de reconnaissance et de respect,

t Monsieur,

« Votre très-bumble et très-obéissant serviteur, « Le comte d Estiiées. »

ton* b TimlK, 1 cinq lieues de la boute du nord, le- 16 juin 167*.

LETTRE DE COLBERT l>E CAOISST A COI.BEBT.

« À Londre», ce 20 juin 1072.

• J'ai reçu à bord de M. le duc d'York les deux lettres qu'il vous a plu de m'écrire, des 11 et 15 de ce mois, avec la lettre de ô,000 livres sterling. Je m'étais rendu à la flotte pour le même dessein que vous m'insinuiez jar la dernière dont vous m'avez honoré, et surtout pour bien approfondir la vérité de ce qui s'est passé dans le dernier combat, et ne pas ajouter foi témérairement aux rapports qui pourraient préjudicier à l'honneur de ceux qui exposent leur vie pour le service du roi ; mais quoique je n'en aie déjà que trop appris, tant des personnes de qualité des deux nations qui étaient sur la flotte , que des officiers, pilotes, capitaines de brûlots, matelots et soldats, tant Français qu'Anglais, et que tous, généralement, accusent M du Quesne de deux choses : l'uue, de n'avoir pas tenu le vent comme M. le comte d'Fstrées le jour du combat, en sorte qu'il a toujours été hors la portée du canon des ennemis avec toute sop escadre ; l'autre, que, le lendemain, lorsque l'escadre de France avait le vent sur les ennemis, et que 1 amiral avait fait le signal du combat , il n'avait pas arrivé comme il devait pour le commencer; néanmoins, je crois que vous devez, aussi bien que moi, suspendre votre jugement jusqu'au premier ordinaire, m'en retournant demaiu à la flotte, tant pour parler audit sieur duQuesne, qui m'en a prié, que pour demeurer sur nos vaisseaux ou à Chalam, jusqu'à ce qu'ils soient entièrement radoubés. Je dois cepcndantjvous dire que , quoique M. du Qnesne se plaigne que M. le vice -amiral lui veuille du- mal, il n'y a cependant personne dans toute l'armée qui m'ait parlé si honnêtement dudil sieur vice-amiral , et même M. le duc de Buckingham nous ayant tiré à part, elnous ayant dit que la faiblesse que ledit sieur du Quesne et toute son escadre avait témoignée dans ce dernier combat était trop publique pour devoir être tenue secrète ; et tout le monde même criant en gAiéral contre les Français, il était nécessaire de dire nettement ceux qui avaient fait leur devoir et ceux qui y avaient manqué, afin de rendre l'honneur à ceux qui le méritent, et le blâme aux autres, ledit

BAFVF

sieur comte d'Kstrées lui fit réponse qu'il ne savait pas de quoi les Anglais se pouvaient plaindre de nous, puisque nous avions occupé tout un jour trente-cinq vaisseaux de guerre zélandais et dix brûlots, que nous avions fait souffrir beaucoup plus de perte cl de dommages aux ennemis que nous n'en avons reçu ; que si parmi notre escadre il y en avait qui n'avaient pas si bien fait leur devoir que les autres, c'était à nous à en informer le roi notre maître, pour en faire la distinction à l'avenir dans la distribution de ses emplois et de ses grâces ; mais qu'à l'égard du roi d'Angleterre, il croyait qu'il avait sujet d'être satisfait ; et lorsque ledit duc répliqua qu'il n'y avait pas plus de dix ou douze de nos vaisseaux qui avaient combattu, le comte d'Estrées lui dit qu'il n'y en avait pas aussi plus de vingt des Anglais, comme il est vrai aussi de leur aveu ; j'ajouterai à tout cela que je croyais bien, par les récits qui m'étaient faits , que tous ceux qui n'avaient pas combattu, tant Français qu'Anglais, n'avaient pas manqué de bonne volonté ni de courage, et que s'ils ne l'avaient pas témoigné, ils pouvaient avoir été retardés par les gens qu'ils avaient à terre par le calme, et parce que leurs vaisseaux ne sont pas si bons voiliers que les autres ; et qu'il ne fallait pas douter que, dans la première occasion, ils ne donnassent des preuves de la passion qu'ils ont d'imiter l'illustre exemple que leur donne un frère unique du roi, et présomptif héritier de la couronne. Sa Majesté de la Grande-Bretagne et le duc d'York, qui ont su mes sentiments là-dessus, les ont fort approuvés, et m'ont dit qu'il n'était pas question de faire le procès aux deux tiers de l'armée qui n'ont pas combattu ; et qu'il fallait , au contraire , louer tous ceux qui ont bien fait, et animer les autres à faire encore mieux dans la première occasion. Ceux que j'ai appris qui se sont le plus signalés sont :

* M. le vice-amiral, dont les pilotes anglais qui le servent ont dit des merveilles, non-seulement à moi, mais à tous les Anglais qui ont été sur son bord, et toute l'armée, généralement, en tombe d'accord.

» M. des Rabesnières, qui était sans contredit un des plus braves hommes et des plus entendus qu'il y ail jamais eu dans la marine, et dont nous ne pouvons assez regretter la perte ; toutes les compagnies anglaises et les officiers du roi d'Angleterre ont honoré ses funérailles à Chalam, et le sieur de Vauvré les a faites, par mon ordre, aussi magnifiques qu'il se pouvait; mais je crois qu'il est du service du roi de lui faire au plus lot quelque belle épitaphe, qui marque l'estime que Sa Majesté fait de ceux qui le servent bien. Le roi d'Angleterre a fait faire à Chatam l'oraison funèbre dudil sieur des Rabesnières, et avait ordonné i ses officiers de payer les dépenses des obsèques ; mais je l'ai empêché.

« M. Désardans a aussi très-bien fait son devoir; il a eu, comme vous savez, la jambe emportée. J'avais dit au sieur de Vauvré de le faire transporter dans mon logis, où j'en aurais eu tout le soin possible ; mais je n'ai point de ses nouvelles, ce qui me fait croire qu'il aura bien pu se faire transporter en France.

« M. du Magnou, qui est aussi blessé, s'est comporté fort bravement.

« Il y a encore M. de Cabaret, le commandeur de Verdille, le chevalier de Valbelle, le chevalier de Tourvilte, le chevalier de Scpville, de Cogolin, qui est le seul qui a averti de la venue des ennemis, et qui leur a ensuite fait tout le mal que son petit vaisseau pouvait; Combaul a bien combattu dans le commencement pendant trois heures, et on dit qu'il ne s'est retiré que parce que son vaisseau était désagréé et incapable d'agir. Je vous écrirai avec plus de certitude qui sont les autres par le premier ordinaire.

« Quant aux capitaines da brûlots, je n'ai pas appris qu'il y en ait d'autres qui se soient signales que Serpau ; mais surtout cela je me remets encore à ma première lettre, m'en retournant demâin sur le lieu avec assez de gens pour tenir table, y régaler les officiers et les entendre parler; et je vous assure qu'il ne tiendra point à moi que le radoub ne soit bientôt fait, et qu'ils ne fasseul bien leur devoir dans la première occasion.

* Nous venons d'apprendre que les Hollandais sont déjà en mer, ainsi que vous I avez prévu, et qu'ils ont eu un .renfort de quatorze vaisseaux de guerre et six brûlots ; et comme je ne

doute point qu'ils ne viennent bientôt â l'embouchure de lu Tamise, je ne sais plus comment nous pourrons avoir des matelots, vivres, poudres et toutes les autres choses que vous nous voudrez envoyer. M. le prince Robert est a présent vice-amiral d'Angleterre, et M. Spragge sera le reste de la campagne amiral de l'escadre bleue, ce qui a rebuté du service. M. Holmes, qui a demandé et obieini son congé ; mais depuis, le roi son maître lui a parlé avec tant de témoignages de 1 butineur de suit estime et de sa bienveillance, qu'il parait résolu à achever la campagne ; et, a vous le dire vrai , on ne peut .

assez louer sa valeur.

f Je viens de recevoir une lettre de H. de Yauvré, qui m'obligea partir celte nuit, afin d'apaiser d'autant plus tôt les aigreurs que le dernier combat a fait naître parmi lescapitaines des vaisseaux du roi, les uns étant pour M.

le comte dtstrées.

et les autres pour H. du Quesne, qui ne veut point aller voir mondil sieur le vice-amiral ; mais comme celui-ci est le chef, qu'il se conduit d'ailleurs , à ce qu'il m'en a paru, avec beaucoup de douceur et d'honnêteté, et que dans le combat il a ac-

3uis la réputation un très-brave et même très-habile capitaine, au rapport des Anglais aussi bien que des Français, je commence a craindre qu'on n'ait eu raison de me dire que ledit sieur du Quesne ne cherche des sujets de plainte contre mondil sieur le vireamiral, que pour rendre suspect le rapport véritable

3 N il aura pu faire e ceqai s est passé; enfin, le premier a les louanges de toute l'armée, et l'autre le blâme ; en sorte que, quand il aurait fait ce qu'il doit, il a toujours le malheur d être fort décrie.

i Faites-moi, s'il vous plaît, savoir si nous devons acheter ici ■n ou deux brûlots, ou si vous nous en enverrez ; il est nécessaire aussi qu'il vous plaise faire partir les matelots que vous avez fait lever; et M. le prince Robert me conseille de les faire

venir avec toutes nos munitions a l'.-t -ti nli, d'où on les pou ri

faire joindre l'armée a\ec plus de sùrclé que s'ils venaient di-

rectement à Cbalam; j'en conférai demain avec M. le vice-amiral, Je vois par la dernière que vous m'avez l'ait l'honneur de m'érrire, que vous nous envoyez une très-grande quantité de mâts, dont j'espère que nous n'aurons pas besoin. Je suis avec respect, tout à vous,

< COLBEIIT. »

« Je suis encore obligé de vous dire que le capitaine de la

frégate appelée la Snhlilc a amené à Portsmoulh un vaisseau de Itremeu chargé de viu eld'eau-ue-vic, venant de Bordeaux; je n'en ai pas encore v u les pièces ; mais il me parait, et parla mturede son chargement, par le passe-port, et par la déposition de l'équipage, que cette prise n'est pas bonne; et apparemment , si elle l'était, on l'aurait plutôt ameneo dans les ports de France que de m'en venir embarrasser ici ; cependant , pour peu qu'on diffère à relâcher la prise, tout le vin sera perdu, et il y aura de grands dommages pour les propriétaires.!

( lïtbl. roy. mu.

lettre» de Colbert.)

LETTRE DE COLnEKT DE CROISSÏ A COI.- BERT.

f A bord île YBitrirt-

le, prés Ui.ii.mi , ce 23 juin 1071.

« Je demeurai hier toute la journée près de nos vaisseaux en de longs éclaircissements sur ce qui s'est passé au dernier combat ; et quoique M. le roro-

Duquwne. te dEstrèes eut,

auparavant mon

arrivée, été sur le bord de M. du Quesne, et eût fait tous ses efforts pour rétablir la bonne intelligence, néanmoins, je trouvai ledit sieur du Quesne extraordinaire ment aigri; mais je lui ai fait connaître qu'il avait tout sujet de se louer de mondit sieur le comte d'Estrées, et que l'on ne devait imputer les bruits qui ont couru au préjudice de son honneur qu'à quelques Anglais mal affectionnes au service du roi leur maître ; qu'au fond, cl Sa Majesté Britannique et tout le monde était persuadé que l'escadre de France avait trcs-bie'n fait son devoir, ayjut occupé

toute relie de Zélande, beaucoup plus nombreuse, pendant un jour entier, et lui avant causé beaucoup plus de dommages que nous n'en avons souffert ; que, si quelqu'un des capitaines s'était plus signalé que les autres en combattant de plus prés, on n'en avait pas plus mauvaise opinion des autres, puisque, n'ayant pas pu gagner le vent, il était a la liberté des ennemis de les approcher ou de s'en éloigner; enfin, après d'autres semblables discours, j'ai uu peu apaisé sa colère, et il m'a dit toutes les raisons qu'il avait eu de faire, le jour du combat et le lendemain, les manœuvres dont on le blâmait; il m'a même fait voir les « ordres « qu'il avait de retenir l'ardeur des capitaines de son escadre: o il s'est aussi plaint de ce que les fréquents revirements de bord

0 que M. le vice-amiral avait faits étaient cause que toute l'e*n cadre n'avait pas pu suivre ; bref, il m'a fait connaître qu'il

1 avait combattu lorsqu'il fallait, et m'a persuadé qu'il avait fait « tout ce qui lui était possible en cette occasion, aussi bien qu'en « celle du lendemain : mais comme c'est une démonstration irès- « difficile à faire par lettre, je ne puis l'entreprendre ; mais je m vous ffrie dire seulement que je 1 ai mis dans une assez bonne « assiette, a ce qu'il m'a paru >■ Il m'a dit aussi que les capitaines de son escadre me viendraient TOÎC aujourd'hui, et je tacherai pareillement de faire cesser leur ressentiment, qu'on m'a dit être si grand qu'il y aurait a craindre des combats particuliers, et des querelles capables de faire un très-grand préjudice au service du roi, si l'on n'y remédiait.

« En vous écrivant, mon courrier est arrivé, qui m'a rendu la lettre qu'il vous a plu de m'ècrire, du 18 de ce moii. Vous avez à présent reçu la relation que le roi d'Angleterre a fait imprimer, de ce qui s'est passé au dernier combat ; elle est assez succincte, et ne donne pas à notre escadre toute la louange qu'elle aurait pu mériter; mais je n'ai pas cru devoir Taire une négociation pour obliger ceux qui l'ont faite a en parler autrement. Je ne puis non plus rien ajouter à ce que je vous ai écrit ci-devant touchant les 'mûris et blessés, et qui sont les personnes qui se sont signalées. Je trouve les sentiments de tous ceux qui composent notre escadres! différents, que je ne puis pas en faire un jugement bien certain. Quant aux vaisseaux, ils ont fort avancé leur radoub, par le moyen des fiâtes qu'ils ont auprès d'eux et il n'y a a Sheerness que les vaisseaux de MM. des Rabesnières et Désardans, lesquels, quoique fort maltraités, pourront être raccommodés a la lin de cette semaine ou au commencement de l'autre. J'ai vu a f.halam le capitaine du dernier qui a eu la jambe coupée, et qui n'est pas en étal de servir celte campagne ; je lui ai offert tout ce qui pouvait dépendre de moi, aussi bien qu'à M. du Magnnu, qui a Donne volonté de retourner sur son bord ; mais je crois que sa blessure, qui n'est pas petite, l'en empêchera,

h II y a encore ici le vaisseau le iUttnx, qui a échoué, et que nous ferons mettre dans les dorksdemain malin pour le radouber.

« Nous avons aussi le brûlot du sieur Yidault. qui a besoin de quatre mâts, que je suis contrarié de faite acheter a cause que, s'il fallait attendre ceux de la flrtie, il y en aurait encore pour longtemps.

« Je lerai tout ce qui me sera possible pour disposer M. le duc d'York a se remettre en mer avec tous les vaisseaux qui sont en état, mais comme le vaisseau le l'rincc, sur lequel il monte, est a présent sans mats, et que les douze plus beaux vaisseaux de l'armée ne peuvent sortir de Sheerness de sept ou huit jours, je n'ai aucune espérance de réussir dans cette négociation l e roi d Angleterre se tiendra assurément fort oblige à Sa Majesté île l'ordre que vous avez donné pour lui l'aire fournir vingt mille livres sterling: et je ne me suis aussi charge de vous eu écrire, que parce que j'ai vu une nécessité indispensable pour le service du roi de taire celle avance.

« Je suis, avec respect, tout a vous. « Colbfrt. * (Bit/, roy , nus. lettre* île Colhert.)

LtTTRF. DC CHEVALIER CHARLES DE FKCOtlILRE. VOLONTAIRE A BORD OU TERRIM.E, A SO!» FRÈRE. LE MARQUIS OK s- i '. >i 1 1 m . SUR LE

cornm du 7 juin i67'2.

,« Me l'emlmui'hnr* 'lit U Tïhiiv « On nous dit ici que le roi prend par jour deux villes jamais

conquérant n'a été si vile, l.a cour d'Angleterre, el principalement le roi. qui est à armée depuis deux jours, parait avoir beaucoup de joie de toutes ces bonnes nouvelles. M. de Uuckingham et M. d'Arlington partirent dimanche pour aller trouver le roi. Le courrier de M. de Pomponne, qui était venu trouver M. l'ambassadeur à Londres, partit aussi le même jour, dans le même bâtiment hollandais qui l'avait amené ici; je lui donnai une lettre pour M. de Pomponne, et une aulre pour Fourmont, où je lui mandais au net la manière avec laquelle nous avions combattu, qu'on disait n'être pas a l'honneur de M. du Quesne, pour lequel je prends un peu d'intérêt, étant dans son vaisseau, et y étant avec autant d'agrément que j'y suis. On ne peut pas au monde traiter les gens plus honnêtement qu'il nous traile ; enfin, si j'avais à servir sur la mer. j'aimerais mieux être sous lui que dans aucun autre vaisseau. Je ne souhaite pourtant pas de servir sur la mer, y étant toujours malade. Je mandais donc à M. de Pomponne que c'était avec injustice qu'on disait que M. du Quesne n'avail pas fait son devoir, avant aussi bien fait qu'on pouvait faire, et ayant été aussi pria des ennemis que les autres. Enfin, nous étions des coquins qui n'avions pas un coup dans noire bord ; cependant, il s'est trouvé que nous eu avions au moins ciuquante ou soixante: il n'a tenu qu'a M. le comte d'Gstrres que nous en eussions davantage, ayant abandonné les Anglais aussi vilainement que nous fîmes. Cependant ils sont contents de nous, parce que. par un bonheur extrême, nous leur avons retiré de dessus les bran l'escadre de Zélande, qu'ils appréhendaient plus que les autres. M. l'ambassadeur a été assez longtemps ici. L'on n'a jamais vu un homme ai outré, contre nous autres prétendus coquins, qu'il était. Il s'en est pourtant retourné fort satisfait de nous, après avoir entendu nos raisons Cela a fait de grandes divisions dans l'armée et de grands ennemis au comte d'Estrèes, qui, pourtant, est venu dans notre bord dire qu'il n'avail jamais parlé de cela, el qu'il était loui près d'aller dans tous les autres vaisseaux leur dire la même chose. Cependant il souffre que, devant lui, certains volontaires et officiers parlent de cela : cela est fort vilain a lui. Nous sortirons demain de la rivière; l'on ne sait pas encore où l'on ira, parce que l'on ne sait pas de nouvelle* des Hollandais. L'on croyait, il y a quelques jours, qu'ib avaient désarmé, et présentement on" dit qu'ils sont ailes audevant de leurs flottes des Indes. Si cela est, nous pourrions encore avoir un combat qui pourrait bien finir la campagne de mer. car je crois qu'on s'approcherait bien 'plus près qu on un fait. Ils ont beaucoup de brûlots, et si, par malheur, ils avaient le vent bon, ce sont les gens du monde qui savent le mieux brûler. C'était une chose épouvantable que de voir le vaisseau du comte de Sandwich, qui était le plus grand et le plus beau vaisseau de l'armée , en feu. Pourvu que nous nous battions encore une bonne fois, je n'aurais pas de regret de n'avoir pas servi sur terre, car c'est la plus belle chose du monde de voir l'ordre d'un combat naval. Je m'en vais chez M. le duc d'Y'ork. où le roi til. C'est le prince du monde qui traile le mieux les Français, leur parlant toujours de toutes sortes de choses...

« Le chevalier dk FtCQUifcnE. »

Il demeure évident, ainsi qu'on vient de le voir par les relations hollandaise, anglaise et française, par les lettres du marquis de Crancey et de M. Colbert de • roissy. que Louis XIV avait donne des ordres secrets a d'Estrèes, qui enjoignaient à cet amiral de rester autant que possible spectateur du combat, el de n'y prendre part qu'à la dernière extrémité.

Cette conduite fut diversement interprétée.

Les gens froids et calculateurs qui pensaient au positif, au réel, répétèrent ce qu'ils avaient déjà dit, lorsqu'en IflflG Louis XIV, n'opérant pas sa jonction avec la flotte hollandaise, la laissa aux prises avec la flotte anglaise : « Il était de bonne i politique de laisser deux puissances rivales s'entre-dètriiire n au profit de la France, qui. plus tard, pouvait avoir pour cni neuiie l'une ou l'autre de ces puissances. »

Il faut dire aussi qu'en |i>7'2 la question était plus compliquée : Louis XIV, envahissant sûrement la Hollande par terre,

n'avait qu'un intérêt secondaire à prendre pari à l'action sur mer qui ne pouvait jamais être décisive tant que les forces des combattants seraient a peu près égales; tandis que le poids de son escadre, jetée dans la balance, pouvait faire détruire la marine hollandaise, et donner trop d'importance alors à la marine anglaise.

Bon ou mauvais, Louis XIV prit le parti contraire : ce fut de tenir ces deux puissances maritimes en échec, jusqu'à ce qu'il fût en état d'avoir une marine assez importante pour, a la rigueur, faire facu a toutes deux.

Il demeure encore évident que cette convention tacite de ne

pas engager l'avanl-garde de la flotte hollandaise contre LouisXIV était arrêtée, sans doute, entre ce roi et quelques personnages influents de la république ; car, pour qui a la moindre connaissance de la manne, il est palpable que, si l'amiral Bankert, ayant le vent, eût voulu attaquer rudement l'escadre française, qui était sous le vent et obligée de ranger la côte, il eût engage vigoureusement le combat.

Que penser de ce ménagement? Etait-ce un dernier effort tenté par Jean de Witl pour apaiser la colère de Louis XIV et l'eug-igera ménager ces malheureuses provinces? Etait-ce lâcheté de I amiral Bankert'.' Cette dernière supposition ne se peut ad ■ mettre : car, au combat de 1666, ce marin se battit avec la plus grande intrépidité.

La première supposition est donc plus probable et plus rationnelle.

Quant au demi-silence gardé par l'Angleterre à ce sujet , il est concevable en cela que Charles II était, ainsi qu'on l'a vu par les mêmes lettres, réduit a de telles extrémités, qu'il fallut que M. de Croissy courût les gens d'affaires pour lui trouver 20.000 livres sterling.

Or, quand on est réduit a de pareilles extrémités, quand on est gage par un maître aussi peu endurant que Louis XIV, on a fort mauvaise grâce à se plaindre.

Encore une fois, les faitt sont là, et, bien que ces tempéraments dussent faire éprouver à tous les capitaines de l'armée la généreuse impatience si spirituellement exprimée par la lettre du marquis de Grancey, en bonne et égoïste politique, cette généreuse impatience devait peut-être se taire devant 1 exigence bien entendue des intérêts matériels.

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