CHAPITRE XXXI
Dans cette année 1675, il y eut deux batailles navales : la première se donna, le 7 juin, près des bancs de Flandre, un an, jour pour jour, après le combat de Southwold-Day, la seconde se livra le 21 août.
Dans le prein er de ces deux combats, l'escadre française, au lieu de former l'avant-gardc ou l'arrière-garde de la (lotie combinée, d'après les ordres du roi d'Angleterre, composa le corps de bataille.
Sans nul doute, cette détermination fut prise pour satisfaire a l'opiuion publique, qui se plaignait hautement que. lors du combat de Southwold-Bay, l'escadre française, ayant un posle séparé, u'avait pas voulu participer à l'action.
Ainsi cju'on va le voir, cette précaution de Charles II le servit, car I escadre française, placée de la sorte, cl abandonnée à l'impulsion gêné euse de chaque capitaine de vaisseau, se battit bravement, reçut des louanges unanimes de l'amiral et des officiers anglais, louanges qui contrastèrent cruellemenl avec les reproches dont on avait accablé M. d'Esirèes lors du combat de Southwold, en 1672. et dont on l'accabla de nouveau lors du deuxième combat qui eut lieu le 2i août 1673; car cet amiral tenait fort a exécuter, quand il le pouvait, les ordres secreu de Louis, qui lui enjoignaient nettement de ne pus hasarder sis musicaux dans le péril, et de se méfier des Anglais.
Aussi, lors du second combat de l'année 1675. Louis XIV, qui traitait cavalièrement le roi Charles de mailre payant à valel gagé, et s'arrangeait peu de celle gloire maritime acquise par la perle de ses vaisseaux, Louis XIV exigea que son escadre eût celle fois un poste distinct, à l'avant-garde do la flotte ; de la sorte, ce qui était arrivé déjà lors du combat de Southwold ic reuou-
vela, a savoir, que le vice-amiral resta pendant cinq heures spectateur du combat, maigre les signaux et les ordres réitérés de M le prince Kupert, qui avait succédé à M. le duc d'York dans la charge d'amiral d'Angleterre, ce dernier ayant été obligé de quitter cette charge pour cause de catholicité.
Ce second déni d'assistance exalta terriblement la nation anglaise contre Louis XIV : le prince Rupert lit une relation des laits; M. Martel, un des chefs d'escadre français, en publia pa reillemem une autre, qui eut été écrasante pour M. le vice-amiral d'Estrées. si ce dernier n'eût aussi pu se retrancher derrière les ordres secrets qui lui ordonnaient itérativement d'agir ainsi qu'il avait agi.
Malgré ces ordres secrets, on lit apparemment quelques maladroites réponses aux reproches de M. le priuce Rupert. On verra ces pièces, dont une est de la main de M. le vice-amiral d'Estrées, et l'autre de la main d : M. le marquis de Seignelay.
Malgré ces réfutations, seulemr nt destinées au public, il demeura évidemment prouvé, par l'enquête secrète ordonnée par Colbert, et faite par M. de Seuil, enquête dont on donnera le texte plus bas, que les plaintes des Anglais étaient fondées, et que l'escadre française ne lit celte fois qu'assister au combat, et encore de fort loin.
Ainsi, eu 1606, Louis XIV, allié de la Hollande contre l'Angleterre, au lieu de secourir la république contre son ennemie, s'oppose à la jonction de la flotte, et laisse Hollandais et Anglais s'entre-detruire.
Ainsi, en 1672. allié de l'Angleterre contre la Hollande, son escadre, au lieu de suivre les ordres du duc d'York, laisse arriver au sud, t*ndia qu'au nord Anglais et Hollandais se battent avec acharnement.
Aussi, en 1675, lors du premier combat, l'escadre française, mêlée aux vaisseaux anglais, et se trouvant forcément bord à bord avec l'ennemi, se comporte vaillamment, tandis que, lors du second combat, ayant repris son poste indépendant à l'avantgarde, et pouvant alors obéir aux ordres de son vice-amiral, elle passe sans danger entre deux divisions anglaise et hollandaise, qui combattaient, s'élève au vent, et la. malgré les signaux réitérés du prime Rupert, qui, placé sous le vent, lui ordonnait de venir a son secours, elle reste spectatrice du combat ; 60us quel étrange prétexte? sous celui-ci : « que le pavillon bleu hissé a • la corne d'arlimon, par le prince Rupert, u'était pas porté « dans le livre des signaux comme signiliant : — laissez arriver « sur l'ennemi, mais bien : — vesëz vous ranger dans mes « eaux. » Ce serait à ne pas croire, si la correspondance n'existait pas. Comment, lorsque l'amiral se trouve vigoureusement engagé, n'est-ce pas identiquement la même chose pour lui d'ordonner a son allié de « laisser arriver sur l'ennemi qui l'attaque ? » ou « de lui ordonner de venir se ranger dans Nés eaux?» C'est-à-dire beaupré sur poupe ; car, encore une fois, n est-il pas évident que venir se ranger dans les eanx d'un navire qui combat, c'est prendre part à I action ?
La seconde raison donnée par le vice-amiral n'est pas moins ridicule ; il objecta : qu'ayant gagné le vent sur l'ennemi, il voulait conserver cet avantage pour le lendemain, dans le cas où le combat se serait engagé de nouveau, et que c'était encore pour garder celte position qu'il n avait pas obéi au signal du prince Rupert. qui lui ordonnait de laisser arriver et de venir se ranger dans ses eaux.
Tels sont les faits.
De tout ceci, il ressort celte vérité palpable : que, tant que ses vaisseaux ne furent qu'auxiliaires, Louis XIV voulut qu'ifs laissassent, autant que possible, ennemis ou alliés s'enlre-délruire, afin de profiter de la ruine de tous deux ; mais aussi que, lorsque les vaisseaux de France eurent a combattre seuls, ils s'en acquittèrent bravement, ainsi qu'on l'a vu à l'attaque de Candie, au premier combat de 7.", et qu'on le verra plus lard à Messine, à Tabago. a Rio-Janeiro. à la lingue.
Militairement parlant, celle façon d'agir en cas d'alliance n'est guère honorable, il faut l'avouer; et ce dut rire un bien cruel supplice pour tous ces braves capitaines île vaisseaux ou chefs d'escadre, tels que du QueMic, Valbeile, Grancey, Martel, Tourville. Résardans, Cabaret, et sans doute aussi pour le
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comte d'Rstrées lui-même, de jouer, aux yeux des Anglais et de loule l'Europe, ce rôle de lâcheté que leur imposait la politique déloyale du grand roi.
Mais , matériellement parlant, une telle façon d'agir n'était peut-être pas malhabile, en cela qu'elle aidait à la ruine de deux marines puissantes et rivales, qui se détruisaient l'une par l'autre au profit de la marine française.
Et puis enfin, que cela soit honorable ou lâche, sage ou insensé, cela a été : or cela doit être dit, l'histoire n'étant après tout que l'exposition nette et précise des faits tels qu'ils se sont passés ; c'est ensuite aux philosophes et aux moralistes de conclure selon leur point de vue religieux, monarchique, fatal ou providentiel, comme ils disent.
Voici les documenta relatifs a ces deux combats.
D'abord une lettre de M. le marquis de Seignelay, qui était depuis longtemps à Rochefort, pour bâier les armements dont il s'occupait avec une incessante activité.