‹ Jean Bart et Louis XIVChapitre 38 sur 120 · LETTRE DO MARQUIS DE SRIGNELAT A SOS HÈRE · texte numérisé non relu

LETTRE DO MARQUIS DE SRIGNELAT A SOS HÈRE

• AU K" belle, ce 4 mai 1(173.

« J'arrive de bord des vaisseaux , où j'ai passé la nuit pour les faire mettre tous à la voile ; j'ai été de bord en boni pour faire appareiller devant moi, et il fallait cela pour les résoudre a partir; enfin ils le sont, Kieu merci, par un vent d'est-nord-est très-favorable, et tous leurs équipages sont complets de matelots et de soldats. Le Maure n'a pu partir en même temps, ni les brûlots de Resgrois et de Rocuchon ; mais ils soot tous en rade de chef de baie, et le Maure partira après-demain sans faute. Comme le sieur de Seuil m'a écrit de Brest que, quelque diligence qu'ils pussent faire , il manquerait encore plus de quatre a cinq cents soldats pour rendre les équipages complets, et que ceux-ci le sont a présent, sans la recrue de M. d'Albrel, qui doit arriver ici demain ou après, composée de quatre cents soldats, j'ai laissé les ordres à M. de Terron, et au commissaire Grandin, qui est ici, de faire embarquer lesdits quatre cents hommes sur le vaisseau le Maure el sur les brûlots, pour être pris sur les vaisseaux de Brest. Je crois qu'après cela ils auront leurs équipages complets. J'ai déjà écrit depuis huit jours à M. le vice-amiral que je pourrais lui envoyer un nombre d'hommes considérable; ainsi je crois qu'ilYatlend à celle recrue.

a L'escadre du détroit partira au jusant de ce soir, sans faute, et j'achève à présent l'instruction de Cliâteaurenault, n'ayant pas eu le temps de lui en donner plus tôt. En cas que vous ne la trouviez pas bien, il sera facile de lui en envoyer une autre à la Corogoe, où il va à présent, pour aller croiser à la côle de Biscaye et de Galice.

* V Hirondelle et t Emerillon , vaisseaux gardes-côtes, ont aussi leur nombre complet, et sont prêts à partir.

« Beauregard est un homme dont je ne crois pas que vous ayez satisfaction ; il ne fait aucune diligence pour son départ, et c est le plus petit génie qu'on puisse dire : il semble qu il ail à équiper une flotte, et il trouve des difficultés à tout. Cependant je viens encore de lui parler pour le presser de partir.

« M. de Terron alla hier à la Rochelle ; il se porte mieux. Je lui ai communiqué votre dernière lettre , et je crois qu'il ne sera pas difficile de s'assurer ici d'un bon nombre de soldats pour les armements prochains, sans avoir la peine que nous avons eue en celui-ci ; et puisque, en trois semaines, j'ai trouvé le moyen de faire quinze cents soldats, quoiqu'on me dit. lorsque j'arrivai, qu'on n'en ferait pas six dans toute la province, à cause de la grande quantité qui avait été levée, il est a croire que, quand on prendra de plus loin ses mesures, et qu'on y aura de l'application, on y réussira facilement; j'ai même encore découvert sur les lins des facilites plus grandes que je ne pensais, et j'espère que l'année prochaine nous éviterons tous ces embarras.

« Je vous renvoie votre courrier pour vous apprendre la nouvelle du dépari de la flotte, et pour faire préparer des relais sur

L« eHMi >1« Toulouse.

non chemin. Je partirai demain sans fiole, i trou heures du malin.

I SntMLlT. »

(Archiva de la Marine, à Vertaille*.)

Celte lettre de Colbert de Croissy, ambassadeur à Londres, andodcc la jonction de l'escadre française avec la flotte anglaise.

.AlaRre. ce 29 mai 1673.

• L'escadre des vaisseaux de Sa Majesté se joignit a la flotte anglaise vendredi 26, ;< six heures du malin, les «en» contraires n'ayant pas permis de ic pouvoir faire pins tôt.

Le samedi , le roi d'Angleterre demeura tout le jour 4 bord de l'amiral, et le lendemain H. le comte d*Estrées, ne songeant

3 «t'a me régaler i Iner chez lui, il fut agréablement surpris par l'arrivée inopinée dudit roi el de M. le duc d'York, qui dînèrent sur son bord , et louèrent fort la beauté et bonté, (antdu vaisseau la Reine que de tous ceux qui composent ladite escadre . la force de leur armement et le bon choix des officiers. Ils ont résolu , avec M. le prince Itapert, de ne point lever l'ancre que le vent ne soit favorable pour aller chercher les ennemis, ce général disant qu'une navigation bord sur bord pur le vent qu'il tait n'avancerait rien, et ruinerait les voiles,

cordages, et mé- Sefcncby.

me les vaisseaux,

pur les fréquents abordages qui se font Ledit roi a nommé M. le comte d'Ossery pour commander le vaisseau te Saint- Michel, et porter le pavillon de contre-amiral de l'escadre bleue. C'est, monsieur, tout ce que le peu de temps que j'ai me permet de vous écrire jour cette fois, étant obligé de partir présentement avec le roi d'Angleterre pour me rendre a Londres aujourd'hui, et satisfaire aux ordres que je riens de recevoir de Sa Majesté.

« CoLBBiT. »

Cette lettre de Colberl de Croissy annonce officiellement que celle année l'ordre de bataille a été changé, et que l'escadre française, an lien d'être placée A l'avant-garde, a son poste au corps de bataille.

Sans ont doute, cette nouvelle disposition fut une conséquence des réclamations du parlement anglais, qui reprocha fort durement aux minisires du roi Charles que « les Français c s'amusaient a les laisser exterminer a leur profit, a

« Landra, le i • juin 1675.

i Monsieur,

t Le vent étant depuis deux jours assez favorable a notre Hotte pour aller chercher les ennemis, on ne ( doute pas qu'elle *ne se soit mise i la voile, quoique l'on n'en ait point encore reçu de nouvelles certaines; et, comme la résolution a élé

Sri se d'attaquer la otte des Etals- Généraux, quand même elle se serait retirée pria de leurs bancs de table, tout ce qu'il y a de plus expérimentés capitaines étant tombés d'accord qu'on Jes

Î pourrait comattre, j'espère que je pourrai bientôt voua informer de quelque succès considérable, c L'ordre de « bataille a été « changé cette an- « née; et au lieu « que l'escadre de v France était , « l'année derniée re , 4 l'avants garde, elle fera, s cette année , le f corps de batails le, et ArpiBBU-

« UBHT AURA A sorti rmm u nus

C HttDE CHOC DBS

* siisEuis. i M. de Marie) n'est point encore joint; mais les vingt-sept vaisseaux que M. le vice-amiral a présentement sous lui sont, comme vous savez, monsieur, beaucoup plus forts que les trente de l'année dernière, cl les lettres que je reçois de M. Colberl, paj cet ordinaire, me dounent tout sujet d'espérer que oiondit sieur de Martel aura joint auparavant qu'il se donne un combat, * J'ai déjà reçu une lettre de change de quinze cents livres sterling pour les dépenses de la marine, et, outre que j'ai trouvé M. le vir e amiral fort disposé a ne point faire de dépenses inutiles, je ijeudriii au«*i la main a ce que M. de Sausiguy ne fasse

JEAN BAKT

que celles qui sonl absolument nécessaires, et je lui ai déjà <lii de tous en envoyer de temps en temps des états, et de me les faire voir; je ne manquerai pas aussi, monsieur, de vous en envoyer un courrier exprès, lorsqu'il se sera passé quelque chose de considérable, quoique je ne doute pas que vous u'eu soy< i

Blu s tôt averti, ou par M. le comte d'Ksirées, ou par la voie de ollande. Nous venons de recevoir avis de Douvres qu'hier, à midi, la Hotte a passe à la vue de ce port, cinglant par un vent fort favorable vers la Hollande, et l'on ne douie point qu'elle ne soit à présent prés des cotes ennemies, et qu'il n'y ait combat dans un jour ou deux.

« ColllKMT. u

hr1.ation de m le vice-amiral du combat <jui sf. uvka le 7 joir 1673.

I.e temps avait été si mauvais depuis le 2. que l'année avait mouillé à l'entrée des bancs de Flandres; mais le 7. toutes choses ayant élè disposées après le conseil que l'on tint le 6 pour résoudre la manière de faire, j'ai ordonné dès le soir le détachement des vaisseaux qui devaient s'avancer a la tète de l'armée, suivant le projet dont j'ai déjà rendu compte. On mit à la voile a dix heures du matin, avec* un vent favorable el la marée dont on avait choisi le temps exprès: et tous les vaisseaux, tant les détachés que les autres, s'avancèrent pour combattre les ennemis, les premiers a la tèle. ce qui apporta ensuite un peu de désordre et de confusion ; car, comme ils étaient déjà plus avancés, ils engagèrent le combat plus tôt que ceux qui les suivaient, et ne se remirent pas après dans l'ordre qu'ils y devaient tenir.

« Il est vrai qu'ayant été envoyés dans celle pensée que « les i ennemis ne voudraient pas s'opinialrer au combat, et que, « n'étant pas dans un si grand nombre qu'on les a-trouvés cif joints, ils prendraient le parti de se retirer, > les vaisseaux détachés, particulièrement les français, crurent qu'ils devaient toujours donner devant les autres; et, quoique ce fût par un motif de hardiesse et de courage, cela ne laissa pas toutefois de penser causer un graud embarras dans la suite.

« Quelques-uns se trouvèrent à la léle de l'escadre rouge, et s'y signalèrent, particulièrement H. de Tivas, capitaine du vaisseau le Conquérant, qui, s'élant approché d'abord de l'amiral Tromp.qui tenait le poste de l avant-garde avec doute ou quinze vaisseaux, se fit remarquer par M. le prince Rupert, qui a témoigné du regret de sa mort ; car il tut quelque temps après lué d'une volée de canon dans le combat, et son vaiaseau, en assez méchant élat. s'est retiré depuis dans la Tamise pour se raccommoder, sans que j'en aie pu apprendre des nouvelles. Le sieur d'Kstivalle se trouva au même endroit, et les Anglais le remarquèrent, ainsi que deux autres moindres vaisseaux. £ Aquilon et l'Oriflamme; mais il revint prendre son poste auprès du pavillon aussitôt qu'il le put faire.

» M. le prince llupert avait engagé le combat avec l'escadre rouge, et commencé à faire plier 1 ennemi, lorsqu'au corps de bataille, el particulièrement une partie des vaisseaux de la division du vice-amiral, et ceux qui restaicnl avec M. le marquis deGrancey, pressèrent si vivement les vaisseaux qui leur étaient opposés, qu ils commencèrent à quitter leur ligne; et l'amiral de Zélande, se trouvant lui-même extrêmement incommode par M. le marquis deGiancey, eût éle emporté el blessé comme les autres, si, dans ce temp.s-là, l'amiral Ruyter, voyant bien qu'il ne pouvait rétablir ce désordre sans le secourir, ou soit encore qu'il fût lui-même trop près des bancs, n'eût pris le parti de changer le bord, et de percer et couper la ligne de notre armée eutre le coulre-amiral el le vice-amiral des vaisseaux de Sa Majesté. Prés de vingt-cinq vaisseaux changèrent de bord avec lui ; et, comme on jugea bieu de son desseiu, et combien il était nécessaire de s'y opposer en le tenaul sous le vent, on résolut de l'attendre, en sorte qu'il fut oblige de plier ou de s'aborder plutôt que de 6C laisser gagner nu vent.

« Bn approchant du pavillon de Sa Majesté, il jugea de la nécessité d irriver sous lui. et passa enlre lui et le vaisseau de

M. de Preully, * la portée du pistolet, avec neuf vaisseaux ou brûlols qui le" suivirent.

• Le Tonnant était seul, pour lors, le plus près du vice-amiral ; mais le Foudroyant , un peu plus sous le vent de lui à l'arriére, se voyant dans la nécessité de plier ou d'aborder l'amiral Ruyter, ou le premier vaisseau qui avait passé à sa tête, accrocha celui-ci, et, ayant jeté du monde dessus, s'en rendit le maître. Chaboissiére et le chevalier de Léry, lieutenants, y étant sautés, niais n'ayant point « té suivis de tout leur équipage, y demeurèrent longtemps, ayant fait fuir les Hollandais au fond de cale, pris et enlevé des prisonniers, et obligé une partie à se retirer dans les chaloupes a vers terre, dont on n'était alors éloigné que de deux lieues.

et Ces deux lieutenants firent parfaitement leur devoir : le premier fut blessé dangereusement d'un coup de pistolet, et l'autre, ayant été colleté par le lieutenant de vaisseau hollandais, le tua d un coup d'épée, et eût été en danger sans un volontaire appelé Durivaux, qui tua le capitaine. Ils ont rapporté les épées de ces deux officiers Pendant ce temps-là, Ruyter. qui av. m été obligé d'arriver, s'étant mêlé avec tous les vaisseaux français qui étaient sous le vent, et une partie de l'escadre bleue, se trouva de la soi te séparé de sou avant garde, et entièrement de Tromp, qui conservait le vent sur une partie de la division du vireamiral.

• Le sieur Cabaret, capitaine du Foudroyant, n'eut pas le temps d'enfoncer ce vaisseau, ou ne voulut pas s'en charger, soit à cause du monde qu'il aurait perdu, soit que c'eût été infailliblement se commettre a se faire prendre, étant sous le vent de celle eaeadre dans le même temps que l'amiral Ruyter se trouvait mêlé avec les vaisseaux que l'on a dit ci-dessus. M. le prince Rupert, qui était toujours au vent de cette escadre, arriva sur eux, et I on ne doutait point qu'étant entièrement séparée elle n'eûl couru fortune, si Ruyter n'eût pris le parti de courir de ce côté-là pour s'en approcher; ce qu'il fit jusqu'à dix heures du soir que linil le combat.

« Il est aisé de considérer qu'ayant à combattre dans les bancs avec de grands vaisseaux qui tirent beaucoup d'eau, el où l'on ne peut s'étendre sans trouver la terre, on ne peut se servir de l'avantage qu'on a sur l'ennemi qu'on a fait plier, par la raison que l'on a d'appréhender de s'échouer.

« Je ne doute pas aussi que, bien que les Hollandais nient beaucoup souffert, et qu'on ait vu brûler de leurs vaisseaux, et d'autres se retirer en fort méchant élat, « que, sans le peu d'orf dre que gardèrent les capitaines de nos brûlots, dont ceux « qui étaient détachés se précipitèrent eux-mêmes avec trop de < témérité, sans attendre les vaisseaux pour les conduire, ils f eussent encore plus fait de mal a l'ennemi s'ils avaient conf servé, dans la mêlée de l'escadre de Rotterdam avec nos « vaisseaux, cette chaleur qu'ils employèrent si mal a pro- « pos. »

« On rendra compte, à la fin, de la manière dont ilt tout totu pir'u, « la réserve du jeune Chaboisseau, qui vient d'arriver, à ce que j'ai su, ai'cc ton brûlot.

« Il n'est pas possible de lémoigner ici combien Sa Majesté a sujet d'être satisfaite de tous les capitaiucs qui ont l'honneur de la servir.

i M. le marquis de Grancey , et toute la division , ont pressé extrêmement les ennemis, et Vil y avait quelque chose à trouver à redire dans cette action, c'est « un peu trop de chaleur qui le « porta d'arriver sur l'ennemi » avec une partie de ceux de la division du vice-amiral.

s Tous, hormis le marquis de Preully et le sieur Gabarel, dont on a déjà parlé, se trouvèrent mêlés avec l'escadre de Rotterdam, et y firent des merveilles.

« Les capitaines détachés qui combattirent i la têle de l'escadre rouge étaient les sieurs Tivas. d'Eslivalle, le chevalier de . Hélhune, et Louis Gabarel ; et la division de M. Désardans luimême, et le chevalier de Tourville, qui était i la tète, firent tout ce que l'on pouvait attendre d'eux, et empêchèrent particulièrement un vice-amiral avec d'autres vaisseaux de gagner le vent au pavillon de Sa Majesté.

a La chaleur même que la plupart des capitaines ont lémoi-

FT LOUIS XIV

priée d'abord en pressant les ennemis, u'a pas i te accompagnée de trouble ni do confusion; mais, au plus fort de la mèlec, ils ont parfaitement bien tenu leur ordre et fait leur manœuvre, et je ne « resrretle rien que l'imprudence et la témérité des capitaines de brûlots. »

« M. b- prince de Rupert m'a témoigné ce matin beaucoup de satisfaction du service que nos vaisseaux avaient rendu, et a ajouté que les Hollandais n'avaient jamais combattu avec tant de hardiesse et de ruse qu'en cette dernière occasion. Et si l'on considère que le vaisseau qui porte le pavillon de Sa Majesté tire vingt-deux pieds et demi d eau, et tous les grands vaisseaux anglais presque autant, on jugera sans doute que c'est une entreprise très-hardie, et que personne jusqu'ici n'avait osé tenter avec une grande armée.

« On a appris des prisonniers faits par le sieur Cabaret que tous les vaisseaux qui composent l'armée des Etats soat au nombre de cent sept voiles, dont il y avait soixante grands vaisseaux.

« Les Anglais ont perdu, a ce que j'ai appris, cinq capitaines, et M. d'Iiamîlton, qui commande un régiment, a eu la jambe emportée dans le vaisseau de M. le prince Rupert.

* Pans l'escadre des vaisseaux du roi , on n'a perdu que le sieur de Tivas, capitaine , et un enseigne du Sans-Pareil, appelé Potier.

« Je ne sais point encore si , d.ins le Conquérant et dans le Bon, il n'y aurait point quelque oflieier de blessé ; car ces deux vaisseaux ont été très-maltraités.

« Le chevalier de Flacourt, capitaine, est blessé d'un éclat qui lui fend le menton et lui casse une dent ou deux.

t Sur r Apollon, un enseigne appelé Sicart a les deux mâchoires emportées.

« Sur ie Foudroyant, Cnaboissière, lieutenant, est extrêmement blessé d'un coup de pistolet à travers le corps ; sur le même vaisseau, un volontaiie par lettre de cachet, nommé burivaux, dont on a déjà parlé, est aussi blessé.

« Sur t'OrauàtlcHx, â ce qu'a dit M. de Grancey, le marquis de Ronivct, volontaire, blessé.

t Sur le vice-amiral, un garde de la marine, appelé de Sèche, blessé d'un éclat.

« Sur le Tonnant, le chevalier de Honeerolles a eu le bras droit emporté d'un coup de canon.

« Des capitaines des brûlots détachés, Vidaut fut tué au commencement du combat.

« Chaboisscau l'aîné fut coulé à fond, et revint au vice-amiral

« Rocuchnn, tué d'un coup de mousquet, et .-on maître d'équipage, à ce que l'on a dit, n'a pas laissé de brûler un vaisseau hollandais.

« Saint-Michel : son vaisseau fut dématé, et, voulant aborder, fut blessé d'un coup de mousquet au travers du corps, duquel il y a peu à espérer.

« Desgrois : on sut seulement qu'il était démâté parmi les ennemis.

« fttée Thomas, de même.

« Le vieux et le jeune Serpaut, brûlots du vire-amiral : le vieux aborda un vice-amiral de Hollande par son beaupré, dans le temps que Ruyter se mêla avec les vaisseaux français ; quant au jeune, qui était éloigné du pavillon, on n'en a appris aucune nouvelle, si ce n'est qu'il a brûlé.

i On ne sait pas encore le nombre des morts et des blessés des équipages de chaque bord.

< Parmi les prisonniers que les gens de M. Gabaret ont faits dans le vaisseau le I h- venter, commandé par le capitaine Kuilenburg, il s'est trouvé deux Français et un Anglais. On a fait remettre celui-ci entre les mains de M. le prince Rupert. nui a dit qu'on en ferait une prompte justice ; je fais garder les Français fort soigneusement, pour les mettre dans le conseil de guerre, après que Sa Majesté l'aura ordonné.

« Comme il faudrait étendre ce mémoire, si l'on voulait rapporter ici toutes les aventures particulières de chaque vaisseau,

le sieur de Sainl-Amand ne manquera pas de rendre compte a Sa Majesté de ce que j'ai appris ; mais ou ne peut lui rien mander de tous qui ne la doive satisfaire.

« Le comte d'EsTinrEs. »

« On ne peut s'empêcher de dire ici que les sieurs comtes de Limoges et de Levaré , Desmaret de Vouzy, et les sieurs de la Porte et de Sainl-Amand, volontaires, embarqués sur le viceamiral, se sont parfaitement bien acquittés de leur devoir, »

( Archive» de la marine, à Vertailtes, )

Presque tous les capitaines de brûlots furent tués ou blessés, il faut le dire, par la fatale précipitation avec laquelle l'amiral d'Estrées les engagea contre les vaisseaux ennemis dont il craignait de se voir abordé

Car alors les brûlot» offraient à peu près pour les combats sur mer les mêmes effets et les mêmes résultats que les mines et les fourneaux dans les combats de terre.

En général aussi, le but de chaque amiral était d'arracher, autant que possible, des brûlots aux pavillons ennemis, pour les détruire comme étant toujours les vaisseaux les plus importants, et par le nombre de leurs canons, et par le nombre des oflieiers supérieurs qui les montaient.

Encore une remarque â l'aire a propos des capitaines de brûlots : c'est qu'on ne voyait dans leurs cadres que des uoms des plus obscurs ; ces malheureux étant, tôt ou tard, voués à uue mort presque certaine, et généralement presque toujours sacrifiés.

On parlera d'ailleurs plus tard de cette singulière et si brave classe de marins qui avaient, pour ainsi dire, des coutumes et des mœurs a part des autres oflieiers.

La relation suivante du prince Rupert rend justice au courage des Français dans celte affaire.

LETTRE DE M. LE PRINCE MM i l A LORD ARLMGTOH SDR LE COM- BAT dc 7 wn 1673, datée du bord du royal-ciiarles, très

DE LOSTERBACK, DISTANT DE SEPT LIECES DE EST-CAPEL, LE 29 H Al 1673 (8 JDIi»), A OSE HEIMB APRÈS MIDI, LB VE.NT AU SUD-OUEST.

t Je vous rends compte de ce qui se passa hier 28 (7 juin) de ce mois, autant que l'état où je suis a présent me le peut permettre, n'ayaut point eu le temps d'apprendre les particularités de la perte des ennemis. Le mauvais temps nous ayant ci-devant donné la commodité et lé loisir de sonder tous les bancs, il fut résolu le 27 (6 juin), au conseil de guerre qui fut tenu à mon bord avec tous les officiers portant pavillon, d'attaquer les ennemis qui étaient à l'ancre sur une ligne entre le Rassen et le Stonbank. Suivant cela, je détachai une escadre composée de trois divisions de la flotte, dans chacune desquelles le plus vieux capitaine commandait, et elle consistait eu tout en trente-cinq frégates et treize brûlots, outre les petites quaichea pour sonder devant lesdits vaisseaux. Hier au matin, environ sur les huit heures, ce détachement s'avança vers les ennemis, le vent étant au sud-oust ; et, sur le midi, ils attaquèrent l'avant garde commandée par Tromp. Nous fûmes contraints d'engager le combat p us tôt que je ne m'étais proposé, pour prévenir l'ennemi, qui tachait do gagner le vent. L'escadre commandée par Tromp tut si pressée par nos vaisseaux, qu'il plia et se retira aussi loin que les baucs de sable lui purent permettre. L'escadre commandée par Ruyter tomba en partagé au comte d Estrées et à l'escadre de France, qui s'est comportée fort courageusement. Le sieur Edouard Spragge, de son côté, maintint aussi le combat avec tant de courage et de résolution, que le corps entier plia, en telle sorte que, sans la crainte des bancs, nous les aurions poussés jusque dans leurs ports, et le roi aurait eu un meilleur compte d'eux. La chose étant dans cet état, cl la nuit approchant, je jugeai â propos de m'éloigner un peu. et de jeter l'ancre en ce lieu, d'où je vous écris à présent. Les ennemis ont fait une perte considérable, et qu'ils ne pourrout pas réparer facilement, y ayant eu grande quantité de leurs hommes de lues, beaucoup

JKAN BAHT

de «aisseaux hors de combat, et quelques-uns coulés i Tond ; Ruyter elTromp ont couru grand hasard d'être brûlés par quelques uns de nos brûlots, s'ils s'étaient comportés comme ils devaient faire Nos pertes sont peu considérable*, n'y ayant que deux de nos vaisseaux mis hors de combat, savoir : le Cambridge et la Rétolution, lesquels j'enverrai se faire radouber ; le reste se réparera facilement ici. Nous n'avons pas perdu beaucoup de commandants ; jusqu'ici, je ne puis vous informer des officiers tués, sinon de ceux-ci :

t Capitaine Fowles.

c Capitaine Worden.

c Capitaine Finches.

c Le colonel Hamilton y a perdu une jambe.

« Tous les officiers et commandants, généralement, se sont très-bien comportés, et je vous en enverrai les particularités quand je serai mieux informé. Ceux oui se sont signalés dans mon escadre sont : les capitaines l'Aigle, chevalier Jean Holmes, capitaine Welwans, capitaine Story, chevalier Roger Strickland, et le chevalier Guillaume Rives; le premier prit un vaisseau de l'ennemi, et le dernier, ayant mené et laissé son brûlot au-dessus du vent du vaisseau de Tromp, et lui prenant le dessous du vent dudit vaisseau, en sorte que. si le capitaine du brûlot eût fait son devoir, le vaisseau de Tromp aurait été infailliblement brûlé, nonobstant quoi le capitaine Storv et Wetwans le maltraitèrent, en sorte qu'ils donnèrent lieu a Rives de se faire un passage au travers des ennemis. J'espère que Sa Majesté sera satisfaite, si elle considère le lieu où nous engageâmes le combat et les bancs de sable, et qu elle jugera que nous avons fait tout ce que l'on pouvait attendre. Ainsi, je me remets au favorable jugement de Sa Majesté , à qui je souhaite toute sorte de bonheur. »

(Arch. de la Marine, à Venailla.)

Celte charmante relation du même combat est écrite par M. le chevalier Valbelle, an des hommes les moins connus et les plus spirituels de ces temps-là, et «lont on parlera fort longuement à propos de l'expédition de Messine. On va voir que cette fois l'escadre française, mêlée a la flotte anglaise et livrée a la généreuse impulsion de chaque capitaine, fit glorieusement son

RELATION DB H. LE CHBVAUER D8 VALBELLE, CAPITAtHE DO SLOBIEDX, DO COMBAT DOKSÉ LE 7 JOI3 1675.

« C« 8juiB, «ut bina »ppdés .Vobi *n lomnv» **ori.

c Je sais que vous verrez plus d'une relation de la bataille que nous avons donnée contre la flotte hollandaise ; mais j'ose vous assurer que vous n'en verrez point de plus véritable. Le 3 du courant, nous arrivâmes aux bancs d'Ostende, et en y mouillant nous découvrîmes la flotte des ennemis qui était a l'ancre à Deurloo, qui est le passage par où i'ou va à Midelbourg et à Flessiogue.

i Le soir, M. le prince Rupert appela les officiers généraux au conseil, et ils résolurent de les attaquer le lendemain ; mais, comme il y a dans ces bancs une interdiction pour les grands navires et pour ceux qui sout fort pontés, on en choisit trente avec huit brûlots pour les insulter au poste qu'ils occupaient, en cas qu'ils ne missent pas à la voile ; le vent fut si forcé, quoique favorable, que, bien loin d'appareiller pour faire celte expédition, nous fûmes contraints de caler nos huniers et nos vergues ; celle tourmente dura jusqu'à la nuit du 6 au 7, qui est le même jour que M. de Ruyter vint nous attaquer à Soulhwold-Bay : je crois que M. le prince Rupert , pour lui rendre la pareille, fut fort aise de voir le vent doux et favorable ; c'est pourquoi il fit le signal pour les navires détaches , lesquels nous suivions de près alin de les soutenir, s'ils trouvaient de la résistance.

« Mais, contre la mauvaise opinion que les Anglais avaient des Hollandais, ils n'attendirent point à lancre, et, bien loin de se retirer, ils sortirent et furent rangés eu bataille avant que nous eussions joint les vaisseaux détachés. M. For;«n , qui monte le

Grand, les commandait ; le Maure, F Aquilon, le Vaillant, Mluntre. C Invincible, rOrifiamme, le Conquérant et l'Apollon. étaient de cette partie ; les capitaiues qui montaient ces navires, impatients de combattre les ennemis qui étaient à la voile! ét qui faisaient porter à l'est-nord-est, ne nous attendirent poinf; le marquis d Amfreville commença le combat.

« M. Tromp était à l'aranfrgarde , M. de Rtyter sa corps» rie bataille, et M Banker à l'arrière-garde ; ils marchaient M fcM ordre, et nous nous y serions mis sans le» vaisseaux détachés ; je leur attribue une partie de notre désordre , et l'antre au zèle indiscret de quelques-uns, lequel »e nous a pas été peu glorieux dans la suite; car les vaisseaux détachés ne prirent pas le poste qu'ils devaient garder, ni ne joignirent que fort tard le chef de leur division ; il y en a eu même qui ne le virent point de toute la journée, et qui combattirent où ils se trouvèrent quand nous fûmes aux mains.

« MM. de Tivas , de liélhune , «t Louis Gabaret, se rangèrent auprès du-piïnce Rupert. qui menait l'avant-garde. Ce prince se loue fnrt de leur conduite et de leur bravoure, il ne se tasse point d'en parler ; le navire de M. Tromp, qui lui était opposé, ayant manqué de virer, à cause qu'il était démat» de son petit hunier, fut forcé de faire vent arrière, et son escadre aussi : cette manœuvre qui le séparait de sa flotte, semblait nous annoncer la victoire ; mais, par je ne sais quelle fatalité . il se tira d'affaire; Tivas, qui montait le Conquérant, s'alticba à prêter le coté au navire sur lequel était Tromp,' et le serra Je si près, qu'il l'aurait abordé, si un coup de canin» vd l'eût emporté ; on peut dire de lui ce que Virgile disait autrefois de ses héros :

Vitan»|ue noluiil |>n> la<*le paci»ci.

mais la gloire qu'elle apporte a toujours passé parmtles braves pour une assez grande récompense. M. de Tivas n'en pas d'autres ; il est fort regretté des Anglais et de tout le moine : c'était un bon acteur, il me conservait soixante pislolesjiei, ceb étant ainsi, je perds corps et bien.

« M. le comte d'Estrées, qui était ai corps de batailla, tt tous nos chefs et capitaines, ne virent de ce «ouvomeut que>la séparation de l'avant-garde ennemie dans sa flotta, etyattendant que M. le prince Rupert nous en rendit bon compte.,' lions marchions droit à M. de Ruyter qui ne nous attendait pus, afin d'étendre sa ligne et de bien ranger sa, flotte en bataille, à ce que plusieurs croient; quelques-uns di.'ent qu'il se hâtait pour tâcher de joindre Tromp, cl donner de la* jalousie au prince Kupert, qui le suivait, et alin de nous gagner le vent. <'*tn iH

t M. Uesardans, qui était à notre avant-garde, lr conservait en allant toujours à lui; M. le viee-auairnl suiviU e*fco» ordre, quand M le marquis de Granrey, voyant que noire »vatil-gu«de combattait, se détacha avec quelques navires de sa «nivisioii , et arriva sur les paresseux de celle de M. de Ruyter ; il séogagea même avec l'arrière-garde de ses ennemis, que le chevalier Spragge. qui commande l'escadre bleue, devait combnttre;.,

« J'accusai d'abord notre chef d'escadre d'imprudence (H «l« témérité, et néanmoins je ne fus pas assez sage pour roc retenir, et, me laissant aller à mon penchant, {'arrivai sur lui pour l'aider à se défendre ; car il trouva i qui parier, et ses fore*» n'étaient pas égales à celles des ennemis qui l'auraient enveloppé, pris ou brûlé ; le moins qu'il lui pouvait arriver était*» n'échouer.

* MM. les chevaliers de Sebeville, d'Ailly, et le sieur du Magnou, ne furent pas plus retenus que moi ; ils vonlurent prendre part à ce combat, et j'ose vous dire qu'il me semble que nous aimions mieux être accusés d'imprudence que de timidité, en ne secourant pas un de nos pavillons; sans mentir, les rnnenris plièrent devant nous, cinq firent vent arriére par pure faiblesse ; et à la réserve, d'un assez grand, qui ne fit servir sa misaine que quand nous fûmes proches de lui, tous les autres fuyaient, les uns en dépendant et plusieurs sans conserver les apparences : relui qui avait témoigné de la fierté nous salua, et il le fut aussi, mais chaudement ; il tarda tant à faire sa décharge, que nous le soupçonnâmes brûlot.

« Raukcrt, voyant le désordre de sa division, revira pour rassurer srs gens, et fut attaquer le marquis de Grancey, qui soutint vertement le feu de son canon, et lui fil sentir relui de [QrgueiUenx;\* combat fut chaud de part et d'autre, et, si ledit Bankerl n'eût pas perdu le mât de son petit hunier, il aurait été opiniâtre ; cet accident l'obligea d'arriver : si deux capitaines de brûlots, qui se trouvèrent heureusemeul avec nous , se fassent conduits avec un peu de jugement, je suis persuadé que nous aurions eu le plaisir de lui en conduire un à bord. M. de Graucey envoya la chaloupe à un desdits brûlots pour encourager l'équipage, et M. de Cou et moi, nous crevions a leur crier de n'avancer qu'avec nous ; nuis ils se firent dégréer, et nous ne pùaies nous en servir.

a H. de Ruyter, qui a toujours l'œil ouvert sur sa flotte, et qui est assurément fort habile, voyant son arrière-garde poussée par huit ou neuf navires français, revira, à mon avis, pour eu rallier les navires et la secourir ; bien des gens soutiennent qu'il ne pouvait faire que celte manœuvre, parce qu'il allait insensiblement sur les sables, ou il nous voulait attirer, s'il eût continué sa route ; pour moi, je ne suis pis de celle opinion, et j'appuie la «tienne sur des raisons que je supprime , parce que ce n'est pas le temps de vous les dire : suffit que je vous mande qu'il revira sur nous en bon ordre et en galant nomme.

• Ce mouvement, que ceux qui savent un peu le métier n 'attendaient pas, me surprit, et bien d'autres en furent étonnés; car y a-t-il quelqu'un qui peut se figurer qu'il laissa Tromp exposé a U. le prince Ruperl, qui commande l'escadron rouge , sans comparaison plus fort que celui de Rotterdam, qui ne nous a paru composé que de quatorze ou quinze navires , pour venir au secours de son arrière-garde qui pouvait, en dépendant, faire sa retraite dans les bancs où nous n'avions osé le suivre.

• Ge n'est pas, monsieur, qu'il n'y ait des raisons contre ce que j'avance, et que M. Ruyter n'ait peut-être cru passer au vent de notre vice-amiral , et le forcer après avec ses brûlots d'arriver, ce qui était très-dangereux. Mais M. le comte d'Estrées, qui t'observait, lui en fit perdre l'espérance, s'il l'avait eue, par sa manœuvre; car il fil servir sa grande voile pour aller au plus prés M. de Preully, qui était à l avant de la Heine, et qui est son matelot, fit la même manœuvre; et M. Cabaret, qui est aussi son matelot, quoique sous le vent et fort éloigné du vice-amiral, ne laissa pas de manœuvrer comme lui.

« M. Désardans, qui commandait l'avant-garde de notre escadron, allait aussi au ptm près ; et le vaisseau le Satu-Pareil,

Î|ue monte Tourville, qui est matelot de notre contre-amiral, ut le premier qui rencontra H. Ruyter; et ledit sieur ne pouvant lui passer au vent, parce que ledit chevalier le tenait sans relâcher de rien, n'arriva pas seulement pour lui, mais pour le Tertùbk, auquel il donna tonte sa bordée ; M. Désardans ne I épargna pas non pins : de là, il courut vers la Reine, et, ne pouvant la doubler, il passa entre elle et le Tonnant, qui étail sous le vent.

« C'était, sans mentir, une asm belle chose t voir, que de regarder ces deux navires aller affronter M. Ruyter, accompagné de deux pavillons et de six autres grands navires qui venaient droit â eux avec une forte envie de leur disputer le vent; mais il ne hasarda pas de la contenter, et je loue sa modération; circ4M un avantage qu'on ne peut prendre sans s'aborder, à mains qu'un des deux ne plie ou n'aborde le plus opiniâtre : les conséquences en sont périlleuses et les suites effroyables.

« Quelque occupé que je fusse à songer à moi, je jetais souvent les yeux de ce côte-là, ne pouvant me consoler de mon imprndence ; aussi toutes mes résolutions étaient extrêmes : je ne vous en dis pas davantage. Le comte d'Estrées m'avait choisi pour être a la tête de la flotte, s'il eût commandé notre avantgarde : c'est un poste d'honneur et de confiance; mais, quand il vil qu'il commandait le corps de bataille, il me tira de la division de M- Désardans pour me mettre dans la sienne ; et cependant j'étais dans celle du marquis de Grancey; figurez-vous, s'il vous plaît, mon déplaisir, et croyez que mon esprit me faisait alors une guerre plus cruelle que ceux des Hollandais, parce que je voyais la Reine avec le Tonnant, et point d'autre navire, ni derrière, ni a côté, quelque précaution que M. le comle d'Es-

trées eût prise pour en avoir de bons. Je vous attendrirais, monsieur, si je vous contais tout ce qui se passa dans mon cœur en ce moment; et, si je n'avais â vous conter des choses plus dignes de votre curiosité, je le ferais volontiers. Vous saurez donc que Preully fut salué, et le Tonnant dégréè par le canon de ces mangeurs de fromage, qui ne le manient point mal; sans branler, il le lui rendit, et fit sur eux une belle décharge ; celle que la Reine lui fit quand il fut vergue â vergue d'elle fut violente, et la mousquelerie n'alla poiut plus vile que le canon. M. Ruyter n'y répondait pas comme je croyais. Je ne saurais attribuer son silence à la faiblesse de son équipage ; je croirais aisément ue les autres navires sont mal armés; mais on ne me persuaera pas que le pavillon d'Amsterdam ne le soit bien. « M. Cabaret, qui venait derrière notre vice-amiral, et qui était sous le vent, évita M. Ruyter, en arrivant sur un de ses seconds qu'il ne voulait point aborder ; le hollandais aussi s'efforça de ne venir pas â I abordage : mais toute leur science fut inutile et vaine; malgré eux, ils s'abordèrent; le Foudroyant demeura sous le vent de l'autre, et, après une heure de conversation, ils se séparèrent.

< Le chevalier de Léry et Chaboissière, lieutenant de M. Cabaret, sautèrent j'epée à la main dans le navire hollandais; peu de monde les suivit; Léry donna de son épèe daus le ventre du lieutenant, et avec toute sa blessure, ce vilain le saisit au corps et le jeta sur le tillac, où il l'aurait étranglé sans M. Durivaux, volontaire, qui le tua d'un coup de pistolet dans la léte ; le capitaine fut aussi assommé. Chaboissière a reçu dans celle attaque deux coups de pistolet, et retourna dans le Foudroyant pour se faire panser; il dit â H. Cabaret que les ennemis avaient abandonné le haut du navire, mais que. pour s'en rendre maître, il fallait y taire monter des gens, ce qui ne s'exécuta point; je n'en sais point les raisons : M. Gabarct les dira. Pour moi, je voudrais bien que pareille fortune me fût venue pourvoir ce qui en serait arrivé : mon cœur me dit que j'aurais peut-être trouvé â bord de ce navire ennemi, ou la mort, ou la cornelte que je cherche ; elle doit être le prix de la vertu, et la récompense des bonnes actions. M. Cabaret a fait dix ou douze prisonniers, parmi lesquels il y a un Anglais et deux Français, les autres sont Valons et Hollandais.

« Sérieusement, les Français ont méprisé les périls, et marché sur les bancs dé sable avec autant de confiance que s'ils eussent été en pleine mer. Ne croyez-vous pas que ce soit un opéra, louvoyer avec ta Reine au travers de ces sables et de ces basses? File veut vingt-trois pieds d'eau, et elle a passé plus d'une fois à sept brasses. La seule pensée m'effraye. H. de lîuyler a là des seconds fermes et invincibles, et contre lesquels c'est être fou que de combattre.

• Je vous vois d'ici impatient de savoir la fin de cette bataille, et la destinée de M. de Grancey et des autres qui se sont mêlés avec les ennemis. Pour satisfaire votre curiosité, je vous dirai que chacun revira pour s'efforcer de gagner son poste; quant à moi, mon principal soin fut d'éviter M. Ruyter et sa suite ; la mienne était trop petite pour oser parler à lui tête à téte. L'Apollon, que M. de Langeron monte, fut le premier qu'il rencontra sous le vent ; et, en arrivant sur son navire, il fit une décharge sur le Fier, qui lui passait au vent et fort proche. Le chevalier d'Ailly lui répondit de son mieux ; cela sauva quelques coups à Langeron : if en fut quitte pour dix ou doute boulets dans son navire, el il rendit dix-huit pour trente-six, n'en ayant

rde plus fort. Je fis carguer ma grande voile pour l'attendre, de Ruyter, à cause de la vieille connaissance, m'épargna, et ne fit point tirer sur le Glorieux Dès que je ne fus plus sous son canon, je revirai, et Langeron aussi, pour nous rapprocher de M. le comte d'Estrées, qui venait en dépendant pour se rallier aux vaisseaux de sa division et nous faciliter son approche. M. le prince Rupert venait aussi vers nous au vent de Tromp, avec lequel il combattait. Cependant M. Ruyter marchait au corps de bataille avec peu de voiles pour attendre les navires de son avant-garde, en ayant fait revirer sur elle pour la secourir, en cas qu'elle eût besoin d'aide.

« C'est ici, mon cher monsieur, où ma conduite fut régulière. J etais à deux volées de canon, et peut-être moins, de M. d'Es-

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