‹ Jean Bart et Louis XIVChapitre 39 sur 120 · JEAN B\RT · texte numérisé non relu

JEAN B\RT

tires, et sous le vent qui était petit, et ic voyais, a même dis» lance de mon vaisseau, une frégate anglaise, nommée la Cambru, désemparée de son graud hunier et de sa grande vergue ; avec tout cela néanmoins le capitaine, qui était attaqué par les ennemis vigoureusement, témoiguail tant d'intrépidité, que je ne pouvais souiïrir patiemment sa perte, que je croyais infaillible s'il n'était secouru. Peu de gens s'empressaient pour le défendre et l'assister : je n'en voulus pas grossir le nombre, et. aans consulter personne, je lui envoyai ma chaloupe avec le sieur Jean-Paul Laugier. un de mes lieutenants, pour la commander; il avait ordre de faire ce que le sieur Herbert (c'est le nom du capitaine) lui commanderait : ledit sieur Herbert le pria de remorquer son navire, ce qu'il lit jusqu'à une heure de nuit.

■ Ce sont de ces caresses, monsieur, qu'il ne faut pas faire deux fois, a cause du besoin qu'on peut avoir de sa chaloupe, et des hasards où l'on s'expose quand on s'en défait, puisque c'est la seule ressource que nous avons contre les brûlots, et que nous n'avons pas de moyen plus sûr pour faire boucher les coups de canon qui sont à fleur d'eau qu'en y mettant nos calefaleurs. C'est pourquoi, après avoir envove "ces secours, je mis mon petit hunier sur le mal. et partageai avec ledit sieur Herbert tous les coups de canon que Troinp. qui était à sou arrière, faisait tirer sur lui Je soutins ce feu deux heures durant; et, heureusement pour la Cambrit. le grand mit du navire que Tromp montait tomba. Ce coup l'obligea d'arriver, et sa retraite ne soulagea pas médiorrement l'équipage de cette frégale anglaise. Elle a été si maltraitée, qu'elle gagna la nuit même la côle d'Angleterre. Je crois que ce coup partit du bord du Glorieux, et je me l'attribue sans m'en faire de fêle, parce

Îu il n'y avait point de navire que le mien a côté de celui de romp.'et que nous étions aux coups de mousquet ; tous les autres vaisseaux étaient a plus de la porté* du canon, et mon plaisir était de faire celle action à la vue de M. d'Eslrées, et à portée de pistolet de M Spragge, que vous aurez va à la cour, et qui est amiral bleu.

( M. le prince Rupert m'a fort remercié; il m'a dit que le roi notre maître le saurait : si ce bonheur m'arrive, je m'estime fort heureux ; mais il y manquerait quelque chose que je désire aussi : c'est que monseigneur le sache aussi. Après ce coup fortuné, nous ne tirâmes plus que de loin a loin, et la nuit lit taire le canon. Ce combat commença à une heure, et ne linil qu'à neuf du soir. Les ennemis mouillèrent, et nous ne posâmes l'ancre que le matin a vue les uns des autres. Nous leur avons fait de grands dommages, et, sans mentir, ils en auraient reçu qui auraient fait du bruit dans le monde sans re détachement et sans la mauvaise conduite des capitaines des brûlots. Je suis en colère contre eux. Vidaut est le seul dtnt on se loue : il a été tué , et son équipage mit le feu au navire : Rocuehon a ueri de même; je ne sais pas l'aventure des autres; mais je sais MM, et vous en assure, que de neuf que nous en avions, il ne nous en reste qu'un, et il nous en faut si nous donnons une set-onde bataille.

« L'armée des ennemis est de cent voiles , et plus forte que les Anglais ne disent; il y a soixante-dix bons navires. La nôtre est plus nombreuse; mais il y a bien de petits bâtiments; nos vaisseaux sont maltraités par les manœuvres; grâces a Dieu, nous n'en avons point perdu. Chose digne de remarque, nous devions ne combattre que le corps de bataille des ennemis, et nous avons eu affaire et â l avant-garde et â l'arrière-garde. Les Hollandais, â ne vous rien cacher, n'ont eu que le plaisir de nous suivre une heure, et ce fut quand M. Ruyter revir», et qu il nous força pour venir rassurer ceux que huit ou neuf navires français avaient poussés.

t Si nous n'eussions élé rangés en bataille, et chacun en notre place, M. Ruyter n'aurait pas pris cette résolution ; et s'il n'eût point attendu Tromp, je serais de l'opinion de ceux que la peur de la terre le lit revirer. Sans M. le comte d'Estrées , qui demeura toujours au vent, et qui le conserva, n'ayant que M de Preully avec lui. nous aurions eu bien de la peine â nous tirer d'affaire : la manœuvre qu'il lit sauva les brebis qu'un lêle indiscret avait égarées du troupeau : de ma vie ce malheur ne n'arrivera, j'en suis corrigé pour toujours.

« Je ne vous parle point de l'escadre bleue d'Angleterre, parce que les vaisseaux qui la composent étaient tous desemparés. J'en ai vu cinq ou six, avec celte enseigne, qui se sont jetés an feu loyalement ; j'en ai observé qui se tenaient au vent, et que je n'ai garde de blâmer, parce que ce sont des capitaines braves et expérimentés.

« Au reste, ie me confirme plus que jamais dans l'opinion que j'ai des Hollandais, ils ont témoigné plus de finesse, d'habileté et de courage en celte bataille qu'en toutes les autres qu'ils ont données; les Anglais en conviennent. Nous verrons ce que dira la Ga serre; j'attends impatiemment de la voir.

* Nous n'avons d'officiers morts que M.Tivas, capitaine, et les sieurs Sicart et Potier, enseignes, l'un de M. de Tourville, el l'autre de Langeron ; le chevalier de Flacourt, capitaine, blessé légèrement d'un éclat â la joue, et Chaboissière, lieutenant, de deux coups de pistolet, dont on croit qu'il mourra.

f Peux de mes matelots ont perdu chacun un bras; le reste se porte bien J'en loue Dieu de tout mon cœur. Monseigneur a sujet d'être content de la marine. Je me fais un plaisir d'écrire cette bataille, parce que ce m'en est un d'avoir à louer tout le monde. M. l'ambassadeur le réjouira par ses lettres, j'en suis trr s-persuadè ; car nous avons tout risqué pour faire parler avantageusement des forces navales du roi notre maître Nous avons parlé de fort près â ses ennemis , et ils n'.c- craindront plus assurément qu'ils ne faisaient. Le bon fit-*, qui nous a servi de pilote, n'est pas toujours payé pour Vè.tw, et Sa Majesté ne doit pas abuser de sa bonté ni se confier trop â sa bonne fortune. Faites un pen de n flexion â mes paroles, el vous venei au travers qu'il ne faut pas donner deux batailles parmi de ces bancs, mais au large. C'est tout ce que j'ai cru vous devoir mander.

s Je suis, autant qu'on le peut être, votre serviteur, etc.

< Le chevalier de V*ubell«. »

(Archives de la Marine, à Vertaillet.)

Cette lettre de M. Cotbert de Croissy, ambassadeur, annonce que M. le duc d'York s'est oVmis de la charge de grand amiral, et parle de quelques divisions à bord de l'escadre, ensuite du premier combat de l'année 1673.

«Londre., le 29 juin 1073

« Monsieur,

« M. le duc d'York s'élant aujourd'hui démis de la charge de grand amiral, elle sera dorénavant exercée par neuf commissaires, savoir : le prince Rupert. le grand chancelier, le grand trésorier, qui est â présent M. Asborn, les ducs de Buckingham, Laudtrdal. d'Ormond, milord Arlington, M. de Convenir? et M. Carterel. Le roi d'Angleterre même présidera â ce conseil, et il fait aussi expédier une commission de généralissime en faveur de Son Altesse Rovale. pour commander, cette campagne, les armées de terre et de mer. M. le prince Hupert prétendait commander les vaisseaux sons lui ; mais milord Arlington ayant représenté au roi son maître que le traité ne le permettait pas, il a été résolu que ledit prince se mettrait sur le même vaisseau que M. le duc d'York, en sorte qu'il n'y aura qu'un seul pavillon et un seul commandant au-dessus de M le comte d'Estrées. Ainsi, sans que j'aie été obligé de faire aucune remontrance, on s'est réglé ici sur le pied du traité. On attend M. de Sehomberg avec impatience, pour se servir de sa personne dans celte expédition, en qualité île lieutenant général, conjointement avec M. le duc de linckingham, sous l'autorité de Son Altesse Royale; mais les dernières lettres qu'on a reçues de M. de Sehomberg donnent sujet de croire qu il ne veuille pas rouler avec ledit duc de Duckingham; on m'a prié de le disposer a n'en point faire de difficultés, â quoi je m'emploierai sincèrement pour la satisfaction de Sa Majesté de la Crande-Breiagne, et pour le bon service de celle entreprise, qui a besoin de chefs expèrimeniès.

« Il y a un peu de division p»rmi l'escadre de Sa Majesté, ft

cause que M. de Yalbelle a dit el écrit que M. de Guharel aurait pu preudre le vaisseau le Deventer, et qu'il se plaint, aussi bien que M. de Tounille el quelques autres capitaines, que M. le vice-amiral ne rend pat justice a « eux (fui se sout signales le plus, el ue veut faire valoir que ceux qu'il croit le plus dans sa dépendance; mais je les ai assures que, comme M. le comte d'Estrèes sail très-bien faire son devoir, il sait aussi donner à chacun, dans ses relations, les louanges qu'ils ont méritées, et il ne tiendra pas à moi que je ne les remette tous eu parfaite intelligence.

« Il est certain que toute l'escadre a irès-bien fait, que M. de Tivasy a donné des preuves d'une valeur extraordinaire, et qui ont donne de l'admiration au prince Rupert et à tous les Anglais ; que MM. Désardans, de Crancey, de Valbelle. Tourville, Scpevilleet l.sngeron s'y sont signalés; que .MM de la l'arre. de Cou. el les deux Cabaret, y ont très-bien fait leur devoir; que le sieur chevalier de l.ery y a acquis une très grande e>time par tout ce qu'il a fait dans le vaisseau le Deventer. Knlin. je vous avoue qu il n'y a personne qui ne mérite des louanges particulières, et que c'est une chose surprenante que, dans une marine renaissante, M. Colbert ait pu trouver trente capitaines, et une infinité d'autres, tant capitaines en second qu'ofliciers subalternes, parmi lesquels on peut dire qu'il n'y a pas de rebut.

« M Colbert a si bien pourvu a toutes choses pour l'escadre de Sa Majesté, que j'espère quelle sera aussitôt prête que la flotte anglaise.

i Je viens de recevoir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'ècrire du 20, qui m'informe de tous les ordres que vous avez donnés pour remettre les vaisseaux du roi en bon étal ; el, comme M. le comte sirées est a présent ici, nous retrancherons conjointement toutes les dépenses qui ne seront pas absolument nécessaires.

« Je suis, etc.

* Coi.BF.RT . »

t Londres, ce SO juillet i«73.

« Monsieur,

< J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de n'écrire, du 10 de ce mois, par laquelle il vous plaît de me témoigner que le roi est satisfa t des diligences que l'un a faites pour remettre l'escadre de Sa Majesté en état de combattre une troisième fois, et il est certain que, par l'exécution ponctuelle des bons ordres que vous m'avez donnés pour cet eflet, il n'y a pas un seul vaisseau (même relui de la Thérhe, que je vous ai écrit avoir perdu un de ses mats, voiles et agrès, par un coup de mer) qui ne soit depuis deux jours en état de faire voile ; et aussitôt que les troupes du roi d Angleterre seront embarquées, ft quoi on travaille incessamment, l'armée navale retournera vers les eûtes de Hollande. M. le prince Rupert est généralissime de terre et de mer: mais, s'il se fait une descente, ce sera M de Schomberg qui commandera toutes les troupes en qualité de seul général. M. de Sausigny est allé à la Rouée du Nord pour retirer des décharges de loùt ce qu'il a fourni, et je presse, de mon coté, les officier* du roi d'Angleterre de nous donner des états arrêtés par eux de tout ce qui a (té pris dans nos magasins, et des journées des charpentiers et autres ouvriers anglais qui ont été employés à la construction des mats ; après quoi je ne perdrai pas de temps a arrêter le compte de la dépense pour vous l'envoyer, ou à M. Colbert, étant avec respect. »

Cette autre lettre de Colbert de Croissy donne le plan de bataille arrêté dans le conseil de guerre tenu à bord du l!».,ul- Sovereign, sous la présidence du roi Charles.

AO COHSB1L DB GUERRE DES OFSÏCIEIIS PORTAST PAVII.LORS DAKS t>A FLOTTE DR SA MAJESTE (SA MAJESTE PRESIDERTE ). TEM1 A BORD DU ROTAL-SOÏEREIUS , I.E '.'(', DP. JUILLET 1675.

« Charles roi.

i Résolu :

s Que Son Allesse le prince Rupert immédiatement fasse voile

(le temps et le vent le ppmiellanl), avec la flotte sous son commandement, hors de la Tiimite, prenant avec lui les vaisseaux et bâtiments auxquels sont embarques l'infanterie avec leurs munitions, provisions et bagages, et. quittant en mer. Son Altesse, au premier lieu, aura soin d'envoyer un convoi suffisant avec ladite infanterie, leurs muniiious, provisions et bagages, a Yarmouih, pour être disposes selon les ordres de Sa Majesté donnés à cet effet au comte de Schomberg.

■ Ce (lu ttant fait, Son Altesse, avec la flotte, fera voile vers la côte de Flandres, et la pavoisera, près ou loin de la flotte ennemie, mouillant au SLonevelt, selon qu'il jugera a propos, considérant leur posture, leur temps, vent et autres circonstances; mais, sans considération quelconque, qu'il ne hasarde d'attaquer l'ennemi au Skooevell, jusqu'à leur information des conditions, traites et autres affaires de Sa Majesté. Il a reçu des ordres pour le faire de Sa Majesté. Que Son Allesse, s'èlant ainsi montrée avec la flotte de celle des Hollandais, fera voile vers le Tcxel, ou il est i espérer que les ennemis l'attireront (et qu'il aura ainsi lieu de combattre en pleine mon, pour prendre une descente sur leurs côtes, et secouiir leur flotte des Indes. Son Altesse, arrivée eu ce lieu, l'emploiera et disposera la flotte comme de temps en temps il jugera le plus à propos pour le service de Sa Majesté.

L'escadre française, qui, lors de l'engagement du 7 juin, avait été placée au corps de bataille, ne conserva pas ce poste lors de ce nouveau combat. Louis XIV exigea nettement qu'elle fût placée à l'avant-garde. Aussi va-t-on voir que, selon ses ordres secrets, M. le comte d'Estrèes se conduisit comme en 1672, c'est-à-dire qu'il empêcha son escadre de donner, à la réserve du marquis de Martel, qui, ne pouvant retenir son bouillant courage, se précipita au fort du combat.

RBLATIOK DB M. LE VICE-AMIRAL SUE Lt COMBAT DD 21 AOOT 1873. [Mnt à la Utln <tt V. U riu —frit, du 93 aott.)

« Depuis le 12, il s'a été possible de donner aucune nouvelle de cette armée, les vents ayant toujours été extrêmement grands jusqu'au 17, que l'on fut obligé d'avoir toujours les màls de hune bas ; cependant nos vaisseaux de garde ne laissèrent pas de décovrir l'armée ennemie ce même jour, qui s'était avancée jusqu'à quatre lieues du Texei, et cinq lieues de cette armée, et, selon les apparences, y était depuis le 15, et y avait essuyé le même coup de vent que nous.

« On ne doute pas que M. le prince d'Orange ne leur ait fait quitter leurs bancs, et agir contre leur ordinaire, qui est de se ménager davantage qu'ils n'ont fait dans la dernière occasion.

« Pour M le prince Rupert, ayant pris la résolution de les combattre, il l'aurait fait le 18 si les vents, étant devenus encore forcés, ne l'avaient obligé de demeurer à l'ancre, et de mettre encore les mats de hune bas, ayant toutefois cessé le 19, on se disposa le lendemain à aller chercher les ennemis, et le matin une flûte de la flotte des Indes ayant donné dans la division de M. Désardans, croyant se rencontrer dans l'armée de Hollande, y fut prise par le capitaine du Bourbon, qui y envoya sa chaloupe avec un lieutenant pour la garder et s'en rendre maître. Aussitôt que j'en fus averti, je pris un extrême soio qu'il n'en fût diverti aucune chose, et le commissaire général y étant allé quelques heures après, il y mit tout l'ordre qui pouvait dépendre de lui ; j'en donnai part aussitôt à M le prince Ruperl. et comme, sur le rapport des prisonniers, on peut croire que cette prise peut valoir cinq ou six cent mille fraucs, je r 'estimai pas, en cette rencontre, me devoir abstenir de parler tcomme en passant) sur le partage du tiers qui appartient à Sa Majesté; cl je reçus ordre de lui d'v laisser les soldats et matelots français, et qu'il se contenterait d'y faire embarquer le commissaire des prises à la suite de l'armée d'Angleterre, qui. ayant conféré avec celui de Sa Majesté, s'y embarqua le 20; et je crois que la flûte partit en même temps pour aller à

Londres ; comme de noire lùté on courait sur les ennemis qui avaient mis à la voira, et lâchaient a gagner le vent que nous avioDs sur eux, dans la pensée de conserver cet avantage, On courut quasi jusqu'à terre, à deux lieues du Texel la cote étant assez saine en cet endroit;; mais, comme les ennemis la connaissent encore mieux que nous, ils tinrent le vent davantage. En étant approché de plus prés pendant la nuit, joint que M. le prince Rupert, m'ayanl mandé à neuf heures du soir de n'aller qu'à petites voiles, a cause de la défiance où l'on était de quelques bancs, l'escadre de Sa Majesté, qui était a la tète, aurait donné, a une heure après minuit, au milieu de l'armée des ennemis si l'on n'avait découvert leurs feux, ce qui m'obligea d'envoyer une barque longue sur laquelle ils tirèrent deux coups de canon, qui, avant l'ait connaître la même chose a M. le prince

naire; mais, comme la tête tenait toujours le vent, et qu'ainsi la partie de l'escadre de Sa Majesté, que je viens de dire, aurait eu peu de part au combat, on jugea quasi dans tous les bords qu'il n'y avait autre chose î faire qu'a percer les vaisseaux hoUaudais de l'avant-garde, et les Mire plier ensuite, pour gagner le vent a toute l'armée. One heure ou deux après le commencement du combat, il survint une brume qui m'empêcha de prendre ce parti ; mais, ayant duré peu de temps, aussitôt que je crus pouvoir être aperçu du vice-amiral de l'escadre rouge et des vaisseaux de Sa Majesté, qui étaient plus sous lèvent que moi, j'envoyai uuc barque longue a M. Martel, pour l'avertir de ce que j'avais envie de Faire ; mais elle n'était pas encore arrivée à son bord, qu'il avait déjà commencé d'en changer, ayant jugé qu'il pouvait paset au vent de celte avant-garde. Pour le vais-

Asussnul de* frère» Ue Wilt r»cr t07.

Rupert. changea aussi de bord, par la mémo raison que les ennemis avaient fait.

« Mais à la pointe du jour, le 31, on découvrit les ennemis fort étendus sur une ligne et assez prés de terre, à un endroit de la cote qui s'appelle Omperdunes. Quoiqu'il eussent l'avantage du vent, ou prit le parti do les attendre et de les combattre; et, comme ns avaient le même désir, ou ue fut pas longtemps sans se joindre.

« Le combat commença à huit heures et demie, et par les différents changements que l'on avait été obligé de faire, l'escadre de Sa Majesté se rencontra au poste de l'avant-garde, ainsi qu'elle le doit avoir; l'ordre de bataille des ennemis était différent de celui ob on les avait VUS d'autres fois : il y avait quinze ou sente vaisseaux a la têts qui tenaient extrêmement le veut, et occupaient une partie de l'escadre de Sa Majesté.

f Le reste était oppose à une partie du corps de bataille des ennemis, savoir : la division de M. Désardans, et r Aimable et rinvincible de la mienne.

« Les enueoiis s'approchèrent de près, et plus qu'a l'ordi-

scau que je moule, on jugea bien qu'il ne pouvait pas gagner si haut, et qu'il fallait nécessairement passer au milieu de sept ou huit navires, suivis de trois brûlots; mais, comme c'était le seul moyen de rompre et de mettre eu désordre celle avant-garde, on crut qu'il serait fort avantageux de le tenter : ou y réussit, et on se démêla de deux brûlots, dont un fut fort près de nous aborder . et quoique l'autre en passât un peu plus loin, ce ne fut, toutefois, qu'un peu plus que la portée de pistolet.

« On ne doute point que l'on n'ait mis le feu au premier, fort A propos, par une des pièces de l'avant Tous les vaisseaux du ta division du vice-amiral ayant suivi le pavillon, les Zelandais, qui tenaient celle téle, et particulièrement le vice-amiral, eurent beaucoup à souffrir. Les uns arrivèrent veut arriére; ainsi toute celle escadre se trouva en désordre, et l'on ne songea plus, de notre côté, qu'a joindre les vaisseaux ennemis oui combattaient contre ceux de I escadre rouge et une partie de la nôtre.

« Mais les ennemis nous parurent si éloignés, parce que tous les vaisseaux qui combattaient avaient toujours arrivé . qu'on désespérait quasi de Les pouvoir joindre, quoiqu'on fit force de

voiles, et que je n'eusse pas seulement attendu à ne réparer, ce qui me faisait craindre que M. le prince Rupert ne fût trop

pr par eux; cela augmentait encore l'impatience que l'on en

avait. Cependant, quelque diligence que l'on pût faire, avant fait vent arrière depuis une heure jusque entre six et sept heures «lu soir, il fut impossible d'en approcher qu'à cette heure-la. Sur les deux heures, les ennemis ne tirèrent plus sur M. le prince Rupert, mais arrivèrent toujours vent arrière.

« Depuis, j'ai appris avec surprise que M. Spragge, s'étant séparé dès le commencement du combat de M. le prince Rupert, avait pensé causer un grand contre-temps, si la jalousie que leur donnait l'escadre de Sa Majesté, qui avait gagné le vent, ne les eût toujours tenus en échec, et empêché d'entreprendre plus qu'ils n'auraient fait sur les vaisseaux qu'ils avaient sous le vent.

sur quelques vaisseaux ennemis, le biùlot F Arrogant qui le suivait, commandé par le capitaine Gnillolin, aborda un grand vaisseau holtandjis; mais, comme le vaisseau était grand et fort, et qu'il l'aborda avec trop de force, cria le lit reculer, et donna le temps aux Hollandais de mouiller et de s'en garantir.

t J'ai apprit qu'on ne peut pis mieux (aire qu'a fait ce «api- • taine de brûlot.

er Ou n'a rien perdu dans l'escadre de Sa Majesté que le sien, et lui se retira avec beaucoup de bonheur dans une des flûtes de l'escadre qui était au «ni.

« Les Anglais n'ont perdu que deux ou trois brûlots; qui ont brûlé inutilement, et ils ont eu seulement des vaisseaux démâtés.

• ïout le monde assure que les Hollandais ont perdu un vais- seau coulé a fond, et un autre brûlé de son propre feu.

du il .Wit \C,7Z.

Du reste, quoiqu'il n'ait pas témoigné toute la conduite qu'il serait nécessaire a un chef d'une grande escadre, tout le monde demeure d'accord qu'il a agi en Brave soldat, et a péri enfin dans une grande chaloupe, a bord d'un vaisseau où il voulait monter, ayant été obligé de quitter le sien qui était entièrement désempare; la chaloupe, ayant été percée d'un coup de canon, fut bientôt emplie d'eau, et, n'ayant pu se soutenir a la mer, il fut noyé sans ravoir même quittée.

« Le vaisseau de Tromp, contre qui il combattit tout le jour, n'a pas été mieux traité, et l'on ne vit point son pavillon le soir, lorsque toutes les escadres se retirèrent de part et d'autre.

« Les Hollandais demeurèrent jusqu'au soir a canonner sous le vent quelques vaisseaux de l'escadre bleue qui étaient incommodés dans leurs mats; mais, comme ils tiraient d'assez loin, on jwgea bien qu'ils ne voulaient faire autre chose et se retirer ensuite.

« Pour l'escadre de Sa Majesté, elle s'était déjà ralliée à eux, et tous les vaisseaux qui la composent s'étaient rejoints au vent. • N. Désardans avec partie de sa division l'ayant encore gagné

III F»r». — la^piami* Stkatnlrr, Mie iTE«('.mIi. I.

« Trois de leurs brûlots out brûlé devant nous inutilement, et l'on doute si un vaisseau,- où le feu ae mit auparavant, était de guerre ou armé en brûlot ; outre cela, ils ont autant, pour le moins, de vaisseaux dématés que les Anglais.

« Il est impossible qu'ils n'aient aussi perdu beaucoup de monde.

t Je ne sais pas encore le nombre des morts et des blessés dans l'escadre de Sa Majesté, parce que depuis hier je n'ai pas encore pu voir tous les capitaines. Je sais seulement que le sieur d'Êstivalle fut tué au commencement du combat, ayant fait voir une grande fermeté avec le chevalier de Sepeville qui était engagé comme lui au milieu des ennemis, et qui ne laissa pas de me venir joindre ensuite ; que le chevalier de Montbaux, enr.eigne sur le Grand, a le bras cassé.

• Seossias, enseigne du Fier, tué; elle capitaine Jacob, embarqué sur t Invincible, un bras emporté.

« Parmi les Anglais, il y a M. Spragge qui a été noyé, et un capitaine appelé Lneves, tué.

« Le sieur Rives a eu les mâchoires emportées, et un autre

capitaine, dont je ne sais pas le nom, a eu le bras emporté.

« On fera savoir plus particulièrement, par la première occasion, toutes les particularités qu'on aurait oubliées ou qu'on n'a pas sues d'abord, étant pressé de faire porter ce mémoire à

"'« On ne doit pas oublier, sur le sujet de la flûte hollandaise venant des Indes, de dire qu'on a su des prisonniers que toute la Hotte n'était composée que de cinq bâtiments encore, outre celui-là de même grandeur, et d'un encore, chargés à peu près de marchandises de même prix ; que l'on n'a osé en charger à Batavia davantage, et qu'ils présument que ces autres bâtiments, dont on n'a point de nouvelles, ont été pris par les Anglais qui les attendaient à l'Ile de Sainte-Hélène, et dont celui-ci ne l'est échappé que parce qu'il est bon voilier. •

( Arch. de la marine, h Vénalités. )

Après ce combat, l'indignation générale éclata en Angleterre contre l'escadre française. M. le prince Kupert , qui. a propos du combat du 7 juin, avait rendu tant de justice au vice-amiral d'Kslrées, se plaignit amèrement et écrivit celte relation , dont on ilonne la traduction annotée de la main de M. le vice-amiral d'Estrèes. Les personnes qui ont quelques connaissances nautiques pourront apprécier Je poids et la solidité des objections de M. d'Estrèes.

BB/KVK HELATI0J» DK CE QUI SFST PASSÉ An COKB.VT DE

>AViLF.S DE SA HAJESTÉ ET DE MLLES DU ROI DE FRASCE SOUS SO.N COWJIA.SDEIIEST, C.O.MRE CELLE DES HOLLANDAIS. LE 21 AOUT I C73, PRÈS LE TLXEL.

« Le lundi 21 août, dès la pointe du jour, nous aperçûmes l'armée navale hollandaise a une lieue et demie de nous, vers le vent qui était alors est-sud-est ; elle était peu éloignée de terre, le temps étant fort beau ; leur flotte et la nôtre étaient en ce temps-là du coté du nord du Texel. Sur les six heures du matin, je fis faire le signal à noire flotte, alln qu'elle prit la roule vers le sud, comme elle lit alors ; les Français avaient l avant-garde, j'étais nu corps de bataille, et te chevalier Edouard Spragge commandait l'escadre du pavillon bien ; il avait l'arrière-garde. Environ le mène tennis , la flotte hollandaise nous approcha, et Hiiyler envova le vice-amiral de Zélande aveciept vaisseaux de guerre et trois brûlots, pour engager au combat l'escadre de Krance ; l'amiral Tromp, avec son escadre composée de vingtsix vaisseaux de guerre et sept b>ûlots, attaqua l'amiral du bleu et son escadre, qui mit sou hunier d'avant en panne sur les mils pour les attendre, contre mon ordre exprés et son devoir. Ituyicrct Bankert. avec le reste de leur* flotte et brûlots, vinrent sur moi et sur notre escadre, et. environ les huit heures, le combat commença ; et, sur les neuf heures, il s'éleva un brouillard a>ec une petite pluie qui continua jusque sur le midi, auquel temps l'air s'est eclairei, et le vent tourna au sud oui mil les Elançais, qui avaient alors l'avant-garde, au-dessus du vent des Hollandais; lesquels Français, au lieu de s'en servir et de venir combattre les ennemis, comme j'attendais cela d'eux, au contraire , ils se retirèrent vers le sud ; et le vent étant pour lors sud-sud-est, ils s'éloignèrent a pleines voiles de deux grandes lieues avant qu'ils eussent reviré de bord vers les ennemis, ce

3ui donna lieu et occasion au vice-amiral de Zélande, avec sa ivision, de les quitter et de venir sur moi. * En même temps j'aperçus le chevalier Jean Chichely. mon contre-amiral , fort éloigné de moi sous le vent : toutes les forces de Ituyter et de Uankert vinrent fondre sur ma division et sur celle de "mon vice amiral, et, de plus, ils coupèrent entre la division de mon contre-amiral et moi, de sorte que, vers le midi, j'avais ;i combattre lluytcr et toute son escadre à ma hanche, sous le venl, et un autre amiral, avec encore deux vaisseaux pavillons à ma hanche, du côté du vent , et l'escadre de Zélande sur mon travers, au-dessus du vent. Ayant ainsi combattu quelque temps ei t'ait grand feu de mes deux bords, j'arrivai sur mon contre-amiral, en forçant lis ennemis de me laisser passer, et ainsi de le rejoindie; après quoi, environ deux

heures, je découvris l'escadre bleue, à trois lieues sous le vent de moi. qui avait le cap au nord est; et moi. ne saclnnl eu quel état était cette escadre, et m'apercevant que leur ensou ne jouait plus guère, je fis autant de force de voiles qu'il nous fut possible pour joindre celte escadre et les assister et les secourir dans cette pressante occasion, le venl étant alors sud sudouest.

« lluyter n'eut pas plutôl reconnu mon dessein, qu il arriva sur moi avec loule sa flotte pour secourir Tromp, si bien que tout ce que nous pûmes faire fut de nous prêter le côté à portée de canon, sans faire feu de part ni d'aulre ; et connue nous étions à la voile, en arrivant uous aperçûmes plusieurs vaisseaux de l'escadre bleue que nous jugeâmes avoir etc endommagés, étant écartés de leurs corps du côté du vent, aussi bien que quelques-uns de mon escadre, auxquels je fis tirer un coup de cauon pour les faire arriver sur nous, ce qu'ils ne tirent pourtant pas. Sur les quatre heures, nous approchâmes l'escadre bleue, où nous trouvâmes le Royal-Prince entièrement hors d'état de combattre ; son grand mat d'artimon et son mât de hunier d'avant lout coupés du canou, et plusieurs autres vaisseaux désemparés. Le vice-amiral de l'escadre bleue réparant les manœuvres, le contre-amiral aussi du bleu, le comte d'Osscry, prés de lui deux frégates, pareillement racommodaient leurs manœuvres. Etant proche de l'arrière du Royul-Prince, entre lesdits vaisseaux, et les ennemis faisant raccommoder les manœuvres, y mettre des voiles neuves, je commandai sur l'heure deux trégates pour toucr le Royat- Prince et le tirer hors de là. L'escadre de Tromp étant à l'est de lui avait nombre de ses vaisseaux désemparés, une partie de cette escadre ayant perdu leurs mâts de hune et vergues; l'autre avec son vice-amiral et contre-amiral étant lors au plus près du vent, vers l'est, faisant force de toutes leurs voiles pour gagner le vent, ce qui m'obligea de revirer encore vers l'escadre bleue; et quand nous arrivâmes près d'eux, il était environ quatre ou cinq heures, auquel temps Ituyter arriva aussitôt avec toute sa flotte, â dessein de se rendre maître de nos vaisseaux estropiés et hors de combat, qui étaient te Royal-Prince et autres. Je demeurai auprès d'eux, du côté du vent du contreamiral du bleu, jusqu'à ce que notre flotte fût en ivdre d'attaquer derechef les ennemis ; je fis mettre le signal ordinaire pour faire joindre tous les vaisseaux à leur poste, qui est le pavillon bleu sur la vergue d artimon (1), et envoyai des ketches et chaloupes aux vaisseaux qui étaient sur le vent de venir à nous ; sur quoi uous arrivâmes et fûmes nous poster entre Ituyter et nos vaisseaux estropiés, et fis tirer du canon aux vaisseaux qui étaient vers le vent pour les faire arriver sur nous ; mais pas un d'eux ne m'approcha pour m'assister, excepte le comte d'Osscrv et le chevalier Kempthormc ; si bien que j'ai grande rai«on de croire que, si heureusement je n'étais pas venu i leur secours, l'encadre bleue était entièrement perdue, puisqu'ils étaient tellement désemparés, qu'ils ne le pouvaient pas être davantage; seulement les deux vaisseaux pavillons du milord d'Osscry et le chevalier Kemplhorme me donnèrent quelques secours après notre jonction. Vers les cinq heures, Ituyter, accompagné de ses pavillons et flûtes, se vint poster vergue a vergue de moi ; et là recommençant encore un très-rude combat, dans l'engagement duquel il n'y eut aucun vaisseau pour me seconder que le vue-amiral, le capitaine David dans le Triomphe, le capitaine Stout dans le Dépit de la ifuerre ; et de ma divisiou, le chevalier Jean Holmes dans te Ruppert, capitaine Legg dans taCathcrine, le chevalier Jean Ilerry dans la Résolution, capitaine Jean Frullay dans fa Mark, capitaine Oaster dans la Couronne, capitaine Boolh dans la Perle, bref, en lout treize ou quatorze vaisseaux. Le combat l'ut fort chaud ci de prés . là je mis les enuemis dans un grand désordre, et détachai deux brûlots que j'envoyai parmi eux, qui les approchèrent fort ; et si alors les Français, qui étaient à certaine instance sur le vent, avaient obéi a mon signal et qu'ils fussent arrivés sur les ennemis, conformément à leurs devoirs, nous

(1) Le pavillon bleu, à k vergae A «rlimon. Mut Je l'taiirul.

aurions mis les ennemis en déroule cl les eussions entièrement détruits C elait h plus belle et la plus avantageuse occasion qui nit été jamais perilue à la mer. Le combat continua jusqu'au jour failli et justement soleil eoucjiè, quand je me relirai eu faisant peu de voiles et pour conduire des vaisseaux estropiés, les Hollandais aussi tournant le cap à l'est, et ainsi linii celle bataille; lorsqu'il me vint un ofticier du comte d'Estrées pour recevoir «les ordres et savoir a quelle intention ou avait aiboré un pavillon bleu sur la vergue du mit d'artimon : tic quoi je m étonnai fort, puisqu'il n'y avait pas d'instruction plus claire et plus facile a concevoir entre tous les signaux pour combatif* que celui ci ; et de plus, il ne manquait pas d'éclaircissement pour les signaux, m d'instruction pour lui dire ce qu'il devait avoir fait, la chose étant sue et connue aux yeux do toute la floite. Quand l'obscurité de la nuit fut venue, les ennemis se retirèrent sur leurs côtes, et je crus avoir raison d'en être satisfait, m êlant proposé, si je ne pouvais l'éviter, de ne point hasarder un nouvel engagement au combat le jour suivant, à moins que j'eusse meilleure assurance non-seulement du comte d'Es- Irees, mais aussi que quelques-uns de nos capitaines eussent résolu et promis de mieux faire, puisqu'ils m'avaient manqué en celle-ci.

* En celte bataille , les Anglais ni les Français n'ont pas

[>erdu aucun vaisseau de guerre ; je ne crois pas aossi que les lollandais aient grand sujet de se réjouir considérant toutes choses, et je sais aussi que je n'ai de ma vie été assisté de la Providence et dans ma conduite en cette occasion, que d'avoir ramené ainsi la flotte de Sa Majesté. »

(Archive* de ta Marine à Versatile*. $

Celte lettre de M. de Colbcrt de Croissy donne avis à M. de Seignelay des premiers symptômes de mécontentement qui s'élevèrent eu Angleterre , à propos de la conduite de l'escadre

COPIE DE LA LËTTRK ÉCRITE * M0SSKIC.SF.IJR LE MARQIIS DE SEI- USLAT PAR lIonSKICNEin LABBASSADEIR.

< La 99 août 1G73.

« Je ne doute point que vo»s n'ayez déjà appris, par l'arrivée de M. f.hapellain . tout ce qu'a fait l'escadre de Sa Majesté dans le dernier combal ; mais, quoiqu'elle y ait tenu toule la conduite qu'on pouvait désirer de braves et habiles gens, M. le prince llupcrt n'a pas laissé que de blâmer extrêmement par ses lettres , en sorte qu'à peine ses eourriers sont-ils arrivés, que le bruit a couru dans toute la ville que les Français n'avaient rien fait qui vaille . et qu'ils étaient d'intelligence avec les Hollandais. Cette première impression a duré pendant deux jours, aussi bien a la cour que dans la ville ; mais M. le major étant arrivé samedi, la nuit, je lui lis, le lendemain, avoir une longue audience du roi d'Angleterre, a son lever, dans laquelle il contenta fort ce prince , et lui donna moyen de désabuser toute s» cour de ce qu'elle avait pu croire au préjudice de l'escadre de France. Il est vrai que ledit roi et M. le duc d'York avaient déjà fait , par avance , tout ce que je pouvais désirer d'eux, et que Sa Majesté Britannique m'avait même avoué que ce» fâcheux bruits étaient de purs effets des mauvaises intentions du prince Rupert , de la conduite duquel il m'a témoigné être fort mal content; mais, comme il a bien des raisons aussi qui ne lui permettent pas d'ôter le commandement de sa flotte audit prince, il faudra que M. le comte d'Estrées t:\elie de s'accommoder a sa bizarrerie, et milord Arlington m'a même extrêmement prié, de la part du roi son maître, d'adoucir toutes choses autant qu'il me serait possible, et de ne rien écrire a Sa Majesté qui la pût obliger à quelque ressentiment ; mais j'ai cru qu'il était de mon devoir de lui rendre , par vous , un compte fidèle de ce que j'ai appris sur cetle matière, et de remettre à la prudence do Sa Majesté d'en user a.nsi qu'elle jugera convenable au bien de son service J'ai cependant empêche qu'on imprime la relation de M. le prince Rupert, quoique adoucie par M. Arlington, et on en demanda, hier, une à

h bitte au major, laquelle il fil avec une si grande exactitude, qu'elle aurait contenu cinq ou six pages d'écriture ; aussi je la réduisis prumptemeut, a la prière de M. Arlington, au peu de lignes que vous verrez par la copie ci-jointe ; mais, comme il n'a pas su le détail de ce qu'ont fait M. de Martel et les capitaines de sa division, ni toutes les autres actions des braves officiers, j'espère que mon omission ne prejudiciera point â leur réputation ni à l'estime qu'on en doit faire, car certainement on te loue fort ilmlit rieur de Martel; ledit sieur major me fait espérer que nos vaisseaux pourront se réparer en pleine mer de ce qu'ils ont souffert dans ce dernier combat, et que, s'il ne se passe rien de nouveau, on ne sera point obligé de rentrer dans la Tamise.

« Je suis, etc. »

Voici une grave accusation portée par M. le marquis de Martel, dont on te loue /orï; contre le vice-amiral d'EsIrèes; on y verra, malgré les réfutations faites apparemment pour le public, que l'instruction secrète de M. de Seuil reproduit, comme fondés, tous les reproches faits au vice-amiral par M. de Martel, dans la lettre suivante, qui précise les faits avec une rare netteté.

COPIE D ME LETTRE DE M. LE MARQIIS DE MARTEL A VOXsEltNEUR l'aMBASSADEIR.

€ Du 0 septembre 1G73.

« Je ne doule pas que monsieur le major ne vous ait informé du combat que nous avons fait le 21 août; mais je suis persuadé que les Anglais ne demeurent pas d'accord de sa relation : quoique je pourrais être suspect pour n'être pas en bonne intelligence avec M. d'Estrées, je prends, monsieur, la liberté de vous dire à peu près les(choses qui se sont passées, et toute l'armée en demeurera d'accord.

n Le SI août, à la pointe du jour, l'armée des Hollandais parut au ve.'l de nous, à deux lieues de distance, et le prince Hupert se mil «m bataille sur une ligne; il composait le corps de bataille, M. S, ragge.rarrière-garde. M. d'Estrées, l'avant-garde; l'on m'avait fai: l'honneur de me donner, avec ma division de dix navires et trois brûlots, la lêlc de l'avant-garde. Comme nous marchions tous sut une ligne au plus près du venl, j'étais donc le premier de la ligtif ; les ennemis nous ayant considérés et vus en cet ordre, prirent leurs résolutions de la manière qu'ils devaient nous attaquer, qui fui de détacher le vice-amiral de Zélande aven dix navires de guerre et deux brûlots pour m'altaquer, ce qu'il lit avec toute force de voiles; MM. Ruyter etTromp arrivèrent sur le gros de l'armée. MM. le prince Hupert cl Spragge les reçurent avec beaucoup de résolution et d'honneur; M d'Estrées, au lieu de prendre le parti de faire tête au gros de cetle armée et de combattre un des pavillons, tint toujours au plus près du vent, et, par ce moyen, évita le combat, et laissa M. le prince Rupert et M. Spragge soutenir toute l'armée des ennemis, à la réserve de l'escadre de Zélande, qui était aux mains avec moi; si bien que M. d Eslrées se trouva dans un intervalle entre M. le prince Hupert et moi, où il n'y avait pas un seul vaisseau ennemi ; il y demeura deux heures, tantôt le vent sur les voiles ; après, ii faisait porter, mais s'éloignait tonjours de MM. le prince Hupert et de Sp-.ag^e, qui faisaient un feu terrible les uns contre les autres; cel i dura depuis huit heures du matin jusque sur les onze heures sans que M. d'Estrées eût lire un coup de canon ; je fus assez heureux, après un long combat, quoique peu assisté des vaisseaux de ma division, de battre les Zclandais en leur gagnant le venl. leur ayant mis le feu à un de leurs brûlots el d'un coup de i anon eu avoir degrèe un de leurs plus forls. de faire plier le viee-amiral vent arriére, lequel ne put éviter, avec trois de son escadre, de passer au milieu de la division de M. d Esti. es, ce qui lui donna lieu délirer quelques coups de canon, et d'en reeevoir, en passant, quelques-uns; sans cela, il n'aurait pas tiré, en toule la journée, un ccnl coup; et ce qu'il a tiré est comme rien, et foil honteux pour lui de n'avoir pas fait périr des vaisseaux mal-

traités, et qui lui passèrent au travers toute sa division ; sur le midi, m 'étant raccommodé et mis en étal de pouvoir tenir voile, j'arrivai sur l'armée des Anglais et des Hollandais, qui se battaient furieusement ; M. d'Estrées, me voyant dans le dessein d'aller au secours des Anglais, fit même route ; et, comme nous en étions fort loin, nous ne pûmes y arriver que sur les cinq heures du soir.

< Voici la grande faute .que M. d'Estrées a encore faite, car il pouvait réparer celle du malin ; ceci est l'Evangile. Les Hollandais nous voyant arriver vent arrière sur eux se retirèrent du combat, cl firent un corps de quarante vaisseaux, croyant que N. d Estrées fondrait sur eux : lui n'avait point combattu, et eux, qui étaient tous délabrés et maltraités du long combat, firent vent arrière, afin de se batlre en retraite et de gagner la nuit, qui était proche. Comme j'avais approché plus près les ennemis que H. aEslrées, je leur tirai quelques coups de canon, et partie de ma division leur en tirèrent, ne faisant qu'attendre M d'Estrées pour donner dessus tous ensemble, ou ses ordres ou signaux de donner; car il nous avait lié les mains de ne faire ~ aucune attaque sans son ordre, a peine de désobéissance, comme l'on peut voir par son écrit envoyé par monsieur le major. M. le prince Rupert, qui était prorhe et en étal de donner, voyant que le temps se perdait, et que M. d'Estrées au lieu d'arriver pour attaquer les ennemis tenait le vent, H. le prince Rupert mit un pavillon bleu marqué dans les signaux généraux pour arriver et attaquer les ennemis. II. d'Estrées continua de tenir le vent sans faire nul compte d'attaquer les ennemis ; sur le soleil couché, il envoya le major a M. le prince Rupert, et passa proche de moi, me demandant en quel état j'étais du combat que j'avais fait. Nous nous sommes séparés cette nuit-la des ennemis. Voilà la vérité. N. d'Estrées a déshonoré la nalion'ayant fait tout autant mal qu'il pouvait. Les Anglais pestent avec grande raison contre lui. Il cherche tous les moyens de s'excuser.; il a fait des relations qui se trouveront si fausses que cela lui fera lort ; il a pris tous les devants, envoyant son secrétaire a l'insu de tout le monde. J'ai écrit au roi el a M. Colbert la vérilé de tout. Il est vrai que les Anglais ont fait tout ce qui se peut faire, et on ajuste 6ujet de n'être pas content de M. d Estrées. Tout roule sur lui; car les capitaines auraient fait leuv devoir s'il les y avait menés, je te veux croire. Si l'on veut faire réflexion sur tous les combats que l'on a rendus, M. d'Estrées n'a jamais fait aucune action de vigueur dans cette campagne ; et, s'il l'avait voulu au premier combat, il aurait abordé Ruyter et l'aurait pris, étant très-maltraitè; c'a été lui qui a fait perdre tons ces

[ouvres capitaines de brûlots, leur ayant fait le signal trop tôt. .'an passe, ce qu'il a frit à du Quesnc crh vengeance devant Dieu; enfin, il y a si bicu pris ses partis, qu'il n'a jamais voulu s'engager à faire aucune attaque L'on peut dire avec vérité que c'est un pauvre homme, fort décrié parmi le3 Anglais; je ne crois pas qu'ils veuillent aller à la guerre avec lui, n'y ayant nulle créance.

« Je suis, avec le respect que je vous ai voué, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« P. Mautel. »

Le 6 septembre 1073

[Arch. de la marine, à Vertaillet.)

Les lettres suivantes de M. deCroissy sont relatives aux reproches faits à l'escadre française, et donnent les plus curieux détails sur ces contestations, dans lesquelles le roi Charles, géné parla reconnaissance qu'il devait au roi, et craignant de perdre ses subsides, donne tour a tour raison à tout le monde, et s'ex- «use avec une adresse infinie do ne prendre aucun parti a ce sujet, se rejetant toujours sur la bravoure de ses alliés et la royale parole de son frère de France.

• Loii.lrvs, It 7 «opti-mbro ifi73.

* Vous rcee\rez telle lettre en même temps que relie que je me donnai l'honneur de vous écrire l'ordinaire dernier, pan e

! que, comme j'étais sur le point d'envoyer les premières à la poste | la nuit du 4 au 5, milorrl Arlington m'envoya dire que le roi son maître avait résolu de retenir les lettres pour cette fois, et fermer les ports pour empêcher que les ennemis n'eussent connaissance du retour des flottes dans la Tami.se, au préjudice des ordres que Sa Majesté Britannique avait envoyés au prince Rupert d'aller mouiller vers les Dunes, et. au cas que le vent fût à l'est, de se retirer à la Fosse-dc-Sainl-Jean. Celte contravention, que ledit prince a assez mal exécutée, a si fort déplu audit roi, qu'il a pris résolution de faire revenir ce prince, sous prétexte de le consulter; mais, en effet, pour le retenir auprès de lui, et de douner le commandement de sa flotte au sieur Ormond. qui a la place du feu sieur Spragge. Ce changement m'a fait beaucoup de peine, élaul un peu rude à un vice-amiral de France d'être commandé par un homme si peu relevé; mais, comme le roi d'Angleterre donne au mérite dudit sieur Ormond le commandement de toute sa flotte, qu'on lui remet aussi entre les mains le pouvoir que Sa Majesté a donné a M. le prince Rupert pour substituer en son absence, el qu'enfin l'escadre de Sa Majesté n'est qu'auxiliaire, je n'ai trouvé aucune raison, ni dans notre traité, ni dans nos conventions, qui pût me donner lieu de faire une plus grande opposition a ce changement, outre que, le prince Rupert étant si mal intentionné, il est toujours avantageux au service du roi qu'il n'ait plus le commandement. Il arriva hier au soir ici. et je ne doute poinl que son retour ne fasse recommencer les calomnies contre M. le comte d'Estrées, que j'avais entièrement justifié, depuis deux jours, à la honte et a la confusion dudit prince Runerl Vous avez mi, monsieur, que nous étions accusés de trois choses : la première, d'avoir laissé prendre le vent aux ennemis pendant la nuit du 20 au 21 , faute d'avoir fait la manœuvre qui nous était ordonnée ; la seconde, de n'avoir pas assez arrivé sur les ennemis depuis le midi du 21, que l'escadre de France eut gagné le vent sur eux; et, la troisième, de n'avoir pas suivi le signal que le prince Rupert fit, sur la fin du jour, pour venir dans ses eaux. Ce prince avait fait publier par milord Wahan, le colonel Howari, et par d'autres, ses émissaires, que ces trois fautes l'avaient empêché d'emporter une pleine victoire sur les ennemis ; que le roi notre maître étaii d'intelligence avec les Hollandais, et qu'il ne fallait rien espérer de bon de notre jonction. Comme le peuple est assez susceptible de toutes les calomnies que l'on invente contre la France, vous pouvez vous imaginer, monsieur, quel mauvais effet celles-ci avaient pro duil Cependant la première a été d'abord détruite dans l'esprit du roi, le major lui ayant fait voir clairement que M. le comte d'Estrées avait ponctuellement suivi l'ordre du prince Rupert la nuit du 20 au 21 ; quant a la seconde, «r nous avons soutenu, et « espérons même de justifier bientôt, qu'après que l'escadre de « France eut percé celle de Bankerlct gagné le vent, elle n'em- « ploya pas une demi-heure de temps a remettre ses manœuvres « rompues en état de profiter, et que M. le vice-amiral mit. aussi « bien que tous les vaisseaux de son escadre, toutes voilesdehors, « et arriva incessamment sur celle de Rank'rt, en sorte que s'il « ne l'a pu joindre, et secourir par conséquent le prince Ruperi g aussitôt qu'il aurait désiré, on ne le doit disputer qu'a ce que « les vaisseaux hollandais sont encore meilleurs voiliers que ceux « de France, et que ledit prince Rupert ne tenait pas assez ferme « pour être bientôt rejoint. » Ainsi, la justification de celte seconde accusation n'est pas avantageuse audit prince. Pour ce qui regarde la troisième, le roi d'Angleterre était tombé d'accord la

eremière fois que le major lui en parla en ma présence, que, si I. le comte d Estrées n'avait pu apercevoir que sur les sept heures du soir le pavillon bleu sur la vergue d'artimon de l'amiral (qui est le signal que lui faisait le prince Rupert de venir dans ses eaux), et qu'il ne l'ait pas pu suivre sans perdre le vent qu'il avait sur les ennemis, il avait très-bien fait de se conserver cet avantagée. Ainsi, toutes ces accusations s'étanl trouvées mal fondées, Sa Majesté Britannique avait écrit au prince Rupert qu'il avait eu grand tort de vouloir ôler, par ses lettres, la réputation au Français, et ruiner la bonne intelligence qu'il avait tant recommandé d'entretenir; mais ce prince lui a répliqué que ce n'etait pas lin seul, mais la plupart des capitaines français mêmes qui blâmaient le comte d'Estrées ; et il a envové en même temps

ki it COBlfl Holmes, cadet de celui que vous connaissez, qui a avancé au roi, en ma présence, que le signal du « pavillon dieu < sur la vergue d'artimon était pour arriver sur les ennemis et les t combattre, et non pas pour venir dans les eaux du prince Ru- « pert ; » ce qui a obligé ledit roi de se faire représenter incontinent l'instruction , dans laquelle on a reconnu que ce que disait ledit sieur Holmes » était faux , et que le signal était pour venir « dans les eaux dudit prince Rupert.» Cela m adonné heu de parler avec plus de hauteur, et de aire au roi que. puisque les Français étaient suflisammenljustiliés, et que le prince Rupert ne cessait de vouloir reudre suspectes les intentions de Sa Majesté pour l'Angleterre, el d'attaquer la réputation de ses armes, je croyais ne devoir plus avoir pour ce prince les ménagements qui m'avaient fait assoqpir tous sujets de plaintes, tant qu'il avait gardé quelque apparence d'honnêteté avec les Français; que M. le prince d'Estrées et moi avions empêché que les capitaines français, qui avaient assez remarqué dans le premier et le second combat jusqu'où allaient les mauvaises intentions dudit prince Rupert contre la France, n'ouvrent la bouche qu'a son désavantage; qu'au contraire , quoique l'escadre de France eût soutenu le principal effort des ennemis et ébauché la victoire , qu'il ne tenait qu'a M. le prince Rupert de la remporter pleine el entière, néanmoins ils lui avaient donné tout l'bonneur du peu d'avantage que l'on avait eu sur les ennemis ; mais je n'avais pas pu empêcher qu'il ne restât dans l'esprit, et du comte d'Estrées. et de tous les capitaines français , un juste soupçon que ledit prince voulait perdre l'escadre de France, et croyait acquérir par là plus de mérite auprès du petit peuple , auquel il avait plus d'envie de plaire qu'au roi son maître et son bienfaiteur que par aucune victoire ; qu'ainsi, quoique Sa Majesté ail expressément commandé à monsieur le vice-amiral et à tous les officiers de la flotte de n'épargner ni ses vaisseaux ni leur vie , lorsqu'il s'agira de servir ledit roi d'Angleterre et d'obéir à son général, en sorte qu'il soit satisfait d'eux, néanmoins celte obéissance ne devait pas être si aveugle qu'elle dût les obliger a se perdre si manifestement, sans que ledit roi en dut i étirer aucun fruit ; que le signal du prince Itupert était de cette nature, puisqu'il leur laissait perdre le vent à l'entrée de la nuit, les exposait sous le vent de cinquante vaisseaux des ennemis, qui n auraient pas eu de peine le lendemain à faire périr la flotte des deux rois, et à en remporter une pleine victoire. Ledit roi a fort approuvé ce que je lui ai dit, et a extrêmement blâmé la conduite de M le prince Itupert, me faisant même confidence de tous les manquements et malhonnêtetés de ce prince, m'avouant

3u 'il avait été trompé dans l'espérance qu'il avait conçue de lui ans cette campagne, et m'assurant qu il ne lui donnerait jamais un semblable commandement. Cependant, monsieur, je vois que cette affaire n'est pas encore unie, cl que j'aurai encore bien des batailles i livrer auparavant qu'on cesse d'en parler. Mais, aussitôt que M. le comte d'Estrées m'aura envoyé quelques preuves dont j'ai besoin, j'épargnerai d'autant moins ledit priuce Rupert, que je vois bien que, s'il se relève, il sera très-difficile de maintenir l'alliance de France dans la prochaine séance du parlement ; n'y ayant que la cabale qui nous est contraire qui le soutient auprès dudit roi , el qui fait les derniers efforts pour nous décrier. Depuis ma lettre écrite , je me suis promené dans le parc avec le roi d'Angleterre, et le prince Rupert a parlé derrière moi avec M. de Canaples de ce qui s'est passé dans le dernier combat avec beaucoup plus d'honnêteté sur le sujet de l'escadre de France qu'il n'en a écrit; el je vois bien que les réprimandes de Sa Majesté Britannique lui donnent du déplaisir de s'être emporté comme il a fait, et qu'il souhaite qu'il n'en soit plus parlé; il veut même se justifier auprès de Sa Majesté. •

■ Le duc de Monmouth va monter un vaisseau de soixante pièces de canon, et l'on ne doute pas qu'il n'ait bientôt le commandement de toute la floue.

« Coi. n put . » (Uutu tteColbert, Bibl. roi/., nu$.)

Dans la lettre suivante , M. de Croissy ne loue plus si fort M. de Martel.

• Lorulret, le 11 Kflmim 1073.

« J'informe amplement M. le marquis de Seignelay du tort irréparable que cause aux intérêts du roi, en ce paya-ri, l'emportement de M. de Martel contre M. le comte dEstrèes; et comme il a déjà fait toul l'éclat et tout le mauvais effet qu'on eu pouvait craindre, tant ici qu'en Hollande, je crois qu'il ne faut pas feindre de demander au roi d'Angleterre des commissaires non suspects, pour informer tant sur les vaisscauxfrançais qu'anglais, et pousser le prince Rupert comme le plus grand ennemi de la France, et j ose même dire du roi d'Angleterre, son bienfaiteur. Car, à vous dire le vrai, M. de Martel, par sa relation, a mis ici les affaires du roi dans un si mauvais état, qu'il sera difficile au roi d'Angleterre de soutenir l'alliance de France dans lé prochain parlement, si la conduite du comte d'Estrées dans le dernier combat n'est justifiée avec beaucoup de hauteur. J'attendrai avec impatience les ordres du roi sur toute cette affaire, et cependant vous me ferez grand plaisir de me donner vos conseils sur la manière dont vous croyez que je me doive conduire. J'avais eu dessein d'aller sur les vaisseaux pour pacifier tous ces différends; mais j'ai considéré que l'accommodement entre M. le comte .d'Estrées cl M. de Martel serait plutôt préjudiciable dans la conjoncture présente, qu'utile au service du roi; et je me crois très-nécessaire ici pour réfuter toutes les calomnies qu'on invente tous les jours contre nous pour rendre suspecte auprès du roi d'Angleterre la sincérité des inlentions de Sa Majesté.

t CoLDEBT. Il

[Lettre* de Colbert, Bibl. roy., mu.) «Loodrw.lell KptcmbrclOr».

« Monsieur,

a Je vous ai écrit, par ma dernière, que j'avais entièrement justifié la conduite de M. le comte d'Estrées auprès du roi d'Angleterre, qu'il m'avait même témoigné son mécontentement contre M. le prince Rupert, et assuré qu'il ne lui confierait jamais le commandement de ses flottes. Ce prince, étant retourné ici depuis trois jours, a fait voir audit roi, au duc d'York, aux ministres et à tous les principaux de la cour el de la ville, une relation, on plutôt un libelle diffamatoire contre M. le comte d'Estrées, qui fait plus de tort ici aux intérêts du roi que toul ce que les Espagnols cl les Hollandais s'efforcent de faire lous les jours pour ruiner l'alliance de France; et l'on ne feint pas de dire a que M. le comte d'Estrées ne se serait pas comporté si « lâchement s'il n'en avait reçu des ordres secrets de Sa Mai jeslé ; » que la France est d'intelligence avec les Hollandais, que l'Angleterre ne doit rien espérer de tiotre jonction, qu'elle sera abandonnée de notre escadre dans toutes les entreprises qu'elle pourra faire; el enfin j'appris hier de milord Kraft que beaucoup de personnes de cette cour (qu'il est inutile de nommer), dînant chez lui, et l'entendant parler â la justification de l'escadre de France, lui dirent qu'il n'y avait plus que le roi d'Angleterre, le duc d'York, lui el moi, qui parlassent de celte manière ; mais que, si le roi d'Angleterre n'appuyait le prince contre les Français, la chambre basse le soutiendrait. Le colonel Howart, le comte de Cai lisle, et d'autres émissaires dudit prince Ruperl, ont même écrit de tous cotés aux principaux membres du parlement tout ce qui peut les aigrir contre la France Ainsi vous ne devez pas douter, monsieur, que la divisiou des chefs de l'escadre ne donne de puissants moyens aux ennemis de la France pour rompre l'alliance que nous avons avec l'Angleterre. Je vous envoie la lettre que m'a écrite ledit sieur de Martel, avec la réponse que je lui ai faite, el, si je puis avoir la copie que milord Arlington m'a promise de la relation que l'on fait courir sous le nom dudit sieur de Martel, je la joindrai â ma lettre. Je renvoie aujourd'hui M. de Saint-Amand vers M. le comte d'Estrées; et, comme cette affaire a si fort éclate, parla malice du prince Itupert et de ses émissaires, qu'il n'en faut pas craindre dorénavant (quelque chose qu'on fasse) de plus méchants effets que ceux qu'elle a déjà produits, et -dans l'Angleterre, et chez nos ennemis, je vois qu'il est de la gloire du roi et de la répu-

talion de ses armes Je la pousser à bout, et de faire voir que, si l'on n'a pas eu tous Les SDCCèl qu'on pouvait désirer, on n'en doit imputer la faute qu'à M. le prince Ituperl ; et, pour cela, je crois qu'il est nécessaire que M. le comte d'Estrées écrive au roi d'Angleterre même la conduite qu'il a tenue dans le dernier combat, et qu'il le prie d'envoyer des commissaires non suspects pour informer sur chaque vaisseau, tant français qu'anglais, de ce qui s'est passé, parce que, comme ledit sieur de Sainl-Amand m'assure que tous les capitaines de l'escadre de France sont d'un même sentiment, a la reserve des trois que commandent les vaisseaux que M. de Martel a amenés du Levant, et qu'au contraire, parmi les Anglais, il y en a plus qui blâment la conduite de M. le prince Rupert que de ceux qui la soutiennent, il y a lieu d'espérer que cette information ne peut être qu'a noire avantage; mais, en tous cas, il est certain que, si nous n'agissons fièrement et avec hauteur, toute l'Angleterre demeurera persuadée que nous avons tort, cl ce sera la ruine inévitable de nos intérêts dans le prochain parlement.

« Le roi d'Angleterre me dit hier qu'il avait reçu avis que les ennemis étaient vers IcTexel, au nombre de soixante vaisseaux de guerre, et qu'il ferait sortir au plus tôt l'escadre de France de la Tamise, avec environ quarante vaisseaux anglais, pour assurer le retour des vaisseaux des Indes qui sont vers la Manche ; après quoi les vaisseaux de Sa Majesté pourraient s'en retourner dans les ports de France. Mais, comme les vaisseaux anglais n'ont pas encore pris leurs vivres, je crains bien que ceux •du roi n'arrivent encore plus tard- que l'année dernière, quelques sollicitations que je puisse faire pour qu'ils soient bientôt congédiés.

« M. de Sausigny vient de retourner de la flotte, et m'a dit qu'il y avait deux mille malades sur l'escadre de France, et qu'on en avait mis à terre une boune partie

* Depuis ma lettre écrite, j'ai reçu les deux dont il vous a plu m 'honorer, des h et 6 de ce mois. Je n'ai rien a ajoutera tout ce qui regarde les démêlés entre M. le prince Rupert cl M. de Martel, d'une part, et le comte d'Estrées, d'autre, sinon que le roi d'Angleterre, avec qui j'ai eu l'honneur de dîner aujourd hui, m'a dit qu'il avait trouvé la relation dudit sieur de Martel si emportée et si extravagante, qu'elle justifiait le comte d'Estrées; qu'il voyait bien aussi que ceux qui l'accusaient agissaient plus contre l'intérêt de sa couronne que contre celui de Sa Majesté, duquel il m'a assuré que rien au monde ne serait jamais capable de le s> parer. Milord Arlingion m'a aussi parlé dans le même sens; et si M. le comte d'Estrées suit le conseil que je lui fais donner par M. de S:<iiU-\mand. j'espère surtirde cette affaire à la confusion des accusateurs ; mais il n'est pas, selon mon sens, du service de Sa Majesté de demander rien davantage au roi d'Angleterre coulre ledit prince Ituperl, sinon qu'elle ne lui confie pas pour l'année prochaine le commandement de sa flotte. Le roi d'Angleterre prétend que sa flotte tienne la mer, c'est-à-dire qu'elle demeure vers les dunes, ou a la Fosse-Saiut-Jean, jusqu'à ce que les vaisseaux des Indes, qui sont dans les ports d'Irlande, et qui n'auront pu se mettre à la voile qu'aujourd'hui, seront rentres dans la Tamise; après quoi l'escadre de France sera congédiée, et on enverra une escadre de dix ou douze vaisseaux anglais vers Yarmouth. C'est tout ce que j'ai pu apprendre des résolutions du roi d'Angleterre; et quant au nombre de vaisseaux qu'il tiendra dans la Manche pour la sûreté du commerce, comme on ne m'a jamais répondu catégoriquement l'année dernière sur ce point, quelque instance que j'aie faite, ni sur la dernière demande que j'en ai réitérée, je n'espère pas en apprendre davantage que ce que le public en saura par la Gaictle, et ;c vous dirais bien quelles sout là-dessus leurs raisons et leurs maximes; mais cela ne servirait qu'à vous importuner d'une plus longue lettre.

« Je demanderai au roi d'Angleterre qu'il lui plaise faire faire une évaluation raisonnable de la prise du vaisseau des Indes, et de prendre ce qui appartiendra à Sa Majesté pour son tiers, à compte du premier payement; car je crois que. quaud il n'y aura

3ue mille pièces, plus ou moins, le roi voudra bu n qu'on en use e sa part avec cette honnêteté, d'autant plus qu'on en aura ap-

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paremment davantage par celle voie que par une grande exactitude.

« Je vous ai informé des connaissances que j'ai prises de l'état de nos affaires dans les Indes orientales. M. de la Haye ! est toujours à Sainl-Thoraé ; mais nos vaisseaux sont mouillés dans une rade où il est impossible, à ce qu'un dit, qu'ils demeurent l'hiver.

t Colbbrt. • (Leltres de Colbert. Bibl roy. nui.)

t Vonivet, le 18 «eplcmbre 1075.

« Monsieur,

i Je me suis donné l'honneur de vous informer, paj ma précédente, du préjudice que causait aux affaires du roi en ce pays la relation que M. le prince Hupert fait courir seus le nom de M. de Martel, ce que j'ai fait connaître qu'il était absolument nécessaire, pour le service de Sa Majesté, qu'il m'en envoyât un désaveu par écrit; j'ai conseillé en même temps à M. le comte d'Estrées de demander au roi d'Angleterre des commissaires non suspects pour informer de ce qui s'est passé, tant dans le dernier combat que dans les précédents; et la lettre qu'il a écrite à Sa Majesté de la Grande-Bretagne sur ce sujet a produit un Irès-bon effet, non seulement dans l'esprit de ce prince et de ceux qui sont bien intentionnés pour le maintien de l'alliance avec la France, mais même parmi toutes les personnes un peu indifférentes; et donne un très-grand embarras aux partisans des ennemis de Sa Majesté ; en sorte que si le sieur Sicé, que j'ai renvoyé vers ledit sieur de Martel, son beau-frère, pour lui faire connaître de bouche combien le piège dans lequel M. le prince de Rupert l'a fait tomber lui peut attirer de malheurs, me rapporte (e désaveu que je lui ai demandé, j'espère réparer une bonne partie du mal que les accusations du prince Rupert nous ont fait. Mais je vous avoue, monsieur, qu'il est encore plus grand que je ne vous puis l'exprimer, et que presque tout le royaume est à présent persuade que M. le comte d'Estrées avait ordre de ne point combattre. MM. de Yalbelle, Cabaret, de Tourville et de Langeron, qui sont venus ici de son consentement, ont beaucoup contribué à confirmer le roi d'Auglelerre dans la bonne opinion qu'il a toujours enc dudit sieur comte d'Estrées. Mais la cabale de M. le prince Hupert a fait conserver à ce prince le commandement de la (lotie jusqu'à présent, contre la parole que ledit roi m'avait donnée de ne l'y plus renvoyer ; et comme je ne doute point qu'elle ne réveille encore cette affaire lorsque le parlement sera assemblé, j'ai prié lesdits sieurs capitaines de me faire un mémoire de toutes les fautes qu'ils ont vu commettre audit prince Rupert dans le troisième combat qu'il a donné, afin de m'en pouvoir servir ainsi que je le jugerai à propos pour le service de Sa Majesté. Aussitôt que les vaisseaux auront pris les vivres qui leur sont nécessaires, à quoi on ne perd pas un moment de temps, et que les malades, que l'on dit être au nombre de trois mille, pourront être rembarqués, M. le comte d'Estrées sortira de la Tamise pour s'en retourner dans les ports de France, le roi d'Angleterre m'ayanl témoigné désirer qu'il n'apportât aucun retardement à son départ ; et vous pouvez juger aussi, monsieur, p ir le peu de vivres qui restent auxdits vaisseaux, et la longue navigation qu'ils ont à faire, qu'ii n'y a pas de temps à perdre.

« Colbert. »

(Leltret de Colbert. Bibl. roy. mu.)

Cette lettre de Colbert de Croissy est remarquable en ce qu'elle annonce que le roi d'Angleterre, selon sou système de pondération, a fait un présent à M. de Martel.

« Lonilret, Il-'2û tqiti mtur 1073.

t Le courrier de M. Cnlberl me rendit hier les lettres qu'il vous a plu m écrire, des 15 el 11) de ce mois, et je ne doute point que le vôtre n'ait trouvé M. le vice-amiral à la Toile vers

le Mildelgrond, où il n'écrivit hier qu'il mouillerait cette nuit, pour continuer ensuite sa uavigation ven les ports de France, -auianl que le vent lui permettra.

« Vous aurer été informé, monsieur, par mes précédentes, de tout ce que j\i fait pour justifier la conduite de N. le comte d'Eslrées, et que ce n'a été qu'à l'extrémité, et lorsque j'ai vu qu'on ajouliit beaucoup plus de foi à la relation de M. de Martel qu'à mes raisons et répliques, que j'ai conseillé a M. le viceamiral de demander des commissaires non suspects pour informer de ce qui s'est passé, sachant Lien que le prince Rupert avait plus d intérêt que nous de l'empêcher, et le roi d'Angleterre assez d'esprit pour le refuser, comme il a fait d'une manière très-obligeante pour les Français. Enfin, monsieur, cette instance me servira de preuve convaincante de la bonne conduite de l'escadre de Sa Majesté contre ceux qui la voudront blâmer dans le prochain parlement; et les présents que le roi d'Angleterre a envoyés à M. le comte d'Eslrées, à M. Désardans et au major, marquent assez la satisfaction qu'il en a ; il est vrai qu'il en a aussi donné à M. de Martel, et je l'aurais empêché si je l'avais su , mais ce n'est que parce qu'il est lieutenant général, et que ledit roi a cru avec raison ne devoir pas entrer en connaissance de ce qu'il v a à blâmer dans la conduite particulière dudit sieur de Martel. Enfin, monsieur, je peux vous assurer que j'ai conduit cette affaire d une manière que j'ai sujet d'espérer qu'elle ne fera pas grand tort au service du roi, et qu'elle tournera à la confusion du prince Rupert et de ceux qui lui ont conseillé d'agir comme il a fait : le chancelier même, qui a le plus envenimé celte affaire, commence à s'en repentir, et le roi d'Angleterre a si bien fait connaître combien sa conduite lui avait déplu, qu'il tâche à présent d'étouffer tout le mal qu'elle a fait, et promet d'employer tout son crédit et ses amis pour empêcher qu'on n'attaque l'alliance de France dans le prochain parlement. Le prince Hupert, qui revint hier de la flotte, m'a paru assez mortifié ; il m'a même fait plus de saluts. dans la chambre de la reine, que je ne lui en ai rendu ; et je crois qu'il serait fort aise de se raccommoder si je voulais lui aller rendre la première visite , ce que je n'ai pas cru devoir faire dans lu conjoncture présente, jusqu à ce qu il ait apaisé par ses lettres le juste ressentiment de Sa Majesté, et qu'elle m'ait ordonné de le voir.

• Le sieur de Sicé m'avait promis qu'il m'enverrait un désaveu, signé par M. de Martel, de la relation qui a couru sous son nom, pour m'en servir en cas de besoin, mai» il ne fa pas fait; j'avais aussi prié les capitaines que M. le vice-amiral a envoyés ici de me faire un mémoire véritable de toutes les fautes qu'ils ont vu commettre a M. le prince Rupert dans les deux premiers combats, afin de m'en servir contre lui au cas qne sa cabale veuille blâmer dans le parlement prochain la conduite de l'escadre de France ; mai» il» ne me t'ont pat envoyé, et je crois qu'il est du service du roi de les presser de le faire.

« Je me suis donné l'honneur de vous informer des raisons qui avaient rendu inutiles toutes les instances que j'ai faites pour faire demeurer les Oollcs en mer jusqu'au mois d'octobre ; milord Arlington m'assura hier que le roi son maître avait résolu de tenir une escadre de dix vaisseaux vers Yarmoulh, et une autre de pareil nombre vers les dunes ; il a ajouté que, comme les marchands anglais se sont plaints que Sa Majesté u 'avait pas l'année dernière, à beaucoup près, tout le nombre de vais&eanx que j'avais promis, par son ordre, qu'elle entretiendrait pendant l'hiver pour la sûreté du commerce, il me priait d'eu donner un état véritable, et des endroits qu'ils garderaient, • •niant de m'en remettre en même temps un de ceux que le roi sou maître avait en mer, afin que les sujets, de part et d'autre, puissent prendre des mesures certaines pour leur commerce. Le roi d'Angleterre m'a dit aussi qu'il prendrait dans peu de jours ses résolutions là-dessus ; et quoique vous m'ayez donné déjà, par votre lettre du 17, une connnaissauce générale des intentions de Sa Majesté sur ce point, je vous prie, monsieur, do m'en envoyer un mémoire en détail, que je puisse donner ici, pour en tirer un pareil, quoique, a vous dire le vrai, je crois qu'on me cachera autant qu'on pourra la vérité, par beaucoup de rai-

sons particulières à ce gouvernement-ci, doul il est inutile de vous importuner.

« Curant, i

(UtlrctdeCotbert. Bibl. roy , nu»,) « Loiidrek, le 98 tt'pteralirt 1073.

« On ne m'a point encore rendu les lettres de l'ordinaire, ainsi je ue puis accuser la réception de celles dont vous pourriez m avoir honoré. Vous serez informé de ce que je continue de faire ici pour détruire le mauvais effet que les accusations du prince Rupert et la prétendue relation de M. de Martel ont produit, par l'information que j envoie à M. le marquis de Seigne-

lay, dont je joins ici copie ; je dois seulement y* ajouter que le pauvre M. de Martel est au désespoir d'être tombé dans un aussi fftebeux piège, et m'a fait prier par sou beau-frère de faire tout ce qui me serait possible pour l'en tirer; mais je lui ai dit que le mal était plus facile I faire qu'à réparer, et qu'il n'y avait point d'autre voie que de m'envoyer le désaveu par écrit que je lui ai demandé. Effectivement, c'est un pauvre homme qui n'a pas beaucoup de lumière, et il s'est imaginé que tout ce qu'il dirait contre M. le comte d'Estrées ne pourrait nuire au service de Sa Majesté, l'our ce qui regarde la conduite et du chef et des capitaines de l'escadre de France, dans le dernier combat, je continue à m'èclaircir de la vérité, autant qu'il m'est possible, pour vous en pouvoir bien informer ensuite par une voie sure.

« Le roi d'Angleterre m'a renvoyé, pour le pavement prochain, à son grand trésorier, qui consent qu'il soit fait par lettres de change, de la même manière que le précèdent, et l'on me promet de me tenir compte du tiers qui appartient à S;i Majesté, sur la prise faite sur les Hollandais du vaisseau des Indes orientales, dout l'évaluation se doit faire au premier jour.

t CoLDERT. 1

[Lettre» de Colberl. Bibl. rou., nu».)

Ici M. le marquis de Seignelay répond à sa manière aux reproches que l'Angleterre faisait à la flotte française au sujet du rombat. On est presque honteux de citer d'aussi puériles et mauvaises réponses. On les a seulement soulignées.

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