‹ Jean Bart et Louis XIVChapitre 42 sur 120 · SECO.ID COMBAT · texte numérisé non relu

SECO.ID COMBAT

« Il est rapporté que les Français ont commis plusieurs fautes dans cette journée.

« Celle par laquelle ils ont commencé est d'avoir laissé le gros des ennemis sur les Anglais pour « aller, avec loua lea vaisseaux « du roi, s'arrêter au vice-amiral de Zélande, qui, n'en ayant « que neuf, eût été assez occupé de la aeule division de M. de t Martel.

< Ce vice-amiral leur ayant échappé pendant que les Anglais t faisaient le sud-ouest, ils sont allés courir a l'est pendant cinq « horloges, sans que qui que ce fût leur disputât rien pour les « y Obliger.

« Et, après celte course, les Français ayant reviré toutes voi- « les hors, et étant arrivés entre les cinq a six beurea environ â « la portée du canon des ennemis, au lieu d'arriver sur ceux « qui n'étaient point en ordre et qui semblaient embarrassés de « quelque vaisseau endommagé, ou bien, au lieu de se remettre « dans les eaux de M. le prince Ruperl sana profiter de leurs t avantages en donnant sur lea ennemis ou en eanonnant, ils se ( mirent en panne côté à travers et eans mouvement, donnant « lieu et temps aux ennemis de se retirer au Texel aussi aisè- « ment qu'ils firent. » La conservation du vent pour le lendemain est traitée de vision par plusieurs, qui estiment que l'on ne se pouvait guère commettre en enfonçant les ennemis en désordre, parce que, en tout cas, la journée n'avait plus guère à durer, et par la raison d'ailleurs que les ennemis eussent tombé aux Anglais, qui leurétaienl sous le vent, et bien eu état de les soutenir.

« Le vice-amiral de Zélande, dont j'ai parlé, s'est mis en début â ne pouvoir manquer d'être pris, lui troisième, pour peu que I on s'y fût attaché. Etant écarté de M. de Ruyler, il prit le parti de percer au travers de la division des Français pour aller le joindre; et, pas ,mi â travers des vaisseaux qui étaient alors avec M. de Martel, ce vice-amiral se trouva peudant un long

temps sous le vent de douze vaisseaux français, et au veut de M. de Preully, qui le serrait â ceux du vent, n'en étant éloigné que de la portée du pistolet, sans que M. de Martel ait arrivé pour l'aborder, et que ni MM. du Magnou, Langerou ou Villeneuve-Ferrières, qui s'en sont trouvés tout proche, aient donné dessus comme ils le pouvaient, étant si fort en seconds.

« M. de Martel n'a pas été épargné d'avoir manqué ce viceamiral, et il a été parlé aussi de ce qu'il s'est approché deux fois des ennemis sans y tenir ; il est vrai qu'il n'y fut pas suivi et qu'il s'en plaint, et particulièrement de quelques capitaines, dont on ne nomme que le chevalier de Ueaumonl, qui, d'un dire commun, n'a pas fait ce qu'il pouvait. »

« Chacun sait que si M. le prince Rupert eût autrement ménagé les Français qu'il n'a fait, et que s'il n'avait pas fait dans lea trois journées des démarches aussi extraordinaires qu'ont été les siennes, sur la confiance que l'on y aurait eu, on se serait abandonné à beaucoup plus de choses, et qu'il en serait venu boaucoup plus de satisfaction de la campagne.

f M- le comte d'Estrèes ne manque point de gens qui cenc surent aa conduite ; il lui est imputé d'être si prévenu de sa « espacité qu'il ne prend point de conseil de ceux qui lui en 1 peuvent donner ; d'où il arrive que, comme il n'a pas toutes i les expériences ni toutes les vues, il en tombe dans des fautes « qui font souffrir ceux qui ont â le suivre. U est taxé de jaloui ser tout jusque* aux petites choses, se faisant l'homme de « tout; et, n'y pouvant suffire, une partie des affaires demeurent « ou se font imparfaitement ; a quoi est à ajouter que les officiers « généraux ou particuliers auxquels il diminue ce qu'ils pour-

0 rsienl ou devraient faire en ont des mortifications qui les " éloignent de lui, et qui les tirent d'une partie de la considé- ■' ration dans laquelle il* se tiendraient. »

« Sea manières avec les officiers, toujours tendues sur la hauteur et sur la supériorité, ne sont pas encore de leurs goûts, et on leur attribue les premières causes de son divorce avec les lieutenants généraux.

t Les officiers ou capitaines plus sensés sont persuadés de la nécessité « de mettre une personne forte à servir auprès de M le

1 vice-amiral ; ila parlent d'un lieutenant général ou d'un chef t d'escadre ; mais au moins un homme de la façon de M. Gabai rel l'aîné. »

t Lea capitaines qui ont servi sur la Reine disent que pendant la campagne ila n'ont été appelés ou consulté* sur aucune rencontre importante.

« Il est rapporté qu'il y avait un homme sur le même vaisseau qui, pendant un des combats, allait au gouvernai! faire remettre au loft, quand M. le vice-amiral, ayant dit d'arriver, rentrait dans sa chambre ; même il est encore rapporté dans le public a que c'est sur le conseil de deux volontaires, qu'on ne « nomme pas. qu'il s'est appuyé pour retenir le vent en mettant « en panne le soir de la troisième journée. Il y a quelques « plaintes de ce que ses domestiques entrent trop dans les dis- • eussions aux occurrences d'affaires du roi. t

Pour les capitaine*.

« L'on prétend que le roi a mis un sujet de trouble dans les combats et de discorde entre les capitaines quand Sa Majesté a fait promettre des charges à ceux qui se signaleraient plus , parce qu'ils en preunent sujet de se tirer des lignes pour aller chercher aventure et d'en rompre leurs ordres, et par la raison encore que, comme ils font souvent tous également , les plus ambitieux voulant néanmoins s'élever, cabalent pour décrier leurs concurrents contre la vérité, et donnant prise pour les enquereller, sont cause des désunions que l'on voit entre eux. H se dit que l'on a échauffé la querelle d'entre M. de Valbelle et M. Gabaret, afin qu'en les engageant a se battre ils en fussent obligés de sortir du" service ; et que M Martel s'en allant pour dîner avec M. le vice-amiral, fut passer à bord «le rOrgueilleur, ■ oti il en fut détourné sur de» donnés A entendre qu'il n'y recevrait pas assez de civilités.

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« Les relations de combat* , dans lesquelles on n'a employé jusques ici que quelques personnes affichées , font un des premiers chagrins etentrelènemenl des officiers dont il n'est point fait mention ; et il en est revenu des explicitions aigres qui ont tourné en des froideurs. Ils voudraient généralement, ou qu'elles fussent bannies, ou qu il n'y fût parlé que des morts, des blessés et des actions singulières. Un capitaine dit avoir vu un de ses camarades ne faire pas ce qu'il eût pu selon le caractère de son naturel, afin, disait-il. de ne travailler point a l'histoire d'autrui, et y ajoutant qu'il aurait beau se battre, et qu'il n'en serait pas plus connu.

« L'on convient que le roi a un corps de bons officiers de marine capables d'exécuter de grandes choses quand ils seront menés. De mon information secrète, je n'ai rien pu apprendre d'eux en particulier qui ne rapporte à ceci, et je n'y ai trouvé a reprocher que ce que j'ai ci-devant dit sur les trois combats; ils conviennent pourtant, sans se nommer, qu'il y en a qui s'exposent plus que les aulrçj, et quelques uns qui ne paraissent vers l'ennemi que quand fil y voient un inleivallc de vaisseaux, et que d'autres aussi sont plus chauds que leurs camarades po se trouver où il y a plus d'attaque ; par exemple, à la troisièi journée, le chevalier de Sepville, qui était de prde, moyen d'être de» bonne heure au combat et en ligne; au lieu que le chevalier de Nesmond, qui était aussi de garde avec lui, n'y parut point ou peu à celui qui me l'a dit. Je ne puis distinguer ici ceux qui m'ont été nommés pour être plus capables de soutenir et d'entreprendre de bonnes actions, parce que j'y ai trouvé assez de contradiction pour me faire craindre que l'on m'en ait parlé avec passion, intérêt, ou avec esprit de cabale, en sorte qu'il ne serait pas sûr d'y ajouter foi.

« Tour la netteté sur les vaisseaux, elle y pourrait être plus grande que je ne l'y ai trouvée ; les bestiaux que l'on y nourrit entre les ponts y foi.t une saleté et une mauvaise odeur qu il est difficile d'empêcher; j'y ai vu les ponts mouilles et salis de longue main. Le Tcnwrairc m'a paru plus plein de crottes et us boueux que les autres, et le Vaillant un peu plus négligé; es officiers du Téméraire n* savaient pas, au désarmement, qu'il y eût été embarqué du vinaigre pour en faire brûler entre les ponts, afin d'en purifier l'air; leur négligence a nu procéder de ce que M. de Saint-Aubin ne les a pas saliifails clans ses manières de vivre avec eux, comme il lui en arrive presque autant a toutes Jes campagnes; il lui serait nécessaire d'avoir des officiers de Tordre matelot.

« En général, il est rare de voir les capitaines de qualité prendre d'autres soins pour leurs vaisseaux (pie ceux qui regardent le combat, leur sûreté et leurs tables: ils se prévalent de leurs ressources, et je ne connais de moyen de les amener aux autres soins que ceux de l'exemple du supérieur général ; de la négligence de ces capitaines de qualité procède le relâchement des capitaines, qui ne sont plus obligés à bien servir, parce qu'ils out toujours à montrer qui fait moins qu'eux. »

Pour le» partance» et retour».

« Si, à la dernière séparation des armées, les vaisseaux du roi étaient ramenés directement en France au lieu d'être entrés dans la Tamise, on y ménagerait, outre beaucoup de dépense, un temps pour la commodité du retour, d'autant plus précieux qu'il est ordinairement proche de l'équinoxe, où commencent les grands vents.

* M. le vice-amiral a trop précipité la dernière partance de la Tamise; il n'a point attendu le retour de la plupart des chaloupes qui étaient a terre' pour des vivres, et il avait donné a juger qu'il ne partirait pas le jour qu'il a appareillé.

« Il partit trop tard, et on lui impute de partir ordinairement de celte manière, et que, s'il s'en est venu seul, c'est qu'il a manqué d'aller au rendez-vous qu'il avait donné à Portsmoulh et à Torbay, en cas de relâche.

i Si, après la partance de la Tamise, au lieu de mouiller au nord Forland, il eût fait tenir la mer pendant la nuit, on eût gagne l'Ile de Wight le lendemain, et évité le désordre causé par le mauvais temps qui surprit les vaisseaux a l'ancre dans la mauvaise rade de la Rie.

Au dire de MM.

ite t'reully et de

« La rade de la Rie étant aussi dangereuse et aussi exposée qu'elle est, il convenait de retourner aux dunes, au lieu d'estaller la marée dans cette rade dans un temps comme celui qu'il faisait, et pendant la maliue, où un capitaine dit qu'il était presque impossible que les ancres et les cables tinssent, fussentils d'acier, »

Pour le» vivre».

t D'un commun accord chacun souhaiterait que l'on en embarquât moins que l'on a fait, et particulièrement quand les équipages sont grands : les vaisseaux en iraient mieux, ils en seraient plus sains, elles vivres, s'en conservant davantage, seraient mieux ménagés et feraieot moins de maux. »

Pour let qualité» de» vaitteaux.

« Je dois rapporter que le vaisseau ta Reine est en toute manière un des meilleurs que l'on connaisse, et qu'il n'est pas encore revenu un capitaine pour desarmer, qui n'ait dit des louanges de son vaisseau ; chacun rapportant que, a la lin des campagnes, les vaisseaux du roi vont dans le général aussi bien que les vaisseaux anglais, et que si les Français n'avaient pas plus de vivres à porter qu'eux, cl étaient aussi frais carénés, ils les égaleraient en tout.

t A Br«t, le 23 novembre 1673. »

{Archive» delà Marine h Venaille».)

MÉMOIRE POOR SERVI» A L'INFORMATION SECRETE DE CE QUI S'EST PASSÉ OA5S LARVÉE RAVALE PES.DAKT LA DE RM t RE CAMPAGNE 1675.

« Lors du premier combat, quand M. de Ruyler, après avoir couru son premier bord, revira sur nous , il y eut huit de nos vaisseaux que l'on vil faire vènt arrière devant lui, les capitaines en étant étonnés.

i M. le vice-amiral, au commencement du premier combat, vers le midi, les ennemis étant sous le vent et en peloton, au lieu de revirer le bord pour tomber sur eux , mit sa grande voile, cl, tenant lèvent, s'en alla courir à une lieue de Ruyler, saus avoir aucun ennemi devant lui.

« Les brûlots mal consommés coutre l'ordre, sans appui et sur des commandements mal dirigés; M. le vice -amiral avait même fait tenir un des. siens devant lui et entre son vaisseau et l'ennemi; impossible de faire réussir de cette façon et qu'on n'y périsse.

« Dans le second combat, le vaisseau la Reine, vaisseau du comte d'Etirées, a été vu a couvert de l'ennemi par un vaisseau du pavillon rouge qui , quand il culait pour laisser passer la Heine vers l'ennemi , le même vaisseau la Reine, faisant même manœuvre, se laissait eu- 1er aussi . et avançait aussi , comme l'anglais, quand il faisait porter pour la laisser derrière. Il a été su que l'anglais en a dit de grosses injures du général français a un Français volontaire sur son bord, qui voyait ce manège des deux vaisseaux.

t Au troisième combat : le parti d'avoir couru après les vaisseaux de l'escadre de Zélande na pas été approuvé; il eût été mieux d'y envoyer un détachement pour joindre le gros a M . le prince Rupert.

» Les Anglais y faisant le sud-ouest, nous courûmes à l'est, et pendant cinq horloges, n'ayant qui que ce soit qui nous disputait rien.

« Avoir tenu le vent le soir afin de le conserver pour le lendemain est tout au moins plus prudent que brave.

< M de Yalbclle faisant signe du chapeau et

Le »ieur de Krrguclin , mui laiât de flfltc.

de MU.

M. de Bellû-lle.

Tous le» officier».

Le sieur de K'r-

(ruelin.

M. de Nesmond et Ions

Lui, HfltimdM ti

220 JFAN

crianl pour faire arriver la Heine qui n'en fit

Belle-Ile ctlou» les Twn-

officiers. H M. LE VICE -AMIRAL A DOMÉ A EKTEXDRE ,

APRÈS LE COJIBAT, ET SURTOUT A M. HE Gb*.\- CEÏ, QUE LE ROI SI VOULAIT PAS QOE L ON HA- SAP.DAT SES VAISSEAUX DAJiS LE TtRIL , ET A MÊME FAIT CONNAITRE 0«E LWERTIOB ÉTAIT QDE L OS SE MÉFIÂT DES ALLAIS.

On ne s'étendra pas davantage sur les conséquences politiques de ces deux dénis >:'assistance qui, soulevant le parlement d'indignation contre l'alliance française, contribuèrent si puissamment a la paix séparée de l'Angleterre avec la Hollande.

Ces faits, complètement ignorés, pouvaient tellement prêter a la contradiction, vu les pompeuses mélopéts qui depuis bien longtemps ont cours à propos du grand ttbele, qu'on a préféré de donner ici naïvement toutes ces pièces servant à la l'ois de récit et de preuves à ce qu'on avait avancé déjà.

Cette action navale fut la dernière de l'année 1673; et vers le mois de décembre, Louis XIV, apprenant que Charles II était sur le point de céder aux exigences de son parlement, qui demandait absolument a faire la paix avec la Hollande, offrit à son frère d'Angleterre, par M. deRumigny, cinq millions et demi de subsides s'il voulait rejeter ces propositions et dissoudre le parlement. Mais, les préliminaires étant tiop avancés, la paix eutre l'Angleterre et la république fut signée a WeMminster, le 9 février 1674, et Charles 11 resta neutre à l'égard de la France.

Cette paix, qui semblait devoir rompre l'union qui régnait entre Louis XIV et Charles II, en fit naître, au contraire, uue plus intime, peut-lire parce qu'elle était plus secrète. La duchesse de Portsmouth, au comble de la faveur, entretenait le joyeux monarque dans ces sentiments, si largement rétribués d'ailleurs par Louis XIV. Sachant que ce roi voulant mettre sa marine sur un p!us grand pied encore, Charles II envoya a Rouen plusieurs modèles de vaisseaux et un asset grand nombre de ses meilleurs constructeurs, qui plus est, il se chargea de faire les vivres de l'armée de M de Turenne; et, somme toute, nuisit aux Hollandais le plus qu'il lui fut possible.

Les suites de cette guerre de Hollande, d'abord si facile, ne répondaient pas â ses commencements, le prince d'Orange et le vieux duc de Lorraine montraient une activité désespérante. Au commencement de cette année. Louis XIV fut obligé de mettre trois puissantes armées sur pied. L'opiniâtre et fatale jalousie de Louvois entravait toutes les résolutions de Turenne, et, bien que ce grand général y eût peu d'égard , le service en souffrait.

Puis, les membres de la coalition gagée par la France contre la Hollande diminuaient peu a peu : d'abord l'évéque de Munster fit sa paix avec la république , et l'électeur de Cologne suivit bientôt son exemple.

Malgré celte défection , Louis XIV, constant dans ses projets cootre l'Espagne, envahit de nouveau la Francbe-Comté. Après plusieurs batailles sanglantes , le Palalinat est mis à feu et à sang par l'ordre de Louvois, impitoyablement exécuté d'ailleurs par Turenne. Pendant ce temps, l'Espagne, qui avait une armée en Catalogne , tâcha de faire une diversion en attaquant le Roussillon. Cette tentative offrait de grandes chances de succès, car la noblesse, chargée de taxes, menaçait de se soulever. Le comte de Schomberg fut envoyé, avec une armée de débarquement, sur les cotes de la Catalogne ; le duc de Vivonoe commandait l'escadre qui portail ces troupes destinées a opérer une descente dans ces parages. Cette expédition, contre le Houssillon, aurait eu les suites les plus fâcheuses, si le soulèvement de Messine, habilement exploité, n'eût obligé l'Espagne d'envoyer en Sicile son armée de Catalogne, qui venait de remporter déjà un avantage assez considérable sur M. de Schomberg.

A peu près au même temps, Tromp croisa sur les eûtes de Bretagne et de Normandie, sans tirer autre avantage de celte expédition que d'enlever comme otage le prieur d'un couvent

BART

de I l e de Noirinouliers, et de faire une descente infructur ii ea Belle-Isle. Ruyter, de son côté, tenta une attaque sur In Martinique, qui n'eut aucun résultat important.

Voici d'ailleurs une dépêche de M. le duc de Chaulnes, écrite à M. de Seignelay, à ce sujet :

« De Brest, c« 1" wlobrc I67i.

( Je se doute pas, monsieur, que vous n'ayez été informé directement par Saint-Malo du retour de Ruyter ; je ne laisserai pourtant pas de vous faire savoir ce que j'appris hier sur la prise qu'un des vaisseaux armés de Saint-Malo a faite d'un des vaisseaux de la flotte de Ruyter. Il dit que Ruyter mouilla le 22 mai au Torbay, sur la côte d'Angleterre, avec trente-sept Taisseaux et six brûlots. Le capitaine de la prise dit que Ruyter passa de Torbay aux lies Canaries, et de ces Iles directement a celle de la Martinique . que le lendemain de son arrivée, qui fut le 50 juillet, il entra dans la baie, fit canonner la forteresse, et, â la faveur du feu de plusieurs frégates légères, fit mettre pied a terre a quatre mille hommes ; qu'un des vaisseaux du roi, qui voyait la descente à revers, l'incommoda beaucoup, et qu'un autre vaisseau coulé à fond empêcha l'approche des gros vaisseaux ; u'il y eut un fort rude combat à terre, dans lequel la plupait es oîliciers hollandais furent tués; que quatre cents de leurs soldats demeurèrent sur la place, ainsi que plus de huit cents blessés ou hors de combat; que lîujter, sur le rapport que lui envoya faire le jeune comte de Horn, qui commandait à tcrr.\ tint conseil de guerre, après lequel il ordonna fort mélancoliquement le rembarquement de l'infanterie et le partage des bles sés dans chaque navire. Le brûlot pris parle capitaine qui racoule tout ceci eut en partage de blesses le corps embaumé d'un limtcnanl-colonel, nommé Slellao, mon de ses blessures à bord du jeune fils de Ruyter, qui lui promit, comme il s'allait mourir, de l'envoyer sûrement enterrer à la Haye, ce qui consola grandement ce moribond, officier fort aimé et considéré de M. le prince d'Orange.

« Le duc de Cha.di.hes (gouverneur de Bretagne). »

(Lettre de Colbert, Mu., Bibl. roi/.)

Quant â la flotte de Tromp, on voit, ainsi qu'on l'a dit plus haut, par ces extraits des lettres de MM. de Lavardin et de Saint-Aignao, que, après avoir croisé dans la Manche et èt c venue mouiller à Belle-Isle, elle fil voile de nouveau vers le nord.

A H. DE SEJGNELAT.

. BelJo-Ule, le 6 septembre

i L'escadre hollandaise, de dix-huit a vingt navires, dont neuf étaient gros, s'étani augmentée jusques à vingt-quatre, a mis à la voile ce matin, et fait route vers l'Ile de Créais. Ceux qui sont restés sous cette lie ne sont pas au nombre de plus de neuf ou dix, dont seulement quatre gros. Les gens qu'ils avaient descendus a terre ont seulement brûlé les églises de celte petite Ile et mis a terre leurs malades, qui sont en assez graud nombre a ce qu'on m'assure.

c Le marquis db Lav omis. >

A M. DB SEIGSILAT.

« Brest, te 7 septembre.

« Nous attendions, monsieur, de moment a autre les nouvelles du passage des escadres surOuessant pour retourner dans leurs ports, lorsque nous sûmes qu'elles étaient encore! l'Ile de Groais, et qu'elles n'avaient pas profité du vent de sud-est pour entrer dans la Manche. Elles ont été trois jours mouillées aux lies de Groais et Glenan. Quelque infanterie étant descendue dans la première pour la piller, mais l'ayant trouvée presque déserte, le dépit qu'en eurent les soldats, joint a l'avis qu'on leur donna ipeut-élre pour les en faire sortir plus tôt] que les sources étaient empoisounées, fit qu'ils mirent le feu à plusieurs cabanes. Quatoize navires se sont depuis séparés pour

retourner vers Pelle Isle. ce qui marque que l'amiral Bankert n'a pas encore dessein de s'en retourner.

i Le duc de ùuoinss. »

{Lettre de Cofoert, Mus , Blbl. roy.}

Enfin, une lettre du 9 septembre, datée de Port-Louis, annonce le départ de la flotte hollandaise, qui inquiéta pendant trois mois les eûtes de France, et qui retourna en Hollande sans avoir obtenu aucun succès.

Le soulèvement de Messine ayant amené une des expéditions maritimes les plus importantes de ces temps-la, on doit d'abord donner quelques détails sur les causes singulières qui. dès 1664, préparèrent la rébellion ou plutôt la révolution de 1674, dont la France aurait pu tirer de si grands avantages.

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