LETTRES DE DE VALBELLE, DE MARSEILLE
« La passion que j'ai toujours eue de servir le roi et de mériter par ce moyen l'estime de Votre Grandeur, me donne la liberté de lui représenter que les peines et les difficultés qu'il v a bien souvent de trouver des matelots pour composer les équipages des vaisseaux de Sa Majesté ne procèdent pas seulement de ce qu ils ne sont pas toujours satislaits de leurs capitaines, mais parce qu'au retour de la campagne ils uc peuvent pas retourner chez eux, ni avoir leur congé comme ceux des galères, qui parcelle raison n'en manquent jamais Voilà, monseigueiir, l'unique sujet que ces sortes de gens ont de préférer le service des vaisseaux marchands à ceux de Sa Majesté, et ils aiment mieux souvent s'absenter et s'exposer à la rigueur des ordonnances qu'à celle contrainte. Mais, monseigneur, pour trouver un remède à ce mal, < I faire qu'en tout temps il y ait un nombre de matelots suffisant pour le service du roi et l'entretien du commerce, qui sont les deux choses que Votre Grandeur passionne le plus, et qu'elle l'ait réussir avec tant de bonheur, il semble, monseigneur, si vous le trouvez à propos, qu'il serait expédient île savoir le nombre et le nom de tous les matelots qui sont dans tous les lieux maritimes, et qui naviguent dans ces mers, pour en faire dresser une confrérie et espèce de communauté dans tous les port* de cette province, avec défense à ceux qui n'y seront pas enrôles de pouvoir naviguer ni monter aucun vaisseau ou autre bâtiment, sous des peines très-rigoureuses; ce qu'étant une fois établi, on n'aurait qu'à suivre ci! rôle, qui se trouverait au* registres du greffier de l'amirauté; et, sur ce même état, on ferait tous les ans le choix et le département de ceux qui auraient à servir sur les vaisseaux du roi pnur être libres à la lin de la campagne. Cet ordre, monseigneur, apposerait sans doute une grande facilité et même de rattachement et affection pour le service, outre que. par ce moyen, on pourrait facilement découvrir ceux qui, s'oublianl de leur devoir, prendraient parti avec les étrangers.
« Pardonne/, s'il vous plaii, monseigneur, à mon zèle: Votre Grandeur sait mieux que qui que ce soi! ce qu'il y a à faire en cela pour le service du roi elle bien du commerce; je m'offre seulement d'y travailler suivant les ordres et les coiumande-
ments de Voire Grandeur, dont elle ne saurait honorer personne qui les reçoive avec plus de soumission et d'attachement mie votre, etc. . 1
« Valbelle. »
Quant aux mémoires de Valbelle adressés à Colbert pour être lus au roi. ee ministre y attachait une si grande importance qu en marge de sa relation du 7 octobre 1671, qu on va lire on trouve ces mots de la main de Seignelav :
flelation du chevalier de Valbelle du 7 octobre, à lire au roi à l endroit marqué.
El plus bas, de la main de Colbert, ces autres mou : .4 nui je m étonnait fort que vout etutiez oublié celle relation Voici ce "
BELVTI03I DE TODT CE QDI SEST PASSÉ A MESSIRE. — M. LE CHEVALIER DE VALBELLE, LK 7 OCTOBRE 1674.
« Le 27 du mois passé, les six vaisseaux de guerre et les trois brûlots commandés par le chevalier de Valbelle, une a "a une barque chargée de blé entrèrent dans le phare de Messine du cote du nord et mouillèrent à vingt-deux heures en la rade' nu. est entre 1 église Saint-François et le Paradis. Il est difficile le cro.re la joie que montrèrent les Messinois après qu'ils
YfZT Va'SSeaUX de, Sa ,MaieKté : no,,s n ™»™ PU Kn^V il, ^ geS.pOUJr a,Darrer '? M™<\™ qui venaient â nos hords: ,|s nous étourdissaient à force de crier: Vive le roi de
« Le même jour, à une heure de nuit, le sénat en corps fut au va,SSeau k Pompeux le jurai nui porta la parole, âpre" avoir fait e reçu les compliments ordlna/res au chevalier deVaU bellç. lui dit, de la part de tous les habitants de la ville de Messine S™' sf donnaient au ro. et le reconnaissaient pour leur seû
Œ, T ^ a?' fl 'edlt Chcvalier Iui ^POOdil que le roi voulait seulement être leur protecteur, et qu'assurément il leur enverrait tous les secours dont ils auraientliesoin pour pané à leurs dessems. Alors un des sénateurs dit : Ce/a esAomZ et généreux; mais nous ne le .serions pas si nous ne marquio, Par notre reconnaissance et par toutes nos actions quel re e hranee e patrone e mnore nottro. Après cela, ils sortirent du
JZZi i\ZtZat de on* coups dc ES «S
accompagnèrent. Le sénat, averti, députa deux sénateurs ,7ur .• recevoir au sortir de sa chaloupe : ils étaient S? d'une foule de gens de tout âge et de toute condition ; ils les menèrent entendre la messe aux Minimes, qui sont voisins de la me. e de là. en carrosse, à la Banque, c'est-à-dire à l llùtel-de-Ville Les rues étaient bordées des .deux côtés du peuple, qui était „ armes; les dames, q„, étaient aux fenëlresH et aux portes d"
l^f7.<!nx^S•r^,,SJJCUienI., par «onlhurcs dans
L»ï ,J! ï f0m? deU» hp"rt's a >« rendre audit hôtel, où nous trouvâmes deux sénateurs, suivis des principaux marchands qui reçurent ledit sieur chevalier à h, pgrle de la première salle et deux autres, accompagnés de la noblesse, à celle
OC la Vierge leur protectrice, et un portrait du roi nôtre oui nous donna lien de parler de bien , les choses, et L " diérë ment de la ha.ne que les Messinois avaient autrefois poùr ô e na ion et de celle q,nls 0B, ,B«,Urd'hui pour les fcspagno s Votre tres-humble serviteur finit la conversation en leur dPsant '
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mort,. Une réponse p|„t extrêmement au sénat "et il est difficile de croire ro.n „e„ sont extrêmes les honneurs qu ils ont faits an chevalier de V albelle et à tous les Français '
i Dans la même chambre, il y avait un trône élevé de quatre marches, couvert d un grand tapis, et sept sièges dessus • les sénateurs prièrent le chevalier dc Valbelle d y monter, et de s asseoir à celui du milieu, ce qu'il refusa très-civilement de taire , son reHis n empêcha pourtant pas ces messieurs de le Presser, JUsqu'à |ui dire qu'il importait au service du roi et delà ville que le peuple levit au milieu d eux, cl qu il assurât ceux qui étaient présents de l'honneur que le roi leur faisait de le* protéger; ce qu'il fit eu peu de paroles el en leur protestant hautement que Sa Majesté ne l'aurait pas envoyé ici avec se, vaisseaux et de la poudre, si elle n'avait résolu de les secourir puissamment.
« Le discours fut court et persuasif, parce qu'il était agréable • on y applaudit par des crisâe : Vive le roi deVrance! qui se communiquèrent à toute la ville, et furent suivis d une infinité de coups de canon et de mousquet, qui se firent entendre plus longtemps que je ne souhaitais: car je venais d'apprendre m. en une revue que le marquis de Bavonne faisait faire à Melasso de a milice du pays qu'if a appelée auprès de sa personne, un «aant homme, dont on ne sait pas le nom. le coucha en joue et tua le duc dcSaint-Juan qui était à côté de Son Excellence
« L aventure de ce vice-roi par intérim, arrivée de fraîche date, m obligea de dire aux Messinois qui tiraient : ha.ua stguor,, buogno esparrare confructu, et réservez votre poudré pour les ennemis; mais ce fut inutilement. MM. Daillv et Langeron goguenardaient et ne pensaient pas au défunt "duc car vous savez que malheur d'autrui n'est que songe, et moi j'en lis de même et les laissai tirer tout leur saoul. Cette cérémonie dura bien quatre heures, et les cris d'allégresse, le bruit des cloches et le feu du mousquet ne cessèrent qu'après qu'ils nous eurent ramenés et vus dans nos chaloupes, mais avec une foule de monde que uous ne pouvions regarder sans être Mirnris Je ne pouvais dissimuler ma joie, et il n'était pas juste de la tenir secrète ; elle s augmenta quand je fus au vaisseau le Pompeux, et pour cause. ' 1
« Par là vous voyez combien les Messinois sont envenimés contre les Espagnols, et combien sont bonnes les dispositions dece peuple pour le roi notre maître. Le nom de protecteur et d ami ne leur est pas agréable, el ils ne s'en accommodent paspour moi, je ne me rétracte point, et ne leur parle jamais que de protection. Leur envoyé à Rome, le vice-consul, el ( habitant que nous avons vu à Toulon, ne disaient pas vrai quand ils vous assuraient qu'ils étaient maîtres de tous les châteaux à la réserve du Salvador; car, après leur départ, celui de Matlairrifonc et relui deConsagre ont été pris, l'un par mine et l'autre par escalade.
« Il ne reste donc plus à prendre que celui qu'on appelle le Salvador, qui est à l'entrée du port, et je ne crois pas que les Messinois puissent s'en rendre maîtres ; s ils avaient ides soldats aguerris et des officiers, ce ne serait pas une affaire, mais tout cela manque, et tout ce qui est nécessaire pour un siège ne se trouve point ici; d'ailleurs, ce n'est qu'un peuple sans chef oisil depuis quatre cents ans, qui veut l'attaquer et qui ne sait comment s y prendre; j'en suis au désespoir, car celte affaire est il une très-grande importance, el le roi pourrait en tirer des avantages que vous voyez mieux que moi : mille soldats à débarquer, un ingénieur et des bombes, je serai content ; mais je suis triste, quoique je ne le paraisse pas, et ne puis me consoler reconnaissant que nous manquerons peut-être dc nous prévaloir de cette occas.on, pour avoir douté du succès de ce (les: sein., ou négligé les avis de Rome.
« Nous ne possédons rien en Italie, et avec Messine le roi pourrait s agrandir quand il lui plairait ; au pis aller, on nous y craindrait si on ne nous y voulait pas aimer. Son phare, fameux par tant de naufrages, le serait bien plus à l'avenir par la peine et le ourment qu il donnerait au conseil d Espagne si le roi en était le maître, puisque c'est le passage des blés des deux Calabres, pour les porter dans le royaume de Naples en temps de guerre, nous ferions crier famine à cette grande ville, et les Espagnols ne seraient pas peu embarrassés. Si celte révolte se peut soutenir deux bons mois, et que le roi fasse les choses qu il a résolues, comme il y a lieu de n'en douter pas, le sénat
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et le peuple en feront de surprenantes. Ce que je vois m'engage ii parier de la sorte; car ils out pris quatre châteaux, sans expérience ni secours que de leur industrie el de leur courage, el ils se maintiennent depuis trois mois contre les forces d'Espagne ; il est vrai qu'elles sont petites : mais, pour emporter toutes ces places, il a fallu faire de grands efforts; cependant, ils ne sauraient se maintenir d'eux-mêmes, ni conserver tous les dehors qu'ils occupent, car les Espagnols, a mon avis, font des préparatifs pour les réduire, et j estime que le dessein du marquis de Bayonne est de les affamer, fermant avec ses troupes toutes les avenues de la ville ; mais si le roi leur envoie les secours né • cessaires, el qn'on se hâte de les assister, ledit marquis ne viendra pas à bout de Messine, et toutes les mesures qu'il a prises et qu'il prend seront courtes Je vous le dis sincèrement,
mis ne sauraient demeurer aux autres rades sans courir risque de se perdre a toute heure.
■ On nous consulte incessamment stv l'attaque du Salvador : cette affaire est si délicate, qu'on n'ose s'y embarquer ; les réflexions que je fais sur le bien ou le mal que peut apporter le dessein d'attaquer rette plan' par 1rs formes, partagent mon esprit, et m'empêchent souvent de m'expliqutr avec sincérité; cependant, je vois bien que c'est, en quelque sorte, gain de cause que la prise de celle forteresse, à cause du port ; mais les suites sont pernicieuses, si on n'y réussit pas et qu'une forte supérieure nous tombe sur les bras. Rien ne peut en garantir le sénat et la ville de Messine que Sa Majesté, pourvu qu'elle ail le temps de les secourir : les moyens de sauver ce pauvre peuple sont entre ses mains, et jamais roi ne les eut si longues;
Les envoyés du lénat allant *• devant île M de V»ll>elle. — net 439.
il faut se bâter el ne perdre point a délibérer le temps qu'il faut employer à faire partir des gens de guerre et un homme de téte pour les commander; car le danger est dans le retardement, et pareilles occasions ne se présentent pas deux fois; il faut aussi un peu d'argent; du blé, il y en a largement dans la ville pour deux mois et demi.
« Les,galères de Malte, deux de Gènes, trois du duc de Turcis, ont bien fait du mal aux Mcssinois, par le transport de l'infanterie de Naples et de Calabre en cette Ile ; mais ils le portent si patiemment, que c'est une merveille. Dieu veuille que le temps n'use pas leur patience, et que le marquis de Rayonne ne les
tiressc pas davantage. Toutes les gazettes qui viennent de Measse, où il est, disent qu'il aliéna tous les jours l'armée d'Kspagne et une escadre de vaisseaux hollandais. Si le sénat avait en sa puissance le château de Salvador, je ne pense pas que le vice-roi puisse réduire cette ville si facilement qu'il se ligure, ni nous en faire éloigner que quand il nous plaira, car nous mouillerons entre ledit château et l'église de Jésus, et ne craindrons ni les marées ni les vents d'est-sud-est ; et les vaisseaux enne-
le bien de son service veut qu'il s'en serve pour la défense des faibles, et la gloire de ses armes s'y rencontre. Je souhaite de tout mon cœur qu'il le fasse, sans cela la perte de Messine est inévitable, à moins d'un miracle ; les Messinois s'y sitôt* dent, cl je vous ferais rire si je vous mandais les contes qu'ils nous font.
* La confiance qu'ils onl en la sainte Vierge est admirable, on parle tous les jours de quelques visions ou de quelques révélations. Les religieux et les religieuses sont fort intrigués, et nous en avons vu un, de l'ordre de Saint-François, en armes et cravate; il me prît envie de lui demander de quel détordre il était : ce mot est d'un page dont j'ai oublié le nom, et dont vous
savez assuré ut l'histoire. Sans mentir, il y a un régiment de
fratre* qui gardent la Itanque, et qui sout asseï plaisants avec leurs eseopeltes. L'inquisition les fera rentrer dans leur devoir, si les secours dont je vous ai parlé ci-dessus ne. viennent bientôt ; el si le bonheur n'en dit plus aux Messinois, ou que la nécessité les presse, f estime que, quelques résolutions qu'ils aient faites de mourir ou de s'ôter le joug qu'ils ont de dessus la téte,
ils n'y demeureront pas; ils onl beau me dire : Una talut rietit, nullam iperare ialutan, j'ai peur qu'ils manqueront de courage et que la volonté leur changera, puisqu'elle est changeante jusqu'à la mort.
« Au reste, il n'est pas possible que nous demeurions ici longtemps : la rade est Ires-dangereuse ; ils en conviennent eux.memes, et conviennent aussi que, pour être heureux, il faut voir et fréquenter les dames. Leurs femmes voudraient que cela fût établi comme la mode des habits a.la française, car tout ce qu'il y a de gens bien faits sont en justaucorps et en rciugraves; uous faisons tout ce que nous pouvons pour les mener loin.
« Nous sommes au premier du mois d'octobre, et je viens d'apprendre d'un soldat transfuge du Salvador que le gouver-
M. de Cogolin était demeuré par ordre aux vaisseaux, qui ne sont au plus qu'à deux portées de canon de la ville.
* Le bruit du canon n'empêcha pas une barque, qui venait de Naples, de donner dans le phare du côté dn nord, et il paraissait trois vaisseaux du c6té du sud ; cela fut cause que le sieur chevalier de Valbelle, qui était alors au château de Mallarifone, sortit pour aller aux vaisseaux, et prit en passant 1M. de Lafayette et de Langeron, auxquels il commauda défaire appareiller leurs navires et le Soleit d Afrique pour reconnaître les vaisseaux qui paraissent ; mais le calme fut si grand, qu'ils ne purent lever, et lesdils vaisseaux n'entrèrent pas dans le phare. Pour la barque, elle fut enlevée par les chaloupés armée»: elle était chargée de poudre, de mèches, de balles, de mousquets, de pelles, de haches, et autres munitions de guerre.
Alloue du S»Wa<tor.
neur eM fort blessé d'un éclat à la tête, et que les affûts ou caisses de leurs canons sont en très-mauvais étal ; il m'assure aussi qu'il y a bien des malades, et qu ils souffrent pour l'eau. Ces avis m'ont obligé de presser vivement le sénat pour battre la place demain, et ouvrir la tranchée le soir, afin d'essayer de prendre un puits qui est à une portée de mousquet du château: ils ont bien voulu me croire, et nous n'ayons rien oublié pour les exciter et les encourager; car, le deuxième de ce mois, à six heures du matin, le chevalier de Valbelle fut au bastion de Porte-Rcale, et y laissa MM. Langeron et de Lafayette avec de très-bons canonniers ; de là, il fut au fort de la Landria, ott il mit M. le chevalier Oailly avec le chevalier de Boisfort, et de bonscanonniers aussi ; de Landria à Matlagrifone, où M. Isnartl, volontaire sur le Pompeux , demeura, avec le chevalier de Torvesetdescanonniers encore ; et de là au fort de Saint-Georges, où M. le chevalier de Léry demeura, avec M. de Saim-André et M. de Goutte, volontaire? En vérité, ces messieurs.firent faire un si grand feu sur ledit Salvador, que le soir tous les parapets et défenses étaient rasés, même beaucoup de canons démontés.
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Le chevalier du Valbelle en lit préseul à la ville de la part du roi notre maitre, et vous ne sauriez croire le bon effet que cela a produit dans l'esprit du peuple. Le soir la tranchée fut ouverte : le chevalierde Valbelle et MM. les capitaines y furent tous les uns après les autres ; il y monta seulement cent soldats choisis des vaisseaux : MM. de Saint-André, le chevalier de Boisfort, de Vitré, étaient à leur tête, et ils y ont très-bien fait leur devoir.
« Le 3, au matin, on découvrit neuf galères à l'embouchure du phare, du côté du nord; MM. de Cogolin, de Léry et de Lafayette furent commandés pour les aller reconnaître ; sept étaient de Malte, et on ne put les joindre à cause du calme ; elles furent mouillées à Reggio; les autres, qui étaient de Naples, n'osèrent passer. Toute la journée se passa encore à tirer sur le Salvador, et le feu ne cessa qu'à vingt-une heures, que le sénat, par je ne sais quelle raison appuyée sur le christianisme, envoya l'aumônier, dont je vous ai parlé dans une lettre que je me suis douné l'honneur de vous écrire, pour annoncer au Castillan et autres officiers de se rendre, et de n'attendre pas X être forcés.
JfciAN BART
« Le 4, au malin, que je fus voir lé travail, j'appris qu'il y avait trêve ; j'en fus scandalise, el leur dis que nous perdions l'occasion et l'avantage de prendre la place, que nous savions en désordre, et que \p gouverneur en pourrait tirer de l'utilité; je suppliai le sénat de ne faire ni écouter des propositions. En ce temps, MM. de Vousy, de Goutte t t le chevalier de Torves partaient pour relever ceux qui étaient à la tranchée , et nous lûmes contraints de mettre à la voile : pour peu que nous eussions tardé, les vaisseaux étaient à la côte. J'attribue ce bonheur à la bonne fortune de Sa Majesté et à noire diligence, qui fut au delà de toute croyance ; jamais le chevalier de Valhelle ne fera une si bonne manœuvre, ni plus à propos, el bien nous en prit. Je suis trop dans ses intérêts pour vous faire valoir davantage ce qu'il fît en cette renconlrc ; vous l'apprendrez, s'il vous jdall, d ailleurs.
• Tous les capitaines, à son exemple, larguèrent les amarres de terre, le Pompée, le Téméraire et le Sage laissèrent chacun une ancre ; dés que le temps permettra de rentrer dans le phare, nous irons tout pécher et loui prendre. Nous fûmes mouiller à trois lieues du phare, a l'abri des terres, du coté du nord, et avons fait échouer une barque ù terre et pris une chargée divin ; nous ne savons pas encore si elle sera de bonne prise.
« La tartane, venue de Provence avec nous, est partie le cinquième jour pour aller à Toulon. Dieu la préserve. Sa navigation, en se séparant de nous, n'a point été judicieuse, et même contraire à ce que je dis au patron en lui donnant les lettres. J'espère néanmoins que la brume, la pluie, la violence du vent favorable, l'auront éloignée des Iles de Lipari, Yulcain, Panerie el Strombe, qui sont les lieux dangereux ; et, cela étant, vous aurez déjà revu une partie des choses que je vous écris en duplicata.
« Le 6, le vent étant beau, nous entrâmes dans le phare, el j'envoyai d'abord aux nouvelles. Avant que l'homme qui les allait quérir fût de retour, le sénat, en corps, vint vis-à-vis de nos vaisseaux, et le chevalier de Valhelle fut les trouver à terre. Ces messieurs lui dirent : Nuus venons de vous envoyer les articles d'une capitulation dressée par le gouverneur du Salvador, et attendions votre sentiment. Ledit chevalier leur répondit : Ne vous souvenez-vous point des principaux? et un des jurais les lui ayant dits, il ne put s empêcher de leur témoigner qu'ils se perdraient, et qu'il voyait bien, aux demandes que les Espagnols faisaient, qu'ils ne songeaient qu'à gagner du temps; en un mot. il les persuada si bien, que. sans perte d'un moment, ou dressa des articles, el on les envoya au gouverneur du Salvador, avec déclaration que, si à vingt-deux heures il ne répondait déeisivemenl, la trêve était rompue. Malheureusement pour nous, deux heures après minuit, le vent revint au sud-esl, ei du Pimpeux on fit le signal pour appareiller et retourner au mouillage d'où nous étions partis.
■ Le sénat y a envoyé deux courriers par terre pour donner avis de tout ce' qui se passe, el le chevalier de Valhelle, de sa part, deux aussi, avec des mémoires cl instruclions pour hâter la sortie des Espagnols Des expédients, je crois assurer de n'en avoir point manqué, el que je me suis surpassé pour faire parler avantageusement des forces navales de Sa Majesté. On ne dira pas toujours que sa marine est inutile : l'escadre est petite, mais elle est bonne, et composée de personnes qui feront nonneur au choix que le roi a fait d'elles; car il y a apparence que nous ne quitterons pas les mers de Sicile sans avoir vu don Melchiurde la Cueva, ou M. Tromp, el peut-être tous deux, ce que nous ne vomirions pas. Dieu surtout ; j'ai beaucoup de confiance en lui, et en l'ascendant et bonne fortune de Sa Majesté, que Dieu nous conserve, que je ne crains rien.
« Je vous tenais celle relation prêle, et attendais de la finir dès que je serais de ictour à Messine, ou que M. de Vousy et le chevalier de Torves m'auraient apporte la nouvelle de la" sortie des Espagnols, qui doit être demain, 8 de ce mois, jour de sainte Pélagie pénitente; mais une barque malloise uni va à l.ivourne. ayant passe contre le bord, j'ai consigné la présente dépêche pour h donner en main propre du consul île la nation, •fia que, si !n tartane avait été malheureuse, vous puissiez informer Sa .Maji -le de l'elal où sont les affaires en ce pajg,
« Enliu, monseigneur, du blé, mille hommes el un peu de bombes el de grenades, j'oserais vous assurer que le roi notre maître fera repentir les Espagnols d'avoir rompu la paix avec lui.
« Lo 7 uclobre H174. »
[Archives de la murine h Verwillet.)