PROVISIONS DE VICE-ROI DE SICILE, POUR M. DE VIÏO.VRR
Louis, pir la grâce de Dieu roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Les peuples et habitants de la ville de Messine, capitale de l'Ile de Sicile, ayant été contraints, par les marnais traitements et oppressions injustes que les Espagnols exerçaient journellement contre eux, de se soustraire de leur obéissance, et se mettre en même temps sous notre protection, nous croirions manquera notre devoir et à notre gloire de ne pas profiler d'un événement qui nous promet de si grands avantages, et si nous n employions tout ce
qui est en notre pouvoir pour secourir et assister des peuples qui se sont ainsi volontairement jetés dans nos bras ; et. comme pour leur faire sentir des effets de notre puissante protection, nous avons déjà fait passer audit pays plusieurs troupes, et fait jeter quantité de vivres dans ladite ville que les Espagnols tiennent bloquée, et que nous faisons encore préparer de grands >erours d'hommes et de munitions pour délivrer entièrement lesdils peuples de l'oppression où ils se trouvent ; nous avons en même temps estime nécessaire a notre service, et au bien des peuples de ladite ville et des autres lieux dudit pays qui souhaitent comme eux jouir du même repos, d'y envoyer une personne pour, en qualité de vice-ioi et notre lieutenantgéueral représentant notre personne, s'employer à tout ce qui regarde la conservation, défense et sûreté des peuples de ladite ville de Messine et du pays, et y maintenir toutes choses dans le bon ordre et la discipline requis; et, considérant que noua ne saurions nous reposer, pour un emploi de celte importance, snr un plus digne sujet que sur la personne de notre très-cher et bien ame cousin duc de Vivonne, général de nos galères, lant pour les bons et utiles services qu'il nous a rendus, et 1 cet état en ladite charge, et en plusieurs autres emplois que nous lui avons confiés, ou il a donné des preuves de sa valeur, courage, expérience en la guerre, vigilance et sage conduite, que pour la connaissance particulière que nous avons de sa grande capacité, prudence .et expérience dans les affaires, et pour le bon gouvernement des peuples , nous confiant aussi en sa fidélité et affection singulière à notre service, nous avons résolu de I houorer de cet emploi, Savoir faisons que pour ces causes et autres, a ne nous mouvants de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, nous avons noire cousin le duc de I Vivonne fait, constitué, ordonné et établi ; faisons, constituons, ordonnons et établissons par rcs présentes, signées de notre main, vice-roi et notre lieutenant général, représentant notre personne en ladite ville de Messine, et dans les autres lieux de ladite Ile de Sicile qui auront secoué le joug de l'obéissance d'Espagne; et ladite charge lui avons donnée et octroyée, donnons et octroyons pour, pendant le temps de trois années, en jouir et user, et icelle exercer aux honneurs, auloriléa, prèro-
Stives, prééminences, franchises, privilèges, libertés, gages, its, droits, fruits, profits, revenus cl émoluments qui y appartiennent, avec plein pouvoir de commander aux peuples de ladite ville de Messine et autres lieux; iceux faire vivre en bonne uuion, et accorder les uns avec les autres; pacifier et faire cesser tous débats, querelles et différends qui pourraient survenir entre eux ; faire punir et châtier, par les juges desdites villes et lieux, ceux qui se trouveront coupables et auteurs desdites querelles, comme aussi ceux qui contreviendront aux lois y établies ; s'employer a ce que lesdits juges rendent la justice en toute équité à un chacun, selon leadilet lois et coutumes ; empêcher toutes pratiques, menées, intelligences contraires au repos desdits peuples et à noire service ; commander a tous gens de guerre, tant de pied que de cheval, étant audit pays et dans les châteaux, places et autres lieux d'icelui; leur ordonner ce qu'ils auront à faire pour noire service ; ordonner aussi de la garde desdites places, et de ce qui concernera la sûreté d'icelles quand besoin sera : contenir et l'aire vivre lesdils gens de guerre dans l'ordre et discipline militaires; empêcher que les habitants de ladite ville et lieux n'en reçoivent aucun dommage, fouille, ni oppression ; faire punir et châtier lesdits gens de guerre qui tomberont en quelque crime selon la rigueur des ordonnances et règlements militaires; lever des troupes dans ledit pays s'il est nécessaire ; assembler les milices, en former des corps, et les employer et faire agir selon le besoin, et pour la défense de ladite vilie et du pays; el généralement faire ce que dessus, circonstances et dépendances, loin ce qu'il estimera nécessaire et a propos pour le repos et soulagement des peuples de ladite ville et autres lieux, et qui dépend de ladite charge de vice-roi cl île notre lieutenant général, encore bien que le cas requit mandement plus spécial qu'il n'est porté par cesdites pr< sentes. Si donnons eu mandement aux ecclésiastiques, gentilshommes, magistrats, et autres ofliciers de ladite ville de Messine el autres lieux susdits, que notredit cousin le dur de
JEAN B.VRT
Vivonne ils aient a reconnaître et faire reconnaître de tons ceux et ainsi qu'il appartiendra, sans difficulté en ladite qualité de rice-roi et notre lieutenant général. Mandons et ordonnons au\ chefs, officiers, cavaliers et soldais de nos troupes, étant et qui seront és dites villes et pays, d'obéir à notredit cousin, et do faire tout t-e qu'il leur commandera et ordonnera pour notre service et le repos desdits peuples de ladite ville de Messine et autres lieux, sans y apporter aucun délai ni difficulté, a peine de désobéissance, le tout pendant ledit temps de trois années, car tel est notre plaisir : en témoin de quoi nous avons fait mettre notre scel â cesdiles présentes.
Donné à Saint-Germain-en-Lsye. le premier jour de l'an de giace 1675, et de notre régne le 52'. »
{Archives rie la Marine à Vertuilles.)
Les trois mille cinq cents hommes que M. de Vivonne avait amenés furent destines a tenir garnison dans les forts. On occupa les hauteurs d'Egypso et de Saint-Placide, qui dominaient la ville, et que les Espagnols avaient abandonnées. H. de Ynll.ivoire avait fait commencer un ouvrage a la Porte-fleale, de Tau- Ire côté du fort Salvador, afin de pouvoir battre l'entrée du port de ces deux côtés. Vivonne fit terminer ce fort, et y mettre en batterie douze pièces de canon à fleur d'eau.
Ces premières dispositions terminées, Vivonne écrivit au roi et à M. de Seignelay une relation de son combat, dans laquelle il représentait, avec raison, que le nombre de troupes de terre "'était pas assez considérable pour occuper convenablement tous les fort». Colbert lai répondit par le mémoire suivant qui lui annonçait an nouveau secours d'hommes et de vaisseaux; mais,
Ytamnc liswt à Vill elle lu proclamation »dw»*e nui habitant» «le MtsBtoe Wi 2.">.
Le lendemain de son arrivée, le duc du Vivonne fil ouvrir les boutiques des boulangers, et distribuer seize onces de pain par personne, ce qui combla ces malheureux de joie Par l'avis d un conseil composé de Valbelle, de Vallavoire et de quelques jurais, il maintint à Messine la juridiction ecclésiastique, de la même façon qu'elle était établie à Home. 11 créa des juges pour les affaires criminelles, et ne changea rien d'abord aux attributions du sénat.
Les consuls voulurent ménager à Vivonne une entrée magnifique; mais, objectant la misère et l'étal fâcheux de la ville, il refusa, et n'accepta qu'une procession générale pour remercier Pieu et la Vierge, protectrice des Mcssinois. de les avoir .soutenus jusque-b, et de les avoir soustraits à la domination espagnole. Le duc de Vivonne assista donc fort sérieusement à cette procession, à la tète de ses officiers et de l étal- major des troupe* de lerre et de mer. Les sénateurs y parurent magnifiquement vêtus, el portant des flambeaux de cire blanche ; puis douze religieux de Saiul-Denolt proineuèrcul dans la ville la chftsse de la Vierge. Tout se passa enfin dans le plus bel ordre du monde.
§râce i l'incessaute jalousie de Louvoîs, le secours fut de peu e chose el les troupes détestables et de rebut.
MÉMOIRE DU II 0 1 AU SIKUl DUC DE VIVOSSE , EH REPOSfB DE SA LETTRE PO 20 FÉVRIER 1675.
« Sa Majesté a appris avec une grande joie la nouvelle de la victoire remportée sur les Espagnols devant Messine, et de toutes les circonstances glorieuses qui ont accompagné celte action; et, quoiqu'elle fût bien persuadée que les ennemis ne pouvaient pas résister a ses vaisseaux commandés par ledit sieur duc de Vivonne, s'ils pouvaient être rencontrés à la mer, elle n'espérait pas qu'un avantage aussi complet put être remporté par un nombre de vaisseaux aussi inégal, et elle voit avec plaisir que ledit sieur duc a relevé par une action aussi éclatante la gloire de ses forces navales; et qu'elle a lieu d'être persuadée que, si pareilles occasions se présentent dans le reste de la campagne, les ennemis auront de funestes expériences de 6a valeur et de sa capacité à la mer; et qu'elle aura de nouveaux sujets de sa-
lisfaclion d'avoir remis m d'aussi bonnes mains le commandemuni de ses forces navales.
r Sa Majesté a In la lettre que ledit sieur due de Vivonne lai a écrite sur la nécessité qu'il y a d envoyer un secours considérable à Messine, et elle a pris la résolution de fortifier considérablement celui qu'elle voulait y rnvover. Premièrement, elle a donné ordre pour faire a< heler a ses dépens la quantité de six mille charges de ble pour l'envoi * Messine, et elle fait tenir deux frégate* prêtas à Toulon pour l'escorte des bâtiments snr lesquels ce blé sera embarqué, l'intention deSa Majesté étant de 1rs faire partir incessamment, alin que par ce secours ladite ville soit en étal d'attendre celui des troupes que Sa Majesté a résolu d'y envoyer incessamment.
< Elle a donné sas ordres pour faire trouver a Toulon, dans
qui iront joindre ledit sieur duc de Vivonne â Messine, sous la commandement do sieur d'ÀInteras, lieutenant général de ses armées navales; et Sa Majesté veut qu'il porte le pavillon de contre -amiral lorsqu'il aura rejoint le reste de la flotte.
« Il trouvera, ci-joint, la liste des officiers que Sa Majesté a choisis pour commander lesdits vaisseaux. Elle a pareillement envoyé ses ordres pour faire partir de Marseille tes galères, au premier avril prochain, qui porteront une partie de l'infanterie que Sa Majesté fait passer A Messine.
« File a choisi le sieur Colberl de Terron pour voj er a Messine en qualité d'intendant, et pour avoir soin de tout ce qui regarde les troupes de terre et les vaisseaux, il doit être informe que plusieurs particuliers de Messine ontolTcrt, lorsqu'ils étaient en France, t de donner des Turcs, dont il y a nn grand motn-
Kntrée île Vironn* d*n* Menine. — txet 250
la fin du présent mois de mars, trois mille quatre cents hommes d infanterie des meilleurs régiments, trois cent cinquante chevaux elquatre'cents dragons, qui trouveront des vaisseaux prêts à les embarquer; et ledit sieur due de Vivonne doit être assuré que cet embarquement se fera avec toute la diligence possible, et que les troupes arriveront beaucoup avant celles des Espagnols, qui ne sont pas en étal de les mettre si promptemenl sur pied S les faire passer en Sicile.
« Sa Majesté donne pareillement ses ordres pour la subsistance desdites troupes lorsqu'elles seront arrivées à Messine, et pour l'envoi d'un munitionnaire qui aura soin de la distribution des vivres.
« A l'égard des vaisseaux qui sont a présent sous son commandement. Sa Majesté a donné ses ordres pour en faire préparer pour quatre mois, qui seront embarques sur les flûtes que ledit sieur duc de Vivonne doit renvoyer de Messine, sous l'escorte de deux ou trois vaisseaux de guerre, ainsi qu'il l'écrit par sa letlre.
■ Sa Majesté fait armer trois nouveaux vaisseaux à Toulon,
117 Hnh> — 1«p*i»ir» Miartlir, nu d'Etfartb, |.
4 bre à Messine, pour fortifier la chionrme des galères de Sa v Majesté; et comme elle envoie à prêtent sis mille charges de » Me a ses dépens et qu'elle a dessein d'en envoyer encore cinq « ou si* mille charges dans tto mots, eo cas qu'il soit oéces- « saire. Sa Majesté veut que ledit siobr de Vivonne propose aux » sénateurs du pays ce blé, en donnant en échange un bon nomc bre do Turcs, s ce qui déchargerait toujours fa ville d'autant de gens qu'elle est obligée do nourrir, et qni donnerait lieu a Sa Majesté aarmer encore de nouvelles galères, et de fortifier do cette sorte le secours qu'elle envoie i ladite ville.
< Sa Majesté veql qu'avant de leur faire délivrerce blé, il convienne avec lesdits sénateurs du nombre de Turcs qui sera donné en échange, et qu'il Urbe d'en tirer le plus qu'il sera pos>,il>le, a quoi il aura d'autant plus de facilité, que cet échange tournera 1 1 avantage de leur ville, puisqu'elle aura moyen par là de leur envoyer des secours plus considérables en augmentant le nombre de ses galères.
e Sa Majesté approuve tout ce qu'il a fait à Messine depuis son arrivée; elle s attend qne les troupes qu'elle envoie pour
2jS JEAN
servir sous son commandement s'ouvriront bientôt le passage de la campagne, donneront moyen ù la ville <le subsister des vivres qu'elle tirera de l'Ile, et porteront les antres villes a secouer le joug de la domination dTispagne, et de prendre le même parti que Messine a pris.
t Kilo lui recommande de ne pas perdre une occasion de lui « rendre compte de ce qui se sera passé, et d'envoyer des hali- « menis exprès pour porter ses lettres en cas qu'il arrivât quel- « que événement considérable.
i l'ail j Saint-Gcmuin-en-Liiyr, le lli mur* I(i7.j.
« Si;i»é : LOUIS.
« CoLIIF.ÎlT »
(Hibl. roy, mit.]
Bientôt Louis XIV envoya ce nouveau renfort, commande par M. d Aimeras.
Peu de temps après son arrivée à Messine, M. de Vivonne eut quelques démêle» avec le chevalier de V.dbellc au sujet du nomme d'Anliègr, serrètaire de Vivonne, dont on a parlé" 4*'}*, et dont on reparlera pins lard ; car cet homme, étant pour ainsi dire premier ministre de la vice-royauté de Vivonne, et rliargè par lui de tout le détail de l'administration, contribua beaucoup à aliéner l'esprit des ofhïiers supérieurs, qui voyaient rarement Vivonne. presque toujours plongé dans une incurable indolence ou occupe de ses plaisirs
IlMs la lettre ci-dessous, lo chevalier do Valbelle se plaint de n'être plus dans les bonnes gr.àees de M. de Vivonne, et donne de curieux détails sur les concussions qui commencèrent de flétrir cette malheureuse administration.
I.ElTrlE DU CHEVALIER DE VALliÉl.LE A M . LE MA.RUMS t DB <***"•"•
< De MtMine, le 30 mai s 1675
<r Monseigneur,
? Je ne saurais vous faire d'amples relations de tout ce qui se passe a Messine; ce sont des affaires dont M. le duc de vivonne ne fait point de part a la marine, ci qu'on ne communique qu'aux favoris : je ne suis plus de ce nombre, cl on m'a dit que je ne suis guère bien dans son esprit. Si je ne l'honorais que fort peu, je me consolerais fort aisément de cette disgrâce ; mais, a la vérité, il m'est flcheux d'apprendre queje ne sois pas au gré d'un homme qui commande Varmèe, et à qui, sans vanité, i'ai fait acquérir de la gloire, puisque, après avoir surmonté avec bonheur et diligence la marée qui s opposait à ma sortie du phare, et soutenu fièrement et avec courage le feu de vingt vaisseaux ennemis, je les ai fail fuir avec quatre seulement ; et, méprisant toutes les forces d'Espagne, j'ai assure le gain de la bataille et rendu victorieux M. le général, qui était sous le vent avec toute sa flotte et les bâtiments de charge.
« Croyez, s'il vous plaît, monseigneur, qu'il m'embrassa et me loua hautement lorsque je fus au Sceptre pour me réjouir avec lui de l'heureux succès de sou voyage. Le lendemain du combat il soupa et coucha au Pompeux, et me promit de faire savoir au roi l'action que j'avais faite. Je désire passionnément
Su il ne m'ait point manqué de parole, et qu'il vous ait donué eu de faire valoir mes petits services. Je ne vis que de l'espérance d'en rendre qui engagent monseigneur votre père, et vous aussi, à m honorer toujours de votre protection, et a ne vous repentir jamais d'avoir demandé au roi la charge de chef d'escadre pour moi.
« Après cela, monseigueur, permettez-moi Me vous dire que je prétends de m'élever à celle de lieutenant général, par votre moyen et non pas par ceux que la fortune m'a présentés en l'expédition de Messine : il est certain qu'elle a beaucoup lait pour moi en l'attaque du Salvador, à mon entrée dans le phare, en présence d'une épouvantable foivt de vaisseaux ennemis, cl qu'elle m'a favorisé en me faisant sortir du poil de Messine, atiu que j'eusse quelque part a la gloire de M le duc de Vivonne.