HAUT
« Mais il est vrai aussi qu'il n'y a que vous, monseigneur, qui puissiez couronner toutes ces actions : elles ont éle hardies et heureuses ; faites donc, s'il vous plaît, qu'elles soient utiles et honorables, el re sera la perfection de voire ouvrage, car je suis votre créature, et il est question de m avancer. Je crois que votre honneur vous y engage, et que je ne crois pas vous presser là-dessus, ni solliciter voire mémoire, mais laisser agir ^tre bonté el voire générosité; cependant, comme cette lettre n'est que pour vous, monseigneur, je ne puis m'empêrher de vous eerirr nue j'ai peur que le biscuit ne nous manque, car M. de Courville le fait vendre publiquement ;\ dix et A quinze livres le quintal de Provence ; il débite toutes les autres victuailles à un prix si haut, que tout le peuple crie déjà. Le désordre sur cela est fort grand : on a vendu jusqu'aux moutons apportes de Provence pour secourir les matelots malades, sous prétexte que, pour l'argent qu'on tirait d'un, on en achèterait quatre à Tunis, ou M. de Preully est allé; l'intérêt a eu plus de force que la charité el la compassion. Les prolils sont si extraordinaires, qu'ils font rêver et parler tout le monde.
<r L'impudence de Courville nous étonne ; il a toujours eu une chaise après lui, et sa table est assurément fort bonne II a tant fail, qu'on n'a noinl mis les malades a l'hôpital de la ville, et qu'on les tient dans un logis qui coulera au roi cinq rents écus, et peut-être davantage, pour l'ajuster et l'accommoder.
« Le pain se distribue dans la ville par police, et on donne dix onces de pain par tête ; mais on en verni en trois endroits à la l'ois, et on perd ainsi ce dont nous pourrions avoir besoin. J'en ai parlé à M. le duc de Vivonne avee respect et discrétion ; il a reçu l avis très-gracieusement (en chiffres) , mai» il n'y «• pat apporté de remi-dc.
i La depulalion des jurais a échoué, on n'en parle plus (en chiffres), M. île Vallavoire la déiiirail; .1/. de Khoiiiic l a empêchée. Présentement tout est bien.
« M. le duc. de Vivonne a nommé aux charges déjuge par intérim, et commande partout, quoiqu'il n'y ait point pris la qualité de vice-roi. Les Messinois eu demandent souvent la raison, et on leur dit qu'il attend que les galères soient ici pour prendre possession.
« L'élection des jurais se doit faire le 24 du mois prochain, et nous souhaitons que le snrl tombe sur des personnes qui ne soient point suspectes. J'ai dit aussi mes pensées sur ce sujet a M. le général, et heureusement pour moi il les trouve bonnes; mais je doute que l'événement les suive.
(Celte phrase n'est pas déchiffrée dans l'original ) 208 5528 674537 107 91 20 54 37 26 55 ôi 57 54 40 10 2t5 34 . ce que l'on ne voudra peut-être pas faire, 2."ïtf 01 28 22 51 50 21 214 58 88 68.
n Les ennemis ne pressent point la ville, nous sommes dans un repos d'assoupissement; ni paix, ni guerre, ni trêve; les officiers qui commandent aux postes qui sont les plus proches laissent pester toutes sortes de victuailles; celui qui est à un lieu appelé le Ibisso. du côté de Melaîzo, fait payer six tarins, qui sont irente-deux sous de nom monnaie, de chaque charge qui vient à Messine ; et celui qui est à l'Esealetto preud douze tarins; l'avarice ou la nécessité l'emportent sur le bien du service depuis»l'arrivée de M. le général. Le marquis de Ferrandine a retranché le tarin qu'il faisait donner aux paysans aririVs, et ne leur fait donner que le pain ; les Espagnols sont misérables, et leurs troupes périssent par maladies.
« L'air est si mauvais a Melazzo que le vice-roi en est sorti pour aller à Castro, qui est voisin de celle ville. L'Escalello est quasi abandonné pour le même sujet.»
a II y a grand monde à Iteggio, elon nous menace d'un dessein et d'une entreprise. Cet avis et le bon sens veulent que nous soyons vigilants et alei les. Le temps fait pour les Espagnols. Je supprime bien des choses que vous voyez beaucoup mieux que moi.
« Quatre vaisseaux anglais qui ont passé dans ce canal nous ont dit, c'est-à-dire les capitaines, que les galères étaient prêles, et qu'on faisait a Toulon de grands préparatifs. Cette nouvelle a réjoui extrêmement les Messinois et les a réchauffes.
- M. de Uiàteaum-uf, qui croisait sur le rap Sparliiuetilc, avec
ET LOtlS XIV.
M. de Forbin, amenèrent, il y a quelques jours, un petit vniyscau qui allait a Livourne. et dans lequel il y avait quelque peu de marchandises pour Naples; mais, n'étant pas de valeur, H. le due lui a laissé faire son voyage, et on l'a bien traité à rause de la bonne intelligence qu'il y a entre le roi et celte république, qui pourtant ne veut pas de notre voisinage.
« Il est arrivé une polarre de Tunis chargée d'orge , et une barqne du Mitlon chargée de blé.
• Le 29, M. de Chàiraiineuf est revenu dans le port avec un vaisseau vénitien chargé de blé. Il a son contrat de nolissement pour Livourne, mais on assure qu'il allait à Naples. Quoi qu'il en soit, on s'en servira, et on essayera de le Taire payer, en tas nue ledit blé n'appartienue point aux ennemis, et, s il est aux Espagnols, on payera le* nolis ou fret au capitaine, afin que les Vénitiens ne fatiguent pas le roi par leurs plaintes.
« Il a aussi amené une polacre de Malte, qui venait de Petrache, el qui est chargée de blé, de cire et de coi douans.
f Le 50 au matin est arrivée dans ce port une barque de Marseille qui vient de Candie, et qui est chargée de ble. Je vous écris, monseigneur, cet nouvelles avec une gaieté indicible; car je vois que nous avons de quoi faire subsister la ville jusque» ù la lin de mai, et peut-être davantage si les victuailles sont bien ménagées. En ce temps, les troupes que nous attendons nous dooneroot moyen, ou de trouver une mort glorieuse en quelque occasion, ou de passer la vie dans l'abondance; car nous nous agrandirons, et irons chercher dans file notre subsistance. Il faut nécessairement la tirer du royaume, et faire soulever les peuples par nos progrès.
« J'oubliais à vous marquer, monseigneur, qu'on a rétabli les douanes, bien des gens croient qu'on devait attendre, parce que ^'utilité qui reviendra de ce rétablissement ne sera pas grande, etil produit un très-mauvais effet sur les Messinois, puisque nous devions crier plus de gabelle, ce que nous faisons pis que les autres.
« On a caréné le vaisseau te Vaillant avec assez de facilité. Il va croise! avec te Fidèle à la place du Parfait et de l'Apollon. IJuanl au Fortuné, on ne parle point d'y travailler, et j estime
Îu'on ne doit point y songer, à cause qu'il est plus navire que : Vaillant, et qu'il â plusieurs bordages à changer, et point de pontons en ce port.
x Je souhaite, monseigneur, que ma lettre du 16 de ce mois soit parvenue entre vos mains. Vous aurez vu bien .les choses qu'on ne me dit pas, et qui me reviennent. Il importe que vous le sachiez, et que monseigneur votre père ne les ignore pas.
« Nous avons appris par les capitaines anglais que M. dcGossouville était a Livourne. J'en ai bien eu de la joie ; car je ne doute plus de l'arrivée de M. le chevalier à Malte. Nous n'en avons point eu de nouvelles; celles de Veuise toni que la république a accorde passage a des Allemands, etc. Il en est arrivé en celte ile cinq cents, venus par Naples.
< Le bruit qui cour t dit que don Jehan d'Auslria doit passer sur quelques galères en cette ile, et que tous les commandants de la flotte sont disgraciés. On assure que le prince de Monie- Sarcio la doit commander. Je ne crois pas qu'elle soit en mer ù la lin de mai ; elle est a Itaye ; et, dés que la nôtre sera eusemble, nous pourrions bien entreprendre quelque chose.
« Je ne vous pat le point de la faute que l'on a faite d envoyer tant de vaisseaux dehors, estimant qu'on a cru bien faire; mais je veux bieu vous dire que ce n'était point mon sentiment d'éloigner deux pavillons de l'amiral. M. le duc de Vivonuc se rendit aux raisons des autres, après n'avoir dit qu'il n enverrait que deux vaisseaux en Provence et un a Tunis.
« Si j'en savais davantage je vous entretiendrai plus longtemps, et ne me lasserais do vous assurer que je suis avec plus de respect que personne du monde,
» Monseigneur,
« Votre liès-humble, très-obeissant el très-obligé serviteur.
« Le chevalier de Valante. »
A Messine, le 30 mira 1li7.y
[Arch. ilt la Marine, h Versailles.)
On voit par celte lettre que déjà les faits ne répondaient pas aux espérances que Louis XIV était en droit d'ailendrc d'une expédition aussi onéreuse, grâce ù l'apathie de M. de Vivoune qui, au lieu de profiler d'un premier succès pour refouler les Espagnols dans l'intérieur des terres, se bornait A occuper Messine el « à rester dans un assoupissement qui n'était ni paix, « ni guerre, ni trêve, » comme disait M. de Valbelle. Et puis la rapacité des fournisseurs, l enormilé, des droits du lise, portés un taux beaucoup plus élevé que du temps des Espagnols, refroidissaient singulièrement l'enthousiasme du peuple messinois pour les Français, tandis que d'autres causes que l'on va exposer bientôt aigrissaient d'aulaal les classes supérieures contre le vice-roi.
CIIAPITUE XXXVII.
Le duc do Vivonne habitait à Messine le palais du vicc-roi de Sicile. C était un vaste et splendide monument bâti sur le quai, à l'extrémité d'une magnifique façade appell e d il Teatro. Située sur le bord de la mer, cette résidence dominait toute la côte orientale de Sicile ; puis, au loin, le détroit du Phare. Ileggio et les dernières montagnes de la Calabre se déroulaient à l'horizon. — Ce fut Garcias de Tolède qui iota les premiers fondements de ce monument, dont les murailles étaient incrustées de merveilleuses mosaïques faites de pierres de différentes couleurs, sur lesquelles se détachaient de légères balustrades de marbre blanc du travail le plus précieux.
Or, le 28 avril, dès le malin, toute la population de Messine attendait avec impatience le commencement de la cérémonie qui devait avoir lieu pour la réception solennelle de M. le duc de Vivonne comme vice-roi de Sicile.
Depuis longtemps ce peuple impressionnable, el singulièrement avide de pompe et de spectacle, rêvait à ce jour, bien plus dans l'espoir de trouver a satisfaire son amour inné pour tout ce qui était fête et représentation, que pour saisir cette occasion de témoigner son affection au nouveau vice-roi.
Car, bien que trois mois â peine se fussent écoulés depuis l'arrivée du duc de Vivonne à Messine, peuple, bourgeois et nobles commençaient déjà de s'aigrir contre les Français. A l'autorité ferme et décidée de MM. de Valbelle el de Vallavoire avaient succédé la mollesse el l'insouciance de M. de Vivonne ; a la famine, aux combats de chaque jour, a la crainte de se voir attaqué irar un ennemi supérieur, avaient succède, pour les troupes fi'ançaHcs, l'abondance, le repos, el une position militaire fortement assise : dès lors les soldats, libres de toute préoccupation, et surs de l'appui ou plutôt de l'indifférence de M. de Vivonne a propps de leurs vexations contre les habitants, donner, ni librement carrière à leur esprit turbulent, moqueur el tyrannique. Fort indisciplinés a cette époque, et encouragés par l'exemple de quelques officiers, ils se prirent à traiter les Messinois a peu pris en peuple conquis, raillant leurs dévotions, 1rs froissant thaque jour dans leurs habitudes et dans leurs mœurs, aussi graves que celles des Espagnols ; en un mot, les soldats de Vivonne finirent par faire regretter aux Messinois la domination espagnole, et déjà le meurtre de quelques Français et de graves tentatives de rébellion contre leur gouverneur, prouvaient énergiquement la haine qu'on commençait de leur porter.
Néanmoins, ainsi qu'on l'a dit. les apprêts el l'allenle d'une grande solennité avaient, sinon détruit, au moins suspendu l'auimosilé sourde qui divisait les deux nations.
l>r, ce même jour, dès le matin aussi, tout était on mouvement dans le palais du vice-roi pour les préparatifs de cette imposante cérémonie; car le sénat en corps devait y aller prendre M. de Vivoune à sou hôtel, afin de se rendre ens'uile avec lui à la cathédrale, pour v jurer cuire ses mains, el sur les saints Evangiles, serment de fidélité à Louis XIV; puis recevoir de la même façon le serment du vire-roi de ne pas attaquer les libel les el franchises de la ville de Mcssiue.
Mais, si tout était en mouvement dans le palais du vice-roi,
une aile de cet immense bâtiment, bâtie sur un magnifique jardin, paraissait entourée de silence et de solitude : les volets rembourres étaient soigneusement fermes, et, bien qu'il fût neuf heures du matin, les domestiques qui passaient sous ces fenêtres semblaient même craindre de faire crier sous leurs pieds le sable des allées, tant on respectait le calme et la quiétude de cette partie de l'édifice où était située la chambre à coucher de Vivonne.
A l'intérieur de cet appartement, les mêmes précautions étaient religieusement prises. Dans un salon qui précédait cette chambre à coucher, deux valets de chambre, vélus de noir et portant une chaîne d'or au cou, paraissaient se consulter avec anxiété.
— Quand je songe, disait l'un, que la demie de neuf heures ! vient de sonner, et que mouseigneur n'a uas encore siflle!
I — Et l'on dit que le sénat, en corps, doit venir prendre Son Excellence à dix heures ! reprit l'autre d'un air douloureusement chagrin.
— Et le temps de le coiffer ... de le raser!
— Et le temps de l'habiller!
— C'est horrible à penser!
— C'est affreux!
— Mais, que faire?
— J'ai déjà gratte tout doucement ; je vais essayer encore, au risque de tout ce qui «eut arriver.
— Nous êtes bien hardi, au moins, Dominique!... dit l'autre tout tremblant de l'audace de son camarade, qui, s'approchant de la porte en retenant sa respiration, y gratta si doucement, que c est à peine même si le graltemcnt'sc pouvait entendre dans le salon.
On pense bien qu'il ne pénétra pas davantage jusqu'à Vivonne au travers d'une porte épaisse, encore garnie de portières, qui fermait sa chambre à coucher.
L«s deux valets étaient à se consulter des yeux sur le peu de succès de cette démarche, lorsqu'un demi-quart, joint à la demie de neuf heures, vint encore augmenter leur désespoir.
A ce moment, l'autre porte de ce salon s'ouvrit, et d'Antiêge, le secrétaire de Vivonne, entra brusquement en disant à voix haute : - Monseigneur est-il habillé?
A ce bruit, à ces mots, les valets firent Un signe dessus expressifs en montrant la porte de la chambre à coucher.
— Ciel de Dieu!... il dort encore! s'écria d'Antiêge stupéfait. Et le sénat qui sera ici dans un quart d'heure!... Pour l'amour de Son Excellence, allez l'éveiller sur l'heure, Dominique!
Aces mots. Dominique regarda sou compagnon avec autant d'effroi que si on lui eût proposé d'entrer dans la cage d'un tipre, et dit au secrétaire d'un air stupéfait : — Eveiller mon- I seigneur?
— Avant qu'il n'ait sifflé ? ajouta son camarade du même air île crainte. Et c'est vous, monsieur, qui connaissez l'humeur de Son Excellence, quand on l'éveille, qui proposez cela?
— Mais le sénat! malheureux que vous êtes, le sénat! nui peut-être est en marche a cette heure. N'avez-vous pas hier demandé les ordres de monseigneur pour celte cérémonie d'aujourd'hui?
— Si, monsieur, et Son Excellence m'a dit : Tu prépareras demain mon habit de gala couleur de pourpre, avec ma garniture de perles et de diamants ; mais, quand même le sénat et le clergé, avec le bon Dieu en tête, viendraient au palais, je te défends d'entrer chez moi avant que je n'aie sifflé... Vous sentez bien, monsieur, qu'il s'agirait du salut de mon âme que je n'entrerais pas.
— Avec cela, ajouta Dominique, que Son Excellence ne s'est couchée qu'à deux heures, après avoir longuement soupe.
— Il a soupé seul?
— Non. monsieur; Son Excellence a fait venir, pendant son souper, ces deux danseuses maltaises, que vous savez, avec son jeune esclave grec.
— Alors, par le Dieu qui m'entend! s'écria d'Antiêge, il dormira encore à midi ! Puis, paraissant prendre une résolution desesperée. il m précipita sur la efcf de la porte de la chambre a coucher de Vivonne, et l'ouvrit violemment, maigre les ef-
forts des deux valets de chambre qui s'enfuirent épouvantés.
Grâce aux volets extérieurs, cette chambre était dans la plus profonde et la plus complète obscurité. En entrant. d'Antiêge renversa un meuble chargé de porcelaines, qui se brisèrent avec un fracas épouvantable; mais, sans s'arrêter à ce bruit. d Antiége alla brusquement ouvrir les volets intérieurs, la fenêtre, les volets extérieurs, de sorte qu'en un moment le jour et le soleil, entrant nar trois hautes et larges croisées, inondèrent celle pièce d'une lumière éblouissante.
A ce bruit étourdissant, à cette clarté soudaine, Vivonne. réveillé en sursaut, se crut d'abord sous l'obsession d'un rêve horrible, et fit un bond sous ses couvertures, puisse dressa sur son séant; mais, aveuglé par ce jour éclatant, il se retourna vite, et pendant cette conversion il s'aperçut, hélas! qu'il était bien et dûment éveillé.
Alors cet homme, habitué de voir tout plier devant sa volonté despotique, entra dans une colère furieuse ; mais, n'osant encore se retourner du coté des fenêtres, il commença â blaspbt • mer le ciel et la terre, en accablant d'injures et de menaces le scélérat, le criminel qui s'était permis de venir ainsi l'éveiller maigre ses ordres formels.
Puis, lorsque ses yeux se furent peu .< peu habitués à la lumière, il se retourna vivement, et alors aperçut d'Antiêge debout près d'une table, et l'implorant d'un geste suppliant.
A cette vue, Vivonne ne se contint pas ; il prit une large coupe de cristal posée sur une table à c6lé de son lit, et la jeta à la tête de son secrétaire, qui évita le coup.
— Ah! c'est toi, bourreau!... s'écria Vivonne en regardant autour de lui s'il ne trouverait pas quelque autre projectile.
Mais, ne trouvant rien, il se mil à vomir un tonnerre d'injures contre son secrétaire. •
— Ah ! c'est loi. scélérat infâme ! qui me viens éveiller quand d y a à peine deux heures que je dors ! Je te ferai fouetter comme un esclave, tu peux y compter!... Ferme â l'instant ces volets!... ferme-les sous peine de ta vie!... M'entends-tn Ferme-les, ou je le fais jeter par les fenêtres! Puis, voyant I immobilité ded'Antiége, il s'écria : A moi, Dominique! Lôuvain!... Mais, voyant que ses valets de chambre n'étaient plus là, dans sa rage, Vivonne allait se lever pour courir sur son secrétaire, lorsque celui-ci lui dit : "
— Mouscigueur. le sénat sera ici dans un quart d'heure!
La sénat!., le sénat!... Et je me f... bien du sénat quand j'ai sommeil!... Ferme ces volets! m'entends-iu?
— Pour l'amour de Dieu! monseigneur, dit d'Antiêge à genoux, avez-vous oublié que c'est aujourd'hui que vous êtes reçu solennellement vice-roi?... el que la cérémonie est pour onze heures?
— Foin de la cérémonie, du sénat el des sénateurs! je veux dormir, te dis-je !
— Eh bien! monseigneur, dnssiez-vous me tuer sur place, je ne bougerai d'ici, el vous empêcherai de vous rendormir.
— Ah ! le bourreau! ah ! le chien! s'écria Vivonne se levant , il m'a éveillé tout à fait! ma colère s'en va faire passer mon envie de dormir, et j'aurai eu cette nuil en tout et pour tout deux heures de sommeil !
Puis Vivonne, de la main qui lui restait, saisit violemment d'Antiêge à sa cravate en redoublant d'injures.
— Je vois avec bonheur que Votre Excellence est maintenant tout à fait éveillée, dit d An liège avec un sang-froid imperturbable.
— Ce misérable-là me rendra fou! dit Vivonne en lâchant son secrétaire, et retombant assis dans un vaste fauteuil.
Alors d'Antiêge. courant à la fenêtre, s' écria:— Dominique! . Couvain!... monseigneur vous ordonne de monter à 1 instant.
— Ah eà ! je suis donc un enfant que sa nourrice fait habiller à son gré. mous d'Antiêge? dit Vivonne qui senlail sa colère diminuer à mesure que son envie de dormir disparaissait.
— Monseigneur... mon bon et cher niait re. dit d'Anliege, pardonnez-moi; mais songez, je vous prie, aux suites de tout ceci.. Tenez... entendez-vous déjà le canon! Oui... c est bien le canon... Voilà le sénat qui sort île son palais : le loups de dire un Pater, el il est ici !