‹ Jean Bart et Louis XIVChapitre 55 sur 120 · CHAP. XXXV11I · texte numérisé non relu

CHAP. XXXV11I

Le 2 juin, jour de la célébration de la féte de bief- Ire, les galères de France arrivèrent remplies de volontaires de haute qualité et douoerent fond à Messine dans le meilleur et le plus bel ordre du inonde, les galères d'Espagne n'ayant pat songé I leur disputer l'entrée du Phare, car elles liaient ci» partie dispersées à Melazzo. à Païenne et à Naples. On menait alors à Messine une vie des plus tranquilles, grâce à l'insouciance apathique de U. de Vivonue incessamment occupé de bonne chère, de ieu et de fort obscures, mais fort nombreuses amours.

tependaut, N. de Vallavoirc ne partageait pas la quiétude du vire-roi ; prenant l'occupation de Messine fort an sérieux, ce

le Knuoil des «rulcor». — rui 262.

général ne comprenait pas les motifs de l'inertie de M. de Vivonne, qui, satisfait de garder Messine et de tenir la mer libre, n'avait encore tenté aucune entreprise d.ms l'intérieur de la Sicile, qui appartenait toi jours aux Espagnols.

Après avoir longtemps réfléchi à l'expédition qui pouvait le plus servir a l'occupation française, en ca.s do succès, M. de Vallavoire s'était proposé d'attaquer Mci.izzo, ville forte, distante de dix lieues de Messine par terre, de près du vingl lieues par mer, et située au nord de la Sicile vers la partie occidentale d'une baie formée à l'ouest par l'extrémité du cap liianco, et à l'est par la prolongation des terres du cap Di Faro.

M. de Vallavoire trouvait avec raison Je nombreux avantages dans ce plan, qui, ouvrant à l'armée française les vastes et fertiles plaines de Catania, situées dans le plat pays, mettait ainsi et pour toujours Messine à l'abri de la famine : pu.s, Melazzo pris, et les Espagnols obligés de se retirer à Païenne, presque toute la côte septentrionale de la Sicile demeurait libre, ce port de Melazzo étant la seule position maritime que l'ennemi put y tenir.

Persuadé de l'importance de ce projet, M. de Vallavoire en conféra longtemps avec plusieurs Messinois parfaitement informés de l'état du plat pays ; puis, s'étaot assuré des intelligences parmi ses populations généralement peu espagnoles, le général alla soumettre ses vues au vice-roi, ne lui demandant que deux mille cinq cents hommes de troupes françaises, cl quinze cents Messinois, pour se saisir de Melazzo. certain, disait-il, par ses relations dans la campagne, de la révolte du plat pays en faveur de la Frauce, et de pouvoir, après s'élre ainsi assuré des communications et des vivres, arriver facilement, enseignes déployées, jusqu'aux faubourgs de la ville, qu'il promettait d'emporter de vive force si, de son cote, M. de Vivonne venait l'attaquer par mer à la léte d'une escadre de vaisseaux et de galères : or, pressée de la sorte, il était probable que Melazzo ne pourrait tenir longtemps et qu'on ruinerait ainsi d'un seul coup presque toutes les forces espagnoles en Sicile, puisqu'elles étaient concentrées sur ce point.

M. de Vivonne écouta ce plan et l'accuoillit a merveille, qifoique sans doute il fût bien résolu déjà de ne pas joindre a l'armée de terre les forces navales dont il pouvait disposer, et qu'il eût été forcé de commander en raison de l'importance de l'expédition; en effet, pas uq vaisseau ne sortit de Messine.

Toujours est-il que, confiant dans la coopération de la flotte de M. de Vivonne, sans laquelle cette tentative sur Melazzo eût élé des plus chimériques, M. de Vallavoire s'aventura dans des montagnes impraticables a la léte d'un corps de deux mille hommes a peine, et que, lorsque après des traverses et des dangers sans uombre, il arriva devant Melazzo et commença d'attaquer les faubourgs, comptantsur une prochaine diversion partner, quel ne fut pas son désespoir lorsqu il apprit que M. de Vivonne avait changé d'avis et que les vaisseaux de Frauce ne viendraient pas à Melazzo.

On conçoit quelle dut être la position de M. de Vallavoire, sans compter que par, une faute impardonnable, M le chevalier de Valbelle, détaché avec trois vaisseaux et un brûlot pour empêcher tout secours arrivant d'Italie d'entrer à Melazzo , garda mal son point de croisière, et que deux mille hommes de troupes allemandes vinrent renforcer la garnison de celle place. Qu'on pense alors dans quelle extrémité se trouva M. de Vallavoire, hors d'état de rien entreprendre contre des forces aussi aupérieures, sans le secours des vaisseaux, ayant sur ses derrières un pays affreux, des montagnes et des gorges presque impraticables, et obligé d'opérer sa retraite au milieu d'une po-

Klalion presque sauvage, qui s'était d'abord déclarée en sn reur, mats qui, le voyant se retirer, pouvait se joindre aux Espagnols contre les Français, dans la crainte que ies preini M ne leur fissent payer cher leur rébellion ; joignez à cela que les vivres manquaient à ce général, et vous aurez une idée île son horrible situation dont ou verra d ailleurs 1 exposition dans quelques-unes de ses lettres citées plus bas, et qui sont comme un journal de cette fatale retraite.

Ainsi donc, comme ou l'a dit, le duc de Vivonne parut approuver fort la tentative sur Melazzo et donna a M. de Vallavoire

tous les pouvoirs nécessaires pour agir par 1èr e. Le secret le plus profond fut garde, cl, dans la nuit du D au 10 juin, les troupes françaises, conduites par des guides qu'on croyait sûrs, sortirent île Messine pour cette expédition sous le commandement supérieur de M. de Vallavoire, qui avait sous lui MM. de Muruas et de la Villedieu; malheureusement, le deuxième jour de marche, fût-ce impérilic ou trahison, les guides égarèrent les troupes françaises, qui tombèrent sous le canon d'un fort appelé Monie-lorie, alors occupé par huit cents Espagnols.

Apres une vive attaque, M. de Vallavoire força co dangereux passage défendu par huit pièces de canon, mais il y perdit quinze hommes et vit grièvement blesser a ses cotés un de ses neveux qui le servait comme aide de camp.

Alors le général entra dans le piat pays, qui se rendit à lui et -se déclara immédiatement pour la Fiance. Les villes de Sainle- Ltteie, de Barcelonnelts et d 'Ego* te suivirent le même exemple, et vingt-quatre villages les imit rent. A ce soulèvement général, les Espagnols qui tenaient garnison d.ms ces villes, effrayés de celte rébellion, se retirèrent à Melazzo, croyant avoir affaire a une armée beaucoup plus considérable que celle de Vallavoire et donnèrent une telle alarme au marquis de Itayouna, président de Sicile, pour le roi d Espagne, qu il se mit eu mesure de s'en aller aussitôt à Paiera*, ne se croyant plus en sûreté a Melazzo. Tous les habitants qui étaient Espagnols ou partisans de l'Espagne suivirent le président el allèrent se réfugier a bord des galères en emportant tout ce qu'ils purent de leurs objets les plus précieux, ne doutant pat que les forces navales ue vinssent les attaquer par mer, comme M. de Vallavoire les allait attaquer par terre et croyant alors toute résistance impossible.

Tel était l'état des choses quand M. de Vallavoire ai riva, le 15 juin, devant les faubourgs de Melazio, à la tète de troupes aguerries, encouragées déjà par un premier succès, et abondamment pourvues de vivres qu il avait tirés de tous les villages où il irait passé.

Ce fut alors seulement que M - de Vallavoire apprit par un détachement de trois galères que M. de Vivonne avait changé de résolution, el que plusieurs raisona empêchant l'armée uavale de se rendre devant Melazzo, le vice-roi ordonnait aux troupes de terre, destinées à cette expédition, de revenir à Messine.

La position de ce général était affreuse, et I on conçoit qu'il en eut un chagrin terrible, ainsi qu il le dit naïvement dans sa réponse à cet 'ordre étrange du vice-roi.

En effet, sur le point de mettre à lin la plus utile entreprise de toute la campagne, après avoir surmoulé des difficultés sans nombre, obtenu des résultats inespérés, vu, pour ainsi dire, et touché les immenses avantagea que l'occupation française devait retirer decetle expédition, puisque, par la possession de Melazzo, on se procurait dans le plal pays, et en grande abondance, les vivres qu'il fallait faire venir de France à si grands Irais, et si ineerlainemcnt, on sent quels durent être les regrets de Vallavoire ; et ce n était pas tout, car en opérant sa retraite il fui obligé d'abandonner à la fureur dus Espagnols tout le plat pava qui s'était donné à lui si geuéreusemeut.

Ainsi, a mesure qu'il se relirait vers Messine, beaucoup de gentilshommes rt d'habitants des villes qui s'étaient déclarés pour la France, rudoutanl la vengeance des Espagnols, se joignirent à sa petite armée, embarrassèrent sa retraite el augmentèrent encore la population de Messine, qu'il était déjà si onéreux et si difficile de nourrir. Ceux du plat pays qui y restèrent furent n1'":.. acres par les Espagnols, el le sort de ces malheureux, i lâchement abandonnes à la rage de l'ennemi, après avoir < lé, pour ainsi dire, reconnus par la Frauce comme dos alliés, fut un terrible exemple pour le reste de la Sicile ; aussi, dans la suite, toute leutalive pour opérer quelques nouveaux soulèvements en faveur de la Iranco demeura inutile.

Ouant aux raisons que M de Vivonne donna à M. de Vallavoire pour justifier sou étrange conduite, elles étaient au moins puériles. Il dit :

1" Que le veut avait <*»i/i<V/i<! ik sortir le* vaisteau.v du port ;

2* Qu'on -lit turfirit un èiuiMitire du i/omu'eneur del'H*caUlte (autre ville de Sicile) au tuarqu'u de llaiumim. qui lui annonçait un tecourt de quatre mille hoinmex pour .l/clu;;u.

L'objection liasée sur un vcnl contraire tombe de soi-même par un passage il une des lettres île Vallavoire à Vivonne, dalee du samedi 15 juin, dans laquelle il dit au vice-roi » qu'il espère bientôt voir arriver ses vaisseau», le vent contraire qui avait ré- Çnc pendant un jour, ayant cessé, et le temps étant des plus favorables du monde. »

L'autre objection : les quatre mille homme* du (jouterneur de I" Kscalette est des plus absurdes : car il était évident que l'émissaire s'était livré lui-même, dans l'espoir sans doute d'eflraver M. de Vivonne, en lui annonçant l'arrivée de ces quatre mille hommes de renfort. Or, si le vice-roi eût voulu réfléchir un instant, il eût vu clairement, par ce qu'il savait de l'effectif des forces d'Espagne, que llîsi alette n'avait pas une garnison forte de plus de trois cents hommes, et qu'il était matériellement impossible qu'elle eût été portée de trois cents a qualre mille par de nouvelles levées de troupes, puisque tout ce que l'Espagne possédait alors de gens de guerre dans la province de Val-Demone était rassemblé a Melazzo.

Dirait-on encore, pour excuser M. de Vivonne d'avoir ruiné celle expédition, qu il eut fallu trop de troupes françaises pour occuper Melnzzn et le plal pays après la conquête ; mais cette raison n'aurait pas non plus de solidité. Line fois Melazzo occupé, le pays plal défendu par les forts de Monte-Forte, de Sn.ulafore et d'Ibbiso, qui le couvraient depuis Melazzo jusqu'à Messine , le plat pays se gardait lui-même ; car on pouvait compter sur lui, a en juger par son peu de sympathie pour l'Espagne, puisqu'il était aile au-devant de l'occupation Irançaisc.

Somme loule. que ces réflexions même eussent eu quelque semblant d'aotorile, on les devait faire avant l'entreprise, et non après. 11. de Vivonne devait mûrement réfléchir avant que d'aventurer des troupes dans une telle expédition, et craindre de créer de nouveaux ennemis à la Fiance, en laissant ravager un pays qui s'était soulevé eu sa faveur, et qui se voyait ensuite si impitoyablement abandonne à la merci des Espagnols.

M de Vivonne devait eulln tout tenter au monde pour assurer le .succès de celle expédition de première importance, en cela qu'elle devait ruiner le plus grand obstacle qu'il y eût à l'occupation française en Sicile, à savoir, l'incroj/aWc difficulté de nourrir Farinée, puisque, jusque-là, on avait été obligé île l rer des vivres de France, a Irais énormes, en courant encore les chances de ne pouvoir faire entrer ces approvi»ionnemenls à Messine, en cas de blocus ou de temps force de sorte que cette malheureuse ville restait toujours sous l'effroi d'une nouvelle et horrible famine ! et cela au milieu du pays le plus fertile de I Europe, à portée de ces grasses plaines surnommées le grenier de I Italie l Et cela surtout grâce à l'impitoyable paresse de Vivonne, qui en était venu à regarder avec horreur toute atteinte portée à son repos, au complet far u'unle de celle vie molle et obscurément libertine au sein de laquelle il s'assoupissait avec une si profonde sensualité.

Et cela enfin grâce à la criminelle faiblesse de Vivonne pour de misérables domestiques, qui, spéculant avec des benèlii es éuormes sur les vivres venus de France, n'auraient pu faire les mêmes gains si l'armée se fût approvisionnée en Sicile, usant alors de leur détestable influence pour ancrer encore davantage 1 ur maître dans une apathie qui servait si bien à leur cupidité.

Sans doute tout ceci est fort odieux, et la conduite du viceroi méritait un châtiment exemplaire, et pourtant, à celle même époque oti il avait abandonné si lâchement l'expédition de Mclazzo. il se vit revêtu de la plus éclatante dignité militaire, eu un mot, nommé maréchal de France, giâce à l:i prostitution effrontée de madame sa sœur.

Mais n'anticipons pas sur 1rs faits; voici d'abord les lettres de Vallavoire à Vivonne, dont on a parle ; elles sont comme un journal de celte malheureuse expédition de Melnzzn.

La dernière dépêche adressée par Vallavoire i M. de Pomponne résume l'expédition; et, à travers ses réticences 'cl sa réserve, qu'imposaient à Villavoirc le crédit et la position de Vivonne , il csl facile de démêler tous les regrets cl les griefs de Vallavoire.

Dans celle première lellre, Vallavoire, arrive devant Melazzo. rend compte à Vivonne de son expédition, et lui annonce qu'il allend les vaisseaux pour commencer J'attaque de Melazzo.

UNTMS DE VAIIVYOIIIE V VIV0.1MB.

t Ce suiudi, 1." juin 11)75.

< Je ne doute pas. monsieur, que vous ne fussiez deja à la voile, sans lo vent qui vous en peut avoir empêché. Nous avion» pourtant espéré de vous voir ce matin, la nuit ayant été la plus belle et le vent le plus favorable du monde ; ce qui m'oblige à vous envoyer en diligence pour vous faire savoir ledélail de toutes choses, que peui-élre vous ne savez pas ; pourtant messieurs des galères ont dit à M. de la Villedieu que vous saviez que nous avonsappris ici que lundi dernier étaient entrés onze cents Allemands, portés par des vaisseaux majorquins. et que irei/e barques chargées d'infanterie et de cavalerie ont débarqué du côté de Païenne : cela nous est confirmé par une felouque que te Citerai-Marin a prise, s ciant jetée parmi les vaisseaux croyant être des leurs.

« Hier les ennemis, sous la faveur de deux galères et d'un briganlin , vinrent pousser nos gardes de cavalerie et d'infanterie. Nous fîmes marcher trois cents hommes et qualre compagnies de cavalerie; les coureurs poussèrent leur cavalerie et infanterie jusqu'à la porte, ils en luèrent même un. Ils demandent toujours quartier, et les nôtres n'en veulent pas donner. 11 y eut bien trent«' de leurs cavaliers lues sur la place ; nous en eûmes cinq. Toutfla les troupes allèrent de la meilleure grâce du monde; MM. de Mornas et de la Villedieu y étaient en personne : c'est assez vous dire que tout alla très-bien ; je ne crois pas que les ennemis y retournent. Les galères et hrigantin tirèrent beaucoup sans nous endommager, non plus que tous les canons de la ville.

« Vous savez ce que nous sommes, et vous jugez aussi bien » que nous ce qui nous prui arriver sans votre secours ; nèanii moiii", nous attendons vos ordres avec toute la fermeté de « gens que vous honorez de votre estime. »

h Je crois que les hriganlins ou chaloupes nous peuvent apporter de vos nouvelles; j'avais oublié de vous dire que nous aurions été plus toi ici, sans que nous fûmes obligés, dans notre chemin, de forcer des retranchements que les ennemis avaient à Montfort. Nous aurions pris le château , si nous nous fussions avancés jusqu'au fort; mais notre pensée était de venir incessamment a Melazzo, où nous arrivâmes mercredi à une heure de jour. La distribution du pain csl faite ; nous attendons demain matin de vos nouvelles ; on dit qu'il s'assemble du monde pour nous venir voir, nous nous tenons fort alertes. J'ai envoyé deux régiment* messinois à Sainte-Lucie : elle s'est venue mettre sous l'obéissance ; il y a encore d'autres bourgs qui y sont venus. Envoyez-nous du pain, et notre dernière résolution est d'être prêts d'obéir avec joie à vos ordres.

« Vallavof«e. »

« Les ennemis fout leur assemblée à la Vogue ; tout ce qui est du côté d'Ibbiso el de l'Escaletle marche de ce colé-là : ils prétendent nous mettre entre deux. Voilà tout ce que je sais. »

Dans la lettre suivante, Vallavoire répond à la lettre de Vivonne, qui, lui ordonnant de se retirer, lui annonce que les vaisseaux ne vieilliront pas attaquer Melazzo par mer. On peut juger, par celte lettre, de l'effroyable position dans laquelle ce général devait se trouver :

« Je viens de recevoir votre lellre, monsieur; vous savez pour-

* tant ce que je vous ai écrit ; je suis bien en peine quel parti « prendre présentement, la place n'elant pas eu état d'clre as-

* siégée par le secours qu'ils ont reçu, et je ne sais comment » me retirer si les ennemis o cupent les monlagnes comme ils « le peuvent faire, caries peuples nous voyant relirer, se mei- « Ironl conlre nous. Voila un temps effroyable, nous n'avons pas

* de pain. En cas que nous soyons obligés de demeurer quel-

k2lî8

JEAN BAHT

« ques jours aux montagnes , je prendrais du biscuit, des>ais- < seaux ou des galères; si je vous avais au moins vu pour « prendre votre résolution, je serais content. Demain au soir, si « je n*ai point de vos nouvelles et que le temps dure, je me re- « tirerai. Dieu veuille que vous receviez assez à temps ce billet, « alin d'avoir de nos nouvelles. Je suis dans un cliagrin terrible, « il eutre des felouques tous les jours dans Melazzo. »

Vallavoire, ayant reçu de nouveaux ordres de Vivonne, abandonna Melazzo. Les lettres suivantes rendent compte de sa retraite sur Messine ; on verra que les vivres destroupes n'étaient plus assurés; car il se plaint, dans plusieurs billets, de ne plus avoir de pain.

« A Spid4fur«, ce 17 juin.

« Nous partîmes hier sur les onze heures du soir de Melazzo, et aujourd'hui nous sommes arrivés à Spadafore au poiul du jour. La forteresse nous a tiré ; messieurs des galères l'ont canonnée, et je les ai reçus à discrétion. Il y avait cinquante-cinq Calabrois, dix sept barils de poudre et treize à quatorze barils de plomb : j'ai tout fait charger sur les galères II y avait force fromage, force biscuit : mais de tout ce que les galères attrapent, rlles ne rendent rien. Je ne sais si votre sentiment serait qu'on rasit Spadafore, ou bien que l'on y mil garnison. Nous y campons et nous y demeurons jusqu'à ce que vous m'envoyiez votre sentiment. Nous n'avons du pain que pour demain. Vous auriez

de la peine à croire comme nous sommes fatigués. La généra litè salue Votre Excellence, et moi je suis avec beaucoup de respect,

■ Monsieur,

t Votre très-humble et très-obéissant serviteur, • « Vallavoire. d t De Spadafore, le 18 juin, * 10 heure*

« n est neuf heures, et nous n'avons plus de pain. Je vous supplie de donner des ordres pour cela. Je fais travailler cent cinquante soldats pour faire miner les quatre coins du fort; dans quatre ou cinq heures cela sera fait M. de la Villedieu vous aura entretenu de toutes choses. J'aUends vos ordres. J'ai envoyé du côté de la Vogue, pour savoir l'état des ennemis, je n'en ai reçu encore aucune nouvelle. J'ai reçu un billet de M. de Valbelle. il est du côté de Stromboli ; le calme l'a arrêté, il ne peut venir a nous. Je n'en ai plus aucun besoin présentement.

« Je suis avec respect,

Monsieur,

« Votre très-humble et très-obéissant serviteur, • Vallavoire. »

« Il est midi ; il n'est venu encore aucune tartane ni barque chargée de pain; nous prenons du biscuit pour aujourd'hui. Il nous faudrait envoyer une galère qui nous en apportât. Je ne connais pas la mer, vous savez mieux les moyens qu'il faudra pour nous secourir. Les ennemis sont à la \ogue, au nombre de quinze cents hommes; l'on nous dit quatre mille, mais je n'en crois rien. »

I lU.iic, 25 juin 1«75.

« Nous voici arrives a Ibbiso, je crois pour quelques jours; on trouvera du fourrage. Il faut songer a nous envoyer des farines et des poudres. Les Espagnols y meurent delà malpropreté, et nous nous y porterons bien, pourvu que nous soyons dans l'espérance què vous vous occuperez à faire quelque chose, petite ou grande qu'elle puisse être. Il y a six galères a Melazzo ; on dit que les ennemis ont laissé pe'u de monde à ce fort et a la Vogue ; j'y ai envoyé pour savoir la vérité. Honorez-moi de vos cments, et croyez que je suis, avec le dernier attache-

n Votre très-humble et très-obéissant serviteur, « TaLUVQWI, i

« O 47 juin 1»73.

« Il entra hier trois voiles à Melazzo; on croit qu'il y avait un vaisseau de guerre. Il y a six galères ; toutes les troupes vont encore à Melazzo ; on croit qu'ils en enverront du cote île Syracuse Il n'y a que trois cents Calabrois a la Vogue; si notre cavalerie pouvait demeurer vers la Caslanie, nous serions tu étal de nous en servir eu cas de besoin. Vous me ferez savoir, s'il vous plaît, ce que vous avez résolu louchant votre armée de nier, et si celle de la lerre ne peut point nous aider, je vous prie de vous informer de ce que les ennemis ont â l'Escalette et a Saiulcl'Iacide.

« Les munitious n'arrivent que fort lard, nos soldats travailleront aujourd'hui ; demain on enverra quelques mules de celle terre pour porter nos farines ; nous attendons aujourd'hui nos munitions de bouche.

o Je suis avec respect,

« Monsieur,

« Votre très-humble et très-obéissant serviteur, € Vailavoire. I.

€ Ce ï8 juin i du bcoreS.

n J'ai renvoyé M. l'abbé de Sainte-Lucie comme vous l'avez ordonné aujourd'hui; il est parti pour Melazzo : je lui ai donne uif tambour et un cheval.

« J'ai envoyé une garde de cinquante hommes et un capitaine a Saint-Viso; toutes les deux fois quatorze heures, on les relè-

« J'irai visiter aujourd'hui le lieu de Saint-Sali.e. Je vous enverrai mon sentiment.

« Peut-être qu'aujourd'hui ou demain les gens de la Vogue viendront ici pour me rendre maître de ce poste : il y a trois cents Calabrois dedans. Le gouverneur donne les mains; c'est pourquoi je serais bien aise que vos affaires vous permissent de venir jusou ici demain malin, et voire vaisseau pour France partirait dimanche.

« Je ferai trouver trente mulets pour aller quérir les munitions de bouche.

« Il fut tué hier un vivandier : c'est assurément un Français , il n'a pas été dépouillé , et il avait une charge d'huile qu'on a ramenée au camp ce matin.

u Hier un prêtre de Saint-François qui vint me dire la messe, el que j'envoyai déjeuner à ma sommellerie, me prit trois gobelets; il est vrai qu'on a couru après lui et qu'on l'a attrapé aux portes de Messine. Il les a vendus. C'est un parent du duc Jean Paul, a ce qu'il me dit II n'eu faut parler, s'il vous plail; je crois que je fais Irès-sagemenl en cette rencontre. J'aurais toujours beaucoup de satisfaction d'avoir l'honneur de recevoir de vos lettres. Vous ne devez pas douter de mon respect et du zèle que j'ai pour tout ce qui vous regarde.

« Je viens de recevoir, monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m 'écrire du 24*Tout présentement je n'ai rien â vous écrire de nouveau. Je n'écrirai point à la cour que je n'aie eu l'honneur de vous voir : je crois que ce sera demain d'après votre lettre. Faites-moi savoir, je vous supplie, si ce sera il dîner ou à souper. Vigeur est venu me voir aujourd'hui ; s il y revient, je l'enverrai a Messine.

o Je suis toujours avec respect,

« Votre très-obéissanl serviteur, « Vallavoire. »

(Bibl. roy., nui. Suppl. Fr. 887.1

Enfin Vallavoire, arrivé à Messine, alla rendre compte de son expédition au vice-roi , qu'il trouva fort prévenu contre lui. Plusieurs mémoires attribuent celle froideur entre Vivonne el Vallavoire aux sourdes menées de d'Anliége, secrétaire du viceroi, qui, on l'a déjà dit, abusant de l'insouciance de son naître, s'était, pour ainsi dire, érigé en premier minisire, aver lequel

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