‹ Jean Bart et Louis XIVChapitre 57 sur 120 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

fanterie et de cavalerie que les ennemis firent a la faveur d'uu brigantin et de deux galères qui viurent canonner notre camp.

« Je commandai, pour le repousser, M. de Léry avec cent chevaux et trois cents mousquetaires , et ceux-ci exécutèrent mes ordres avec tant de vigueur et tant de bravoure qu'ils furent jusque dans le faubourg de Melazxo , y tuèrent un officier d'infanterie sous la porte, et y mirent les Espagnols dans un tel désordre, que, si nous eussions pu le prévoir, nous aurions entré pêle-mêle avec enx dans la ville.

« Nous n'avons eu qu'un cavalier de tué et trois ou quatre de blessés dans cette occasion; du côté des ennemis, il y en a eu cinquante ou soixante, et cinq ou six prisonniers que nos gens firent en se retirant : le grand nombre des ennemis ne leur permettait pas de leur donner quartier.

• Voilà, monsieur, de quelle manière les choses se sont à peu près passées. J'espère que Sa Majesté sera contente à mon égard de la volonté que j'ai eue de les faire réussir selon sa satisfaction, et qu'elle me fera bien la justice de ne pas me rendre garant de succès aussi incertains que le sont ordinairement ceux de la mer, « surtout dans ce pays, où je trouve, hélas ! que l'on « ménage bien extrêmement les vaisseaux de Sa Majesté et ses •< galères, b

« J'en écris amplement à M. de Louvois, aussi bien que de l'ordre que nous avons gardé ici pour ce qui regarde les postes que nous avons pris et la sûreté de Messine. Je vous conjure, monsieur, de vouloir encore, de votre côté, appuver vos raisons auprès de Sa Majesté; et, en me continuant vos bons offices, me permettre de me dire, avec autant de respect que d'inclination,

« Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« Vaixavoihk.

>r Je vous supplie que ma lettre ne soit vue que par vous ; je « vous en dirai les conséquences, et vous apprendrez toutes » choses d'ailleurs.

h Je joins ici une relation que j'avais faite pour vous, et que je croyais faire dernièrement partir par un bâtiment qui devait aller en France. *

Nul doute que Vivonne ne fût frappé lui-même de tout ce qu'il y avait eu de cruellement blâmable dans son inertie, a propos de l'expédition de Melazzo : aussi se résolut-il de faire quelque apparence d'action, afin de balancer le mauvais effet de sa conduite passée.

Après avoir renvoyé du Quesne en France pour chercher des vivres, dont Messine commençait a manquer, le vice-roi monta k Sceptre, et. à la tète de ce qui restait de vaisseaux français, il mit à la voile pour Naples, ahn d'y aller brûler, disait-il, les vaisseaux espagnols qu'on y radoubait alors; mais malgré ces beaux desseins, dont on verra plus bas une juste appréciation de la main de Tourville, Vivonne revint â Messine, après quelques jours de croisière, sans avoir même paru devant Naples.

A son retour, le vice-roi trouva plusieurs dépêches du roi. et entre autres celle-ci. par laquelle Louis XIV lui accordait le bâton de maréchal de France.

t A VersiillM, le S juillet 1675.

« Vos services ne m'ont pas permis de faire une nouvelle création de maréchaux de France sans vous y comprendre. Je suis bien aise qu'ils aient mérité cet honneur que l'amitié que j'ai toujours eue pour votre personne me sollicitait de vons accorder. Je m'assure que vous continuerez de répondre comme vous devez en toute occasion.

• Louis. » (Bibl. roy.mju.)

Parmi ceux qui furent plus surpris de cette nomination, on .peut compter, sans aucun doute. Vivonne et Louis XIV ; car ce roi ne s'attendait pas plus à accorder celle récompense â son beau-rrère ladullériquement parlant* que celui-ci ne s'attendait à la recevoir.

Une anecdote de» Mémoires de Choisy donne le .-cercl de ce hulon si inattendu ; et les documents que l'on trouvera plus bas démontrent jusqu'à l'évidence le fait avancé par Choisy. Voici d'abord la citation empruntée à se» Mémoires: i Le roi avait fait avec Louvois (dit Choisy) la liste de eeu\ qu'il devait honorer du hAton de maréchal de France ; il ul'a vusuite chez madame de Montespan, qui, en fouillant dans ses poches, y prit celte liste, et n'y voyant pas M. de Vivonne, son frère, se mit dans une colère digne d'elle, Le roi, qui ne pouvait ni n'osait lui refuser en face, balbutia, et dit qu'il fallait donc que M. de Louvois eût oublié de l'y mettre. « hnvoyrz-le < quérir tout a l'heure, » lui dit-elle d'un ton impérieux, et le gronda comme il faut. On envoya chercher Louvois, et le roi lui ayant dit fort doucementquesans doute il avait oublié Vivonne, ce ministre se chargea du paquet, et avoua la faute qu'il n'avait pas commise. On mil celte fois Vivonne sur la liste ; la dame fut apaisée et se contenta de reprocher a Louvois sa négligence dans une affaire qui la touchait de si près. »

Maintenant, quant aux raisons qui font croire qu'en effet Vivonne n'était pas porté sur le premier travail, c'est qu'il va être démontré tout à : heure, jusqti a l'évidence, que Louis XIV était fort peu content de la conduite de son vire-roi la veille même du jour ou madame de Montespan exigea si impérieusement cette faveur pour Vivonne, et qu'ainsi le roi ne pouvait «voir alors la moindre pensée d'élever 4 ce grade éminenl le frère de sa mal- Ce mécontentement du roi était fort concevable, puisque, dans cette campagne de Sicile, l'insouciante paresse du joyeux général des galères avait été si loin, qu'elle avait même nui à sa réputation de bravoure dont il avait pourtant donné de si nombreuses et de vaillantes preuves. Madame de Sévigné, tout à fait des amies de Vivonne, dit, à ce propos, dans une lettre à madame de Grignan :

■t D'ici a demain je ne pourrai pas vous dire à quel point votre

• épisode de Messine m a divertie ; mais qu'est devenue celte

* valeur dont on se piquait autrefois dans sa jeunesse ? Le prince « (Vivonuei me parait comme le comte diCulagna dans la See- » chia, et, pour la ligure, n'est-il point exactement comme on « dépeint le Sommeil, dans l'Ariostc. ou comme Dcsprèuux re- « présente la Mollesse dans son Lutrin ? »

De fait, M. de Vivonne était tellement sous l'empire fie celle mollesse, que, pendant plu» de train moi», le vice-roi n'eut pas le courage d'écrire au roi une seule dépèche sur les ■flairai de la Sicile.

Une pareille incurie chez un homme chargé d'aussi grands intérêts, chez uu vice-roi, a la fois général des troupes de terre et de mer qui occupent les possessions qu'il gouverne, une aussi dédaigneuse insouciance, lorsqu'il faut à peine vingt jours pour écrire en France et en recevoir une réponse, serait a peine croyable sans les extrait» suivants qui prouvent que, par un singulier raffinement de cynisme, Vivonne, bien sûr du crédit de ses smirs, mesdames de Montespan et de Thiauges, sur Louis XIV et Seignelay, se faisait sans doute un malin plaisir, d 'ailleurs fort en rapport avec ses goûts d'oisiveté, de ne se gêner en rien, et de laisser le roi et son ministre dans la plus complète et la plus inquiète ignorance de tout ce qui se passait en Sicile.

El ce n'est pas seulement Louis XIV qui se plaint, ce sont les commerçants, les intendants, qui supplient Vivonne de leur écrire et de ne pas ruiner leurs tlifïèrenis services par sa funeste négligence. Mais le joyeux général ne s'en inquiète pas le moins du' monde, et, depuis le roi jusqu'aux intendants, tous restent sans réponses

Le premier fragment d'une lettre de Louis XIV, datée du 30 juin, est fort curieux et fort significatif, si on le rapproche de la seconde lettre de Louis, du 2 juillet de la même année, par laquelle il annonce ;ï Vivonne qii il le nomme maréchal de fiance : • or, il est clair que le 30 juin Louis XIV n'avait pas l'idée de faire le vice-roi maréchal de France, puisqu'il ne lui eu dit pas un mol dans sa longue dépêche de cette date 50 juin , au contraire toute pleine de reproches, et que le surlendemain il lui annonce tout à coup q\i il lui donne le bAl-jy

BAflT

A notre avis, ce fait conlirmo l'anecdote de Choisy. et démontre suffisamment que Vivouno ne fut inscrit sur la liste que lorsqu'elle fut close, cl. qui plus est, dans une circonstance peu favorable pour lui, mais qui n'en prouve que davantage la haute et puissante influence à laquelle il devait celte faveur inespérée, puisque à ce moment même sou silence et son incurie avaient presque irrité Louis XIV contre lui.

Voici le premier fragment, daté du 30 juin 1675 :

t Mon cousin , j'ai reçu votre lettre du fl mai dernier, par laquelle vous me rendez compte de ce qui s'était passe à Messine jusqu'à ce jour ; depuis ce lemps, je n'ai reçu aucune nouvelle de vous, j'en suis extrêmement surpris; aussi je commence par vous dire que vous devez chercher plus souvent les occasions de m 'écrire, puisque vous ne devez pas douter que je n'attende avec impatience des nouvelles d'un pays où vous devez avoir ù présent occasion de signaler votre courage en faisant quelque chose d'avantageux pour mon service. Je veux donc que vous destiniez deux ou trois bâtiments légers pour naviguer de Messine à Toulon et y porter mes lettres, et j'ai ordonue au sieur* Amoul, à Toulon! de tenir toujours des tartanes prèles, alin do vous porter promptement mes ordres, t

On voit, par la date de celte lettre, que Louis XIV n'avait pas de nouvelles de Messine depuis le 6 mai ( depuis environ deux mois|. Mais Vivonne ne s'en émeut pas le moins du monde, cl n'écrit pas uu mot a son maître de toute l'expédition de Melazzo, que le roi n'apprit que par la lettre de Vallavoirc à Pomponne.

Le 23 juillet, un mois après sa dernière dépêche i ce sujet, Louis XIV écrit de nouveau à Vivonne :

•i Mon cousin, je vous ai portant recommandé, par toutes mes lettres, de me donner souvent des nouvelles de ce qui se passe à Messine, et de dépêcher de temps en temps des bâtiments pour cet effet: cependant je n'en ai pas reçu de vous ilcpui* celle du fi mai dernier (depuis près de trois moisi J'ai reçu plusieurs avis de Naples et d'autres lieux, auxquels je ne puis ajouter aucune créance, n'ayant reçu aucun avis de vous de tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée de mes vaisseaux, de mes galères et de mes troupes. Vous pouvez facilement juger de l'impalienre avec laquelle j'attends rie vos nouvelles; clcomme je ne sais pas d'où ce défaut peut provenir, étant impossible que, si vous aviez détaché quelque tarlsiie ou autre bâtiment, il n'en fût arrivé quelqu'un ; et voulant éviter à l'avenir cet ineonvéniei l , je donne ordre au rieur Amoul de faire partir tous les vingt jours une tartane de Toulon, qui vous portera mes ordres ; mais je désire que vous 1a dépêchiez aussitôt son arrivée à Messine, sans y apporter aucun retardement, n'y ayant rien de p'us nécessaire, au bien de mon service, que je sois informè.des avantages que vous devez avoir remportes dans le commandement de mes armées de lerre et de mer. Comme je n'ai reçu aucune réponse aux deux dernières que je vous ai envoyées, et qu'elles contiennent des choses importantes, je vous en envoie des duplicatas. ■

Enfin, Vivonne ne répondant pas davantage, Louis XIV \»\ écrit de nouveau cette dépêche, datée du 2 août :

< Mon cousin , je suis fort en peine ie n'avoir reçu aucune nouvelle de vous depni* plu* de quatre mou, et que vous n'ayez renvoyé aucun des bâtiments de charge qui ont porté des bles et autres vivres a Messine, avec les sieurs du Quesne et d'Almcras, ni aucun vaisseau de gnerro pour les escorter. Cependant, quoique je ne puisse douter que ces bâtiments ne soient I présent arrivés a Toulon, et qu'il serait même trop tard a présent d'y pourvoir, je ne laisse pjs de vous écrire ces lignes pour vous dire que je vous ai averti, par mes précédentes, du passage de nuyterdnns la Méditerranée avec les vaisseaux hollandais, et a présent je suis bien aise de vous faire savoir qu'il est parti le 20' du mois passé , en sorte qu'il est absolument nécessaire, pour le bien de mon service, que tous ces bâtiments, dont je viens de vous parler, soient à présent arrivés ù Toulon, et qu'ils puissent servir au transport des vivres que j'ai ordonné

KT LOUIS XIV

de lenir prols, pour maintenir ces vaisseaux, qui son! sous votre commandement dans les mers du Levant, pendant tout le temps que ledit IWiyter pourra J ihmeurer,' c'est-à-dire jusqu'au mois de décembre prochain.

n Je vous répète eucore-qu'il n"y a rien de si important et de .si nécessaire que vous fassiez remplacer les vivres qui peuvent avoir été tires do mes vaisseaux pour cire employés a d'autres usages qu'à la subsistance de leurs équipages, d'autant que si vous ne les faisiez remplacer prompteuicnt, vous seriez peutêtre obligé d'en renvoyer une partie en France, pendant le temps que vous en auriez le plus de besoin pour combattre. Comme vous en connaissez bien la conséquence, je ne doute point que vous ne fassiez en cela ce qui est du bien de mon service. Je veux aussi que vous teniez la main à ce que les capitaines de mes vaisseaux conservent bien leurs vivres, et qu'ils observent que la distribution en soit faite avec tant d'économie, qu'ils puissent maintenir les équipages jusqu'à ce que les vivres qui partiront de Provence puissent être arrivés.

'< En quoi vous devez observer que, comme Ruyter arrivera assurément dans les mers du Levant dans le courant de ce mois ou au commencement du prochain, il se pourrait bien faire qu'il empêcherait les vaisseaux qui partiraient pour la Provence, charges de vivres, d'aborder à Messine, ce qui serait causé par le H op long retardement rpii a été apporté au départ des vaisseaux de charge avec des vaisseaux pour les escorter, et c'est a quoi il n'y a qu'une extrême diligefice et une grande économie de vivres qui puissent y remédier ; et comme il n'y ■ rien qui soit plus nécessaire au bien de mon service, dans une aussi grande af-

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taire que celle que je vous ai confiée , que d'être particulièrement et souvent informé du détail de ce qui se passe, * je m'é- « tonne extraordinairement que vous n'ayez pns dépêché de» » tartanes et, antres petits bâtiments pour me donner de vos « nouvelles. » Ne manque» pas A y Satisfaire pllls ponctuellement à I avenir ; et lorsque fa tartane qui vous parte «tes paquets sera arrivée, il est bien nêreasaire que vout l'expédiiez deux jours après son arrivée, ainsi que touies celle» qui voiir seront envoyées à l'avenir, afin que je puisse avoir plus souvent de vos nouvelles. Sur ce, je prie Dieu qu'il tous aie. mon cousin, en sa sainte et digne garde.

« Ecrit a Versailles, le 2 août 1705.

« Louis > Et plus bas,

n Coi.BF.KT. l>

Ce ne fut que trois semaines après, et sur de nouvelles invitations de Louis XIV , que Vivonne se résolut de lui répondre. »

Pendant la courte croisière de M. de Vivonne sur la cote d'Italie, un des plus beaux faits d'armes de la marine française avait répandu la terreur dans la ville de Reggio, située sur la côte de Calabre , et séparée de la Sicile par le détroit qui n'a pas plus de deux lieues en cet endroit. Ce fuit d'armes était du à I intrépidité du ebevalierde Tourville, venu à Messine comme capitaine de la Sijrine, qui faisait partie de la division de M. d Aimeras, composée du Magnifique, de soimnle-douze commandé par M. d'Almeras; du Comfc. capitaine dïnl'reville Saïut-d'Aubin ; de la flûte la formante, et du brûlot i7»i/rrWr, capitaine Scrpaut.

En un mot, M. de Tourville avait été incendier, en plein jour, à deux heures de relevée, un bâtiment espagnol, sous le canon de Reggio et de ses forts.

Ceux qui prirent part avec Tourville a cette action, d'une incroyable hardiesse, furent le chevalier de Léry et le brave Scrpaut, un des plus anciens capitaines de brûlot de l'armée.

Vivonne était encore en mer à celte époque, et sans doute <itie, prévenu contre Tourville, ainsi qu'il l'était, il n'eût pas rendu A ce jeune et brillant capitaine fa justice que Valîavo're, commandant par intérim, rendit au chevalier, en racontant ainsi qu'il suit, cet admirable combat à Colbcrt.

LE «AllQUIS DE ULUVOIKE A COLBEKT.

« A H«*ine, ce 31 jmlkl 1073

« Je croyais, monseigneur, n'avoir à vous écrire que lorsque M. de \ivonnc serait de retour; mais les dernières actions de JIM. les chevaliers de Tourville et de Léry sont trop belles pour attendre plus longtemps à vous en faire part.

« Etant allés dans le golfe de Venise, pour empêcher que les ennemis ne fissent passer quelques troupes du port de Thiery dans la Pouille, et ayant appris que ces troupes étaient déjà débarquées à Piscare , mais que quelques-uns des vaisseaux qui es avaient portées s'étaient retirés à Barlette, ils résolurent do les attaquer, et voici comment ils exécutèrent leur dessein

or Ils arrivèrent à l'entrée de la nuit à vue de Cadette, et avant aperçu trois vaisseaux sous la forteresse de la ville' ils allèrent mouiller le lendemain à une portée de mousquet des murailles. Aprèe avoir ranonné quelque temps ces vaisseaux ils mirent en mer quatre chaloupes commandées par le chevalier de Coctlogon. «quelles, à la faveur de leur feu, allèrent, nonobstant celui du canon et de la mousqueterie ennemie, aborder le plus gros desdits vaisseaux, qui était charge de blé et armé de émanante pièces de canon.

n Celui-ci se trouva vénitien et ne fit aucune résistance ; mais le capitaine qui le commandait avant dit nttdit chevalier dé (.oetlogon que les deux autres étaient espagnols, il poursuivit son chemin, et, malgré tout le feu do la ville et d'une galiote armée qui était dans le port, se rendit encore maître d'un de ces vaisseaux, coupa ses amarres et l'emmena aux nôtres.

« Cela fait, il retourna au vénitien pour le faire mettre * la to.Ic, et pour cela essuya derechef tout te feu du vaisseau qui inonde fc»l»gnoU «aient encore jeté quantité de

« Ils n'en demeurèrent pas à cette action ; mais, la nuit suivante, ils résolurent de l'aller brûler dans le port : il portait vingt pièces de canon, seize pierriers, et était défendu de tous cotes par la ville : tout cela n'empêcha pas nos gens d'exécuter leur deisrin, et ils attaquèrent ce bâtiment arec tant de vigueur qu au premier abord tous ceux de son équipage l'abandonnèrent'

« Un ne saurait dire combien de belles actions se firent en ceita occasion, et I o* ajoute que les chevaliers des Gouttes et de Sillery, qui commandaient chacun Une chaloupe, V acouirent une réputation toute particulière.

f De la, MM. lea chevaliers de Tourville et de Léry, avec leur escorte et leur prise, allèrent à Uagusc, où ils ne firent pas moins paraître d esprit et d'adresse qu'ils venaient de témoigner de vigueur et d intrépidité. Ils envoyèrent quérir les jurais, leur firent reproche de ce qu'il» fournissaient aux Espagnols des mariniers et des rafral. hissemenu, et qu'ils ne fais aient pas a même chose pour les Français ; ils les menacèrent sur cela de les venir brûler dans leur port, cl enfin les surent si bien intimider, qu ils leur promirent de garder à l'avenir d'autres mesures, et de faire pour cet effet publier un ban. Jusque-là tontes choses étaient allées le mieux du monde; ils amenèrent heureusement ici leur prise; mais la fortune qui nous avait favorisés commença de no:.* être contraire : les courants ayant empêché M. de Ussonville d'entrer avec les autres vaisseaux dansée port, et l'ayant ensuite porté jusque sous le canon de Deg-io. ma'hcureusemenl pour nous, les dix galères de Melazzo venant a passer le lendemaiu malin de ce côté-là . le trouvèrent eu calme, cl le pri ent sans qu'il nous fût possible de le secourir.

* .Nos galères remorquèrent quelques-uns de nos vaisseaux, mais ils u'y lurent pas assez à temps; je fis ce que je pus do mot! cote pour animer et diligenter les affaires; je montai sur le bord de M, de Eorbin, et voulus me trouver moi-même en celle occasion; mais tout cela, comme je viens de dire fut inutile, cl uous eûmes le chagrin de voir prendre ce bâtiment à nos yeux.

» Celte perte, qui se fit le dimanche 21 du mois passé, ne jeta pas moins de consternation dans la ville, qu'elle oou* laissa de il. sir du nous en venger à quelque prix que ce fût

•> Nuus concertâmes donc, monsieur l'intendant, nicssicuis

JICAN BAHT

de Tourville, de Léry el moi, sur le biais que nous pouvions prendre pour la réparer; el, après avoir bien consulté, nous trouvâmes qu'il n'y avait point d'autre moyen que d'aller brûler, s'il se pouvait, celle In cite dans le port de Iteggio.

« Ce dessein pris, MM. de Tourville et de Lérv attendirent jusqu'au samedi suivant que le veut devint favorable, et ce soirlà le trouvant tel qu'ils le pouvaient délirer, l« lendemain au m uni ils firent remorquer leurs vaisseaux par les galères . el sortirent de ce port a la faveur de la marec.

« Le chevalier de Tourville silla le p entier du roté de Reggio, et, «'allant mettre eo panne à portée de canon de la ville, essuya tout le feu de la forteresse et des bastions pour donner temps a M. de Lery et au capitaine Serpaut, qui le suivait avec brûlot, de pouvoir exécuter son dessein.

lit sauter, el le bastion presque avec lui. Le désordre fut si grand dans cette occasion, et la terreur, rumine le remarquèrent ces messieurs, si grande, qu'ils disent que, s'ils avaient eu quelques troup s pour l'aire une descente, ils croient qu ils auraient pu se rendre maîtres de Reggio.

h M. de Léry eut quatorze ou quinze personnes de tuées ou blessées d'un canon qui creva sur son bord, et ils perdirent peutêtre bien tous deux de vingt-cinq ou trente hommes.

>i Après avoir brûle tout ce qui était dans ce port, ils reprirent leur navigation; mais beaucoup plus lentement qu'ils n'auraient pu faire s'ils se fussent voulu servir du vent, qui clait alors assez frais, pour montrer à ceux de Reggio qu'ils n'appréhendaient ni leurs bastions, ni leur foi teresse.

« Toute la ville de Messine, qui fut témoin de cette action, en

En Uitim-nl r<|H|>n<il ineenilo- par Tour»ille, ton» k camni <l« HPppio et de *ts forlj.

« Ce dernier, à la faveur du feu de nos vaisseaux qui se mirent tous deux en panne devant Rtggio, et qui commencèrent à lui lâcher toutes leurs bordées, alla jusqu'au lieu où était la frégate, trouva moyen d'y areroeher son brûlot, nonobstant les précautions que les ennemis avaient prises pour l'en empêcher, el il mit le feu en même temps.

4 Je ne puis pas m'empëcher de dire ici que MM. les chevaliers de Coellogon. des Gouttes ci de Sillery montrèrent encore en celte occasion une bravoure tout extraordinaire; car, appréhendant qu'il n'arrivât quelque accident à ce capitaine, ils l'allèrenl attendre dans des chaloupes pour prendre sa place-en cas de besoin, el ne revinrent point qu avec lui, et lorsqu'il eut exécuté ses ordres.

« Tandis que la frégate brûla, nos vaisseaux demeurèrent toujours dans la même place, faisant un feu continuel pour empêcher ceux de la ville de la venir secourir. Cependant, quatorze ou quinze bâtiments chargés, qui étaient au dessous du vent, furent bientôt embrasés romme elle, et le feu se portant jusqu'à un magasin de poudre qui était voisin d'un bastion . le

a reçu une joie que l'un ne peut dire; elle redouble si fortement eu eux le z le et l'inclination qu'ils ont pour la France, que I on ne peut pas douter qu'elle ne produise encore de merveilleux effets,

« A l'égard des ennemis elle va rendre tous leurs ports inutiles, et, a la réserve d'Angoiisle. je ne crois pas qu'ils se Irouveui en sûreté eo quelque port que ce soit.

« Voilà, monseigneur, de quelle manière les choses se sont ici passées. M. l'intendant, qui pourra vous en rendre un compte plus exact, est à présent eu meilleur état qu'il n'a été : sa goutte el la lièvie. qui l'avaient un peu tourmenté ces jours passés, l'on) quitté, et il commence de reprendre sa première santé. Je ne vous dis puiut de quelle manière il gouverne ici les affaires, vous savez mieux que personne du monde son mérite el ses qualités ; tout ce que je puis vous dire, c'est qu'il y est chéri et respecté autant qu'on le peut être de tout un peuple, et qu'on ne peut pas garder plus d ordre et plus d'exactitude en toutes choses qu'il l'ail.

« Les ennemis voulurent, il y a quelques jours, faire une en-

treprise sur San Stephano et enlever ce poste : ils détache renl,

four cela, trois ou quatre cents Calabrois cl des habitants du iume de Nisi, qui est un lieu voisin de l'Escalettc ; mais ils furent si vigoureusement repousses par ceux qui gardaient ce poste, et par quelques cavaliers que j'y avais envoyés, qu'ils perdirent plusieurs de leurs gens et en laissèrent cinquante prisonniers.

» Il leur est bien venu en tout quatre mille Allemands; cependant leur nombre n'est toujours que de huit mille hommes de pied et de mille chevaux, a cause des gens qui leur meurent ou qui désertent . Les quatre vaisseaux du Ponant sont arrives, et les trois de Provence. Je suis, monseigneur, avec mon respect et mon attachement ordinaires, votre irès-humble cl irès-obtissant serviteur, u Vau.avoire.

voisins, et les disposer à prendre quelque bonne résolution. Aujourd'hui, par deux felouques qui sont arrivées dans ce port, Von a nouvelle que l'armer de France est retournée a Messine.

« Des lettres du 29 du mois passé, que nous avons reçues par un courrier en diligence, arrivé le 1 <le ce mois, donnent avis de I horrible et ardent attentat commis par les Francis sous Rcggio. Ceux-ci, ne pouvant souffrir que deux galères d'Kspagnc eussent combattu et pris un de leurs vaisseaux de trente pièces de canon, chargé de nié et munitions pour Messine, se résolurent d'y aller mettre le feu jusque dessous le canon et de la mousqueteriedudit Reggio;ilsoitit donc du port de Messine deux gros navires de guerre avec un brûlot, et a la faveur d'un bon u ni ils furent dans un instant comme un foudre* sous lleggio. sans que les canons ni les coups de mousquet les rebutassent; eux-mêmes

Alliquc du RMlC ite San SttfJpUM

i J'oubliais de vous dire, monseigneur, que M. l'intendant a donné ici le parti du bit- a un appelé Gourville, commis de M. de Bonrepaus; au lieu que le sénat en faisait autrefois la distribution au peuple, ce sera présentement lui, à douie ècus la salme, tous droits pavés. î

(Arthivet rie la Marine, h l crsuilkt.)

S'il était possible d'admettre le moindre doute sur cet admirable combat, voici une relation contradictoire, traduite de 1 italien, qui prouve jusqu'à quel point la terreur fut poussée dans lleggio.

coime d'usé relation vende de nah.f», dd C août 107*»,

TRADUITE d'iTALIEN KN MaNÇaIS.

o On dit nue les Français, dans Isola di Ponia (l'Ile de Ponce), forment quelques bastions pour se fortifier, et qu'ils y ont laissé des hommes pour travailler avec des soldats. Cela fait espérer ici que de tels attentats pourront donner de la jalousie aux princes

1 18 hrk, - l«f>i»»ii Sti.«.iti, r<K ilihwfc, t.

firent diverses décharges de leur artillerie contre la ville de laquelle ils endommagèrent beaucoup les murailles, et particulièrement les maisons; cl, ayant abordé ledit vaisseau chargé, ils y mirent le feu avec lanl de succès, que tout aussitôt il parut un enfer dans l'eau; le feu qui prit aux bombes ri grenades dudit brûlot t caria si loin les clous et autres pièces de fer qu'il y avait, qu'il lit iion-srulemenl du fracas sur les soldais qui flai«M venus sur les murailles pour empêcher le débarquement, mais encore aux gens qui étaient dans la ville, dont il y en rut plusieurs de tués el de blessés, et avec une grande terreur de tous; le feu prit à la sainte-barbe du vaisseau qui se brûlait, en sorte qu'il semblait que tout le monde était tout en feu, tant les flammes étaient grandes; et si cela était arrivé de nuit, au lieu qu il commença à midi, assurément que Reggio se serait tout brûle, à cause de la confusion et de la peur qu'on aurait eue parmi la terreur, qui u'aurailpas permis aux habitants de dnm er aucune assistance, comme ils ont fait sur ledit vaisseau. Tout son chargement y était encore, et de plus quelque chose appartenant à don llalîha&ar de Guevara, et avec cela il se brûla encore une de nos

JEAN HAUT

larianes Celle action, faile en vue d'une place d'armes et du général Branc liari, cl aulres meslres de camp et officiers, a donné tint d'appréhension qu'il n'est pas rroyalile.

* Présentement nos galères .«ont a Angouste, et l'on a vu paraître d'autres voiles a Messine. »

{Archive» de la Marine, h Versailles.)

Voici enfin, au sujet de celte action, une lettré originale de Tourville à Colbcrt, dont malheureusement on n'a pu retrouver • la fin. Il est hors de doute qu'elle contenait des renseignements d'une grande importance, puisqu'en marge de cette dépêche on lit ces mots de la main de Colhert : *

k Tout ceci est très-important; il y a bien des articles sur les- « quels il faut prendre les ordres du roi. »

On peut juger de l'intérêt de cette dépèche par un passage où le chevalier se plaint de la fonte de plusieurs canons qui crevèrent et intimidèrent tellement l'équipage, que la Surine ne lil pas !c feu qu'elle devait faire. Ce passage est souligné avec un renvoi aussi de la main de'Colbert. portant ces mots : Important; il faut Miroir a" oh l ieu neuf ces canons.

Sans doute que les observations de Tourville avaient Irait au matériel et à la discipline des vaisseaux, du moins les autres parties de sa correspondance avec le roi et les ministres, qui sont heureusement conservées intactes, le laissent a penser; car, d'après la lecture de ces précieux documents, il demeura bien démontré que Tourville fut uo des premiers a réclamer la réforme d'une foule d'abus que Colhert n'avait nu que signaler, ayant d'ahord a fonder, a créer le matériel d une marine tout entière, que son successeur devait perfectionner.

Voici le fragment de celle dépêche, où I on verra avec quelle naïve modestie Tourville parle d'une expédition si glorieuse pour lui.

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