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€ Aflo-ta, le 3 5C|)ti>mliro 1075.
« Sire,
1 Le ciel ayant favorisé les armes de Voire M.ijesie en ce pays
d'un succès assez considérable, il est juste que je lui dépêche et courrier exprès, qui est le major des galères, pour lui rendre complu de ce qui s'est passe. Votre Majesté aura donc agréable, s'il lui plaît, que je lui dise qu'étant parti avec tous ses vaisseaux et toutes ses galères, ledit jour quinzième du passé, pour venir ici, j'y arrivai heureusement le samedi dix-septième. Kn approchant de l'entrée du port, le vent ne se moutrant pas tout a fait favorable, il fallut louvoyer. Ha première réflexion fut que les galères ne pouvant pas se tenir bord sur bord comme les vaisseaux, et pouvant présenter au vent beaucoup plus près que les navires, je devais les faire entrer les premières, moitié à la voile el moitié a la rame, pour ne point dérader en cas que le vent devint contraire. Je les obligeai donc de faire cette manœuvre incessamment, à quoi elles obéirent aussitôt, et ainsi elles entrèrent les premières le plus avant qu'elles purent dans la rade. Cela fait, je tirai deux vaisseaux de chaque escadre pourtaire un détachement
3ui cauonuât la tour d'Avalos, qui se présente la première, penant qu'a la faveur de ces six navires le reste de l'armée se coulerait daus le port. Comme ce détachement se mettait en ordre, qui était le sieur Cabaret et les sieurs de Cogolin, de Tourvillc, de Forbin, de Cou et de la Molle, le vent s'élant fait meilleur el plus fort, il se trouva que tous les vaisseaux entrèrent tous ensemble, les six premiers un peu devant les autres. L'armée garda sa figure ordinaire. L'escadre du vice-amiral, faisant l'avant-garde, s'enfonça et mouilla proche des forts Victoria et Piccolo. qui sout vers le fond de la rade ; celle de l'amiral donna le fond devant la ville et le château, et celle du contre-amiral entre la ville et ladite première tour, le tout en très-bon ordre. Tout le monde étant mouillé, on commença la canonnade. J'oubliais à dire qu'en entrant je fis signal aux galères qui étaient entrées de venir se tenir proche des premiers six vaisseaux, pour les remorquer en cas de besoin, ce qu'elles firent en diligence en nombre de douze; et étant arrivées, voyant qu'il y avait du veut et que lesdils navires n'avaient pas besoin d'elles pour s'approcher de la tour, elles s'approchèrent de ladite tour pour la canouner de compagnie avec lesdils navires ; le» autres douze, se joignant à l'escadre de M. du Quesne, canonnèrenl les deux forts Victoria et Piccolo. De celte manière, l'armée navale prétait le celé à tous les forts et à la ville. Quand on eut cessé de caoonuer, les chaloupes des vaisseaux et les calques des galères attaquèrent lesdit loris de plus près : ceux des douze galères et de l'escadre de M. du Quesne entreprirent si vigoureusement les forts Victoria et Piccolo, que le premier se rendit par composition au sieur commandeur de la Bretesche , capitaine de galère, et l'autre au lieuteuaut de M. du Quesne, nommé Pallas, qui est un très-bon sujet. Dans le même temps, le détachement de l'infanterie de la marine, qui avait été destiné, ayant été débarqué sur la langue de terre qui est au bout de la ville, je me rendis sur le lieu pour le faire faire en bon ordre, et m'apercevant que notre monde était assemblé, et que la tour d'Avalos n'était pas encore rendue, et que, si elle .venait â tirer, elle pourrait voir cette infanterie par le revers, je m'avançai en toute diligence en felouque vers ladite tour, et, en y allant, je vis que nos soldats, qui l'attaquaient, trouvaient encore quelque résistance, laquelle ayant pris lin par une capitulatiou que le chevalier de Tourville ménagea , le pavillon blanc y fut arboré. Comme je vis cette affaire finie, je m'en retournai vers noire infanterie, qui était composée de deux bataillons, savoir : de celui des vaisseaux, commandé par M. d'Almeras, et celui des galères, commandé par M. de Manse. Je lui commandai de marcher en diligence vers la ville, et je m'en allai cependant en felouque vers le château. En y allant, j'eus i la rencontre M. le commandeur de Valbelle, et je prie aussi M. du Quesne, avec lesquels je pris terre el montai jusque dans les plus proches maisons duuit château. Eu arrivant, je trouvai que les majors des vaisseaux et des galères, qui, avec cinquante hommes, s'étaient avaucés par mon ordre un peu auparavant vers ledit château, avaient déjà si bien fait leur devoir d'eux-mêmes, qu'ils avaient mis en avant quelques discours de capitulation, et même si bien, que le major de la place me vint trouver, de la part du commandant, pour me faire des propositions, me demandant du temps pour envoyer à Melazzo. Ne voulant pas perdre une aussi bonne conjoncture, je me hâtai de leur donucr un olage de ma part, qui
fut le chevalierde Lauzun, homme de mérite, et qui sert très-bien Votre Majesté depuis longtemps auprès de moi. et je r.çus ledit major pour la garnison. Ensuite je dis a ceux nui me parlaient que je leur ferais le traitement le plus honnête du monde ; mais que te voulais qu'ils se rendissent dans le jour même, autrement qu'il n'y aurait rien de fait, surtout s'ils attendaient ajuc notre infanterie vint jusque sur le bord du fossé ; et afin qu il nu pût entrer aucun secours dans le château par le derrière, j'envoyai cinquante mousquetaires se saisir du petit pont, et, tout d'une même suiteTje dis au chevalier de Valbelle de s'avancer vers le château et de travailler aux articles de la capitulation aven ceux qui étaient venus me parler; el me reposant de cela sur lui, je m'attachai â faire avancer notre infanterie, laquelle était déjà entrée dans la ville, afin que les ennemis la voyant se pressassent de conclure. La#.hose succéda comme je l'avais projeté ; car, peudîul que je me détournais pour faire cela, la capitulation fut achevée, qui fui dé sortir armes et bagages et avec un canon, et, comme ils n'avaient pas spécifié quelle sorte de canon, je leur laissai emporter le plus mécbaut de la place. Cette affaire ainsi terminée, je fis vilement entrer des soldats dans la forteresse, et les ennemis en sortant, je les fis mettre daus trois barques qui, le lendemain, les portèrent i Melazzo. Ayant fait la visite de tous ces forts le même jour, j'y trouvai irès-peu de canons, ce qui me lit songer tout aussitôt à y en mettre, afin que les ennemis, venant, ils ue me pussent faire la même insulte qu'ils venaient d'y recevoir. C'est pour cela que je donnai ordre qu'on tirât deux pièces de fer de vingt-cinq vaisseaux, lesquelles j'ai fait placer en bon ordre dans lesdiles forteresses. Outre cela, étant allé a Messine le vingt-neuvième du passé, pour quérir les régiments deCrussol et de Louvigny, pour mettre ici en garnison, j'en rapportai, le viugl-neuvième du courant, les cinquante canons qui élaient dans les vaisseaux la Madona del Popolo, que je pris l'hiver dernier en arrivant à Messine, lesquels ayant mis ici pareillement eu batterie, j'ai fourni si abondamment d'artillerie tous les châteaux qui regardent le port, que je ne crois pas que tous les" vaisseaux du monde les puissent prendre. Les murailles desdits châteaux sonlsi épaisses elsi fortes, même les parapets, qu'une canonnade, pour si longue qu'elle soit, ne les saurait démolir; ce qui m'a fait dire que, si les ennemis avaient connu leurs forces, nous ne les aurions jamais pu prendre. Pour celui de terre, que j'aurais pris dans trois ou quatre jours par la force, quand il ne se serait pas rendu comme il l'a fait, â cause que les maisons de la ville, venant jusque très-près du fossé, je pouvais, en peu de temps, faire dresser des batteries qui m'auraient donné moyen d'attacher fortement le mineur au corps de la place.
« Il y avait longtemps, sire, que j'avais formé celte entreprise; mais, ne m'élant jamais vu un nombre considérable de vaisseaux ensemble qu'à mon retour de Naples, que je trouvai â Messine MM. Cabaret et de Itelingue arrivés, je n'ai eu aussi moyeu de l'exécuter que depuis ce temps-là. Les raisons qui me confirmèrent dans celle pensée furent de me donner une entrée dans la Sicile plus facile que celle de Messine, et que je crois avoir rencontrée , surtout si j'avais un peu de cavalerie. Oulre cela, je voulais ôter aux ennemis, et â Ruyter particulièrement, le plus beau port du monde pour se retirer, et Dieu m'a fait la grâce que cela m'a réussi. C'est â Votre Majesté présentement de' prendre le parti qu'elle jugera plus â propos pour nous donner moyen de conserver ce beau poste. J'ai pVèiemlu encore qu'Agosta nous servira à conserver Messine, parce que les barques el autres bâtiments qui viendront pour nous apporter des vivres, ayant des ports dessus et dessous le vent, où ils pourront se retirer en sûreté, auront moins de répugnance à y venir qu'ils n'en ont eu par le passé, particulièrement dans cette saison où les vents étant Forts, et les calmes rares, donnent plus de moyens aux petits bâtiments d'éviter les v-iisseaux de guerre.
« Votre Majesté m'a souvent demandé mes sentiments touchant les galères, si son service requérait que je les gardasse ici ou que je les envoyasse en Franc* ; et ci-devant j'ai pris la liberté de lui mander que j'eslimais que c'était une chose nécessaire qu'elles passassent l'hiver ici. comme je suis encore de
ce sentiment si la chose était faisable ; mais, ayant considéré qu'il faudrait pour quatre mois de vivres pour elles, au moins quatre mille saines de grain , qui sont huit mille charges de rrance, et que d'ôter cette quantité à Messine, ce serait la priver d'un grand secours, il a fallu, malgré moi, prendre la résolution de les renvoyer. Ainsi j'arrêtai hier qu'elles partiront le quinzième du courant pour s'en retourner toutes à Marseille. Je les ai voulu retenir encore cette quinzaine pour voir si Votre Majesté ne m'enverra pas des ordres entre ici-la qui me mar- 'quassent que son intention fût de les garder, ci qu'elle m'envoyât les moyens de les nourrir ici sans toucher a la subsistance de Messine, auquel cas je les garderai ; mais, si ces ordres ne viennent point, Votre Majesté peut compter qu'elles seront en Provence dans tout le mois d'octobre.
« Les vaisseaux ne se trouvant avoir des vivres, a bien ménager ce qu'ils ont, que jusqu'au quinzième octobre, il avait été résolu qu ils s'en retourneraient en France , comme je l'ai déjà fait savoir a Votre Majesté , pour en reprendre et revenir ici de bonne heure. Mais Messine et Agosla ne se pouvant pas maintenir et être dénuées de toute l'armée navale, surtout les ennemis ayant a y venir avec une puissante armée de mer, il a été jugé à propos de conserver les vaisseaux ici jusqu'à la fin de novembre, et de prendre pour cil effet, sur la subsistance de Messine et d'Agosla, les six semaines de vivres nécessaires pour cela, afin de suppléer ou à là consommation qui s'en est faite, ou au manquement de fournitures de la part du munitionnaire, et tenir la mer pendaul tout le temps que Sa Majesté prétend qu'on le doive faire, pour lui donner moyen de nous faire tenir les deux mois de victuailles qu'elle nous fait préparer a Toulon, et ainsi de maintenir ses affaires dans ce pays-ci. Par ce moyen, nous prétendons mettre en sûreté les convois qui nous doivent venir du Levant et de Tunis, et les bâtiments que nous allons y envoyer encore de oouveau, et embarrasser les ennemis quand ils seront dans ces mers; étant certains qu'ils n'auront pas une action si libre et si quictte quand nos trente vaisseaux tiendront la mer dans ce voisinage, que s'ils étaient absents.
« Votre Majesté, par sa lettre du vingt-sixième juillet, se plaint du peu de soin que j'ai de lui écrire, et je lui demande trèsbumblement pardon de ce manquement; mais elle me permettra de lui dire, avec tout le respect que je lui dois , et sans me vouloir justifier, que je me trouve a toute heure ici toucher du doigt à de si grandes extrémités, à cause de la quantité de blé qu'il faut, ou pour Messine, ou pour les vaisseaux, ou pour les galères, que Votre Majesté doit un peu compatir a la faiblesse humaine, si je ne prends pas si diligemment qu'il serait a souhaiter les résolutions qu'il faut; étant inutile d'écrire a Votre Majesté, si ou ne lui mande dèterminémeu^ le parti qu'on croit qui est à prendre sur tout ce qui arrive. Par exemple, sire, quoique Agosla ait été prise le dix-septième du passé , je n'ai pu néanmoins plus tôt dépêcher a Votre Majesté, parce que j'ai voulu auparavant régler le plan de tout ce qu'il y avait à faire pendant plusieurs mois, pour maintenir Messine, Agosla et les vaisseaux, et pour cela il faut y songer plus d'une fois, y ayant quantité de choses à considérer qui demandent chacune en particulier de grandes réflexions ; et il faut se représenter divers partis pour se déterminer a un. Je ne pouvais donc lui dire plus tùt qu aujourd'hui , sire, que je me suis déterminé a garder Messine et la ville d'Agosla . que je crois, avec les trente vaisseaux, le* pouvoir maintenir jusqu'à la fin de décembre ou au commencement de janvier , dans lequel temps Votre Majesté nous pourra envoyer ses ordres, soit pour les conserver seulement, soit pour conquérir davantage de pays. Si je n'ai pas de cavalerie , je ne puis pas davantage m'étendre aux environs d'Agosla, parce que je n'ai que cent cinquante chevaux, et que les ennemis en ont au moins neuf cents, et qu'outre cela il faut de l'infauterie pour pouvoir se rendre maître des postes qui sonl voisins de la mer et les conserver, afin d'avoir des retraites sûres à point nommé, et ne pouvoir être coupé quand une fois la cavalerie irait faire des courses pour obliger le pays a contribuer. Ce que j'ai pu jusqu'à présent a été, par le moyen des galères, de mettre une bonne quantité de fourrages ici dedans pour la cavalerie que nous avons; et les ennemis voyant cela
ont brûlé tout ce qu'ils ont vu de monceanx de paille le long de la mer, afin que nous n'eu puissions profiler pour en prendre davantage. Il y a ici dedans du blé suffisamment pour la ville el pour la garnison, pour quelques mois. A l'égard de Messine, nous comptons qu'il y a présentement pour jusqu'à la mi-octobre, et qu'avant que cette quantité soit consommée, nos convois de la Morèe et de Tunis en apporteront vraisemblablement pour aller jusque vers la fin de l'année, sur quoi on prend les six semaines nécessaires aux trente navires. Ainsi , pour maintenir celte grande ville, il faudra qu'il lui en vienne encore pour pousser jusqu'à la fin de janvier, qui est le temps auquel nous supposons que Voire Majesté nous pourra secourir de troupes et autres choses, ou au moins de ses résolutions el ordres ; sur quoi je la supplie très-humblement de souffrir que je lui représente (comme j'ai déjà fait plusieurs fois) que, si elle se détermine à envoyer des troupes en ce pays-ci, elle les envoie en telle quantité qu'elles aient figure d armée , autrement je ne puis pas lui répondre d'aucun succès un peu coosidérable. Il serait bon d'appuyer le projet que M. l'intendant a fait pour la nourriture de Messine; je crois que, si on se met en devoir de l'exécuter, l'on soutieudra cette grosse ville sans une extrême peine.
« Etant nécessaire de réparer un peu le château d'Agosla et quelques endroits qui rendent la ville tout ouverte, j'ai obligé monsieur l'intendant de prendre une somme de dix mille écus des prises que j'ai faites , pour employer à les mettre en l'état qu'il faut pour être de défense contre les ennemis s'ils viennent pour nous ôler celte conquête. Je supplie Votre Majesté d'avoir agréable ce que j'ai fait en cette rencontre; sans nécessité du service je ne l'aurais pas entrepris, à cause de la répugnance que monsieur l'intendant y apportait.
« Votre Majesté m'ordonne de monter sur l'amiral lorsque j'apprendrai que Ruyter sera entré dans ces mers, el elle peut compter que je n'ai pas une plus grande joie que d'obéir à ses ordres; mais, néanmoins, il me parait jque Messine s'épouvante si fort lorsqu'elle me voit embarquer , et les malintentionnés que les Espagnols y entretiennent encore savent si bien dire que je m'en retourne en France, que, si l'armée ennemie venait, pendant que je serais dehors, se préseuter à Messine, je ne fais nul doute qu il n'y survint un irès-grand désordre qui donnerait moyen aux Espagnols d'y entrer. Je préférerai néanmoins les ordres de Votre Majesté à toute autre chose, et il faudra que nés empêchements soient bien grands, si je ne me rends exact a les suivre.
« Le projet que j'ai formé pour les vaisseaux est qu'ils parlent dans un jour ou deux, au plus tard, pour s'avancer jusqu'à Caillari, pour apprendre des nouvelles des ennemis; de II, ayant nettoyé tous les dangers, ils feront partir pour Toulon les vaisseaux /<• Triton, le Drôle, te Comte, (Etoile et la Normande, afin d'y charger les deux mois de vivres que Votre Majesté y fait préparer pour son armée navale, el des troupes qui serviraient d'armement en partie auxdites flûtes; et comme nous avons perdu beaucoup de matelots el que nous sommes pour en
Iierdre encore beaucoup d'autres, on en pourrait mettre sur esdils bâtiments une quantité raisonnable pour remplacer ces vides, et cela ferait que ces cinq bâtiments seraient Irès-forts dans le passage, sans qu'il en coûtât rien d'extraordinaire a Votre Majesté pour leur équipage. Les vaisseaux continuant leur cbemiu de Caillari jusqu'à Tunis, y escorteront une flûte de Votre Majesté, nommée la Soulrise, et un vaisseau que j'ai pris dans mon voyage de Naples, qui est très-prnpre pour charger du blé, et en ramèneront le Palmier et C Avenant qui y chargent depuis longtemps. Ainsi ils emploieront bien leur moi s de septembre à cela. A leur retour, si M. de fa Bretesehe n'était venu (ce que je ne crois pas), ils iront à sa rencontre, et se tenant sur le cap d'Armes , pour l'escorter jusque dans Messine. Pendant ce temps on fera du pain auxdits navires, lesquels ils viendront prendre, et du vin en cette ville Apres quoi je pourrai m'embarquer sur l'amiral el y faire ce que Votre Majesté m'ordonne . puisque ce sera le temps que les ennemis pourront paraître. J oubliais à dire que nous avons encore des
barques grandes et bonnes pour aller au blé, que nous enverrons avec les flûtes.
f Je supplie très-humblement Votre Majesté de croire que je fais ce que je puis pour empêcher le désordre qui se peut commettre dans la consommation des vivres ; mais ce n'est pas chose aisée; on y fait ce que l'on peut. Après vous avoir rendu compte, sire, des "choses qui regardent Votre Ma;esté en ce lieu, il est plus que juste que je la remercie de l'honneur extraordinaire et incroyable qu'elle m'a fait en me donnant si libéralement le bâton de maréchal de France. J'avoue de bonne foi avoir été surpris dans cette rencontre ; car, connaissant le peu de mérite de mes services, je n'envisageais que dans des vues fort éloignées un bien si considérable. Cependant, sire, m'en voyant gratifié de si bonne heure et d'une manière qui comblerait le sujet le plus accompli, je suis resté dans un élonneinent si profond, que je ne m'en ai pu tirer, et j'y resterais encore plus volontiers que d'écrire, si la bienséance et la reconnaissance me pouvaient permettre de me taire, lorsque Votre Majesté me donne tant sujet de parler. Quelque obligation que j'aie néanmoins, sire, de vous en faire un véritable remerelmcnt, c'est une nécessité que Votre Majesté se contente de ce que je viens de lui dire. Je suis trop occupé de mon ètonnement pour arranger plus de paroles ensemble ; mon cœur et mon zèle feront le reste dans ce qu'il faut faire ici pour votre service; je m'y plongerai tout entier, et de celte manière, exposant tout ce que j'ai pour mériter tout ce que Votre Majesté m'a donné, je tâcherai, quoique faiblement, de lui témoigner autant de reconnaissance que je puis ; et, me tenant dans cette voie, je la persuaderai bien plus sûrement et avec plus d'efficacité de mon ressentiment, que si je cherchais par de plus beaux discours de lui prolester que je suis avec le dernier respect et le zèle le plus ardent du monde,
n de Votre Majesté, « le très-humble, très-obéissant, très-Gdèle sujet et serviteur,
t Vivosre. »
(Archive* de la marine, à Versailles.)
Cette dernière lettre de Tourville sert, ainsi que nous l'avons dit. de texte contradictoire au mémoire de Vivonne, et prouve bien évidemment que non-seulement la pensée du siège d'Agosta ne vint pas au vice-roi, mais qu'il fallut que Tourville, une fois sur son bord, le forçat presque de se décider à l'attaque.