IRAN BART
3 ne eoruinil Yivonne pendant sa vice-royauté; pourtant la prise 'Agosla lut (1 un grand secours : il. de Montas, maréchal de camp, que M. de Vivoune laissa dans celte place pour y commander, lit reparer les forts que l'artillerie française avait ruinés, éleva quelques nouvelles fortifications, et mit cette place dans nue parfaite condition de défense. Les habitants, que la domination espagnole avait aigris, mirent sur pied plusieurs compagnies de cavalerie, et, soutenus par'quelques troupes d'infanterie, ils firent souvent des sorties, qui incommodèrent extrêmement les Espagnols refoulés dans le plat pays. M. de Vivoune, ayant baie de revenir a Messine, laissa quatre vaisseaux a Agosta, et revint avec joie dans la capitale, où il fut reçu en véritable conquérant.
Peu de temps après, il fut obligé de renvoyer en France uue grande partie de sa flotte pour y aller quérir les vivres nécessaires à la subsistance de Messine, qui, depuis près d'une année d'occupation, était, ainsi qu'on l'a dit, réduite à tout recevoir de France, puisque le vice-roi n'avait rien tenté sur le plat pays, pourtant un des terroirs les plus fertiles du monde, et appelé dès longtemps le grenier de l'Italie ; mais telle était l'apathie de Vivoune, et aussi l'opiniâtreté de Louvois à ne pas envoyer à Messine les troupes nécessaires, que la France était obligée de nourrir Messine, quaud, à vingt lieues dans l'intérieur de la Sicile, les terres regorgeaient de blé.
A peine les vaisseaux français avaient-ils mis à la voile, que la flotle espagnole fit voile de Naples et vint mouiller près de la côte de Calibre, à la vue du phare, le 24 octobre.
Aussitôt M. de Yivonne ordonna à M. d'Almeras d'aller à eux, ce qu'il fit bravement ; les Espagnols prirent alors la fuite, et, après plusieurs heures de ( h isse, d'Almeras mit en paune et envoya demander a Yivonne que! parti il devait preudre, ajoutant que, selon lui, il était dangereux de passer le détroit, vu qu'une fois ce détroit passé il ne dépendait plus de lui de rc- \euir, à cause de la violence des courants. Mais, nonobstant ces raison*. Yivonne lui ordonna de poursuivre l'ennemi ; d'Almeras obéit, et, pour suivre ses instructions, il fut obligé de ranger la terre de très-près, les ennemis fuyant du côté de Melazzo ; alors son vaisseau toucha, et manqua d échouer selon ses prévisions ; au même moment Yivonne, qui avait assisté à presque toute l'action sur le bord de la mer, lui dépécha courrier sur courrier pour lui ordonner de revenir, lui annonçant que les Espagnols avaient reçu un secours de treize galères. D'Almeras revint, et trouva M. de Yivonne fort irrite contre lui, qui lui reprocha durement île ne pas avoir assez poursuivi les Espagnols.
Ces reproches étaient au moins singuliers dans la bouche de M. de Yivonne; mais d'Almeras répondit par un mémoire adresse à Colbert, et dans lequel toute sa conduite est exposie avec uue candeur et une lucidité pratique qui doit convaincre tonte personne un peu au fait de la lactique navale.
On a dit que Yivonne, avant celle a fia ire de d'Almeras, avait rrnvojé en France une grande partie de sa Hotte, commandée p.ir du Quesne. Louis MY, ainsi que le démontre la dépêche Suivante, blâma fort celte façon d'agir : en elïet, on ne se pouvait conduire d'une façon plus imprudente et p'.us folle, dans l'appréhension où l'on était de la venue de la flotte de Uuyler. Yivonne n'avait gardé a Messine que huit vaisseaux, et pouvait «"•ire rigoureusement allaqué par des forces très-supérieures; d'un autre côlé, la jonction des vingt vaisseaux qu'il avait envoyés en France pour chercher des vivres devenait fort dangereuse à exécuter avec les vaisseaux demeures en Sicile, puisqu'à leur retour ils pouvaient être attaques avec avantage par la flotte hollan lo espagnole.
Sans doute que Yivonne craignait avaut toutes choses de manquer de vivres et de se voir oublier en France. Voici la dépêche de Louis XIV à ce sujet.
LE 801 A VIVOXXE.
« Mon cousin ,
a J'apprends, par votre lettre du 30 du mois passé, que je reçus hier, la résoiiniou que vous avez prise de renvoyer à Toulon
vingt vaisseaux de mon armée navale que vous commandez. Après avoir bien examiné les raisons contenues dans votredile lettre, qui vous ont porté à prendre celte résolution, et les différents partis que vous me proposez, je vous dirai en peu de mots que j'aurais cru qu'il aurait été autant et plus avantageux au bien de mon service de retenir auprès de vous tous mes vaisseaux, en conformité de ce que je vous ai fait savoir de mes intentions par toutes les lettres que je vous ai écrites depuis trois mois, et vous ne deviez pas douter que je ne pourvusse suffisamment auxvivres de mesdilsvaisseaux, sachant bien lerisquequ'ils auraient couru, et l'embarras auquel vous vous seriez trouvé si les vivres leur eussent manqué dans le temps que l'armée navale d'Espagne, fortifiée de l'escadre de Hollande, commandée par Ruyler, pourra demeurer sur les côtes de Sicile ; et que vous aurez clairement connu que les ordres que j'avais donnés d'envoyer à Messine un troisième mois de vivres, outre les deux qui sont dtjà partis, en suite de l'assurance que vous m'aviez donnée que tous mes vaisseaux avaient des vivres jusqu'à la lin de novembre, et que vous auriez fait remplacer ceux qui avaient été divertis ; mais, comme vous avez estimé qu'il était plus important ao bien du service de les renvoyer, j'approuve la résolution que vous avez prise, et j'envoie dès à présent mes ordres à Toulon pour faire travailler incessamment au radoub et caréner tous mes vaisseaux, et à la préparaiion de six mois de vivres, mon intention étant de les remettre en mer précisément au premier jour de décembre prochain, sous le commandement de M. duQuesne, pour vous aller joindre, ne doutant pas que vous n'ayez pris vos mesures et ne lui ayez donné tous les ordres et les rendez-vous nécessaires pour joindre les dix vaisseaux que vous avez conservés , afin qu'ayant toutes mes forces rassemblées, elles puissent être en état de combattre la flotle d'Espagne, et de remporter les mêmes avantages que mes armées de terre ont jusqu'à présent remportas par terre.
« Sur ce , je prie Dieu qu'il vous ail , mon cousin , en sa sainte et digne garde.
« ficrili V«r»itl«», te 17 octobre |li"5.
« LOUIS
« CoLBEKT. I
( B'tbt. roy. nu*. )
On savait alors positivement l'arrivée de la flotte hollandaise dans la Méditerranée; la grande question à traiter était alors d'assurer la jonction de la flotte française qui devail rapporter des vivres à Messine avec les forces, navales restées dans celte ville.
Colbert demanda, sur ce point, l'avis de du Quesne, Valbelle, Cabaret et Preully d'Humières, les quatre marins les plus praticiens de ces lemps-là.
On croit devoir donner ici ces documents, extrêmement précieux en cela qu'ils peuvent servir de point de comparaison entre la tactique de ces quatre excellents hommes de mer, et servir aussi de plan de jonction si une telle occurrence se retrouvait de nos jours.
D'abord du Quesne avait écrit la lettre suivante a Vivonne pour lui donner les conseils nécessaires, et lui recommande lotîtes les précautions a prendre en cas de jonction.
DU QUESNE A VIVONHB.
« Toulon, ce 5 octobre 1«75.
« Monseigneur,
« J'ai eu l'honneur de vous écrire, depuis celle par Cauvière, par deux barques chargées de vin de la Seyne par la dernière. 11 y avait un chiffre qui a dû être explique par le sieur de Conds, que M. d'Anliège connaît, auquel j adressais lesdiles deux dernières lettres. Celle-ci est parFocas, qui a tardé quelques jours, altendant les lettres données par l'intendant.
« Je vous dirai donc que j'attends dans trois jours le retour du courrier que j'ai envoyé exprès; il contiendra vos derniers
uigm
ET MMÏIS XIV.
paquets, et qu'aussitôt nous devons partir, parce que dans ce temps-là toutes les viandes seront fournies et les hommes pour remplacer ceux qui manqueront. Jamais je n'ai eu tant de chagrin que de voir ce retardement, après avoir fait la diligence requise pour mettre les vaisseaux en état, ainsi que vous l'avez su par mes précédentes
h Nous aurons cinq mois de vivres, à commencer du premier du courant, et les vaisseaux en bou état.
t 11 se va préparer un armement de cinq ou six moyens vaisseaux, suivant un état venu il y a dix jours. Je ne doute pas que l'on ne lo presse au retour de ce courrier, qui apportera répouse à votre dépêche, laquelle je vous porterai moimême , Dieu aidant, car j'en meurs d'im patiente. Il est venu des lettres de Gènes et de Livourne , qu'un coup de vent avait surpris les vaisseaux de Nazies à Menaro, et qu'il y en avait de perdus et démâtés; mais point de confirmation de ■ es parts, ce qui nous surprend, vu que vous devez avoir encore trois ou quatre tartanes à nous envoyer.
• Vous aurez appris que Ruyler avec sa flotte a été à Barcecelone. Il est bien armé ; mais les Espagnols qui sont avec lui seront trèsmal s'il ne leur donne des matelots J'attends des nouvelles à tout moment pour savoir s'ils seront partis de Barcelone. Nous savons
!|u'ils ont mis une ois à la voile, sans certitude s'ils aurontfaitvoilcpour Cagliari, où l'on
nssure qu'ils se «levaient joindre à ceux de Naples.
« Quoique je fasse partir Focas avec cette lettre, je ne laisserai d'en faire partir une autre lors du retour du courrier, qui vous dira nous avoir vus a la voile, et la roule prise, si ce n'est que les vents nous contraignent si fort, que pour gagner du temps nous ne fassions servir toutes sortes de vents, à quoi vous devez vous attendre, et ù toute la diligence et vigueur possibles.
« Il sera bon. s'il vous plaît, de faire tenir prêts les plus gros
C«it*rt.
grelins et toutes les chaloupes, pour, en cas que nous abordions a Messine avec veut qui nous refuse l'entrée, nous puissions aider pour nous amarrer au rivage dans un temps fâcheux et difficile comme il en fait en cette saison, ce qui uous est arrivé trèssouvent, et encore a présent. C'est ce qui m'oblige de presser le porteur de vous dire que je le crois très bon pour nous tenir inlormés en cas que les deux flottes ennemies fussent jointes, que vous nous expédiez deux tartanes qui sachent quels postes elles
occuperont, du nord ou du sud, el de quelle manière , afin que nous prenions nos mesures pour vous joindre dans le premier rendezvous.
" Je vous ai informé du changement de capitaine de quelques vaisseaux ; ainsi il ne me reste , pour le présent, qu'a vous assurer que je n'ai jamais eu tant d'impatience d'être en mer que je l'ai présentement.
La cour le désire aussi ; mais qu'aurions-nous fait sans toute la flotte el les vivres que nous embarquons encore?
« Je suis avec beaucoup de respect,
• Monseigneur,
« Votre très-humble et trës-obéissanl serviteur,
t du Qvnw. »
[Bibl. roij. m»*. )
Puis vient l'avis raisonné de MM. Cabaret et de Preully sur cette jonction.
AVIS DE MM. GABA- HCT ET FHEIJLI-,
su» la §w"*atm
DES VAISSEAUX «E- VEMCS A TOULON, ET Ql'l \U DOI- VENT partir mon MILIEU cm QUI
SONT RESTÉS A HF.ssl.VE.
t A boni du Sainl-gipm, 20 octobre W7JV.
« Sur les points qui nous ont été montrés par M. du Qumw, dans la lettre de Sa Majesté, pour dire nos avis, notre opinion serait de dépêcher incessamment à monseigneur le maréchal de Vivonnc. pour l'informer de l'étal des vaisseaux qui sont dans ces rades, du dessein qu'on a d'aller attaquer les ennemis dans les mers de la Sicile, du temps qu'on pourra partir d'ici, et le supplier* si l'armée ennemie n'a pas occupé ('entre-deux des mers
de la Sicile el de Culabrc, de faire partir l'escadre de M. d'AImeras pour se rendre a un rendez-vous qui sera envoyé par M. du Quesne, afin d'éviter, par cette jonction, de faire un combat inégal ; en cas qu'il y ait des difficultés ou des raisons qui empêchent que ladite escadre puisse sortir, le rendez-vous peut toujours servir pour recevoir les avis de l'état de l'armée ennemie el des postes qu'elle occupe.
« Cependant on fera toute la diligence possible pour partir et passer par les côtes du nord de Sicile pour entrer dans le Phare, et tenter par ce détroit l'entrée du port et la jonction, a moins qu'on n'ait des nouvelles de Messine qui changent la résolution qu'on peut prendre, notre avis étant que ce côté est le moins lacile à être gardé par les ennemis.
« Comme on ne doit pas douter que M. de Ruylcr ne se serve de (ouïe son expérience et de la pratique des gens du pays pour empêcher notre jonction dans le port de Messine, si on est obligé de combattre en passant le Phare, il se pourra que tous les vaisseaux de l'escadre n'entreront pas dans le port, par les raisons qui peuvent venir de l'action du vent el do la marée: aussi est-il important d'avoir des ordres cachetés, pour savoir ce que l'on aura a faire eu ce cas.
« Pour les manœuvres qui se doivent faire dans la route , comme les mouvements de l'escadre peuvent dépendre de ceux que feront les ennemis, et qu'on doit agir à l'instant qu'on les voit, cela n'étant pas prévu, il est difficile de les pouvoir régler, et M. du Quesne agira selon la grande expérience qu'il a du métier, en faisaut les signaux ordinaires, ou qu'il pourra donner aux chefs de division. .
« Quant à l'état de l'armée ennemie el des mers qu'elle occupera, on ne le peut juger; on doit fixer son dessein sur le passage du nord par le Phare, a moins qu'on n'aie des avis qui changent la résolution qu'on aura prise, comme on a dit ci-
« Gabarit, Priollt d'HcuiI»! - s {Archives de ta Marine à Versailles.)
Cette dépêche de Valbellc contredit et attaque, toutefois avec mesure, les dispositions de du Quesne, et donne un plan trèsdétaillé de ses projets. Les raisons qu'il donne comme devant faire préférer le passage du sud au passage du nord paraissent fort concluantes.