‹ Jean Bart et Louis XIVChapitre 66 sur 120 · F.T I.OL'IS XIV · texte numérisé non relu

F.T I.OL'IS XIV

menu «le charge, et attendit dans cette rade les dépêches et les ordres de la reine régente d'Espagne et de don Juan d'Autriche.

Les dépêches de la reine qu'il reçut bientôt lui ordonnaient de se joindre incessamment à six vaisseaux de guerre espagnols qu'on attendait de jour en jour d'Oran, aux alfaquesde Toriose, et sur lesquels devait s embarquer don Juan d'Autriche pour passer en Sicile.

Buyter se résolut d'attendre quelques jours don Juan, qui ne vint pas. On expliquera en peu de mots les causes qui, retardant l'arrivée de ce prince, retinrent la flotte hollandaise dans l'ioaciion, et permirent aux vaisseaux français de Toulon d'opérer leur jonction avec l'escadre de Messine.

La reine d'Espagne portait une haine violente à don Juan,

« personne pour remplir cette fonction, je tous attends ce jour* « M a dix heures dans mon antichambre.

« Moi ut Rot.

t MjdriJ, 20 juillet 11175. ,

Don Juan ne venant pas pour toutes ces raisons, lluyier, suivant ses instructions, partit de Cadix au risque de mécontenter beaucoup la reine très-catholique; il mit à la voile le 7 octobre, et fit route vers le détroit de Gibraltar. Après plusieurs jours de vent forcé ou de calme, Buyter ne put arriver que le 1*' novembre devant Mirante, et, ayant relâché pendant quelques heures dans ce port, il remit a la voile, et mouilla le 8 du même mois devant Vineros, où il croyait trouver don Juan d'Autriche; mais.

KuIrcTuc do M. de Wridl et de Royter. — rm 9K7.

fils naturel du feu roi ; mais Charles II, frère de don Juan, sol- Heilé par son précepteur don Francisco de Mancano et par son confesseur le P. Alvarez de Monténégro, vendus a don Juan, avait plusieurs fois appelé don Juan près de lui pour l'aider a gouverner. Aussi la reine, avec assez d'habileté, trouva souvent fe moyen d'éviter le rapprochement des deux frères, entre autres en nommant don Juan au gouvernement des Pays-Bas; mais, 'e prince ayant refusé ce poste sous divers prétextes, la reine

firofita du soulèvement de Messine, et résolut d'y envoyer don uan avec le titre de ficaire gâterai, qui l'èlevait au-dessus de tous les vice-rois, gouverneurs, généraux et commandeurs. Il accepta cette charge, mais dans l'iutenlion de l'abandonner, parce qu'il ne voulait pas s'éloigner du roi sou frère, dont la majorité approchait, et qui venait de lui écrire en ces termes:

« Mon frère,

« Comme je dois prendre possession du gouvernement de mes f Étals le neuvième de novembre, et que j'ai besoin de votre

119 r - - — tn-,, s,l, ,„i«,. i» d'trfarA, I.

avec un art infini, ce dernier avait gagné le temps jusqu'à la majorité de son frère, qui alors le rappela près de lui.

fluyter examina ce qu'il avait à faire. Son escadre manquait d'eau, et il ne voyait pas de moyen d'en faire dans la baie do Veneros, ni sur la cote de Valence on de Catalogne. Il fut done résolu en plein conseil d aller aux Iles d'Iviça et de Eormentera pour y faire du bois et de l'eau. La flotte remit a la voile le soir même; mais un grain violent de nord-est ayant donné dans la nuit, au point du jour, Ruyter ne vit plus (amiral de Haan ni son escadre, qui avaient été séparés du corps de bataille par la tempête. Le i t. Ruyler mouilla devant Barcelone. Après y avoir attendu jusqu'au 17 le contre-amiral de Maan, et ne le voyant pas venir, l'amiral allait mettre a la voile pour Cagliari, lorsqu'il reçut du roi d'Espagne la lettre suivante, qui lui annonçait encore une fois l'arrivée de don Juan, qui n'en vint pas davantage

LE noi,

« Général Michel de Uuyter, sous le commandement duquel

JEAN BAKT

pxt I armée dos Etats-Gencraux dcstiuce pour Messine, pour l riinf de l;i Liante considération en laquelle nous avons nos |es il Italie, et de nos intentions pour la pai\ et lu Irankle nos bous sujets de ees pavs-l.'i. rouis n'avons pas plulinire frère dou Juan d'AutricW. que nous avons résolu son départ, alin qu'il demeure chargé do (a conduite et rie lexérulioil des ordres qui lui ont été donnés; annulant tons ceux • | il i peuvent vous avoir été ci devant donnes par lui jusqu'à ce jour: POT notre volonté est que le dernier ici soit ONéeute. Ainsi vous l'attendrez, dans le port alin qu'il parle avec nos forets liav îles pour fai« C« voyage, suivant notre susdit ordre. C'est de quoi nous avons voulu mois avertir par un courrier dépêché exprès.

u A Jlndrul, M 1» ite ■•vemllK I67.Ï

• Moi Ut ll.il. »

Force fut à Ruyter d attendre encore don Juan, qui ne vint p.is. malgré cette dernière preuve du crédit expirant de la reine, qui avait obtenu de sou fils d'éloigner don Juan; mais celui-ci, fidèle à son plan, tout en paraissant se rendre aux volontés du roi p| se préparer au voyage de Sii ile. ne bougea pas de la cour, feignit une maladie, ne voulant pas s'absenter de Madrid dans l'espoir où il était de ruiner tôt ou tard la reine dans l'esprit de Charles II, ce qui arriva d'ailleurs dans la suite.

Toujours est-il qu'après avoir encore perdu plusieurs jours à attendre don Juan, Ruylcr partit pour Cagliari. après avoir reçu une lettre de ce prince où il disait avoir « informé le roi « du mauvais état de sa santé qui ne lui permettait pas île s'rinii barquer. » Il ajoutait » qu'il regrettait beaucoup de ne pou- « voir donner eu personne à Ruyter des témoignages de la sini cère affection qu'il avait pour lui . et de s'en tenir à de sim- » pies vieux pour l'heureux succès île son voyage. »

ISuyler lit donc roule pour Cagliari le tilt novembre; mais, par l' absence du contre-amiral de llaari <i du commandeur Verscboor. l'amiral n'avait plus que seize voiles, dont dix vaisseaux, sous sou pavillon, eu comptant un navire de guerre tspaguol. Ruyter divisa ces forces en deux escadres : lu pnmière. composée de cinq navires, deux sonauts cl deux brùlols, et la seconde aussi de cina navires, deux seiians, deux brûlots et la flûte espagnole. Les choses ainsi ordonnées, Huvlcr mit à la voile, se trouva le T> décembre, au matin, en vue de Sardaignc. et le soir du même jour il mouilla dans le port de Cagliari. Ce fui la qu il apprit, par le consul hollandais, la conduite étrange du contreamiral ne Haait, qui. arrivé à Cagliari le li' novembre, après une relâche île onze jours, avait remis a la voile pour Naples, «outre les instructions et les ordres de Ravier,

Lu lendemain de son mouillage à Cagliari, Kuyler recul de nouveaux ordres du roi d'Espagne, qui. le croyant encore a lian elone. lui défendait de toucher la cote de Sardaigne. afin d'arriver plus promptenu'iit à Mclazz.n. I! lui i -commandait de concerter les entreprises a faire avec le marquis le Villa-Krini a, vice-roi de Sicile (pour le roi d'Espagne. < omme Vivonne l'était |ioiir le roi de Franco), 1 1 do conférer ave lui totita lw fois qu il serait nécessaire de le faire. Il avertirait en outre llnyler que. selon une coutume qui avait force de loi dam s PS rovnwincs, le général des galères d'Espagne commandai: Joutes les forces maritimes de Sa Majesté dans la Méditerranée, et qu'on son absence ce devait être le prince de Montesarehio, téneral Je l'armée navale. Entiii. Charles II annonçait à Ruyter que les Etats- Cénoraux avaient consenti à ce que le séjour de la Huile dans la Méditerranée fût prolongé de six mois

Ijuelque diligence qui- fil llnyler pour exécuter ces nouveau* ordres, il ne put partir nue M FI de Cagliari. et arriva le 20 décembre à Melazzo, où il ne trouva qu'un vaisseau di guerre espagnol et quau.no galères. Le lendemain Ruyieralla conféret avec le vicc-roi. ol lui représenta vivement la nct.ssiiè do faire veuir a Mclazzo le prince de Moiilesarchio avec les neuf viisscaux qu'il avait à Païenne, alin d'agir vigoureusement i l avec < iisemblc « Hiilre les Français. |,e vii e-iui voulut, au coiilraiic, f|Ue la Hotte hollandaise allai rejoindre, à l'alermc, l'escadre du

prince Monlesarchio. Cette vUéc était absurde, puisque Païenne élail deux fois plus éloignée do Messine que Melawo. Aussi Ruyter envoya-t-il immédiatement son capitaine de pavillon et son secrétaire pour représenter au vice-roi les inconvénients d'une jonction faite do la sorte; mais le vice-roi était tellement occupé de ses dévotions du jour de Noël, qu'il ne put donner audience au capitaine de lîuyter; enlin ses dévotions tiuies, le lendemain du jour de Noël, le vice-roi donna en effet ordre au prince de Monlesarchio de venir à Melaz/o avec ses neuf vaisseaux. Le prince répondit qu'il feruit k bon plnisir du rice-roi; mai* qu'il n'avait pas les voiles et lu cordages nécessaires pour sortir du port.

Un voit que les prévisions de llnyler ne l'avaient pas trompé, et qu'il avait grande raison du compter pour si peu dos auxiliaires tels une les Espagnols. Le temps se passait, et le contreamiral do llaan, qui sciait rendu de Naples à Païenne, selon de nouveaux ordres, n'osait partir avec sa faible division sans le prince de Monlosarchio.

Ce fut ainsi que se termina celle année 1 07i>. On voit que, ! grâce aux incertitudes de don Juan, la flotte hollandaise perdit un temps précieux, puisque, pendant ces irrésolutions, les deux escadres françaises Opérèrent leur jonction, ainsi qu'on le verra dans le chapitre suivant.

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