CHAPITRE XLVII
Pendant l'année 1677, il n'y eut en Sicile aucun événement, important. Vivonne, satisfait de ses >uccès passés, se replongea dans son insouciance habituelle, et continua de se débarrasser du poids des affaires de son gouvernement sur son secrétaire d'An liège.
D'ailleurs, il faut dire aussi que Louvois s'opiniâlrait à entraver de toutes ses forces la réussite des affaires de Sicile, et que même, dans l'espoir de causer un vif déplaisir à Vivonne. il avait fait rappeler en France M. Colbert de Terron, intendant de l'armée en Sicile, qui, parent et fort des amis de Colberl et de Seignelay, était conséquemment tout à la dévotion du vïccroi, et le jaloux ministre avait envoyé, a la place de cet intendant. M. d'Oppède, une de ses créatures a lui Louvois, homme entendu, capable, mais aussi dur, aussi intraitable que son patron.
L'arrivée de M. d'Oppède à Messine fut le signal d'une lutle sourde et acharnée entre Vivonne, ou plutôt entre d'Antiége et ce nouvel intendant. Ou dit d'Antiége. parce que Vivonne, tout à la bonne chère, au jeu et aux femmes, ne s'inquiétait que trèsmédiocrement des prétentions et des visées de M d'Oppède ; en effet. Vivonne, duc et pair, maréchal de France, vice-roi de Sicile, sur de l'amitié du roi, et aussi de l'influence de madame de Montespan, ne pouvait s'embarrasser fort du bon ou du mauvais vouloir de M. d Oppède, non plus que de ses rapports a Louvois : sans doule qu'il eût préféré garder M. Colbert de Terron ; mais, une fois le rappel de ce dernier décide, l'insouciant maréchal eut vite pris son parti sur les dispositions hérissées el épineuses du nouvel intendant, qu'il mit aussilôl'en contact avec son secrétaire pour régler avec lui les affaires du gouvernement dont il ne s'occupait jamais. Alors M. d'Oppède, ne pouvant atteindre le vice-roi, défendu de ses attaques par sa position el son indifférence, s'en prit furieusement à d'Antiége; tout le scandaleux commerce de ce dernier, tolère par M. Colbert de Terron, lui fut durement repioché par M. d'Oppède, qui, arrivant avec des pouvoirs as>ez étendus, mit lin à toutes lcs\ilenies qui se passaient à l'ombre de l'autorité du vue-roi.
Ile la l'exaspération de d'Antiége contre M. d'Oppède, exaspération que le secrétaire faisait jusqu'à un ccilaiu point parta-
ger à Vivonne, en ce sens que d'Antiége, écrivant presque toutes les minutes des dépêches du vice- roi à Louis XIV ou aux ministres, imprégnait sa correspondance de liel, de calomnies ou de perfides insinuations contre M. d'Oppède, el souvent même ces ressentiments de la conduite du nouvel intendant étaient si pleins de haine el de bruialité, que, sans doule sur l'ordre de Vivonne, les termes des minutes de d'Antiége étaient adoucis, bien que leur »cns restât d'ailleurs le même.
Ces corrections, faites d'une pelile écriture ronde et courante, ne soûl pas évidemment de la main de Vivonne ; leur orthographe est extrêmement correcte, et leur tour décèle un esprit mur, adroit, sachant le monde ci son langage, et qui, malgré ce semblant de tempérament, el lout en paraissant les modifier, rend encore plus juste el plus assurée la portée des délations de d'Antiége en les enveloppant de formes décentes et mesurées.
Toutes les dépêches de cette année, à part quelques lettres relatives a une velléité d'expédition contre Syracuse, qui n'eut aucun résultat, ne contiennent donc que des réclamations à M. de Louvois sur le nombre et le mauvais état des troupes qu'il envoyait, ou des dénonciations contre M. d'Oppède que d Antiége" avail eu l'art de mettre en conflit avec le senal.
Ile là cette assertion incessamment répétée : u Que l'observa - « lion rigoureuse des pouvoirs donnés à M. l'intendant serait la « ruiue radicale des privilèges des Messinois. u
Puis, par une manœuvre assez commune d'ailleurs, d'Antiége se mit à accuser M. d'Oppède, sinon de se livrer, du moins de prêter son appui aux ignobles trafics que lui, d'Antiége, avait faits autrefois, et qu'il ne pouvait plus faire sur le blé et sur les marchandises auxquelles il accordait la franchise, et qu'il revendait ensuite en exigeant le droit de douanes. Témoin, ce mémoire remis à M Gaflard. gentilhomme de M. de Vivonne que ce dernier renvoyait en France.