AUTRES CXPITAIKES SASS EMPLOI
Le capitaine Alexandre Jacobse» , âgé de quarante-cinq ans.
Le capitaine Gaspard Ht fut, âgé de trente-six aus
Le capitaine Jean Pitre, âgé de trente-six ans.
Le capitaine Mailtikuoore , âgé de trente-six ans.
Le capitaine David Truelle, âgé de quarante ans.
Le capitaine Michel Patei , âge de trente-huit ans.
Ll capitaine Jean kWBUW, "M »*• *r,Dj ^0,tâge île trente-six ans.
Il est estimé malheureux , e< lo crois sans courage.
Il est estimé habile et très-boa soldat.
Il . -t bon pilote; nuis peu de conduite.
Il n'est pas en grande estime.
II est 1>oii pour officier.
Par cet état, il y a : de frégates appartenant â des
particuliers 15
De barques longues 12
Do capitaines 33
« Dans le nombre des hommes qui forment les équipages, il y a quantité d'officiers mariniers aussi courageux et de conduite qu'aucun des meilleurs capitaines ; et parce qu'ils sont connus, et que les commandants ont la disposition de faire leurs équipages, ils les choisissent particulièrement, leur faisant bonne condition.
« On croirait peut-être, par le nombre des bâtiments ci-dessus spécifiés, qu il y aurait beaucoup de matelots à Dunkerque : il est bon de dire que les vaisseaux y sont, mais qu'ils ne sont
douceur qu'ils sentent les retient; non-seulement ils y demeurent, mais y en attirent d'autres avec eux II en serait autrement si Sa Majesté voulait avoir la même considération a Dunkerque; comme ils aiment naturellement leur pays, qu'il y a beaucoup de disposition à leur entretien, ils y retourneront infailliblement, et ne sauraieut y venir sans en attirer d'autres.
* Je fais ce petit raisonnement pour représenter la force des bâtiments qui sont ici, les sujets propres à les commander et la qualité des matelots qui les servent. Dans la vue qu'on donne, s'il n'y a qu'à exciter ceux qui arment par les avantages qu'on
(»ropose , il n'y a pas de doute qu'ils n'ouvrent les yeux dés e moment que l'ouverture leur en sera faite; il y a même beaucoup de gens ici sans bâtiments, qui la recevront bien agréablement; mais si Sa Majesté, en leur donnant ses vaisseaux,
One cbttua d'or est remue i Jean B»rt de h part de Loui» XIV. — pici " >
jamais tous ensemble â la mer, soit que les matelots aient la liberté de changer i chaque voyage, â quoi ils sont d'autant plus disposés par l'envie de s'engager â ceux qui leur donnent le plus, ou que les armateurs veuillent quelquefois surseoir leur armement; il se fait un continuel changement de vaisseaux et d'équipages, selon l'état des navires et l'argent que les armateurs ont â y employer, et ils ne vont que l'un après l'autre â la mer.
< Sur ce que peut-être aussi Sa Majesté pourrait croire avoir tenu ses matelots à Dunkerque . comme ses véritables sujets, dépendant d'elle, je suis obligé de représenter qu'il y en a, a la vérité, de Calais, Boulogne, et d'ici, mais il y en a beaucoup plus sujets d'Espagne, habitués â Nieuport, Ostende et même en Zélande, qui viennent par l'espérance du gain, qui servent volontiers et aussi bien que les autres contre nos ennemis. La plupart, à la vérité, naturellement Dunkerquois, sortis d'ici par suite des incommodités publiques; au lieu Je les charger ainsi qu'on fait, les étrangers, au contraire, les ont reçus agréablement, sans les charger d'aucunes assises ni aucune charge de ville; h
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pensait se servir d'eux dans une occasion, il faudrait renfermer ses pensées! peu d'armateurs, former entre les principaux, adroitement, une manière de compagnie pour disposer de leurs plus forts bâtiments avec ceux de Sa Majesté, et ordonner de la subordination entre les capitaines, ce qui ne me parait pas bien difficile, ménageant l'intérêt des officiers mariniers et matelots (qui envisagent toujours le bien, et qui risquent volontiers leur vie pour l'acquérir), leur accordant, au lieu du tiers des prises
au'ils ont ordinairement, la moitié ou quelque chose â peu près e celles qu'ils avaient avec les bâtiments de Sa Majesté. J'oserais espérer que la chose se pourrait faire ainsi, les prévenant auparavant d un désir de bien pour eux sans aucune marque d'intérêt, les amorçant par un commencement de bénéfice; le faisant ainsi, il reviendra des matelots qui servent ailleurs quasi par force, et diminuera extrêmement les moyens qu'ont ceux d'Ostende d'armer contre nous.
o 11 ru M: T. »
[HU'Iiaih. rot), mu'. — CoWerl.)
Colbert, selon son habitude, fi 1 faire secrètement une enquête contradictoire sur les mêmes capitaines, atiu de s'assurer de la vérité des renseignements donnés par Hubert. Voici le rèsul- Ut de cette seconde enquête adressée a Colbert, un mois après la première.
LISTE DES PRIRC1PAOI CAPITAINES
« Jean Bart, co quatre pièces • Keyser, -
t ud« frégate de vingt- 1 Bong |oU|ta une frégate de dix-huit J*^
i Je mets ces deux capitaines ensemble, parce qu'ils naviguent de concert ordinairement. Ils sont originaires de Dunkerque . âgés de trente à trente-cinq ans . et fils et petits-fils de deux fameux corsaires, qui ont fait beaucoup parler d'eux durant la guerre qui était enire les Espagnols et les Hollandais, avant le traité de Munster, et dont l'un, G. Bart, fut blessé au dernier siège de Dunkerque.
< Ils sont sortis avec honneur de toutes les occasions qu'ils ont trouvées dans leurs courses. Ils n'ont point dégénéré, quoique leur mauvaise fortune les ait obligés de servir d'officiers-mariniers ou de matelots dans le commencement de la guerre d'aujourd'hui , et, s'étant rendus dignes de commander, ils ont pris jusqu'à cinq frégates ennemies, dont la moindre a toujours été plus forte qu'eux. Eutrc plusieurs prises considérables qu'ils ont faites , on compte celle d une frégate de Hollande , chargée de poudre d'or pour 80,000 livres; et celles des belaudres, dont il sera parlé ci-après au sujet de Pitre Lasep. Ledit Bart a encore enlevé depuis peu un vaisseau des États de trente-deux pièces de canou. Je ne sais point le détail de celte action. : Vermulle, Agé de quarante ans ou environ.
« Celui-ci a servi de maître d'équipage sur la frégate la Mignonne, et depuis, s'étant mis dans la caprerie (I), a très-bien fait son devoir; il a fait quantité de prises très-riches, et a été un des plus heureux capitaines du port; mais, comme il n'a commandé que des bâtiments de quatre et six pièces, sa bravoure n'a pas fait encore tant Je bruit que celle des autres.
« Pitre Iasep. âgé d'environ quarante ans.
« Il a été de même au service du roi sur ta Fidèle, en qualité de maître d'équipage. Ayant eu le commandement d'une frégate armée en course, il a fait paraître qu'il la méritait; car, au premier voyage qu'il fit avec les sieurs Bart et Keyser. il attaqua , le premier, trois vaisseaux ennemis, dont le moindre était plus fort que lui, et, ayant essuyé tout leur feu, il donna moyen auxdits Keyser et Bart de les venir charger : ensuite de quoi ils prirent un desdits vaisseaux ennemis, mirent les deux autres en fuite , et prirent neuf balandres chargées de toutes sortes de marchandises qui étaient sous le convoi desdils ennemis.
■ Nicolas Noux, âge d'environ quarante ans.
« C'est uu bon capitaine, qui a fait plusieurs courses dans la guerre de io67 et dans celle d'à présent; il a commandé des barques longues dans la Manche pour le service du roi , et a été entretenu quelques années dans le port à 100 livres par mois. M. le vice-amiral l'estime beaucoup.
« Jossb Contaxt, âgé d'environ vingt-huit i trente ans.
« Encore bon capitaine , et qui a fait beaucoup de
« Il y a quantité d'autres petits corsaires qui font aussi
beaucoup de prises , mais dont la réputation n'est pas égale à celle des ci-devant nommés. »
• Ce 16 novembre 1676 .
Cette lettre n'est pas signée.
[Biblioth. roy. mu. — Cotbert.)
M. Hubert, peu de jours après, envoyait à Colbert ce mémoire sur les armements en course , mémoire dans lequel il donne de curieux détails sur le mode suivi par les armateurs de
MEMOIRE d'hOBERT SUR
du loi.
ennn qui u Vlnicnl jn» iV I , m iniie
« Par ceux ci-devant envoyés, j'ai marqué le nombre et la force des batinfènts de guerre qui sont à Dunkerque appartenant a des particuliers , les sujets pour les commander, et la qualité des matelots qui pourraient les servir pour les desseins qu'on pourrait avoir; outre qu'il y a peu de matelots pour les armer tous, et pour former une forte escadre, il y a tant de sortes d intéressés dans les frégates, qu'il y aurait peine à les préparer tous à l'emploi qu'on en voudrait faire : les désordres et les procès qu'on voit journellement parmi eux le font dire, et, a moins a'un grand avanugepour eux, il serait difficile de les y porter, particulièrement dans le temps qu'ils voient retourner leur navire de la mer avec grandes dépenses, n'y avant trouvé
Sue tous vaisseaux exempts ou porteurs de passe-ports de Sa lajesté; dans cet état, ils voient bien que la navigation ennemie se faisant par de forts convois , il y aura plus de dépenses et de risques a courir que de bien et de fortune a espérer pour eux ; et, comme la plupart sont peu accommodés, ils cesseront d'armer indubitablement, ainsi que ceux de Calais ont déjà fait, s'ils ne sont secourus d'ailleurs, pour les obliger à continuer leurs courses vers le Texel et le Vlie; fatiguant de la sorte la navigation des ennemis, que cela puisse empêcher leur commerce , ou les obligeant à taire de grands armements, qui seront plus de dépense qu'à charge aux autres, parce qu'ayant moyen de s'étendre à la mer, ils pourront aller ailleurs au passage des flottes qu'ils ont dehors, et revenir de temps en temps à leur port continuer la guerre, même aller souvent dans le Nord interrompre leur pêche, qui leur est d'autant plus sensible, qu'elle fournit presque la subsistance de leur pays, et fait le plus considérable négoce qu'ils aient , néanmoins gardés par de simples convois aisés à enlever.
■ Si Sa Majesté pense simplement a porter ceux de Dunkerque à faire la guerre à ses ennemis de la manière qu'ils ont fait, il n'y a pas nécessité de les obliger tous A faire de fortes escadres; outre qu'il n'y aurait pas de matelots assez, il y aurait moins A espérer pour eux, et de mal à faire aux autres. Ou le commerce des ennemis cesserait, voyant des forces dehors, ou ils en auraient d'autres pour le favoriser. Dans la disposition où sout la plupart des armateurs , il serait assex difficile de les porter tous à l'armement de leurs vaisseaux; il y a tant de différentes personnes intéressées, que souvent ils ont peine à convenir de ce qu'ils ont à faire; et, pour le dessein qu'on aurait de les joindre tous ensemble, il faudrait les pressentir et quasi leur dire la pensée qu'on aurait, ce qui me paraît de conséquence.
« La mienne serait de préparer adroitement ceux qui ont les plus considérables bâtiments, leur offrant quelques secours; même si Sa Majesté voulait leur accorder de ses frégates, les donner en place de celles qui n'auraient pas de disposition à se joindre A eux , on pourrait demander le dixième des prises qui se feraient , leur laissant le reste pour augmenter la part des matelots, et pour les désintéresser d'ailleurs; de la sorte, ils pourraient s'engager dans la dépense d'armements (qui ne sont pas Je peu de considération ). Peut-être que les autres armateurs, voyant quelques apparences de profit, viendront insensiblement demander à joindre leurs navires, et à former une ou plusieurs escadres, selon le besoin. Il est bon d'observer sur cela que les prises qui se sont faites n'ont pas beaucoup enrichi les armateurs la plupart de leurs gains sont en vaisseaux qui leur demeurent sur les bras , et peu d'argent comptant pour
faire des armements; ainsi, outre les (régales de Sa Majesté, il les faudra secourir d'ailleurs, les intéressant de telle sorte que l'apparence de proiules fasse agir; mais, de quelque manière que le secours se donne, soil de vaisseaux, ou d'autre chose, il est nécessaire que la tout paraisse a eux, et que rien ne soit connu de ce qu exige Sa Majesté, du moins dans les commencements des armements. Tour cet effet, il faudrait commencer par l'armement de trois I quatre bâtiments, et continuer le reste ensuite, pour se joindre, en cas de besoin, selon les occurrences : de cette sorte, on pourra être en état d'attaquer toutes les flottes qui entrent et sortent, et iucommoder extrêmement les ennemis de Sa Majesté.
« A l'égard des matelots, pour peu qu'on augmente leur part, et qu'ils sentent du bien, il en viendra assex d'ailleurs s'engager a servir.
< Hubmt. »
Maintenant, ces antécédents de Jean Bart bien établis, on va le retrouver et parcourir le tableau si mouvant de ses prises et de ses combats.