‹ Jean Bart et Louis XIVChapitre 84 sur 120 · CHAPITRE Lt · texte numérisé non relu

CHAPITRE Lt

Pour ne pas interrompre l'historique des campagnes d'Alger» en 1083, 1083 et 1684, on a été obligé d'omettre en leur date deux grands événements du xvii" siècle, A savoir : la mort de Colbert ei celle de Marie-Thérèse, reine de France, décédée au mois d'août 1685.

La mort de Marie-Thérèse, celle faible et malheureuse princesse, toujours si dédaigneusement abandonnée, fut un grand événement, en cela qu'elle rompit le dernier lien qui empêchait Louis XIV de se vouer suprêmement A madame de Mainleuon, qui avait chassé madame de Montespan du coeur de ce monarque ; aussi, vers le mois de février 1684, le grand roi épousa-t-il, bel et bien, la veuve du cul-de-jatte Scarrou, celle qui , dans sa jeunesse libertine, avait mené la folle et joyeuse vie de sainte Madeleine avant sa conversion, et même partagé, dit-on, la couche quelque peu lesbienne de la voluptueuse Ninon : le mariage se fit A minuit; le P. I.achaise, de la compagnie de Jésus et confesseur du roi, dit la messe, Bontemps, valet de chambre par quartier la servit, et MM. de Harlay, archevêque de Paris, de Louvois et de Monlchevreuil furent témoins de cette prodigieuse union.

Singulier rapprochement. Colbert, le dernier disciple de Mazarin, lu dernier de ces ministres qui avaient porté si haut la splendeur de la France, Colbert mourait presque au moment où la période la plus désastreuse de ce règne s'ouvrait par un ma riage dont les conséquences furent si énormes !

Le 6 septembre, sur les trois heures de relevée, mourut donc a Paris, à l'Age de soixante quatre ans, dans son hôtel de la rue Neuve-des-Petils-Champs, très-haut et très-puissant seigneur messire Jean-Bapiisle Colbert, chevalier, marquis de ChAteanneuf-sur-Cher , baron de Sceaux, Lignières et antres lieux, conseiller ordinaire du roi en tous ses conseils, du conseil royal, commandeur et grand trésorier de ses ordres, ministre et secrétaire d'Etat de la marine et des commandements de Sa Majesté, contrôleur général des finances, surintendant et ordonnateur général des bâtiments, arts, commerce et manufactures de France.

Le jour même de la mort de son père. M. le marquis de Seignelay était A Fontainebleau pour remplir les devoirs de sa charge et préseoier au roi les membres de l'Université de Paris

qui venaient complimenter Sa Majesté sur la mort de la reine.

M. de Seignelay avait laissé son père A l'agonie.. , maison a dit que Louis XlWétait fait un devoir, duquel il ne se départit jamais, de ne prendre en aucuns considération les convenances ou peines de famille de ses domestiques ou de sea parents : son service passait avant toutes choses, et, dans la pensée du grand roi, les chagrins les pluscruels, les pertes les plus douloureuses, devaient s'oublier ou s'effacer devant l'honorable et imposant caractère des fonctions que ses serviteurs étaient trop heureux de remplir auprès de lui Ainsi, Colbert mourut sans pouvoir serrer la main de son fils atnépour lequel il avait tant fait .. Et quelle agonie I et quelle mortl

Depuis longtemps écrasé de travail, dévoré de l'inquiétude de ne pouvoir plus suffire aux ruineuses prodigalités de Louis XIV et aux folles guerres de Louvois, rongé de soucis. Colbert menait déjà une vie bien misérable, lorsque des souifrances aiguës, causées par la pierre, vinrent joindre A ses angoisses morales

une douleur physique souvent intolérable et lorsque les

étreintes fiévreuses de la maladie lui laissaient quelque repos... quel était le tableau sur lequel il pouvait reposer son esprit? It ruine prochaine du crédit, des finances, du rommerce et de l'industrie! ainsi penchait déjà vers su ruine ce monument qu'il avait si laborieusement élevé ; et cela au prix du travail ion de sa vie et de la haine du public que la suppression des i sur l'Hôtel de Ville de Paris avait surtout soulevé grand ministre.

F.i pourtant, malgré cette mesure que l'impérieuse nécessité lui commandait, les services que Colbert rendit A la France sont immenses et irrécusables : les chiffres le prouvent :

En 1661, lorsque Colbert prit les finances, les impôts s'élevaient A QOATftt-VItIGT-CINQ UILLIONf.

En 1683, A l'époque de sa mort, bien qu'il eût du fournir A toutes les guerres de Louvois, au faste de Louis XIV, et créer l'immense matériel d'une marine de guerre, les impôts ne s'étaient accrus que de deux million* et ne montaient qu'a quatre-

En 1661 la taille a'élevail à 53 mii lioss. En 1 685 elle était réduite h 55 millkm*. En 1661 la dette s'élevait A 52 muions. En 1663 eUt était réduite à 32 millitnu. En 1661 le revenu disponible

s'élevait A 31 millions.

En 1683 ce revenu *'élemlt a 83 million*.

Maintenant, quant A la marine, l'extension qu'elle prit „. Colbert, depuis qu'il eut ce département, est A peine croyable.

Il résulte des renseignements contenus dans l'agenda de marine de Colbert [Biblioth. rou. m**.) pour 1683, que, lorsqu'il eutra au ministère, en 1661, la marine du roi se composait de :

3 vaisseaux du 1" rang de 60 & 70 canons. 8 du 3* rang de 40 A 50 —

7 du 3' ranK de 50 A 40 -

4 Flûtes.

8 Brûlots

Total. 30 bAlimenls de guerre.

A la mort de Collwrt, en 1683,

La marine du roi se composait de :

12 vaisseaux du 1" rang de 76 a 120 canons.

20 du 8* rang de 64 à 74 —

59 du 3* rang de 50 à 60 —

25 du 4* rang de 40 à 50 -

21 du 5« rang de 2i a 30 —

25 du 6* rang de 6 A 24 —

7 Brûlots, depuis 100 jusqu'à 300 tonneaux. 20 Flûtes et bâtiments de charge de guerre de 80

jusqu'à 600 tonneaux.

17 Barques longues.

Total. 176 Bâtiments de guerre, plus 68 bâtiments en construction, en tout 244.

Si l'on ajoute à ces bâtiments 32 galères construites depuis 1676 jusqu'en 1683, on aura un effectif de 276 bâtiments de

El RE A LA >it i; OU IN CONSTRUCTION.

Quant au matériel de l'artillerie, dû aux nombreuses fonderies établies par Colberl, on reste étourdi de son rapide et extraordinaire accroissement qui devait nécessairement suivre la proportion du nombre de vaisseaux. Ainsi :

En 1661, le total des canons de marine s'élevait a 1,045 ( dont 570 canons de fonte et 475 canons de fer ).

En 1683, le total des canon* de marine s'élevait à 7,623 ( dont 2,004 canons de fonte et 5,619 canons de fer ).

Quant aux approvionnements des ports, on voit, d'après le même inventaire, qu'ils étaient considérables ; et, pour ne citer qu'un exemple, le total des mâts de vaisseaux en magasin, rè-

Sartis dans les arsenaux de Rocliefort, de Brest, du Havre, de unkerque et de Toulon, s'élevait, en 1685, au nombre de 1,442 mats depuis 50 palmes de hauteur jusqu'à 16.

Or, pour résumer ce qui concerne spécialement la marine, lorsqu'en 1661 Colbert prit ce département, la France avait trente bâtiments dk GUERRE , et lorsqu'on 1683 ce grand ministre mourut, il lui en laissa deux cent soixante-seize, et lui légua la magnifique ordonnance maritime de 1689 qui demeurera un des plus beaux monuments administratifs de ce siècle.

Maintenant, si l'on considère ce que dut à ce grand ministre le commerce en général, les résultats passent toute croyance : ce sont d'abord les compagnies des Indes, les canaux de Languedoc et de Bourgogne, la chambre des assurances maritimes, puis les manufactures de tapisseries, de glaces, de draps, de soieries, de brocarts d'or et de points, objets de luxe ruineux que l'on tirait i grand prix d'Kspagne, de Venise et de Hollande. C'est encore la réforme de l'ordonnance judiciaire de 1667, le code marchand, le code noir. Ce n'est pas tout, les arts et les belles-lettres lui doivent aussi , l'Académie des sciences, celle des inscriptions et belles-lettres. l'Observatoire et l'Kcole de peinture française â Borne.

Tels furent les fruits de ce long et laborieux ministère, qui dura vingt deux ans! On l'avoue, c'est presque avec un saisissement religieux qu'on s'est approché de ces immenses recueils d'ordres et d'instructions presque tous écrits de sa main. On demeure accablé en songeant à l'incroyable puissance et opiniâtreté de travail de cet homme, chez qui l'ordre, l'exactitude, la rectitude dejugement et la persévérance, qualités généralement communes aux esprits ordinaires, devinrent bien véritablement du génie, par la sage, sévère et continuelle application qu'il fit de ces facultés aux intérêts publics.

Kl cela devait être ainsi; car, on l'a dit, si lorsqu'il s'agit de la cause première de tous les grands mouvements politiques ou des sanglantes perturbjtions sociales, telles que les déclarations de guerre, les alliances, les envahissements, les ruptures ou les révolutions, on y retrouve presque toujours la trace profonde et indélébile d'une passion toute humaine et souvent puérile et mUérable, parce qu'après tout les proportions de l'es-

prit de l'homme ne peuvent grandir en raison de l'importance des immenses intérêts dont il se trouve parfois la providence. Il eu est de même en fait de finances, de commerce, d'industrie ; seulement, comme il ne s'agit plus alors de prétendre â fixer par un mot la destinée des peuples, et que, selon leur espèce même, ces questions secondaires et matérielles descendent â la juste portée de l'esprit humain, tel qu'il est; et peut-être, en cela, par exemple, que l'administration d'une fortune particulière ressemble de tous points à l'administration de la fortune publique, il y a de nombreuses chances pour que cette partie infime des affaires soit beaucoup plus sagement conduite que la première ; en un mot, il faudrait être au moins an dieu pour régner sans fautes et sans reproches, et il suffit d'être un homme d'excellent sens et jugement pour arriver aux merveilleux résultats obtenus par Colbert.

Aussi, on le répète, ce qui, â nos yeux, parait surtout admirable chez ce ministre, c'est le bon sens appliqué aux vastes intérêts matériels, le bon sens, qui fut le grand génie de Colbert; et cela parce que. grâce â ce rare et précieux bon sens, il voulut rester homme a affaires dans le maniement des affaires, et non pas y jouer l'homme à hautes visées politiques : le résumé de ses principes, ses lettres, ses instructions à son fils en don nent mille preuves; et, ce qui est aussi le complément de cette organisation si logique et si conséquente, c'est l'extraordinaire esprit de conduite qui régla toujours la vie de ce ministre : tenant une maison grande et honorable, mais économe et plein d'à-propos dans ses dépenses, il maria très-avantageusement ses filles, et laissa de grands biens, que son fils devait d'ailleurs dissiper en folles et brillantes prodigalités, comme il dissipa le sang et l'or de la France dans des guerres maritimes aussi hardies qu'elles furent insensées pour la plupart; car, de même que son père, Sejgnelay devait aussi se montrer cruellement conséquent avec soi-même, et mettre autant de fastueuse insouciance â dépenser ses propres biens qu'il en mettait â dépensef la marine de la France, celte marine que Colbert lui avait léguée aussi florissante, aussi belle que son patrimoine.

On s'est beaucoup élevé contre la fortune prodigieuse de Colbert. et pourtant il appert de renseignements exacts que d'abord elle était assez considérable, ainsi qu'on va le voir, â l'époque de la mort du cardinal Uazarin ; puis, que les dons du roi et plusieurs spéculations commerciales fort heureuses l'avaient beaucoup augmentée, et qu'enfin, grâce â l'excellente gestion de ce ministre, elle était devenue ce qu'elle était.

On a dit que la fortune de Colbert était. assez considérable lors de la mort de M. le cardinal Mazarin ; la lettre suivante le prouve et jette un jour curieux et nouveau sur le commencement de la carrière de Colbert.

Par une singulière délicatesse de reconnaissance, Colbert, au mois d'avril 1665, fil imprimer et répandre celle lettre, voulant ainsi donner autant de publicité que possible aux raisons qu'il avait de se considérer comme la créature du cardinal.

LETTRE DU SIEUR COLBERT , INTENDANT DE LA MAISON DE MON- SEIGNEUR LE CARDINAL , A SON ÉM1NENCB.

ï Monseigneur,

« Bien que j'aie reconnu en mille occasions, par l'honneur que j'ai d'approcher à toute heure de Votre Rminence, qu'elle ne cherche point d'autre récompense de ses vertueuses actions que ses actions vertueuses mêmes, et que sa magnanimité oublie aussi facilement ses bienfaits qu'elle a de dispositions à pardonner les injures, je la supplie de trouver bon que je ne paraisse pas insensible â tant de faveurs qu'elle a répandues sur moi et sur ma famille , et qu'au moins, eu les publiant, je leur donne la sorte de payement que je suis capable de leur donner. Si elle a de la peine à souffrir que je la fasse souvenir des obligations infinies que je lui ai, qu'elle ne m'envie pas la joie de les apprendre à tout le monde, et qu'elle me permette de lui enquérir pour serviteurs tous ceux qui sont touchés de la beauté de la vertu, en leur faisant voir de quelle manière elle traite les siens et quel avantage il y a de lui être fidèle.

« le ne veux pas, monseigneur, entrer dans le vaste champ de tous les bienfaits el de toutes les grâces qui sont sorties des mains de Votre Eminenee ; je me renfermerai d:ins les choses qui me regardent, et ne lasserai ni sa modestie ni sa patience, n'employant que peu de paroles pour ce grand nombre de bienfaits dont il lui a plu de me combler ; quelles paroles aussi bien pourraient exprimer ses libéralités, puisque toute l'étendue de ma gratitude même ne saurait les égaler.

f Je dirai seulement qu'après quelques épreuves de mon zèle dans la campagne de 1049 et 1650, où Votre Eminenee me commanda de la suivre en Normandie, en Bourgogne, en Picardie, en Guyenne et en Champagne, m 'ayant dès lors confié le soin de toutes les dépenses qu'elle faisait faire dans ses voyages pour le service du roi, après avoir donné des marques publiques d'en être satisfaite par une chanoinie de Saint-Quentin qu'elle lit obtenir a mon frère , nonobstant les instances que quelques personnes considérables en auraient faites, dans ce grand orage qui s'éleva en 1251 , et qui obligea Votre Eminenee à céder pour un temps a sa furie, elle ne fut pas hors du royaume qu'elle jeta les veux sur moi pour me commettre la direction de toutes ses affaires ; et j'avoue qu'encore que je mette a un très-haut prix toutes les bontés qu elle m'a témoignées, il n'y en a pourtant aucune que je fasse entrer en comparaison avec celle-là, soit que je la considère du côté du jugement avantageux qu'elle faisait de moi, soit que je la considère du côté de l'emploi, qui est en soi très-honorable, cl que l'exemple de feu M. le cardinal de Richelieu fait voir digne de l'ambition des personnes de la condition la plus haute dans l'Eglise, dans l'èpèe ou dans la robe, lesquelles ne l'eussent pas moius recherchée pourvoir Voire Eminenee éloignée, sachant assez qu'elle ne l'était pas du cœur de Leurs Majestés, et qu'en s'aitachant à ses intérêts, leurs services n'en auraient pas elé moins reconnus ; soit, enfin, que je la considère du côté de l'utile, puisqu'elle me servait comme d'assurance de tous les biens que j en pouvais prétendre en bien servant, et que j'ai reçus depuis au delà de mes prétentions et de mes espérances. Votre Eminenee voulut encore ajouter à la grâce d'un si grand bienfait : celle de donuer des marques d'une confiance entière et même d une très-grande fermeté à maintenir le choix qu'elle avait fait, lorsque ceux qui avaient été élevés a sa recommandation aux premières charges de I Eut s'ètanl déclarés, par diverses pratiques, de ne vouloir avoir aucune sorte de conférence avec moi, dans la vue de se rendre maîtres de ses affaires, elle leur eu écrivit en des termes si pressants et si positifs, qu'ils furent contraints d'en perdre la pensée et de s'accommoder à ses intentions. Ces termes mêmes étaient accompagnés de tant de marques de sa bonté pour moi, qu'uue princesse qui avait eu part a ce démêlé ne lit pas difficulté de me dire qu'elle se tiendrait bien récompensée si, après avoir servi Votre Eminenee dix ans le plus utilement, elle recevait quatre lignes de sa main de la manière dont Votre Eminenee aurait écrit quatre pages sur mon sujet. Une faveur en toutes façons si importante fut suivie de plusieurs autres presque en même temps : Votre Eminenee me donna un bénéfice de mille livres de rente pour ce même frère â qui elle avait procuré une chanoinie de Saint-Quentin: et à un autre qui venait d'être blessé sur la brèche de Cha;tel en Lorraine, elle fil accorder une lieutenance au régiment de Navarre ; et pour un troisième, elle obtint de la reine la direction des droits de tiers des prises faites par les vaisseaux du roi sur les ennemis de celte couronne. Mais, comme si Votre Eminenee eût résolu de ne point laisser passer d'année sans la signaler par de nouveaux bienfaits, la suivante ne fut pas commencée, que je me vis honoré de la charge d'intendant de la maison de monseigneur le duc d'Anjou, et que je vis ce même frère gratifié d'un autre bénéfice de huit cents livres de renie, Votre Eminenee couronnant tant de biens par un dernier d'un prix inestimable, je veux dire par les témoignages avantageux qu'elle voulut bien rendre de moi en diverses rencontres au roi et a la reine, comme si elle eût voulu justifier ses grâces par mon mérite, quoiqu'elles n'eussent autre principe ni autre fondement que sa bonté et sa munificence. Votre Eminenee me les continua encore l'année 1655, parla permission que j'eus de liier 10,000 livres de récompense de

la charge d'iutendant de la maison de monseigneur le doc d'Anjou, et par le dessein qu'elle forma de me faire avoir celle de secrétaire des commandements de la reine a venir. Dans le cours de la même année elle fit donner une compagnie au régiment de Navarre à celui de mes frères â qui elle avait fait donner une lieutenance (I) ; elle fit agréer mon autre frère (2) pour la direction des préparatifs et pour l'intendance de l'année de terre destinée â 1 entreprise de Naples, et nomma un de mes cousins germains (3) a l'intendance de l'armée de Catalogne, qui, depuis, fut convertie en celle de toutes les affaires de ses gouvernements de la Rochelle et de Brouage.

» Enfin, au commencement de l'année 1654, elle exécuta le dessein qu'elle avait conçu pour la charge de secrétaire des commandement;, de la reine a venir, de laquelle elle me fit revêtir, refusant ses offices pour la même charge a une personne a qui, sans celte excessive bonté qu'elle a pour moi, une infinité de raisons les devaient faire accorder. Dans la même année elle mit le comble i ses faveurs par une abbaye de 6,000 livres de rente qu'elle impétra de Sa Majesté pour mon frère. Je dois encore à 1 efficace de ses bons témoignages la pensée que la reine a eue d'acheter pour moi une charge considérable de la maison du roi, avec ces paroles si avantageuses, qu'elle ne l'achèterait pas pour me faire plaisir, mais pour le service du roi son fils; et je ne puis taire que Votre Eminenee, même a»ec quelque résistance de ma part au torreut de ses libéralités, a pensé celte année encore à les accroître par un autre bénéfice de 8.000 livres de rente.

t Voilà, monseigneur, en abrégé, ce qui se peut exprimer et connaître des bienfaits dont je suis comblé par la bonté immense de Votre Eminenee, étant infiniment au-dessus de mes forces d'exprimer la manière avec laquelle vous en aurez su rehausser la valeur ; car, comme il n'y a que Votre Eminenee qui puisse concevoir et produire toutes ces grâces dont vous les accompagnez, qui surpassent infiniment les bienfaits mêmes, et que vous imprimez si puissamment dans les cœurs, il n'y a qu'elle seule qui les puisse dignement exprimer. Je ne lui en dis autre chose, siuon qu'elle surpasse autant mon mérite que mes souhaits; que leur grandeur el leur nombre m'ôtent le moyen et le loisir de les goûter comme il faudrait, et que plus sa bonté veut même relever le peu que je vaux, pour leur donner quelque apparence de justice, el plus j'en rapporte les motifs â cette bonté, sans que je prétende pouvoir jamais en demeurer quitte envers elle, quelques services que je lui puisse rendre, quand je lui en rendrais des siècles entiers.

t Toutes ces grâces, monseigneur, et une infinité d'autres que Votre Eminenee a répandues sur toutes sortes de sujets à proportion de leurs mérites, et même beaucoup au delà, devraient bien étouffer la malice de ceux qui ont osé publier que les grâces et les bienfaits ne sortaient qu'avec peine de ses mains, et quelques-uns de ceux-mêmes qui en ont élè comblés ont été de ce nombre, comme si dans le même temps qu'ils recevaient ces bieufails ils cherchaient des couleurs pour les diminuer, afin de se décharger du blâme de l'ingratitude qu ils méditaient. C'est une matière dont personne ne peut guère mieux parler que moi : la meilleure partie de ces grâces ont passé devant rocs yeux, et je n'en ai jamais vu aucune, pour peu de mérite qu'ait eu la personne qui les a reçues, qui n'ait été redoublée par la manière obligeante de la faire. Il est vrai que souvent ces grâces ont été fort ménagées, parce qu'elles étaient faites pour de très puissantes considérations d Etat, et non pour celles des personnes qui les recevaient, qui souvent en étaient très-indignes. Je dois ce témoignage à la vérité, et c'est principalement pour cela que je supplie Votre Eminenee de souffrir que j'en fasse connaître à chacun ce que j'en ai éprouvé moi-même, afin que, si quelques particuliers lui dérobent la gloire des bonnes actions qui leur ont été profitables, le publia lui rende justice et ne dénie pas à ces bonnes actions la louange qui leur est due.

« J'avoue, monseigneur, que Votre Eminenee trouverait facile-

(Il Colbcrt.lc M.ulcrriw.

2] Grfbcrt Je CiViwy. .

" Colbcrl do Trmtn.

ment une infinité d'autres sujet» plus dignes que moi de aa munificence; et toutefois, si un cœur bien persuadé de ses obligations et brûlant de désir d'y bien répondre pouvait tenir lieu de mérite, je croirais que le mien a toute la disposition dont il est capable, et que Votre Eminence peut justement désirer pour les

f [rendes choses qu'elle a faites pour moi ; et du moins je ne lui aisserai pas le déplaisir de les avoir semées en une terre ingrate.

« Ce n'est pas, monseigneur, que, pour m étré entièrement dé-, voué au service de Votre Eminence et de sa maison et en avoir montré l'exemple a mes frères et a mes proches, ni pour élever mes enfants dans la profession de ne pas vivre et mourir que dans la religion où Dieu les a fait naître, avec le même séle et la mémo constance qua mui; ce n'est pas, dis-je, que je prétende satisfaire à ce que je dois a ees bontés : mes soins et mes travaux, quelque grands et utiles qu'ils pussent être, demeureront toujours au-dessous de ce qu'elle a droit d'attendre de moi en toute l'étendue de ses intérêts et de ses commandements; mes paroles mêmes, quelque puissantes qu'elles fussent, ne lui sauraient faire qu'imparfaitement connaître ma gratitude en lui en voulant exprimer la grandeur. Je me trouve réduit a me servir des termes trop ordinaires et trop faibles d'une protestation très -véritable d'être éternellement, avec toute sorte de respect et de dévotion,

< Monseigneur,

« De Votre Eminence, « Le très-humble, très-obéissant, très-obligé t et très-fidèle serviteur,

e Capot.

« Pirà, l« 9 «ml 1655. i

On ne peut s'empêcher d'être frappé de l'expression de profonde reconnaissance qui règne dans cette lettre, et demande au retentissement de la presse de répéter partout et au loin la gratitude que l'obligé éprouve pour son bienfaiteur.

Malheureusement , l'inflexible animositè de Colbert contre Fouquet et le faux semblant de confiance et d'amitié dont il la colora pour perdre plus sûrement |e malheureux surintendant, et jouir de ses dépouilles, resteront toujours une tache dans la vie de ce grand homme ; une tache, si Ton considère cette trahison comme une atteinte aux lois du monde et de l'intimité, mais peut-être une action utile et profitable a la France, si l'on compare l'administration de Colbert à celle de Fouquet.

Toujours est-il que si, malgré les immenses bienfaits dont il avait doté la France, l'ègoïsme et la dureté connue du caractère de Colbert lui méritèrent une peine, il la subit violente et araère: ses derniers moments furent épouvantables de souffrance et de désenchantement, et ses regrets, d'avoir tant fait pour un roi qui le sacrifiait si facilement, furent atroces. Aussi lorsque Louis XIV envoya, grand formaliste qu'il était, un de ses gentilshommes s'informer de la santé du ministre mourant, Colbert refusa de le recevoir et s'écria : « Je ne veux plus entendre parler du roi, m qu'au moins il me laisse mourir tranquille. Si j'avais fait pour

• Dieu ce que j'ai fait pour cet homme, je serais sauvé dix fois, t et je ne sais ce que je vais devenir, s

Le fait est que Colbert, bien que fort convenable pour les usages religieux, s'était plus occupé des affaires du roi que de celles de sa conscience. Ennemi déclaré des jésuites, et favorisant de toutes ses forces les protestants, qu il trouvait surtout travailleurs, économes et patient*, il s'opposa jusqu'à sa mort, et avec la dernière vivacité, i la révocation de l'édil de Nantes

3ue Louvois demandait déjà fort instamment, ainsi que madame e Maintenon, qui disait a ce sujet : « Il n'y aura bientôt plus « qu'une religion dans le royaume ; c'est le sentiment de M. de « Louvois, et je le crois là-dessus bien plus que M. Colbert,

• qui ne pense qu'a ses finances et jamais a la religion » Colbert mourut ainsi sans revoir son fils; et, pendant sa lente

et cruelle agonie, il entendit sans doute les clameurs insultantes de la populace ameutée sous les fenêtres de son hôtel.

Et puis, lorsqu'on apprit la mort de ce grand homme, ce fut une j.»ii', une allégresse générale. Le roi fut satisfait, parce qu'il

se senuil délivré d'un censeur qui devenait souvent fort importun, et qu'il voyait Louvois débarrassé de l'objet d'une haine impitoyable ; la cour fut satisfaite, parce qu'elle avait a se partager ta dépouille du mort, et que la, comme â la loterie, tout le monde espère jusqu'au jour où les heureux sont connus : la ville fut satisfaite, parce que les Parisiens se croyaient ninsi venges du remboursement des rentes de l'Hôtel de Ville; la populace, enfin, fut satisfaite, parce que cette mort la veugeait aussi, elle, de l'immense fortune de Colbert, qu'on lui avait dit. comme toujours, être spécialement et uniquement arrosée, fécondée, nourrie de la sueur du peuple.

On ne put songer à enterrer publiquement ce grand homme, et a honorer ses cendres ainsi qu'elles devaient I être , tant les menaces de déchirer son cadavre, ou de le traîner sur la claie, étaient devenues formidables... Aussi, le lendemain de sa mort, a une heure du matin, par une nuit obscure, on jeu le corps daus un méchant carrosse, afin de détourner les soupçons, et il fut de la sorte conduit en toute hâte dans l'église de Sainl-Eustache. sous l'escorte de plusieurs cavaliers du guet.

Telles furent lbs funérailles de Colbert!! Telle fut la fin qui couronna celte longue, noble et glorieuse vie, tout entière passée â servir utilement la Frauce.

A la mort de son père, le marquis de iSeignelav eut la marine, et le roi répartit de la sorte le reste des charges du défunt : celle de contrôleur général des finances fut donnée à Claude Lepclletier, conseiller d'Etal; la charge de surintendant des bâtiments fut dounée à Louvois, avec le patronage de l'Académie de peinture et de sculpture ; et pourtant, de son vivant, Colbert avait obtenu la survivance de celte charge pour son second fils, Jules- Armand Colbert, marquis de ISIainville ; mais la volonté de Louvois l'emporta sur la promesse faite par Louis XIV.

Outre Seignelay, le marquis de lllainville, et mesdames les duchesses de Chevreuse, de Beauviltiers et de Mortemart, Colbert laissa encore deux jeunes fils : Louis Colbert, âgé de seize ans, abbé de Notre-Dame de Bon-Port et prieur de Ruel, et Charles-Edouard, âgé de treize ans, chevalier de Malle, qui fut destiné à servir dans la marine.

Deux mois après la triste fin de Colbert, une autre mort assez mystérieuse fil quelque sensation : le 18 novembre 1683, mourut,*Courlray, Louis de Bourbon, comte de Vermandois, fils naturel de Louis XIV et de mademoiselle de Lavallière, amiral de France, né en 1667, puis légitimé et pourvu, en 1669, ainsi qu'on l'a vu, de la charge d'amiral de France, après la disparition de M. le duc de Beaufort, lors du siège de Candie.

Il courut, sur la mort imprévue et prématurée de ce jeune prince un bruit singulier, mais, selon toute apparence, dénué de rondement et de solidité- On disait alors qu emporté par la violence de son caractère, M. de Vermandois ayant souffleté monseigneur le dauphin, Louis XIV, irrité, avait fait répandre la nouvelle de la mort de son fils naturel, et que l'homme au masque de fer n'était rien moins que M. de Vermandois. Une de ces sor- ■ tes d'imaginations avait déjà eu cours lors de la disparition de M. de Beaufort, aussi amiral de France; mais t'extrait mortuaire de Marchiali, nom vrai ou supposé de l'homme au masque de fer, décédé à la Bastille, le 19 novembre 1 705, et inhumé le 20, dans l'église paroissiale de Saint-Paul, à Paris, semble démentir suffisamment ces assertions, malgré l'anagramme Aie amiral . qu'on fil, daus ce temps-là, de ce nom de Marchiali. Toujours est il que M le comte de Vermandois disparut, et que M. le comte de Toulouse, fils adultérin de madame de Montespan et de Louis \IV, né le 6 juin 1678, succéda au fils de mademoiselle de Lavallière dans la charge d'amiral de France dont il fut pourvu cette année 1683.

On pense quelle fut la joie de M. de Seignelay de se voir enfin chargé du département de la marine. Ce ministre avait alors treute-lrois ans Ou a dit dans son temps la différence complète, profonde, radicale, qui existait entre la manière <le voir de ces deux hommes d'Etal, et qui prit un caractère croissant de contradiction dès que Seignelay, livré à lui-même, put sans

gêne ni entraves se livrer à son goût dominant : la guerre ! goût encore irrité par la haine et la jalousie qu'il nourrissait contre Loti vois.

De ce moment, tous les sages conseils, toutes les recommandations instantes et paternelles de Colbert s'effacèrent de l'es-

[Mrît de Seignelay : il ne considéra plus la marine militaire comme e soutien, la conséquence, la garantie de la marine marchande et du commerce, mats comme une arme de guerre, dorée, brillante et hardie, mais vaine et inutilement dangereuse, comme l'épée d'un spadassin. Il voulut rivaliser de folles, ruineuses et injustes agressions avec Louvois; actif comnje lui, entreprenant, glorieux, opiniâtre, résolu comme lui, il sembla lui jeter un menaçant défi qui fut encore payé par le sang et l'argent de la France.

Colbert mort, on dirait que Seignelay voulut garder comme une sorte de décorum, et attendre un tempt moral pour commencer celte fatale carrière qui fut si courte, mais malheureusement si remplie d'irréparables erreurs, qu'à bien dire ce fut le fils de Colbert qui porta les premiers et les plus rudes coups i cette merveilleuse organisation maritime que MM. de l'ontchartrain père et tils devaient tout a fait ruiner et abattre, en haine de 11. le comte de Toulouse, ainsi qu'on le dira en son lieu.

Le bombardement de Gênes, en 1684, fut, a bien dire, le premier acte du ministère de M. de Seignelay, qui avait voulu une guerre a tout prix, pour essayer un peu Je son autorité. De fait, le moment était des plus opportuns; l'Europe entière était en paix sur terre, à l'exception de l'Empire qui guerroyait contre les Turcs. Et pui», ce qui surtout dut décider Seignelay à se hâter, ce fut le désir bien naturel de jouir du dépit de Louvois, qui n'aurait pas sur terre la moindre escarmouche à opposer a cette expédition maritime.

En effet, malgré et depuis la paii de Nimègue, Louvoie avait incessamment jeté Louis XIV dans de nouvelles tentatives de guerre, soui le prétexte de tel prétentions sur quelques parties des Pays-bas. En vain l'Espagne, par lu crainte des suites fâcheuses que pouvaient avoir ses relus, eéda quelques places ; Louis XIV en demandait d'autres, et, pouf appuyer ses reprises, il fit faire, entre autres, ja blocus de Luxembourg, et accabla le pays de contributions. Le gouverneur de» Pays-Bas espagnols, par représailles, publia, le 13 octobre iHMR, un ordre de faire les mêmes ravages sur les terres de France, Dés lors la rupture entre les deux couronnes éclata i |ea troupes françaises prirent Courlrai et Hixmude, et, l'année suivante, Luxembourg, tandis que l'Espagne appelait en vain à son secours les puissances intéressées à la garantie du traité de Nimègue.

Mais cette guerre n'eut pas de durée. Louvois, ayant-eu, à la mort de Colbert, la surintendance des bâtiments, et se trouvant ainsi entre les mains un moyen facile et sûr d'occuper Louis XIV, d'augmenter son crédit et de se rendre nécessaire, poussa fort à la paix, et celte guerre fut terminée par une trêve de vingt ans, d'abord conclue entre la France et les Provinces-Fnies, ensuite entre la France et l'Espagne, et, enlin, entre l'Empereur et la France.

On le répète, Seignelay ne pouvait donc trouver de circonstances plus favorables à ses vues pour faire cette exp dition de Gênes qu'il méditait, d'abord pour en tirer le plus de gloire et d'honneur possible, puis pour rendre de très-importants services à deux de ses amis les plus familiers, et enfin pour satisfaire â la superbe de Louis XIV, déjà extrêmement affriandée d'hommages publics, par les ridicules ambassades et soumissions des envoyés algériens, tripolitains et siamois.

Pour comprendre une partie de ceci, il faut remonter aux griefs reprochés â Gênes par Louis XIV, et dont le ressentiment causa la ruine de celte malheureuse ville. Ces griefs étaient au nombre de quatre, desquels deux, très évidents et très-particuliers, étaient et furent comme absorbes dans le retentissement oVs deux autres, qui, au contraire, étaient fort vagues, fort incertains el des plus contestés.

On reprochait donc aux Génois : 1* d'avoir tenu des propos injurieux à l'honneur du grand roi; 2' d'avoir armé el mis en mer quatre galères, malgré les représentations de Louis XIV

(que cet accroiMiement de forces navales inquiétait si fort, qu'il fit notifier au doge par son résident que, si les galères étaient lancées, il prendrait ce fait même comme une déclaration de guerre); 3* d'avoir refusé le passage des sels de France par Savone pour Manloue; 4* d avoir refusé à M. le comte de Fiesque une indemnité qu'il réclamait de la république.

On le répète, ces deux derniers griefs décidèrent principalement Seignelay à attaquer Gênes plutôt que toute autre puissance d'Italie; car les bonnes raisons de la force des deux premier» griefs ne lui eussent pas manqué pour prétexter toule autre guerre maritime.

Pour l'intelligence du grief dit du tels, il faut savoir qu'un cousin germain de madame de Biron, fort amie de M. de Chavreuse (on le sait, beau-frère de Seignelay i, nommé M. de H ion, homme actif et intelligent, cadet de la maison d'Aydic, et aussi proche parent de M. le duc de Lauzun, avait été autrefois employé aux négociations de Muosler : ayant, dans le cours des affaires, été envoyé à Mantoue, il y forma des liaisons, et, plus tard, traita avec les ministres du duc d'une fourniture de sel de France, de sorte que, par cet arrangement, le fermier général du duc de Mantoue s'obligeait à se servir exclusivement du sel de France pendant six années.

C'était une affaire d'or pour M. de ilion, si le roi eût pu obtenir de Gênes la liberté du passage du sel par Savone pour Mantoue. M. de Chevreuse, poussé par madame de Riron, insista fort auprès de M. de Seignelay pour faire obtenir cet avantage à M. de ftion; M. de Seignelay en Parla très-vivement i M. de Croissy, son oncle, qui avait la» affaires étrangères, et il fut ordonné â M. Pidou de KainkOlon. résident de France à Gènes, de demander celle grâce a la république. Le conseil de Gênes répondit, avec toutes sortes de mesures, que, depuis longtemps les Génois étant en possession de faire ce commerce de sel avec le duc de Mantoue, accorder |e passage des sels de France par Savone serait faire un tort immense aux sujets de la république, et ruiner ainsi une de leurs branches d industrie les plus profitables. Ces raison» ne satisfaisant pas Louis XIV, ou plutôt M. de Croissy, ou plutôt M- de Seignelay, ou plutôt M. de Chevreuse, ou plutôt madame de Biron, e'e»t-a-dire M. de Rion, ce refus du passage je» tel» demeura une des causes les plus vraies de celte expédition.

Quant à I ndemnité réclamé» par M. |» comte de Fiesque, très-cher et intime ami de M, de l»ignelay, sa réclamation datait de forl loin. M. le comte de Fiesque était d une br niche aînée de cette illustre maison, originaire de Gênes, qui a donné tant de généraux et de prélat» Après la conjuration si connue du comte de Fiesque, toute cette maison fut proscrite, et une branche aînée vint s'établir en France. Le chef de celle branche, Scipion, comte de Fiesque, chevalier d'honneur d'Elisabeth d'Autriche, femme de Charles IX, et de Louise de Lorraine, femme de Henri III, mourut à Moulins, en 1598, à l'âge de soixante-dix ans, laissant un fils unique, qui fut tué jeune au siège de Montaubau, et eut trois fils, dont I aîné épousa la tante paternelle de madame la duchesse d'Arpajon , et fut le père du comte de Fiesque donl il s'agit ici.

Or, la famille de Fiesque avait une assez grosse indemnité à réclamer de la republique de Gènes, répétition d'ailleurs fort litigieuse, el qui jusqu'alors, et depuis la proscription de la maison de Fiesque, avait toujours été écartée. Seignelay, forl de l'intimité de M. et de madame de Fiesque. ainsi qu ou l'a dit, fui ravi de trouver cette occasion de faire rentrer ses amis dans une somme aussi considérable, el activa de toutes ses force» l'expédition de Gènes

Ces 100.000 écus ne venaient pas d'ailleurs mal à propos; car madame de Fiesque était une des femmes les plus follement prodigues du monde. Ce fut elle qui fit celte ravissante et naïve réponse à un de ses amis qui lui demandait COTUPCnl elle avait fait, elle dont les affaires étaient si fort dérangées icela se passait avant les 100,000 écus de Gènes), pour pouvoir meure autant d'argent ;» l'achat d'un de ces miroirs de Venise, qui, dans leur nouveauté, coûtaient des sommes prodigieuses : - - Mon Dieo ! dit madame de Fiesque. il me restait dans un coin de la

JEAN BAKT

Fciuce une mauvaise petite ferme qui ne me rapportait que du l.lc, et je l'ai changée pour ce beau miroir... N'at-je pas eu vraiment du bonheur?

Quant a H. de Fiesque, c'était un homme prodigue comme madame sa femme, et de la meilleure et de la plus amusante compagnie ; il était encore fort galant, faisait de jolis vers qu'il chantait à merveille, parfois aussi il lui échappait des èpigrammes salées et mordantes, comme celle qu'il lit sur le fameux Btrhameil, et qui pensa faire mourir Louis XIV de rire.

Saint Simon dans ses Mémoire* rapporte une scène assez vive qui se passa a Saint -Maur entre .1/. le Duc et le comte de Fiesque, au sujet d'un point d'histoire. .1/ le Dite affirmait ne se point tromper : M. de Fiesque, assez rrudit, soutenait son dire sans en démordre ; enfin, d'affirmations en assertions, les cho*-

droit des gens, agissant plus brutalement encore que le sultm n'avait autrefois agi avec M. de Guillcragues. fit mettre a la Bas. tille l'envoyé de Gènes. H. de Marini, avant que la guerre eût été déclarée a la république.

Voici le texte de ces deux lettres de cachet (Arek. de* aff. itr. -Genêt, 1682-1685) ' *

ordre ou noi ne pairk arrêter le si ht; marini,

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