A M. LE MARQUIS DE I.OUVOIS
o A U ni tic la Réalc, «laraut Génc», le 19 mai 1684.
« Quoique je ne doule pas, monsieur, que vous n'apprcniei par de meilleures plumes ce qui se passe ici. je ne laisserai pas de vous en faire un petit détail.
a Nous arrivâmes avant-hier au soir devant ceUe superbe ville, la floue mouilla hors de la portée du canon ; après que nos galères eurent remorqué les vaisseaux et posté les galiotes à la petite portée du canon , elles donnèrent un cap aux vaisseaux. La nuit se passa fort tranquillement, el, hier malin, le sénat envoya le maître des cérémonies a M. le marquis de Seignelay, pour savoir s'il trouverait bon que des députés vinssent le complimenter, â quoi il consentit. Ils furent à neuf heures du malin sur le vaisseau F Ardent, el, après leur harangue, M. de Seignelay leur fit un fort beau discours sur la conduite qu'ils ont tenue â l'égard du roi. et leur expliqua les intentions de Sa Majesté, qui sont d'avoir quatre do leurs galères, dont l'une serait tout armée, la liberté du passage des sels à Savone, et quatre sénateurs pour aller demander pardon au roi. Ils répondirent avec beaucoup de respect el de soumission et demandèrent vingtquatre heures pour aller assembler leur conseil; M. le marquis de Seignelay ne leur accorda que jusqu'à cinq heures du soir. Il y avait, avec ces députés, un envoyé du général des galères d'bspagne, qui venait prier, de la part de son maître, de faire ôter certains bâtiments (c'est son terme) qui étaient mouilles sous son canon elqui l'incommodaient (il voulait dire nos galiotes), â quoi ou ne fit aucune réponse. Les députés s'en retournèrent avec un mémoire des demandes qu'on leur faisait ; M. le marquis leur dit même qu'il n'y avait rien à changer, el que, s'ils tiraient un coup de canon, il n'aurait plus de proposions à leur faire et que le roi ne leur pardonnerait jamais. Sur les quatre heures el demie, la ville tira deux coups de canon sans boulets, et, un moment après, ils commencèrent tout de bon, et nos galiotes répondirent sur-le-champ avec leurs bombes ; elles ont continué toute la nuit, el a l'heure, monsieur, que je vous écris, il y en a environ deux mille cinq cents de Urées, qui ont Tait un fort grand désordre dans la ville, autant que l'on peut en juger par la fumée qui en sort continuellement. Nous avons été depuis nier jusqu'à sepi heures du matin avec dix galères pour soutenir les galiotes et pour empêcher que les galères qui sont armées à l'embouchure du port ne les enlevassent. La ville n'a pas fait grand feu cette nuit, leurs canons étant fort petits du côté qu'elle a été attaquée : ils ont changé leurs batteries, et apparemment que cela ira mieux dans la suite. On attend un temps favorable pour faire tirer la grosse bombe, qui tient deux milliers de poudre et qui doit faire uo furieux fracas. Voilà, monsieur, ce qui s'est passé jusqu'à présent; j'aurai soin de vous informer de la suite de cette guerre; cependant je vous supplie de m'accorder toujours quelque part dans votre estime, que je puis dire eu mériter quelque façon, monsieur, par l'attachement que j'ai pour
vous.
■ Mes compliments, s'il vous plaît, à nos amis el amies, et faites-moi l'honneur de me donner quelquefois de vos nouvelles, dont je suis bien en peine.
c Je suis véritablement, monsieur, etc.
€ Saibte-Beuvi. »
( Bibl. roy mu.)
DÉTAIL DE CE QUI S EST PASSÉ DEVANT G g. NES , DEPUIS LB 17 MAI QUE L AMÉE T BST ARRIVÉE , JUSQUAU 28 QU ELLE EH EST