‹ Jean Bart et Louis XIVChapitre 89 sur 120 · CHAPITRE LU · texte numérisé non relu

CHAPITRE LU

Si, par une bien étrange fatalité, la mort de Golbert cl celle de la reine semblèrent arriver à point, en 1683. pour amener le funeste mariage de Louis XIV avec madame de Maintenon, et priver en même temps la France du dernier sage et grand minisire qui l'ait défendue pendant ce siècle contre les cruels désordres de ses maîtres, en 1685,1a mort de Gharles II, et, conséquemment, l'avènemenl du duc d'York au trône d'Angleterre, semble aussi merveilleusement bien préparer la révocation de l'édit de Nantes, qui cul lieu à la fin de cette même année 1685.

En effet, entre le jésuite Piler, directeur de Jacques II, et le jésuite Lachaise, directeur de Louis XIV, les visées sont les mêmes : l'exaltation du catholicisme tle Rome, et la ruine du protestantisme. Seulement, comme Jacques II, pour opérer cette réaction chimérique, devait agir, contre son serment, contre la loi fondamentale du royaume, et surtout contre le génie du peuple anglais, trois ans plus tard, il perdit la couronne.

Quant à Louis XIV, lui, il ne perdit point le trône par cette inepte, folle et atroce mesure, il perdit du moins une innombrable quantité de sujets (et généralement, ainsi que le remarquait Golbert, les plus industrieux et les plus actifs); un numéraire énorme sortit de France ; les manufactures et le commerce périclitèrent ; de sanglantes séditions surgissant de tous côtés, désolèrent et ruinèrent la France; enfin, la formidable ligue d'Augsbourg se conclut entre des princes protestants, le pape et des rois chrétiens, pour renverser un monarque on ne peut plus catholique, et cela parce qu'il agissait sous l'immédiate inspiration et volonté de la société de Jésus! la fleur des pois du catholicisme pur! Or, toute celte partie de la fable providentielle, ainsi qu'on le voit, est assez inconséquente ; mais il ne faut guère compter sur la logique, la vraisemblance et la sagesse de la donnée de celte grande comédie sérieusement bouffonne qu'on appelle l'humanité. Aussi, doit-on la prendre telle qu'elle est, n'en pleurer jamais et s'en moquer toujours, comme ail le sage llafiz.

Mais revenons à l'avènemenl de M. le duc d'York au trône d'Angleterre ; on parlera plus tard sommairement, el en ce oui a Irait à la marine, de la révocation de l'édit de Nantes, déclarée aussitôt après la campagne de Tripoli.

Le 16 février 1685, un peu après onze heures du malin, Charles 11, roi d'Angleterre, mourut à White-llall, à l'âge de cinquante-quatre ans. Avant d'entrer dans aucun détail sur cette mort si imprévue, ou doit jeter un coup d'oeil rapide sur les affaires d'Angleterre, qui ont eu, ont et auront surtout tant de conuexion avec les affaires maritimes de France.

On a dil en son lieu, et lors de la paix de Nimègue, que le bon Rowleij, cruellement abandonné par Louis XIV, qui uevou-

TmirvilK

lail pas lui payer ses gages échus, fort compromis d'ailleurs avec son parlement qui lui refusait des subsides, se trouvait dans un éoorme embarras.

Bientôt le fameux complot, si mystérieux et encore si inex-

Slicable.etsi inexpliqué de Titus Oates, sans tirer le roi Charles e son embarras, vint du moins faire une diversion qu'il crut d'abord utile à ses vues, c'esl-A-dire au moyen de tirer de l'argent soit de son parlement, soit de Louis XIV; car, pour Je joyeux monarque, toute préoccupation , pensée , ou inquiétude politique se simplifiait et se concentrait absolument dans ce mot : Sossicss.

On sait que le prétendu complot révélé par Titus Oates n'était rien moins que la découverte d'une certaine déclaration du pape, qui, vu l'hérésie du roi d'Angleterre et de ses sujets, se

Iosition, une fois engagé dans cette lutte contre Danby qu'il aïssail, ne s'arrêta pas la ; il fit faire a son parti un pas énorme contre le duc d'York, qu'il exécrait aussi, et que pourtant Bt> rillon tenait a ménager et A défendre pour des raisons qu'on dira plus bas.

Plusieurs historiens attribuent donc la fable du complot de Titus Oates à lord Shaftsbury, qui aurait suggéré a ce misérable ce liasu d'absurdités, d'autant plus dangereuses et capables d'enflammer la populace, qu'elles étaient plus imprévues, plus impossibles et plus fantastiques; quant au but de Shaftsbury, il était simple, c'était* d'exciter jusqu'à la dernière violence la. haine du peuple contre le duc d'York et la reine.

Personne, je crois, n'a attribué la pensée première de ce prétendu complot à Charles 11, et pourtant, sans vouloir donner ici

Le <k>RB reçu en audience fur le rui Louis XIV. — r*ce 374

mettait en possession des trois royaumes, au nom du Très-Haut, et déférait su R. P. Olive, de la société de Jésus, tout pouvoir de nommer aux premières fonctions de ce pays ainsi catholiquement régénéré; la reine et H. le duc d'York, catholiques exaltés , étaient complices de ce projet, et une armée de quarante mille jésuites armés de torches et de poignards détail venir mettre Londres a feu et a sang.

Bien quê le ridicule et le merveilleux luttassent dans cette trame supposée, on sait quelles furent ses terribles suites, et quelle baioe incurable elle excita en Angleterre contre le parti catholique ou papiste.

De la, une singulière complication d'intrigues. II. de Baril* Ion, ambassadeur de France, parfaitement dirigé par Colbert de Croîssy, qui connaissait mieux que pis nu la cour d'Angleterre, y ayant si longtemps et si habilement résidé comme ambassadeur; Barillon, en achetant l'opposition parlementaire, avait voulu d'abord embarrasser Charles II, pour le forcer toutours l revenir a Louis XIV, puis renverser le lord trésorier l)anby, ennemi de la France; mais lors Shaftsbury, chef de l'op-

1a moindre autorité à cette hypothèse, on fera remarquer que l'esprit de cette conspiration tendait singulièrement a montrer Charte* IL 1* comme hérétique, et conséquemment lié de religion et d'intérêt avec son peuple ; S* A inculper aussi la reine, afin de préparer peut-être l'opinion publique i un divorce que souvent les conseillers do Charles lui proposèrent ; et 3° a éloigner le due d'York, que Charles n'aimait pas A voir aux affaires a cause de ses idées opiniâtres et résolues dans tout ce qui touchait au catholicisme.

Encore une fois, ou ne donne ceci que comme le résolut d'un simple rapprochement, et sans y attacher d'autre importance. Toujours fut-il que cette prétendue conspiration exalta l'opposition parlementaire à un tel point contre les catholiques, que les communes, trompant en ce sens les prévisions que l'on suppose an roi Charles, ne voulurent point entendre parler de subsides avant d'avoir fait passer le bill du 7e*f, qui obligeait toute personne revêtue d'une charge publique ou civile c à abjurer avec « détesiation le dogme de la transsubstantiation, et à déclarer c idolâtre le culte des saints et de la Vierge, i

JEAN BAKT

Le bon Rowlcy, ausii suprêmement sceptique et indifférent en matière de transsubstantiation, de culte, de saints et de vierge, qu'il était actif et Croyant en matière de subsides, et qui aurait dit, je crois, comme l'amiral Herbert, qui. pressé par le duc d'York de se déclarer catholique, lui répondit : n Qu il ne pouvait pas, parce qu'il avait donné parole au Grand Turc dans le cas où il se dériderait pour une religion ; » le bon Howley, dis je dans l'espoir de se mettre bien avec son parlement et d'en obtenir un subside par ce coup décisif, consent le bill du Test, désapprouve de toutes ses forces les idolâtries qui y sont incriminées . souscrit bravement au bannissement des catholiques qui. A l'exemple du duc d'York fseul exempté du serment par un amendement de la chambre des lords», ont refusé de jurer la teneur du Test ; et, enfin, non content de cela et espérant cette fois voir les communes lui ouvrir largo et béant le trésor de l'Eut, il se montre presque froid avec son frère, et accueille au contraire avec la plus expansive tendresse le brillant duc de Montmouth, ennemi déclaré des papistes et du duc d'York, qui redoutait l'influence bien connue de ce (ils naturel du roi Charles.

Ayant fait tant d'avances aux communes, le bon Howley, se croyant certain des subsides , faisait déjà préparer ses quittances, mais il espérait en vain ; le subside ne vint pas encore celte fois, car le pauvre Charles ignorait que l'ambassadeur de France tenait toujours I opposition dans sa main : aussi, ne concevant rien à cette dureté des communes, qu'il tâchait pourtant d'atteudrir par toutes les concessions possibles, le roi d'Angleterre, avant le plus grand besoin d'argent, s'adresse une dernière fois A Barillon, et lui demande « la modeste somme de a 3,000.000 fr. pour proroger son parlement pendant trois « ans. *

Mais Croissy. qui trouvait sans doute l'entretien de l'opposition parlementaire d'un taux moins élevé que celui des subsides demandés par le roi Charles, répond â Barillon, qui lui exposait les besoins du roi d'Angleterre : - Ménagez, au con- « traire, les factions diverses pour continuer les embarras de Sa « Majesté d'Angleterre ; c'est ce qui me parait A cette heure le « plus convenable. »

Mais Charles n'était pas à bout de combinaisons : ne désespérant pas encore de Louis XIV et de son parlement, il prend tout à coup trois mesures qui prouveront â la fois ses désirs de satisfaire A tous H* il casse son parlement pour plaire a Louis XIV; 2 il envoie le duc d'York en Flandre pour plaire aux ennemis des catholiques, et 5* il convoque un autre ministère pour plaire à la nation; puis il attend pour voir si d'un de ces trois côtés il ne fleurira pas au moins un subside. Point : Baril- Ion resta sourd, le nouveau parlement est plus démocrate que jamais. les murmures contre les papistes se changent en menaces, et pas la moindre apparence de subsides ni du côté de Louis XIV". ni du coté des communes.

Alors le bon Howley, ayant tout tenté sans résultat, se jette dans un parti désespéré, "et veut essayer à tout hasard de se montrer I homme de son peuple ; aussi, avec sa merveilleuse facilité à persuader les autres et à les ramener par un apparent retour sur lui-même, il fait venir Temple, l'intègre et vertueux Temple, le soutien des bons principes de la vieille Angleterre, l'ennemi implacable du système français, et lui dit : - J'ai essayé de tout, les remords m'assiègent, je me jette entre vos bras, vous le meilleur et le plus patriote des vrais Anglais : que fautil faire? je suis prêt à suivre aveuglément vos conseils. Temple, prenant cette conversion fort au sérieux, sent ses larmes couler et tombe aux genoux de son roi en lui prédisant que de beaux jours vont renaître pour l'Angleterre. Puis aussitôt, avec l'autorisation de ce prince, il compose un conseil privé qui doit guider la marche de Charles; ce sont des noms respectés et imposants : Essex.Godolphin, Hussel, tous gens capables de tempérer I élan plus que démocratique de la chambre des communes par leur caractère honorable et leur considération personnelle.

Charles crut sans doute qu'en s'appuyant ainsi sur le parti véritablement national, modéré par la Haute et sage influence di s membres de son conseil privé, il ramènerait I opposition de

la chambre des communes, et qu'alors les subside*, sa grande, seule et incessante affaire, seraient enlin volés ; mais cet espoir fut encore déçu : la chambre basse approuva sa conduite, la loua fort; mais la liberté de la presse qui venait d'être rendue enflammant tous les esprits d'une nouveire irritation contre les catholiques, les communes refusèrent de dire ou d'entendre le mot subsides, avant que le bill qui excluait M. le duc d'York du trône, comme catholique, ne fût passe; tandis que la chambre des lords, moins impérieuse, proposa le bill de limitation, c'està-dire une loi qui voulait que le successeur de Charles II fût dépossédé du trône du moment où il reviendrait à la religion catholique.

Charles, avec ce merveilleux instinct qui lui montrait toujours, mais en vain, le côté vrai des choses, se rebella fort contre le premier de tes bills ; car reconnaître aux communes le droit d'exilurc ses successeurs naturels à la couroune. ou limiter seulement sous condition l'exercice de leur pouvoir, c'était porter une mortelle atteinte â l'essence même de la monarchie. Et, en cela, l'intérêt particulier de Charles lui faisait donc une loi de soutenir son frère contre les prétentions exagérées des communes, et pourtant Charles fut sur le point de méconnaître une aussi éclatante et fondamentale vérité, et de sacrifier non seulement les droits éventuels de son frère, mais les siens propres, en un mot d'adopter le bill d'exclusion pour la somme de 800.00(1 liv. slerl. que madame la duchesse de Portsmouth et M. le duc de Montmouth lui promirent, au nom des communes, dans le cas où il voudrait consentir cette loi qui privait le duc d'York de sa succession au trône.

Quant aux motifs qui faisaient agir ainsi madame de Portsmouth, en cela d'accord avec M. le duc de Montmouth, fils naturel du roi, ils étaient fort simples : dans le cas où Charles eût adopté le bill d'exclusion, un des articles de ce bill lui conférait, ainsi qu'il l'avait conféré â Henri VIII, le droit de nommer son successeur: or, la duchesse de Portsmouth avait un fils du roi, M. le duc de Richemond; M. de Montmouth était luimême fils du roi : aussi, en bons courtisans, lui et madame de Portsmouth devaient s'entendre pour perdre le duc d'York, quitte à se diviser après pour se partager ses dépouilles.

Charles se résolut donc â cette énormité, mais il voulut que le subside fût voté avant le bill d'exclusion; malheureusement les communes ne se fiant pas plus A lui qu'il ne se fiait à elles, le projet manqua et les embarras de Charles redoublèrent. En vain, pour attendrir 1 opposition, il refuse au duc d'York la permission de revenir en Angleterre ; en vain il envoie Montmouth en Ecosse contre les papistes et les catholiques; en vain il accorde le bill de l'habeas corpus, cette sauvegarde de la liberté individuelle chez les Anglais, aucun subside ne vient ..

Que faire? Le pauvre Howley s'abaisse et s'humilie une dernière fois devant Barillon, et les larmes aux yeux lui dit : « Con- « jurez donc votre maître de consentir A mettre l'Angleterre « sous la dépendance pendant toute ma vie. »

Enfin quelque espoir luit ; Uuis XIV ordonne â Barillon d'aboucher M. le duc de Sundcrland et madame la duchesse de Portsmouth. Il s'agissait de proroger le parlement pendant trois ans; M. de Sundcrland demandait pour cela 15.000,01)0; madame de Portsmouth 12,000,000; le pauvre Howlry se contentait, lui, de 3,Ot'O,0O0, c'est-à-dire 1.000,000 par an... rien de plus. Mais, hélas! malgré la bassesse et la modestie de ces prétentions, au moment de signer l'acte, aucun ministre n'ose s'en charger; Barillon élève de nouvelles difficultés, reçoit ordre de renouer avec le parti populaire, et ces trois malheureux millions échappent encore A Charles H.

Alors Charles n'y résiste pas : dévoré de soucis et d'amertumes, profondément humilié de Uni d'ignobles el d'inutiles démarches, il s'affecte, et tombe gravement malade à Windsor .. A la nom elle de la maladie de ce prince, qui, réellement, avait quelque racine au fond du cu?ur des masses, le peuple fil éclater de grandes marques de chagrin. Ces preuves d'intérêt firent du bien à Charles; il crut inconsidérément que ces témoignages d'affection changeraient b's dispositions des communes A son égard, ou plutôt à l'égard des subsides, comme si le j euple était les communes- Fol espoir! les subsides ne furent pas

KT LOUIS XIV

votés. Pourtant, que faire pour avoir de l'argent? Les communes en refusaient ; il ne fallait pas penser, dans l'étal d'irritation où étaient les. esprits, a recourir a une taxe arbitraire ; Louis XIV venait même de faire durement signifier à Charles par Barillon « que toute tentative pour obtenir de nouveaux » subsides de la France serait considérée comme inutile et peu « obligeante; i et, pendant ce temps. Louis XIV achetait à bas prix l'incorruptible républicain Sidney. * J'ai donné à Sidney, « écrit Barillon, ce que Votre Majesté m'a permis de lui dou-

• ncr ; il aurait bien voulu avoir davantage, cl' si on lui faisait « une nouvelle gratifical ion, on pourrait l'engager entièrement: « car c'est un honime qui serait fort utile si les affaires d'An- « gleterre se portaient v la hehhiehe extrémité, i tAff. étr., 1080 1088).

On voit là les bénignes intentions de Louis XIV pour son frère d'Angleterre, qui essayait, avec une persistance véritablement louable, de faire encore quelques concessions avantageuses au

Iiays : il signait un traité avec l'Espagne pour s'engager a deèndre les Pays-Bas des prétendons de Louis XIV; il convoquait son parlement, et là, sou traité d Espagne à la main, exposait ses besoins, la disette de son trésor; mais, a cela, la majorité lui répondait par la proposition du bill d'exclusion de son frère, après quoi, disait-elle, on penserait aux subsides.

Mais Charles, perdant tout espoir d'en jamais toucher des communes, répondit fermement : » Je m'opposerai toujours au « bill d'exclusion, parce que, s'il passait, il ne me resterait plus « qu'a me détrôner moi-même. » Puis il proroge le parlement et rappelle le duc d'York qu'il avait jusque-là éloigné, pensant que ce rapprochement ferait peut-être quelque bon effet sur Louis Xl\ ; mais, malgré ce rapprochement et cette prorogation, Barillon écrit au roi : « Je vois ce que Voire Majesté désire : c'est « d'empêcher qu'il ne se fasse une reunion du roi et de son par-

• leuienl. »

Charles, ne se rebutant pas encore, convoque un nouveau parlement à Oxford. Mais ce parlement, où tous les députés se firent accompagner d'amis armés, fut si ouvertement séditieux, que Charles II le cassa sur l'heure, et que Louis XIV, craignant de se voir dépasser par l'opposition qu'il payait, mais qui marchait alors à une révolution radicale, proposa un nouvel arrangement; il accorda enfin à Charles 2, 000,000 pour la première année de prorogation, et 1,000,000 pour les autres. Le duc de Sunderland eut de la France une gratification de 100,000 lîvr.

Mais, une fois en argent, Charles joue le rôle que Louis XIV avait joue avec lui : il méconnaît ses promesses ; refuse à son frère la permission de venir à Londres ; accueille à merveille le prince d Orange, et déclare à Louis XIV que, s'il entreprend quelque chose conlre le Pays-Bas, il convoquera son parlement et secourra l'Espagne. Pendant ce temps, Guillaume d'Orange travaillait déjà sourdement à rassembler les éléments épars qui devaient composer la formidable ligue d'Augsbourg; aussi eutil de si fréquentes conférences avec Charles, que Louis XIV prévint ce dernier que, si le prince d'Orange ne s'en retournait immédiatement en Hollande, « il allait rendre public le traité < de Douvres de 1670, conclu par l'entremise de Madame. »

Celle menace et 1 ,000.000 de gratification supplémentaire, arrêtèrent Charles ; il éluda les réclamations de l'Espagne oui l'invoquait comme médiateur armé, d'après le dernier traité lait avec elle; et le vieux Bowley, se trouvant bien en fonds, laissa le maniement de toutes les affaires au duc d'York, et se replongea plus que jamais dans ses chères délices : ses maltresses, la table et la paresse.

La conspiration de Bye-llousse contre sa vie ne le tira pas de ses plaisirs; il laissa son frère et le cruel Jcfferies opérer, sous le prétexte de ce complot, les plus sanglantes réactions, et préparer, par ces violences, la révolution qui devait, en 1688, précipiter Jacques II du trône.

Louis XIV, voyant alors ces discordes intérieures affaiblir l'Angleterre, le prince d'Urange en mésintelligence avec quelques Etats de Hollande, et le duc d'York dans une voie de réaction catholique qu'il suivait pour ainsi dire gratis. Louis XIV étant Qéoé lui-même, suspend loul à coup le payement des sub-

sides, et laisse arriérée la dernière année, sur laquelle Charles n'avait reçu que 50,000 livres.

Ce dernier coup fiappa violrmment le roi d'Angleterre. Il vint à penser, dit-on. à la funeste administration du duc d'York, et comprit que c'en était fait de la monarchie si son frète persistait dans ses errements ; eu effet, depuis que Charles, gage par Louis MV. et tout occupé de ses plaisirs, avait laisse prendre au due d'York la plus grande part aux affaires, le mécontentement etail devenu général, les plaintes du peuple coutre les catholiques augmentaient tous les jours. Aussi Charles, on l'a dit. rappelé à lui et aux affaires par le cesse de subsides, prit eu grande froideur M. le duc d'York, et, sur la fin de I68i, se rapprocha beaucoup du duc de Monlraoulh. et correspondit souvent avec le prince d'Orange. Alors sou caractère, ordinairement bon et affectueux, devint brusque el morose ; puis on l'entendit, le 1 1 février, s'ecrier, à propos du duc d'York : * Il faul « que l'aiiiè ou le cadet fasse le voyage d'Ecosse; ■ enfin, il témoigna souvent à madame de Portsmouth le désir « de sortir une bonne fois de toutes ces tracasseries en vivant en bonne intelligence avec son parlement et en rompant avec Louis XIV. *

Aussitôt que Louis XIV fut instruit de ces tendances, si contraires à ses visées, non-seulement les subsides en relard furent payés tout aussitôt à Charles, mais il en reçut même en plus oO.OOO livr., et, dans l'espace de cinq jours, Louis XIV fit enregistrer à la cour des comptes les lettres de naturalité du duc de Bichemond, fils de Charles II et de madame la duchesse de Portsmouth.

Trois jours après Chartes était mort d'apoplexie. 'Bien que Buckingham, Burnet et Barillon parlent hautement de poison, ils mettent à l'abri de tout soupçon le caractère si bravement loyal de M. le duc d'York, mais, non pas quelques hommes exaltes du parti catholique qui, vovant la ruine de leur cabale dans le rapprochement du rot Charles et de son parlement, auraient commis ce crime. Voici, d'ailleurs, selon les mêmes historiens, comment la mort arriva.

Depuis longtemps le roi Charles ne prenait pas son exercice accoutumé, c'est-à-dire ne faisait pas une promenade de trois ou quatre heures dans le parc, en donnant à manger à ses oiseaux, mais ce, en marchant d'un tel pas, que c'était une véritable fatigue pour ceux qui devaient le suivre. Le I" février 1685, il était donc resté longtemps dans son laboratoire, car il s'occupait toujours beaucoup de chimie et d'expériences de physique. Puis, ayant dîné avec appétit, il alla le soir chez madame de Portsmouth, et demanda nn bouillon; mais, l'ayant trouvé trop fort pour son estomac, il n'en but que quelques cuillerées, el passa la nuit avec de grandes inquiétudes; le lendemain et le surlendemain, son étal empira, et les évêques protestants lui ayant offert leurs services, il les refusa. La veille de sa mort, le dur d'York avant insisté pour qu'il reçût les sacrements d'un prêtre catholique, on dit que Charles y consentit. A part cette cérémonie, on ne lui entendit rien répondre aux exhortations des évèques anglicans qui l'engageaient i demander pardon à Dieu des licences de sa vie ; et le propos le plus religteux que lui arracha « la douleur du feu qui le brûlait, disait-il, inlé- • rieurement, fut de dire qu'il espérait bien, pardicul grimper « jusqu'aux portes du ciel. »

<i Le jour de sa mort, le matin, Charles fit ouvrir les fenêtres pour voir encore le soleil ; il dit adieu au duc d'York, lui recommanda madame la duchesse de Portsmouth, répétant qu'il l'avait aimée et l'aimait jusqu'à la fin, et termina en disant : * Ne < laissez .pas, je vous en prie, mourir de faim la pauvre Nelly. » C'était une de ses maîtresses, danseuse favorite du public. Tels furent les derniers mots du bon Bowley ; il ne parla ni de la reine, ni'du peuple, ni de ses enfants, ni du payement de ses dettes qui étaient énormes... Et s'éteignit ainsi le 6-12 février, à onze heures du matin.

Après sa mort, on fit l'autopsie de son cadavre. Les docteurs Lewer el Needham, qui avaient remarqué des traces bleuâtres au dehors de l'estomac, voulurent qu'on l'ouvrit; mais un des médecins qui présidaient à cette scène, au nom de l'autorité, «lit par decj fois : - Needham veut nous perdre en s'ohstinatil a

JKAN BAHT

faire omrir l'estomac, il doil bien comprendre qu'on ne le veut pas. •

Short, autre médecin catholique, s'exprima fort librement sur \a cause de la fin prématurée de Charles, et mourut peu de temps après, disant qu il était empoisonné, pour avoir parlé inconsidérément de la mort du roi.

Le corps du roi, dit Burnet, ° fut extrêmement négligé; une ( partie (1rs entrailles et quelques autres morceaux de graisse « turent laisses dans l'eau, où on les avait lavés, et on en prit t si peu de soin, qu'on les vit asseï longtemps arrêtés a la grille t d'un égout où 1 on avait jeté cette eau (1) ».

Le 3 mai 1685 Jacques Il fut déclaré roi d'Angleterre, les subsides accordés à Charles, par Louis XIV, furent continués à Jacques, car le lendemain même de la mort de Charles, 11. de Croissy avait envoyé 500,000 livres au duc d'York de la part de son mailre « pour assister le roi d'Angleterre dans les plus « pressants besoins qu'il pourrait avoir dans les commence- « roents de son règne. »

Jacques, on ne peut plus sensible à cette attention de Louis XIV pour lui, remercia beaucoup M. de Darillon, en le priant de I excuser auprès du roi « s'il avait pris sans le cont sulter, couve il le devait et comme il le devait r.wnE es tout, « la prompte et importante résolution d'assembler son parle- • ment; mais c'était une mesure qui ne tirait a aucune consé- « quence, étant seulement alors motivée par la nécessité. >

En effet, comptant sur l'appui et les secours de Louis XIV, le malheureux Jacques II, poussé par le jésuite Piler, et d'ailleurs ferme et inébranlable dans sa conviction, commença de marcher à grands pas dans cette voie qui devait amener sitôt la révolution de 1688, et, conséquemment, une des plus importantes guerres maritimes que la France ait eu â soutenir dans ce siècle.

Revenons maintenant à l'expédition de Tripoli qui précéda de si peu la révocation de l'édit de Nantes.

Mais avant d'entrer dans aucun détail sur cette guerre maritime, qui se fil sous les ordres de M, le comte d Eslrées, on a cru devoir donner ici le texte des provisions du grade de maréchal de France, dont ce dernier fut pourvu le 24 mars 1681 .

En effet, rien ne caractérise mieux l'époque, rien n'est plus singulièrement naïf que les considérants dont cette nomination est précédée. Ainsi, après avoir longuement enumérè les combats sur terre où M. d'Estrécs avait d'ailleurs toujours fort vaillamment servi, on arrive jusqu'à la campagne de 1667, puis tout à coup on lit ces mots : n Dit lors il s'appl'upui avec tant de soin à ta connaissance de Ut marine, que rois (Loui* A71") résolûmes , eh 1668, de lui donner le commandement d'une escadre de nos VAISSEAUX. ■

Ce fut donc dans le cours d'une année, de 1667 à 1668, que M. d'Estrécs acquit le savoir et l'expérience nécessaires pour commander une escadre de vaisseaux de guerre ; et cela est sérieusement écrit I c'est a n'y pas croire. Mais le rare, est que l'aveugle vanité de M d'Estrées se montrait' si folle et si opiniâtre, que, s'il n'était pas lui-même entièrement convaincu de ce miracle de savoir nautique, il agissait du moins en tout et partout comme si rien ne devait demeurer plus évidemment admis et avéré pour les autres que ses connaissances maritimes si soudaines et si impromptues. Ainsi on • dit en son lieu que, naviguant pour la première fois et étant asseï heureux pour avoir

(I) Voici une note de Burnrt tnr cette mort qui parait devoir «tonner une grande créance au «oupçon d'empoisonnement. • J'ajouterai » ce que je vieil» de dire une hi-Ioirc «utjM-enanle que je lient de M. Nculcv de flanipshire, qui me U raconta en 1 ill!) : il me dil que In ductiewc de rortmioulli «'lait venue en Angleterre en 1GB9; il apprit qu'elle disait que Cliorie* JI avait été cmuni.oniié, et qu'ayant «uuhaité «avoir ce qui en riait de la propre bourbe de l.i duché.-*', clic lui dit qu'elle pressait continuellement le roi de ne mettre à «on aise niusi qu«i »nn peuple et d'entretenir une parfaite intelligence avec «» parlement ; <iu il avait n.lin pris h résolution d rnvover sou frère hora du- royaume, et de convoquer un parlement, a fui irraii Krt rxeevtr lt jour "i"" ■' '"' afhioiif «U «on premier atcri; qut lt roi haï un of «ur (outra

rWr« rrfimmamir U ttcrrl, il ou tlti n en omit parlé qu'a ton coufrtuur; mou '/u'illi eroyuu ijur ion cmfrtmr arml nnfir cr werrt d oVt gtnt qui ataitnl tmplnyt ftmfoiionnrmni pour prrrenir k tnup qui la mnwfiil,

un homme tel que du Quesne sous ses ordres, non- seulement M. d'Estrées accabla M. Colbtrt de Tenon de dénonciations contre ce grand marin, le traitant de timifte et d'imprévoyant, mais encore qu'il critiqua fort arrogamment sa manœuvre. Or, en cela, il faut l'avouer, M. d'Estrées n'était guère que l'écho des gens obscurs qu'il embarquait à son bord comme conseillers secrets, afin de cacher sa profonde et entière ignorance des choses de la mer, en répétant les leçons souvent funestes de ces mentors ineptes.

l'ourlant M. d'Estrées fut créé vice-amiral, puis maréchal de France! et certes jamais faveurs de cour ne furent plus fatalement placées, si I on songe à leurs terribles conséquences! On ne parle p.is de la conduite inqualifiable, ou plutôt trop qualiliable de M. d'Estrées, lors des combats de 72 et 75; la politique éhoutèc de Louis XIV l'avait voulu ainsi. Mais a Tabago ! mais a l'île d'Avès! ne fut-ce pas l'impérilie coupable de M. d Estrées qui, le poussant à entrer dans un port sans s'être assuré les moyens d en sortir en cas de mauvais succès, y fit incendier sa flotte? Ne fut-ce pas sa profonde ignorance qui causa la perte de ses vaisseaux sur des rescifs, pur cela qu'il s'entêta de suivre les conseils des gens indignes de créance plutôt que d'avouer son incapacité.

Et M. d'Estrées fut maréchal de France ! et M. de Vivontie fut maréchal de France! pendant que du Quesne. demeurant toujours simple lieutenant général des armées navales, grade qui équivaut à peine à celui de contre-amiral de nos jours, n'obtint que l'ingratitude et l'injustice pour prix de ses longs cl nombreux services. Voici a quel propos.

Après l'expédition de Gènes, pendant laquelle, ainsi qu'on l'a dit en son lieu, Une voulut pat sortir de sa chambre, justement choqué de voir M. de Seignelay commander à la fois comme ministre et comme amiral, du Quesne vint à Versailles rendre compte au roi de sa conduite, se plaindre avec énergie des empiétements de M. de Seignelay, et notifier qu'il quittait la marine, puisqu'on n'avait égard "ni a son ancienneté, ni à ses antécédents.

Louis XIV le reçut d'un air superbe et froid, et lui dit seulement : » Monsieur du Quesne, j'aurais voulu que vous ne m emn péchassiez pas de récompenser vos services comme ils méri- « lent de l'être; mais roiu Ha protestant, et roui save» mes • intentions là-dessus. » Duquesne répondit avec sa rudesse habituelle : « Sire, je suis protestant, c est vrai; mais j'avais tou- « jours pensé que mes services étaient catholiques. » Puis, saluant le roi, il se relira et ne servit plus jusqu à sa mort , qui arriva le 2 août 1688.

Du Quesne mourut donc à Paris a l'âge de soixanle-dix-huit ans (il était né en 1610). On a déjà dit qu'il ne put être enterré en France pour cause de religion, et que son fils ainè fut obligé de transporter son corps à Au bon ne, dans l'Etat de Berne, où il fut inhumé ainsi qu'il convenait à sa qualité.

Exiler jusqu'au cadavre d'un de nos plus célèbres amiraux pour cause de protestantisme, quand ce grand homme avait servi la France pendant soixante ans, non-seulement comme marin d'une valeur et d'une expérience proverbiales , comme général profondément tacticien et ayant toutes les parties de ce difficile métier, mais encore comme administrateur plein de vues qui amenèrent les améliorations les plus importantes dans l'organisation du corps de la marine. Tel devait être un des misérables précédents de la révocation de l'Edit de Nantes.

En un mot, du Quesne mourut lieutenant général, et son corps fut proscrit...

Maintenant revenons aux provisions de la dignité de maréchal de France accordée i M. d'Estrées. La lecture de cette pièce offrira le contraste le plus curieux et le plus piquant, puisqu'on connaît le réel, le vrai qui se meut sous ces brillants dehors.

LETTRES DE PROVISIONS DE LA DIGNITÉ DE MARÉCHAL DE FRANCE ES FAVEUR DE M. LE COMTE DESTRÉES DU 2* MARS 1681.

« Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous ceux, etc., salut.

« Comme nous avons toujours Tait une de nos plus importantes fonctions de celle de commander en personne nos principales armées, et que c'est aux soins que nous en avons pris, et à ceux de récompenser dignement les services les plus signalas qu'on nous y a rendus, que nous devons, après Dieu, l'état florissant où se trouve aujourd'hui notre royaume, nous ne saurions aussi rien faire qui doive davantage exciter la valeur de nos sujets a se signaler dans les guerres que nous pourrions avoir à soutenir, tant par terre que par mer, que de faire, voir qu'on peut parvenir aux plus nobles et aux plus importantes charges de notre royaume quand on ne s'est pas moins distingué dans le commandement de nos années navales que dans celles de terre par des preuves éclatantes de courage et de bonne conduite; c'est dans cette vue que nous avons cru ne pouvoir honorer de l'état et office de maréchal de France un plus digne sujet que notre très-cher et bien amé le sieur comte d'Estrées, lieutenant général en nos armées de terre et viceamiral de France, lequel, ayant hérité de la valeur de notre cousin, le maréchal d Eslrées, son père, duc et pair de France, commença à en donner des preuves dès l'âge de seize ans; a la léte d'un régiment d'infanterie sous son nom. qu'il commandait, en l'année 1614, à l'attaque delà contrescarpe de Gravelines, et quoiqu'en soutenant, quelques jours après, un logement, il y fût blessé de deux coups de mousquet, de l'un desquels, qu'il reçut a la main droite, il est demeuré estropié, il ne laissa pas néanmoins de continuer la campagne et de se signaler à l'enlèvement d un quartier d'infanterie à Cassel, sous le commandement du maréchal de Gassion. Les premiers essais de son courage ayant été de plus grandes preuves qu'il en donna, aussi bien que de sa bonne conduite dans la campagne suivante à la tète d'un régiment plus ancien que celui qu il avait eu dans celle de 1646, nous Ini donnâmes, en 1647, la commission de mestre de camp de notre régiment de Navarre, et la satisfaction que nous eûmes des services qu'il nous y rendit, tant au siège de la (tassée qu'à celui il Y près, et en plusieurs autres importantes occasions, nous porta a l'honorer de la qualité de maréchal de camp, et ensuite il fut détaché du quartier de Saint-Denis pour conduire, sur la rivière d'Aisne, les troupes de cavalerie et d'infanterie, sous les ordres de nos cousins, les maréchaux d'Estrées, son père, et du Plessis-Prasliu, et de s'opposer au passage de l'armée d'Espagne, commandée par l'archiduc Léopold.

« C'est en cette même qualité qu'il a depuis continué a nous servir avec beaucoup d'assiduité et de réputation jusqu'en l'année 1654, qu'étant le plus ancien maréchal de camp, il fut des

E rentiers a forcer les lignes d'Arras à la tète des régiments de i marine et de Mouskry, ce qui lui fît mériter la qualité de lieutenant général, dont nous lWiorames en l'année 1655. Il donna encore cette même année et les suivantes des marques de ce que peuvent l'expérience et la capacité jointes a la valeur, car non-seulement il défit avec cinq cents chevaux douze ceuts hommes de pied des ennemis, qui, par des chemins couverts et a la faveur des bois, voulaient se jeter dans Avesne, mais aussi il soutint, au siège de Valcnciennes, le quartier où il commandait avec tant de fermeté, qu'il ne put être forcé, et combattit ensuite pour secourir les autres, jusqu'à ce qu'accablé du trop grand nombre d'ennemis, et après avoir donné le temps à douze cents hommes de pied de se retirer en sûreté à Condè, il demeura prisonnier ; et son mérite trop connu de ceux au pouvoir desquels il était, le mit hors d'état de nous continuer ses services , jusqu'à ce que , la guerre ayant recommencé en 1667, il nous suivit pendant toute la campagne , toujours prêt à uous donner de nouvelles marques de sa valeur, et, pour la pouvoir signaler en tout temps, aussi bien par mer que par terre, «r dès « lors il s'appliqua avec tant de soin à la connaissance de la « marine, que nous résolûmes, en 1668, de lui donner Te com- « mandement d'une escadre de six de nos vaisseaux, avec les- « quels il alla, en qualité de lieutenant général de nos ar- « mers navales, aux Iles d'Amérique, où sa vigilance y maintint « nos sujets en repos, et répara tout ce que la guerre avec les « Anglais y avait causé de désordres.

« Cette épreuve nous ayant fait assez juger que nous ne pout vions confier la chargé 'de vice-amiral de France à personne

i qui fût plus capable de nous y rendre de grands et impor- « lants services , nous voulûmes bien l'en honorer en I an— h née 1669, » et lui donnâmes encore le commandement de six de nos vaisseaux pour faire la guerre aux corsaires d'Alger, de Tunis et de Salé; ayant augmenté cette escadre, l'année suivante, de quelques autres vaisseaux, et pour la rendre plus considérable, il continua celte guerre avec tant de vigilance cl de fermeté, qu'il fit périr, à la vue de Salé, cinq vaisseaux qui appartenaient à cette ville, en prit un autre, en retira deux de leur pouvoir, et porta la terreur au milieu de cette ville par le feu continuel de nos canons, en sorte qu'il assura le commerce de nos sujets, et obligea la ville d'Alger à préférer la paix que nous voulûmes bien lui accorder à tous les pillages que ses corsaires faisaient continuellement. Tant de témoignages de sa bonne conduite dans le commandement de nos armées navales nous obligèrent, en 1672, de lui donner le commandement d'une escadre composée de trente gros vaisseaux de guerre, dix brûlots et tir...- les autres bâtiments nécessaires pour le service de cette flotte, qui devait faire, suivant l'obligation dans laquelle nous étions entrés par le traité que nous avions fait avec te roi d'Angleterre, la seconde escadre de l'armée navale avec laquelle ce prince était tenu d'attaquer les Hollandais par mer, pendant que nous entreprendrions, à la tète de notre armée de terre, la conquête de leur pays; et ledit sieur comte d'Estrées lit tant de diligence pour partir de Brest, qu'il se rendit près de l'ile de WigTit avant même que l'armée navale d'Angleterre fût prête, et sur le poiut que celle des Hollandais commençait à paraître pour venir charger les Anglais , avant la jonction de nos vaisseaux , en sorte qu'étant laite si à propos , elle donna lieu au duc d'York de pousser les ennemis jusque sur leurs côtes, d'où ils n'osèrent sortir jusqu'à ce que l'armée navale d'Angleterre, ayant mouillé à la rade appelée Solc-Bay pour y prendre des rafraîchissements, s'y vit attaquée par celle des Etals-Généraux, qui, ayant le dessus* du vent sur des vaisseaux dégarnis de In plus grande partie de leur équipage, aurait pu remporter uu avantage considérable, si la prévoyance dudil sieur comte d Estrées ne lui avait donné moyen de s'élever à la mer, d'y reprendre l'avantage du vent, et non-seulement de combattre l'escadre des ennemis qu'il avait en tète, mais aussi de secourir les Anglais avec tant de vigueur, qu'il força Ruyter à se retirer, et donna lieu au duc d'York de repousser cette flotte une seconde fois jusque sur les eûtes de Hollande.

« Cette même escadre de trente de nos vaisseaux n'acquit pas moins de réputation l'année suivante, 1673, sous le commandement dudit sieur comte d'Estrées, qui fit voir dans trois batailles ou combats consécutifs, qu'il ne manquait rien ni à la bonne conduite, ni à l'intrépidité du chef, ni à la valeur des capitaines qui lui obéissaient, ni au devoir courageux des soldats et matelots, en sorte qu'il ne nous laissa rien à désirer pour la gloire de nos armes sur mer. H la soutint encore, en Vannée 1674, dans le commandement d'une grande escadre de nos vaisseaux pour la défense de nos ports et eûtes, et il l'augmenta, en 1676, par l'attaque de l'Ile de Cayennc, dans l'Amérique, qu'il emporta, l'épée à la main, sur les Hollandais, quoiqu'ils eussent plus de trois cents hommes dans leurs forts et retranchements, et qu'il n'eût débarqué que cinq cents hommes, avec lesquels il tua une grande partie des ennemis et prit le reste prisonnier.

« H n'acquit pas moins d'honneur dans l'attaque de l'Ile de Tabago, où, ayant trouvé quatorze vaisseaux de guerre dans le port et huit cents hommes dans le fort, il ne laissa pas de faire sa descente malgré tant de forces, et, ayant fait entrer dans le

Sort neuf des vaisseaux qu'il commandait, il combattit avec tant e fermeté, et par terre et par mer, depuis sept heures du matin jusqu'à deux heures après midi , qu'après avoirabordé et eulevé un vaisseau ennemi, il n y en demeura plus eu ligne, ayant tous été brûlés, à la réserve de trois qui s'échouèrent à la côte. Le fort de cette lie n'ayant pu être emporté cette année, lui donna encore lieu d'acquérir plus de gloire la campagne suivante, 1677, pendant laquelle, étant retourné pour l'exéeution de nos ordres dans ladite ile, il s'en rendit maître, après y avoir fait périr près de trois cents hommes des ennemis, tait six cents soixante pri-

JFAN BART

sonniers. et pris loul ce qui restait du débris el qui avait pu échapper au feu des bombes et des ranons.

n L il-' de Gorée, qu'il avait aussi prise en passant par le Cap- Vert, en se rendant maître des deux forts défendu* par six-vingts hommes de garnison et munis de quarante- quatre pièces de canon, nous fit encore conualtre l'utilité de ses services, et il nous les a encore continués, depuis la paix, dans le commandement de nos vaisseaux, contre les corsaires de Salé et dans les Iles de l'Amérique; ainsi tous ces témoignages de son expérience et de sa conduite, tant dans les expéditions de terre que de mer, sont de pressants motifs qui nous convient a lui faire connaître de plus en plus l'entière satisfaction que nous en avons reçue.

i Pour ces causes, et autres grandes considérations a ce nous mouvant, avons par ces présentes, signées de notre main, fait, constitué, ordonné et établi, faisons, constituons, ordonnons et établissons ledit comte d'Estrées maréchal de France, et ledit état el oflice, que nous avons de nouveau créé et augmenté, créons et augmentons en sa faveur, outre et par-dessus ceux qui sont à présent, lui avons donné et octroyé, donnons et octroyons, pour l'avoir, tenir, et dorénavant exercer, en jouir et user aux honneurs, autorités, prérogatives, prééminences, franchises, libertés, gages, pensions, droits, pouvoirs, puissance, facultés, revenus et émoluments qui y appartiennent, tels et semblables que les ont et prennent, et tout ainsi qu'en jouissent les autres maréchaux de France, encore qu'ils ne soient ici particulièrement spécifiés, tant qu'il nous plaira.

« Si donnons en mandement à nos amés et féaux les gens tenant nos cours de parlement, et a tous nos lientenants généraux, gouverneurs, capitaines, chefs et conducteurs de nos gens de guerre, et à tous nos justiciers et officiers qu'il appartiendra, ue ledit tomte d'Estrées, duquel nous nous réservons de prenre le serment, et icelui mettre en possession dudit état et office de maréchal de France, ils fassent, soufflent el laissent jouir et user d'icelui, ensemble de tout le contenu ci-dessus, pleinement et paisiblement; et a lui obéir et entendre ès choses touchant el concernant ledit élit et office de maréchal de France.

« Mandons en outre a nos amés et féaux conseillers, les gardes de notre trésor royal et trésoriers de l'extraordinaire de nos guerres présents et a venir, et à chacuu d'eux, ainsi qu'il appartiendra, que les gages, pensions et droits que nous avons affectés et attribués audit état et office, tels et semblables qu'en jouissent les autres maréchaux de Fiance, ils payent, baillent et délivrent, ou fassent payer, bailler et délivrer audit comte d'Estrées, par chacun an, aux termes et en la manière accoutumée, et rapportant cesdites présentes copies d'icelles dûment collationnèes, avec quittance dudit sieur comte d'Estrées surce suffisant; nous voulons que, tout ce que payé, baillé et délivré, lui aura été à l'occasion susdite, soit passé et alloué en la dépense de leurs comptes déduit et rabattu de la recette d'iceux par nos amés el féaux, les gens de nos comptes, auxquels mandons ainsi le faire sans difficulté, car tel est notre plaisir, en témoin de quoi nous avons fait mettre notre scel à ces présentes.

« Donné a Saint-Germain en Laye, le vingt-quatrième jour de mars 1681, el de notre règne le' trente-huitième.

« Signé: LOUIS.

Et sur le repli ,

« Par le roi: Colbert.

• Et an- Ile car simple queue du grand scel de cire jaune. »

Voici l'instruction donnée par le roi à M. d'Estrées. On y trouve spécifiés dans le plus grand détail les sujets des plaintes de Louis XIV contre les Tripolitains.

INSTRUCTION DUE LB ROI VEUT ETRE MISE ES MAINS DU MARÉCHAL D'ESTRÉES, VICE -AMIRAL DE F1USCE ER PONANT, COMMANDANT LES VAISSEAUX QUE SA MAJESTÉ TIENDRA DANS LA MÉDITERRANÉE FENDANT LA CAMPAGNE PROCHAINE.

« Sa Majesté ayant donné la paix a toute l'Europe, a forcé les Algériens de lui venir demander pardon et d accepter les condi-

ti:ns qu'elle a voulu leur imposer; il ne reste, pour donner une sûreté entière au commerce maritime de ses sujets, que de renouveler le traité de paix fait en l'année 1670 avec le gouvenieraent de Tunis, qui n a pas été bien observé par les différentes révolutions arrivées dans ledit pays, et à forcer les corsaires de Tripoli de demander la paix qu'ils ont violée depuis le mois de décembre 1682, nonobstant le traité que le sieur du Quesne avait fait avec eux en l'année 1681 , après la rencontre de Scio.

« C'est pour parvenir à l'exécution de ce dessein que Sa Majesté a fait armer a Toulon les vaisseaux, brûlots, galiotes à mortier et à rames, el autres bâtiments dont il trouvera la liste cijointe; et, bien que cet armement, proportionné aux forces des ennemis contre lesquels il est destiné, ne soit pas grand par le nombre des vaisseaux, elle a regardé le service qu'elle en attend comme très-important, et, pour l'assurer d'autant plus, elle a choisi ledit sieur maréchal d'Estrées, dont l'expérience, la valeur et la capacité lui sont connues parles grandes actions qu'il a faites a la mer, et lui répondent de l'heureux succès des entreprises qui lui sont confiées.

* Du nombre des vaisseaux qui doivent servir sous ses ordres. Sa Majesté en a fait préparer trois à Toulon, qui doivent en partir incessamment sous le commandement du sieur marquis d'Amfrevillc, pour se rendre devant Tripoli, afin d'empêcher ces corsaires de sortir de leurs ports et de donner moyen de brûler leurs vaisseaux, s'il est possible, soit par le moyen des brûlots qui y pourraient entrer, soit par des bombes qui y seraient jetées, et il trouvera ci-joint copie de l'instruction dudit marquis d'Amfrevillc. par laquelle il sera informé des ordres qu'il a reçus et du temps auquel il doit se rejoindre au reste de l'escadre.

t Sa Majesté a donné ses ordres pour faire embarquer pour six mois de vivres sur les vaisseaux qui partiront sous le commandement dudit sieur maréchal, el elle veut qu'il mette a la voile le 30 mai au plus lard.

* Elle a donné ordre au sieur de Vauvré de tenir cinq mille bombes prêtes a être embarquées, el de préparer deux flûtes pour porter et servir d'hôpital a la suite de ladite escadre.

« En partant de Toulon il fera route vers Tunis, où Sa Majesté estime nécessaire de faire paraître ses vaisseaux, tant pour demander raison des contraventions qui ont élé faites a l'ancien traité de paix, que pour en faire un nouveau, suivant ce qu'il fut proposé par le gouvernement de ladite ville lorsque le sieur du Quesne y envoya, en l'année 1683; * quoi Sa Majesté estime qu'il sera d autant plus aisé de parvenir, que ledit royaume est agité depuis longtemps par des guerres civiles, et afin qu'il puisse mieux profiter d'une conjoncture qui parait lavorable, il doit être informé que les deux neys, commandant les troupes, se font la guerre depuis longtemps, qu'ils ont même assiégé plusieurs fols la ville de Tunis, et qu'ayant été attaqués par les troupes d'Alger pendant l'année dernière, ils se sont joints ensemble pour se défendre; en sorte que celte guerre, partageant toul le royaume, a occupé tous ceux qui armaient des vaisseaux, el empêché depuis longtemps qu'il n en ait pu être mis en mer. Il doit aussi savoir qu'en 1683 ceux qui gouvernaient a Tunis ayant fait passer en France le nommé ternaire, marchand français, pour demander la paix, le sieur du Quesne eut ordre d'aller â Tunis en revenant d'Alger: mais, n'ayant point exécuté cet ordre, il y envoya son fils, qui rapporta le mémoire des conditions auxquelles ils consentaient de traiter, et comme Sa Majesté a estimé a propos d'y apporter quelques changements, ainsi qu'il verra par ses apostilles, elle veut qu'il suive ponctuellement ce qui est contenu audit mémoire.

« Les Français avaient autrefois la permission de faire le commerce des blés et la pèche du corail au cap Nègre, à l'exclusion de toutes les autres nations; mais les Anglais s'en étant emparés en ont joui assez longtemps, et ont élé dépossédés depuis un an par l'un des bevs; et comme il importe au commerce du royaume d'obtenir de nouveau la concession de ce poste en faveur des sujets de Sa Majesté, elle estime que le moyen le plus assuré pour y parvenir est de demander auxdits dey, divan et milice de celte ville, la restitution des prises faites sur ses su- | jets, dont la valeur monte» 30.0110 écus, suivant le mémoire ci-

KT LOUIS XIV

joint, parce qu'il est vraisemblable que, n'étant pas a présent en étal de restituer cette somme, épuisés comme ils sont par les dernières guerres, ils aimeront mieux compenser cette restitution en accordant pour un temps la propriété de ce poste, après lequel il faudra convenir avec eux que ledit cap demeurera en la possession des Français, en pavant par ceux qui co jouiront les mêmes dîmes que lesdits Anglais leur payaient en dernier lieu, et c'est à quoi ledit sieur marecbal d'Estrées doit s'appliquer avec beaucoup de soin, étant important de remettre les marchands français en possession de ce commerce.

h En cas que lesdits dey, divan et milice de Tunis offrent de concéder pour un temps la propriété dudit cap Nègre et ses dépendances, Sa Majesté lui permet d'accepter la compensation dé fa susdite somme de 50,000 écus pour ledit cap.

f Le sieur Gautier s'embarquera sur les vaisseaux pour traiter cette affaire sous ses ordres, et, en cas que lesdits dey, divan et milice de Tunis acceptent cette proposition. Sa Majesté veut qu'il fasse en sorte qu ils consentent au traité ci-joint en faveur dudit Gautier, a qui il donnera toute sorte de protection pour réussir dans cette négociation.

« Sa Majesté étant informée qu'il y a plus d'un an que l'on retient a la chaîne dans ladite ville quatre capucins missionnaires d'Italie, sur ce que quelques esclaves de Livnurne ont écrit au dey que ces religieux avaient donné avis au grand-duc de l'armement d'une galiote de Tunis qui a été prise par ses galères, elle veut que ledit sieur maréchal d'Estrées fasse les instances nécessaires pour les faire mettre en liberté.

" Il doit conclure la négociation avec Tunis avec toute sorte de diligence, afin de se rendre de bonne heure à Tripoli où doit être la principale action de l'escadre.

« Aussitôt qu'il sera arrivé devant Tripoli et qu'il aura rejoint les vaisseaux commandés par ledit sieur marquis d'Amfreville, Sa Majesté veut qu'il examine s il est nécessaire de canonner la ville, ou s'il faut seulement mettre en usage les bombes qui seront embarquées pour la brûler; et, quoique Sa Majesté se remette entièrement a lui de ce qui est en cela de l'exécution de ses intentions, tant pour le temps que pour la manière dont cette entreprise doit être faite, elle veut qu'il s'informe de tout ce qui s'est passé devant Alger et devant Gènes, poursuivre les mêmes choses dans l'exécution des mortiers tant pour l'approche des galiotes de la ville que pour les faire tirer le jour, se remettant, pour le surplus, aux nouvelles lumières qu'il tirera par la connaissance des lieux et par la nature du terrain et des mouillages.

* Si les vaisseaux de ces corsaires sont dans leur port, il y a lieu d'espérer qu'il ne sera pas impossible de les y brûler par le moyen des bombes que l'on pourra aisément y jeter avec les mortiers, et ce serait le plus considérable et le plus important que Sa Majesté pût-attendre.

« Et quoique le principal fruit de cette guerre soit d'obliger lesdits corsaires à désirer la paix, et que Sa Majesté veuille bien même y consentir sans les forcer a la restitution des effets de prise sur ses sujets depuis l'infraction de la paix que le sieur du Quesne fit à Scio avec leur amiral, au mois de novembre 1681, elle veut cependant qu'il tente tout ce qui sera possible pour les obliger à celte restitution

« A l'égard de celle des esclaves français, c'est une condition sans laquelle Sa Majesté ne veut point entendre a aucun traité; elle se remet, pour le reste des conditions, au projet de traité qu'il trouvera ci-joiut; et comme il est informe de quelle importance il est au commerce de ses sujets d'avoir la paix avec lesdits corsaires, et que d'ailleurs il sait qu'il est de sa gloire de n'entendre aucune proposition de leur part qu'ils n'aient senti ce qu'ils ont a craindre de la témérité qu'ils ont eue de recommencer leurs actes d'hostilité, elle ne doute point que, suivant ces deux principes, il ne se serve des conjonctures favorables qu'il aura peudanl cette campagne pour réussir à cette paix, s'il est possible, et l avoir aux conditions portées par ledit projet.

« Fn cas qu'étant devant Tripoli il se présente des vaisseaux de guerre ou marchands hollandais. Sa Majesté ne veut pas

qu'il leur permette l'entrée, et, s ils voulaient se mettre en état de passer nonobstant sa défense, elle veut qu'il les attaque, et qu'il s'en rende maître, pour les envoyer dans les ports du royaume.

• Sa. Majesté donnera ordre à son ambassadeur de faire des instances auprès du roi d'Angleterre pour empêcher qu'aucun vaisseau de guerre anglais n'aille a Tripoli pendant cet été; mais, s'il s'en présentait quelqu'un, Sa Majesté veut que ledit sieur maréchal d'Estrées représente au commandant les raisons qui l empéchenl de lui donner permission d'entrer, et, en cas qu il insiste ou qu'il se mette en état d'entrer malgré sa défense, l'intention de Sa Majesté est qu'il s'y oppose et qu'il emploie même la force pour cet effet, en te ménageant pourtant autant qn il pourra en ces occasions, suivant ce qu'il connaît de l'union et de la bonne correspondance qui est entre Sa Majesté et le roi de la Grande-Bretagne.

« Elle lui recommande sur toutes choses de lui donner trèssouvent de ses nouvelles, et de faire en sorte qu'elle ne soit jamais un mois entier sans en recevoir, quand même il n'aurait

3u à rendre compte des dispositions qu'il donnera à ce qui est es intentions de Sa Majesté.

« Elle veut qu'aussitôt qu'il aura conclu la paix et reçu les esclaves à la restitution desquels les Tripolitains auront consenti, il ramène ses vaisseaux a droite route a Toulon, où il sera informé de ce qu'il aura & faire pour son service.

( Il visitera tous les vaisseaux étrangers qu'il rencontrera en mer, et en retirera les Français qu'il trouvera sur leurs bords, pour être punis suivant la rigueur des ordonnances : Sa Majesté veut qu'il fasse visiter tous les vaisseaux génois, soit de guerre, soit marchands, qu'il leur fasse rendre avec ponctualité les honneurs qu'ils doivent a tous ses vaisseaux, et retire tous les Français qu ils auront sur leurs bords.

* En cas qu'il rencontre des vaisseaux anglais, il ne les visitera point.

« A l'égard des saluts, Sa Majesté veut que le règlement de 1665 soit exécuté, et, pour cet effet, que ledit sieur maréchal d'Estrées se le fasse rendre par tous les vaisseaux des autres nations, à l'exception des seuls Anglais, auxquels il ne demandera ni ne rendra aucun salut. "

« S'il arrivait que quelqu'un des vaisseaux de l'escadre se séparai du vaisseau commandé par ledit sieur maréchal d'Estrées sans ordre, Sa Majesté désire qu'il lui en donne avis.

» Elle veut aussi que pendant tout le temps qu'il sera en mer il visite le plus souvent qu'il pourra lesdits vaisseaux, et remarque les capitaines qui tiendraient leurs vaisseaux en bon état, et la propreté dans leurs bords, n'y ayant rien de si nécessaire pour y conserver la santé, de quoi elle veut qu'il lui donne avis. Ledit sieur maréchal d'Estrées s'appliquera aussi a faire soigneusement observer les règlements et ordonnances de marine, et particulièrement celle qui défend aux officiers de coucher hors de leurs bords.

■ Il fera souvent faire l'exercice du canon sur son bord, et excitera les capitaines des autres vaisseaux a suivre son exemple, afiu de rendre les canonniers experts et diligents a la manœuvre du canon, et d'en multiplier le nombre.

« Il tiendra aussi la main à ce que les écrivains de chaque vaisseau prennent garde à la conservation de leurs agrès, apparaux, et rerhanger munitions, armes et ustensiles, et qu'il ne s'en fasse aucune consommation superflue.

<i Elle veut qu'il s'applique soigneusement à maintenir la discipline entre les soldats qui serviront sur lesdits vaisseaux, et bannir les différends et les démêlés qu'il y a eu jusqu'à présent entre les officiers qui y ont été embarques.

« Il sait que Sa Majesté fit armer, en 1681 , des bâtiments exprès pour l'instruction des officiers, qui, naviguant le long des côtes du royaume, étaient informés de l'exercice dc:#manœuvres par commandements réglés; et comme cet établissement est très-considérable et très-utile pour le service de S;i Majesté, et qu'il peut être suivi dans le voyage qu'il doit faire, il doit continuer a exercer des manœuvres sur les vaisseaux qu'il com-

«.amie, le tout suivant le modèle qui fut approuvé dans ladite année, et dont il trouvera ci-joint plusieurs copies pour les distribuer aux capitaines.

« Fait a Versailles, le 8 avril 1685.

« LOUIS

El, plus bas,

« CoLBKRT. »

(Affair. étrang. Afrique, 1685, t. Il, p. 1).

A propos de «me signature de Cotbert, apposée au bas de cette instruction, on remarquera qu'a la mort de son père Seijrnelay, prit et signa le nom de Colibri dans presque tous les actes de son mioistère. On a vu, dans la précédente instruction, au'il était ordonnné a M. d'Eslrées de commencer par l'attaque

dre promptement a Toulon pour cet effet. Il partira dans le commencement du mois prochain au plus tard avec les vaisseaux l'Aqrêable, te Bizarre, et une caravelle d'Alger que le sieur de Vauvré a ordr« d'armer en guerre pour l'exécution de cet ordre, et je m'attends que, n'ayant rien de nouveau à négocier avec ceux d'Alger, il ne fera que repasser devant leur port, et en partir pour vous aller joindre devant Tripoli, suivant les ordres exprés que je lui donne. El la présente n'étant qu'A celte fin . je prie Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte et digne garde. « Ecrit a Versailles, le 13 avril 1685.

« LOUIS

Et, plus bas,

« COI.BBRT. Il

i Affair. étrttng. Afrique, 1085, l. II).

Sire, je mu * promettant, e'c»t vrai ; nuis jiviis toujours |wotu que me* service» t'uieut çjll.oliqoe», — nu t r«n.

de Tunis, dans cette lettre supplémentaire, Louis XIV change l'itinéraire de l'expédition .

DO ROI AU NAIlfCHAL d'eSTRKES.

« Mon cousin,

* Je vous ai expliqué par l'instruction qui voua a été remise és mains que mon intention était qu'en parlant de Toulon vous fissiez route a Tunis pour conclure un nouveau traité avec les corsaires de celte ville ; mais, comme j'estime qu'il est plus à propos que tous les vaisseaux que vous commandez aillent à droiture à Tripoli, pour profiter de la belle saison cl exécuter plus promptcmenl les entreprises que vous devez tenter contre celte ville, je vous fais cette lettre pour vous dire que je veut que vous remettiez à votre retour la négociation avec Tunis.

« Ayant estimé du bien de mon service de faire repasser incessamment l'envoyé d'Alger avec les esclaves qui lui seront restitués, j'ai donné ordre au chevalier de Tourville de se ren-

ne M. DE SBIGKEIAY AU «VSÉCMAt. ft'SSWÉI».

« Monsieur,

« Par la lettre que j'ai reçue du sieur de Vauvré, du 5 de ce mois, j'ai appris que deux patrons qui ont été esclaves à Tripoli, ayant été interrogés sur ce qui se peut tenter contre cette ville et contre les vaisseaux qui se trouveront dans le pon, ils y ont dit qu'il y avait beaucoup de facilité d'en approcher les galiotes et d'insulter lesdils > aisseaux, que la rade est bonne, qu'à la campagne d'Alger, lorsque ces corsaires crurent qu'où devait les aller bombarder, ils avaient fait retirer lous leurs vaisseaux, et qu'ils croient qu'ils s'y retireront encore.

f J'ai vu aussi, par une copie du traité, que ces corsaires ont fait avec les Anglais, dont vous trouverez un duplicata ci-joint, qu'ils se sont soumis à des conditions plus avantageuses que celles qne vous devez demander par le projet de traité qui vous a été remis ; sur quoi Sa Majesté m'ordonne de vous dire que ce projet de traité doit vous servir seulement a vous faire ron-

naître jusqu'où elle vous permet de vous relâcher; mais si, par un succès inespéré, vous pouviez Us réduire a des conditions plus glorieuses, comme serait de restituer les effets ou de les compenser par la liberté qu'ils pourraient donnera tous les esclaves chrétiens, de quelque nation qu'ils fussent, vous feriez une chose très-glorieuse et très-agréable à Sa Majesté. « Je suis, Monsieur,

« Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

r SfiMBBUf. s

< AVemillM, ll)>mll685.

(Affair. élrang. Afrique. 1685, t. II.)

Les lettres suivantes de M. d'Eslrées au roi et à H. de Sei-

tent que ces corsaires n'oseraient se retirer dans les ports fermés du Grand Seigneur après avoir manqué d'obéir à ses ordres.

c Sur ces avis, il n'est pas possible a des gens qui désirent de finir cette petite guerre une fois pour toutes, de s'empresser de former quelques projets.

t On considère donc qu'après avoir été devant la ville de Tripoli, l'avoir ruinée parles bombes, l'avoir obligée par la, ou

f>ar telle entreprise que U vue et ta disposition des lieux nous era croire possible, a rendre les esclaves, on pourrait aller chercher ces corsaires, et partout où on pourrait les rencontrer, hors les ports d'une entrée extrêmement difficile, tâcher de les brûler, afin d'en être délivré une fois pour toutes. Mais, comme le roi désire qu'on détache deux vaisseaux après avoir été devant Tripoli, il n'est pas possible de tenter ce second

Vue de Tripoli.

gnelay étant un journal complet et circonstancié de toute cette expédition, depuis l'arrivée de ce maréchal à Toulon jusqu'au bombardement, aux traités et a la paix de Tripoli, de Tunis et de Suze, on les donnera de suite et sans commentaire.

LETTRE m: MARÉCHAL DESTBEES AU XARQVIS DE SEIGSELAT.

« De Toulon, 6 nui 10H.Y

Monsieur,

« Je me serais contenté de la lettre que je me suis donné l'honneur de vous écrire hier, et que je fis porter à Marseille pour être remise au courrier que vous avez dépêché, si je n'avais reçu depuis des avis de M. l'intendant louchant la sortie de tous les vaisseaux de Tripoli de leur port, touchant leur crainte et leur résolution de traiter la paix, à la vue de l'armée navale de Sa Majesté, tant dans la ville que dans les vaisseaux, supposé que l'on puisse les rencontrer; mais il semble d'autant moins difficile de les rencontrer, que ces mêmes avis por-

fioiul s'il n'apporte du changeaient k cet ordre; ou le peut aire, ce me semble, sans rompre aucune mesure et sans augmenter que de fort peu de chose la dépense; car les galiotes à rames qui ne seront plus nécessaires après Tripoli, ni plus propres anaviguer plusloin. étant renvoyées ici, arriveront aussitôt que les vaisseaux que j'ai ordre de détacher, tellement que leurs équipages et celui de quelques-unes des flûtes qu'on pourrait renvoyer formeraient à peu près l'équipage de deux vaisseaux et je suis persuade qu'avec une augmentation d'un mois et demi de vivres pour les vaisseaux, on pourrrait réussir dans l'action de brûler les corsaires, ce que l'on serait bien aise d'avoir acheté d'un prix plus considérable.

« J'espère que F Agréable pourra mettre a la voile le 13 ou le 14, que le reste pourra partir le 25 de ce mois; ainsi, il y aura assez de temps pour recevoir les ordres du roi, soit pour l'exécution de ce que l'on propose, soit pour ne rien faire au del.i de ce qui est porté par mes instructions, ne recevant pas de nouveaux ordres.

« Trouvez bon, monsieur, qu'en cas qu'il plaise a Sa Majesté

as

de m'ordonner d'aller chercher le» corsaires, ie vous supplie irès-hurahicmcnt d 'y ajouter celui d'y faire embarquer le sieur Cleron, enseigne, qui a des connaissances parfaites de ces merslà cl de beaucoup d'autres; comme je ne me suis guère trompe jusqu'ici louchant les officiera dont j'ai l'honneur de vous parler, je prends la liberté de vous dire qu'il sera bien plus utile pour le service de le faire servir sur les vaisseaux que de le laisser languir dans le port avec les qualités due je sais qu'il a « Je mus. avec beaucoup de respect et de passion, monsi votre très-humble cl très-obéissant serviteur.

i Le maréchal d'EstrIes. «

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