‹ Jean Bart et Louis XIVChapitre 96 sur 120 · LETTRE DE M. DR T0URVILL · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. DR T0URVILL

15 juillet 1090.

Monseigneur,

J'ai reçu les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'ècrire, des 11 et 12 de ce mois.

Et depuis la dernière lettre que je nie suis donné l'honneur de vous écrire par le marquis de Chàleaumorand, les navires que j'avais détachés pour brûler des vaisseaux à la côte y ont réussi, et les ont obligés d'en brûler deu\ avant-hier et deux hier; il y en a encore quatre échoues ou près d'échouer auxquels j'ai encore envoyé et dont j'espère le même succès; il y en a quatre autres incommodés de leurs mâts, qui n'ont encore pu doubler la pointe des Pères et qui sont sous le vent de l'armée ennemie, où j'ai envoyé le marquis d'Amfreville avec les meilleurs voiliers; si bien que jusqu'ici en voilà sûrement sept de brûlés et quatre d échoués, qui, suivant toutes les apparences, ne peuveut manquer de l'être, et que M. d'Amblimont et d'autres officiers assurent «voir été coulés à fond. J'ai lieu d'espérer que le marquis d'Amfreville pourra joindre quelquesuns des quatre qui sont a la pointe d?s Pères. Je n'ai pas vu dans tous les combats de la Manche ni ceux de Messine , lorsque nous avons combattu en ligne, quoiqu'on ait eu quelquefois l avantage du vent , qu'on ait seulement pris ou brûlé aucun navire. Je suis persuade que les vaisseaux de guerre brûlés à la cote d'Angleterre et la persévérance avec laquelle je poursuis les ennemis fera de très-bons effets. Je ne saurais vous dire précisément jusqu'où je les conduirai, puisque cela dépend des vents cl des événements ; mais s'ils rentrent dans la Tamise, comme il me parali que c'est leur dessein, j'irai a la rade de Sainte-Hélène attendre les Munitions, les mats et l'eau ; il péut arriver qu'après un aussi long temps qu'il y l que les vents sont à l'est, ils changeront à l'ouest et m'empêcheront d'y arriver aussitôt qu'il serait :ï souhaiter.

Je crois qu'il est a propos que les galères attendent au Havre les ordres que je leur enverrai pour me venir trouver à Saintelleléne quand je ferai route pour y aller. Je ne vous fais point le détail de tout ce qui s'est passé dans le combat, le major puerai vous en informera. Je vous suis extrêmement oblige de la part que vous avez prise à ce qui m'est arrivé dans ce combat par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'eerire de votre main ; mais votre lettre du 1 1 . que j'ai reçue en même temps, a beaucoup diminué le plaisir que je venais de recevoir, puisqu'il paraît que vous avez pu douter de mon z 'le et de mon ardeur pour l'exécution des ordres du roi, qui n'ont jamais été moindres que le respect et l'attachement avec lesquels je suis, Monseigneur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Le comte de Tourville.

Devant U Rye, le 15 jvtIM 1600.

Je vous réitère la très-humble prière que je vous ai faite pour le sieur Truillet : c'est une justice que vous lui rendre! de le faire capitaine : il a servi toute sa vie avec distinction.

Le sieur Chapuzeau mérite aussi que vous le fassiez major, et que vous donniez le commandement d'un vaisseau au sieur deBlenac quand l'occasion s'en présentera.

(Archive» de la Marine. Corresp. de M. de Tourville, 1690, ». 5.)

LETTRE DE H. DE TULEÏTE-1IOBSAÏ , JOISTE A LA LETTBB DE H. DE TOUaVILLB DD 15 JUILLET 1690

Monseigneur,

Je vous supplie de recevoir les témoignages de la joie que j'ai des heureux commencements de cette campagne ; c'est l'effet de vos travaux et de vos veilles. La perle des ennemis est beaucoup plus grande qu'on ne l'avait cru; j'en ai des preuves bien certaines. M. de Tourville m'avait détaché, il y a trois jours, pour empêcher la retraite de Portsmoulh a sept vaisseaux qui étaient trop désemparés pour tenir la mer. Je vis dès le premier jour que celui que M. de la Roque-Persin poursuivait donna a la cûte, et que tout l'équipage se jeta a terre auprès d'un petit village qui est sous le cap de Beveziers, du côté de l'est. Ce vaisseau était un hollandais a trois ponts. J'avais commandé un brûlot et donné au chevalier de Saujon le commandement des chaloupes qui devaient favoriser cette exécution; mais, comme elle ne se pouvait faire que sous le feu des vaisseaux, j'en fis approcher ceux de MM. Bibéré et de Forbin Gardanne, qui ne tirent que seize à dix sept pieds d'eau ; et M. de Bibéré vient de me faire savoir qu'il n y a pas d'eau a une portée de canon, et que, de plus, ce vaisseau-la ne se relèvera jamais. Cinq autres vaisseaux en fort mauvais étal et de la même nation ayant passé le cap de Firley et cherchant a doubler celui de Beveziers, m'y trouvèrent posté; de manière qu'ils en perdirent l'espérance, et. ayant donné à la côte, ils s'y sont brûlés en ma présence ; au moins il y en a quatre dont ie vous assure, et pour le cinquième, qui était au delà du cap de Firley, devant La Bye, on n'en a vu de mon bord que la fumée. Il y a encore un peiit navire anglais de quarante canons échoué à la côte. Roque- Persin s'en est approché par mon ordre jusqu'à loucher, et il m'est venu dire qu'on ne pouvait l'aller brûler; mais qu'il ne pouvait aussi se retirer de là. Je vais donc rejoindre l'armée, afin de ne perdre pas l'occasion de rendre quelques services plus importants en cas que nous puissions joindre le petit nombre d'ennemis qui tient encore quelque ordre.

Je dois croire, monseigneur, que M. de Tourville vous aura rendu compte du mouvement que fil ma division i la tète de l'armée, le 10 de ce mois, puisque ce mouvement a eu des suites heureuses, et qu'après avoir gagné le vent aux ennemis nous les mimes entre deux feux et daus une confusion qui n'est pas imaginable.

Nous eussions coupé treize hollandais, si le vent n'eûl pas manqué. .Nous eûmes affaire à une partie de ceux que je viens de voir brûler. Vous apprendrez par les avis d'Angleterre et de Hollande d'autres circonstances qui feront juger que leur perte e i irréparable, et qu'il y en aura eu beaucoup de coules bas.

Après cela, monseigneur, je me sens obligé de vous dire quelque chose de la satisfaction que j'ai de tous les officiers de ma division. Ils ont tous montré de l'ardeur et de la lionne volonté. Je dois principalement ce témoignage à M. de Ilelingm s, qui se loue fort du chevalier Mongon, son capitaine eu second. Je dois aussi, monseigneur, le même témoignage à MM de Soptesmc cl de Pointis, qui étaient mes seconds, et à MM. de la Harteloire et de la Galissonnière, qui étaient entre M. de Relingues et moi. Ce u'esl pas que Riberé et Roussel n'aient rempli leurs devoirs dans la situation où ils étaient ; mais il n'y eut que nous six qui puissions nous élever assez au vent pour le gagner à l'avanl-garde des ennemis.

Je pu s aussi vous assurer, monseigneur, que vous n'avez point de capitaines de vaisseau auxquels il convienne mieux d'avoir le commandement qu'à MM de la Rochalar et de Saujon,

ni de lieuleiuul qui mérite mieux d'être avancé que M de Granges.

MM. de la Tavinière et de Chavagnac firent fort bien, l'un à ma seconde batterie, l'autre à porter mes ordres aux vaisseaux qui étaient les plus près des ennemis.

Le chevalier de Montchevreuil a beaucoup de courage, et il se donne de l'application. Pasdejeu est un excellent oflicier.

Les gardes de marine ont Tort bien fait, et j ose vous dire, monseigneur, qu'il serait d'exemple d'eu faire deux enseignes de vaisseau avant la promotion.

L'un est Teuret et l'autre Février. Le premier commande le détachement de la compagnie de Toulon sur mon bord, a de la sagesse et de la valeur; l'autre, ayanlélc blessé en trois endroits dès le commencement du combat, y servit jusqu'à la fin. Les

Je suis avec un profond respect, monseigneur, votre trisliumblc et très-obéissant serviteur,

VlLLETTE-MCBSAT

Sottt le* voile*, le 15 juillet ItWO.

i An h ivcs de la marine.)

On a donné cette lettre de M. le marquis de Yillelle-Mursay, cousin germain de madame de Maintenon, et qui commandait une des divisions d'avant-garde, parce qu'elle contient quelques particularités sur le combat du 10 juillet.

Par les dépêches suivantes, Touiville continue de donner le journal de sa navigation dans la Manche, jusques et y compris

Combat du 10 juillet IGUO. — i île 413.

autres gardes sont gens de nu rite et tans aucun reproche; je mettrai leurs noms dans une feuille à part. Le petit Itossac a eu une cuisse emportée : c'est dommage.

Je n'ai perdu que neuf matelots ou soldats; mais j'en ai vingtcinq blessés et la plupart a mort; je ne comprends point dans ce nombre ceux qui n ont que des contusions. Brémont, sergent, a eu un poignet emporté, et il a reçu un coup de canon qui lui a fait une blessure considérable a la cuisse. C'est un objet digne de votre charité.

J'avais pris la liberté, monseigneur, de vous demander, il y a longtemps, un brevet d'enseigne pour l.ager ; il fait ici les fonctions de garçon major, et, comme il m a fort contenté et soulagé le jour du combat, je recevrais comme pour moi-même la grâce qu il recevrait dans cette conjoncture.

l)e trente-deux cadets, la plupart des meilleures maisons de Poitou ou de Guyenne, il y en a quatorze ou quinze qui ont du service ou des qualités qui les distinguent. Je lésai placés daDs la liste, de manière qu'il est de votre justice de commencer par eux, quand il vous plaira de faire des gardes de marine

la descente de Tingmouth, où les galères de M. de Noailles

B réfèrent un si glorieux appui aux troupes de débarquement de . d'Estrées.

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