À L’AFFUT
Dans la lande, maintenant, les Chouans sont campés. Nul ne peut sortir de Vannes sans être arrêté pes les soldats de Cadoudal.- Par petits groupes,
abilement dissimulés, les gars tiennent toute la campagne.
Au moment où nous reprenons notre récit, il est deux heures de l’après-midi et c’est le lendemain des scènes que nous venons de raconter.
Une lourde voiture, péniblement traînée par deux rosses poussives, s’avance lentement, sortant de Vannes par la route de Sainte-Anne.
Le véhicule qui nous occupe était un des spécimens les plus curieux de la carrosserie française; qu’on se figure une façon de chaise de poste à laquelle on aurait grossièrement rattaché un avant-train de char à bancs. -
Toute la machine s’avançait parmi des flots de poussière, au milieu d’un bruit de ferraille et de claquements de fouet.
Sur le siège, un robuste paysan glorieusement déguenillé, se prélassait dans une pose abandonnée chantant à tue-tête une vieille chanson bretonne.
Dans un fossé qui bordaït la route, huit Chouans cachés parmi les pierres et les herbes, regardaient venir la patache qui s’avançait avec le calme de l’innocence.
— C'est curieux, murmura Kervallon qui venait de
se soulever à demi, il n’y a personne dans la voiture.
— Impossible ! dit un autre paysan.
— Regarde toi-même.
Le Chouan se releva, lança un regard sur la direetion de l'étrange véhicule et s’aplatit de nouveau sur le sol en disant :
— C'est vrai, dame ! il n’y a personne.
Le joyeux cocher et son équipage n'étaient plus qu’à dix pas des Chouans.
— Debout |! commanda Kervallon.
Les huit hommes surgirent comme des fantômes ; deux se jetaient à la tête des chevaux, pendant que quatre autres couchaient en joue le cocher qui ne chantait plus et faisait des gestes désespérés et suppliants.
— Allons, descends vite, lui dit rudement Kervallon.
pes.
Ge PAL € 72 et : LU RE
= Voilà, voilà, mon bon monsieur, ne vous fâchez