‹ Jean BleuChapitre 12 sur 39 · RL · texte numérisé non relu

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massacreur de prêtres et d’aristocrates, détesté même de ses subordonnés républicains, la terreur du pays et l’effroi des Chouans.

Tous les gars se tournèrent vers Cadoudal avec des interrogations dans les yeux. -

— Eh! oui, vous voudriez bien savoir comment j'ai attrapé ceb oiseau-là. Allons! les gars, je suis. content aujourd’hui et je vais vous raconter la chose. Aussi bien l’aventure est drôle. Enlevez-le avec précaution, mettez-le en sûreté et je vais vous conter cela.

Deux gars solides prirent sans trop de façon le citoyen Loiseau et le tirèrent hors de la voiture.

alheureusement, l’un des paysans laissa glisser l'épaule de l’infortuné-chef du district qui tomba rudement sur le sol.

Au choc, le citoyen Loiseau poussa un gémissement et ouvrit les yeux. Il les referma aussitôt en murmurant :

— Tu me réveilleras à six heures, Marius.

Les Chouans éclatèrent de rire.

Cadoudal s’approcha alors et prenant solidement Loiseau par le bras, il le releva d’un seul élan ; puis comme le malheureux inclinait encore vers la terre, il le maintint à deux mains et le secoua de belle façon.

Désagréablement troublé par ces mouvements désordonnés, le pauvre homme ouvrit les yeux pour tout de bon et jeta autour de lui des regards effarés.

Il se passa la main sur le front et Cadoudal, qui l'avait lâché, lui permit de faire quelques pas tout en trébuchant.

— Que se passe-t-il donc ? dit-il d’abord en inspectant tous les visages qui l’entouraient. :

— Quelque chose de très naturel, monsieur, répliqua railleusement Cadoudal; vous avez fait un petit voyage et vous venez d'arriver. 1

— Mais je rêve ! s’écria le pauvre diable en se frottant les yeux avec rage.

— Pas du tout, vous êtes réveillé, parfaitement réveillé, cher monsieur Loiseau !

=- Vous savez mon nom ?

— Mon Dieu, oui ; nous savons bien d’autres choses encore ; nous savons par exemple que vous êtes un fort méchant homme, que vous aimez trop le vin, ce qui est un gros péché, nous savons ensuite qu'après avoir trop bien déjeuné à la Cloche d'Argent vous avez voulu faire une petite promenade et que votre cocher vous a conduit parmi nous.

— Ah çàl mais qui donc êtes-vous? interrogea Loiseau en écarquillant les yeux.

Cadoudal s’inclina et répondit :

— Georges Cadoudal, général des armées de Sa Majesté Louis XVIIL, roi de France et de Navarre,

Loiseau devint horriblement pâle en entendant ce nom redouté.

— Je suis perdu |! murmura-t-il.

Cadoudal sourit d’un air amical,

— Pas du tout, cher monsieur Loiseau, pas du tout; vous vous exagérez votre situation, qui est grave sans aucun doute, mais qui cependant n’est pas complètement désespérée,

— Voulez-vous de l’argent ? dit vivement le chef du

district.

Cadoudal fronça les sourcils.

— Quoiqu’on nous appelle les brigands, nous ne sommes pas des détrousseurs, répliqua-t-il ; ce n’est pas cela que nous vous demandons.

— Et quoi donc?

— Très peu de choses; nous vous expliquerons cela tout à l'heure. D'abord, j'ai quelques renseignements à obtenir de vous.

— Parlez.

— Deux hommes sont arrivés hier soir à Vannes, 2 apr une jeune femme, n'est-ce pas ?

— Oui.

— Bien. Cette jeune femme, il faut me la rendre...

— Comment voulez-vous que je fasse? gémit Loiseau.

— Oh! oh! citoyen, ne saurais-tu pas écrire, par

hasard ? 7 date à ANT + L\ LAPS |

— Si fait, si fait.

= Eh bien, tu vas écrire à la municipalité pour donner l’ordre de relaxer immédiatement la prisonnière.

— Mais, qui portera cet ordre?

— Moi.

Loiseau semblait en proie à une grande perplexité, . — Je ne peux pas faire cela, dit-il, au bout d’un instant.

— Très bien, nous nous passerons de toi. Je regrette, citoyen Loiseau, l'extrémité fâcheuse à laquelle tu me contrains ; mais ne t'en prends qu’à toi seul. À

Puis, se tournant vers Kervallon, il ajouta :

++ Emmène cet homme et fais-le pendre,

Loiseau tomba à quatre pattes dans la poussière.

— Mon bon monsieur! citoyen !... général 1... gémissait-il, ayez pitié de moi, je ferai tout ce que vous voudrez, je vais écrire à l’instant, mais ne me pendez pas. grâce... grâce.

Et le misérable se roulait, la face livide, les yeux pleins de larmes, les mains jointes.

Cadoudal se retourna et cracha avec dégoût.

— Fil que c’est laid, murmura-t-il, un homme qui a peur ! Allons, ajouta-t-il rudement, en s'adressant à Loiseau qui avait toujours le nez dans la poussière ; relève-toi et réponds.

Tout souillé, hideux et grotesque à voir, le visage décomposé par l’épouvante, le misérable se releva.

Cadoudal reprit de sa voix brève :

— Tu vas écrire sur-le-champ l’ordre que je te demande.

— Mais. bégaya l’autre, comment justifier mon absence de Vannes ?

— Tu dateras l’ordre d’Auray, où tu seras censé avoir été.

— Je consens à tout: seulement promettez-moi une chose ?

— Laquelle.

— Ne me relâchez pas.

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