‹ Jean BleuChapitre 13 sur 39 · SE ON MP ULNVEE · texte numérisé non relu

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— Pourquoi cela ? fit Cadoudal étonné.

— Jean Bleu me tuerait! murmura Loiseau avec terreur.

— Jean Bleu est mort.

— Diriez-vous vrai ?

— Hein ! fit Cadoudal en le regardant dans les yeux. Ni: — Pardon, pardon! monsieur le général ; je n’ai pas __ voulu vous offenser ; mais je suis si content... C’est qu'il m'aurait tué, voyez-vous.

— Comment ?

— Dame! il m'écrivait il y a trois jours pour m’annoncer l’arrivée d’une prisonnière dont je répondrais sur ma tête. Et quand Jean Bleu menace, il ne menace pas en vain. Enfin il est mort, ah ! quel bonheur!

Et Loiseau manifesta en effet une joie extravagante qui le rendait presque plus laid que la peur qu'il avait eue quelques instants avant.

Cadoudal fit un pas en arrière: décidément cet homme le dégoûtait trop.

a. — On va te donner ce qu’il faut pour écrire, dit- Ds: äl e se retirant, et tu vas te dépêcher, n'est-ce

. pas à Loïiseau s’inclina jusqu’à terre.

Cadoudal, abandonnant Loiseau, fit quelques pas, tout pensif, à travers la lande.

Quand il releva la tête, il remarqua qu’un homme s’avançait vers lui.

Il l’eut bientôt reconnu.

LE. C'était le comte Louis.

A Le jeune homme vint très vite au-devant du parti- ” san ef, lui tendant les mains :

t# — Eh bien, Georges, dit-il, vous avez devancé le rendez-vous. Est-ce de la joie ou de la tristesse que s vous nous apportez ?

— Mes nouvelles ne sont pas mauvaises, monsieur Louis ; je m’en vais vous les dire bien vite : Mlle Jeanne

… médiatement écrouée à la prison.

Louis fit un mouvement.

est arrivée à Vannes avant-hier au soir et a été im-

— Rassurez-vous, ajouta vivement Cadoudal, elle

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est bien traitée et des ordres sévères ont été donnés pour qu’on la respecte.

Le comte eut un soupir de soulagement.

Cadoudal continua :

— Je puis vous promettre que nous la sauverons ; un hasard inespéré vient de mettre entre mes mains un otage précieux.

— Un otage?

— Oui, venez, je vais vous le montrer.

Et, tirant rapidement le jeune homme par sa manche, il l’entraîna vers l'endroit où se trouvaient Loiseau et les gars de Kervallon.

Le chef du district était alors dans une position bizarre. Assis sur le revers du fossé, une planche pourrie sur les genoux, le malheureux faisait les deraiers efforts pour tracer quelques mots sur un papier jaunie avec une effroyable plume dont les longs services méritaient évidemment le repos, mais qu’on persistait à employer encore malgré ses malheurs et ses campagnes.

Le spectacle était vraiment grotesque et Cadoudal se mit à rire de tout son cœur pendant que son compagnon regardait attentivement le fonctionnaire républicain.

— Comment cet homme est-il ici ? demanda le comte à Cadoudal.

Le Chouan répondit en riant :

— C’est une bonne histoire que je vais conter à ces braves garçons. Si elle vous amuse, restez pour l’entendre.

Le comte Louis fit signe de la tête que cela l’intéressait en effet.

Alors Cadoudal s'adressant rudement à Loiseau :

— ÂÀs-tu fini?

— Oui, oui, général, voici... À

Et le chef du district passa à Cadoudal le papier qu'il venait de remplir.

Le Chouan le parcourut d’un seul coup d'œil.

— C'est bien, murmura-t-il; tout est en règle, et, tendant le papier au comte : Le salut de votre fiancée, monsieur Louis, ajouta-t-il,

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. Le jeune homme regarda avidement le papier. — le ne comprends pas, dit-il.

— Écoutez, et s'adressant aux Chouans : Emmenez cet homme, dit-il et qu’on le garde soigneusement. On emmena Loiseau et les gars firent cercle autour du partisan attendant l’histoire promise.

a IX

Le RÉCIT.

‘40e Cadoudal commença :

pe - — J'entrai dans la ville à la nuit ; et comme je con- # nais Vannes comme mon village, je m’orientai bien

publicain. Par lui, j’appris qu’une jeune femme accom-

1 vite; au lieu de m'en aller par les voies larges et 0% dangereuses en rencontre de patrouilles, je me glissai dans les ruelles obscures et solitaires.

- « Ce fut ainsi que j’arrivai chez un vieil ami que je Fa connais comme bon royaliste, bien qu’il affecte en 4 toute occasion des idées et des allures de parfait ré-

Re. pagnée de deux hommes était entrée dans la dernière 4 nuit à Vannes.

< « Mon ami, je ne donnerai pas son nom, car dans ce temps-ci, il faut être discret même avec les cailloux des routes, mon ami donc, m'indiqua le cabaret où les deux drôles avaient établi leur quartier général. Comme il n'était pas encore trop tard, j'endossai immédiatement le costume dans lequel je suis encore, je me plantai sur la tête une perruque en filasse jaune et les mains dans mes poches, dodelinant de la tête et des hanches comme un vrai paysan de la côte, je. me dirigeai vers l’endroit indiqué.

« C'était dans la rue des États, une taverne sordide. Le bouge était déjà fermé, mais la lumière qui filtrait à travers les volets indiquait à l’intérieur la présence.

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d’un ou de plusieurs individus. Je heurtai rudement la porte du bout du pen-bas dont je m'étais soigneusement muni et au bout d’un assez long temps une voix éraillée me cria à travers l’huis :

« — Continuez votre chemin, l’homme, l'heure est passée, vous boirez demain.

« — Oh ! oh ! répondis-je avec l'accent le plus nasillard que je pus trouver, oh! oh! vous n'êtes pas du pays, l’homme à la branche de sapin, car sans cela vous sauriez qu’un vrai Breton qui a la grande soif d'enfer dans le gosier et des dues d'argent dans ses poches ne remet pas au lendemain ce qu’il peut faire le soir même.

« Mon petit discours produisit un cerbain effet car, bientôt, j'entendis mon interlocuteur qui dévissait ses traverses, et, après un grand bruit de ferrailles et de jurons, la porte s’entre-bâilla d’un espace assez grand pour que je pusse passer.

« Je me glissai à l’intérieur.

« Aussitôt le tavernier, dont la grosse personne me barrait la route, me demanda sans préambule :

« — Où sont vos écus, l’homme ?

« Je fis semblant de chanceler, comme si j'étais ivre, et fouillant péniblement dans ma poche, j'en tirai un éeu de trois livres que je lui mis sous le nez en ricanant d’un air bête.

« L’honnête homme, à cette vue, s’adoucit subitement et, saisissant avec une remarquable dextérité la pièce que je lui tendais, l’enfouit prestement dans sa veste.

« — Allons, me dit-il, en prenant un air aimable, qu'est-ce que vous voulez boire, citoyen ?

« — Une pichetée de cidre doux.

« — À votre aise ; mais le dur est meilleur,

« — Alors du dur ! m’écriai-je, et j'éclatai de rire avec une stupide béatitude.

« Le tavernier disparut et je pus jeter un regard dans la salle. .

«Unhommeseuls’ytrouvaitdans le fond, loin delalumière quejetaient deux mauvaises chandelles de résine.

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