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— Qui donc que ça peut être? reprit Chafineau en e frappant le front.
— Celui qui le saura sera bien malin. !
— Eh bien, moi, sergent, moi Désiré Chafineau, ex-commis du Plat d'Argent, ex-coiffeur de l’ex-princesse de Lamballe, je vous réponds quejele saurai bientôt.
Le visage du vieux sergent prit une expression sévère.
— Prends garde, petit ; vois-tu, quand on est comme nous de pauvres diables, il ne faut pas se mêler de choses Doltoounes et diplomatiques. Il nous en cuit, toujours.
— (Cependant, sergent... commença obstinément Chafineau,
— Tais-toi, dit vivement Potard, il vient de notre côté.
En effet, Jean Bieu s'était levé et, à pas lents, marchait la tête basse.
De temps en temps il disait un mot à un soldat. uand il fut évident qu’il allait adresser la parole
à Potard et à Chafineau, les deux troupiers furent debout en un clin d’œil.
Ii s'arrêta devant eux.
— Qui done est celui-là? demanda Jean Bleu à otard en désignant Chafineau.
— C’est un conscrit qu’on nous a envoyé de Paris; on général.
— Il n’y a pas longtemps?
— Il a rejoint la brigade à Redon, mon général. — C'est bien, Et, s'adressant alors directement à Chafineau : — Comment t’appelles-tu? dit-il.
— Aimé-Désiré Chafineau, mon général.
— Quel était ton métier avant de servir?
— J'étais coiffeur, mon général.
Où cela?
À Paris, au Plat d'Argent, rue Saint-Germain- Xerrois.
Et, es-tu content d’être soldat?
Chafineau fit une grimace qui prouvait que le étier militaire n'était peut-êtrerpas pour lui l'idéal du bonheur; mais puisqu'il n'yavait pas moyen de
faire autrement, il se résignait.sans trop de peine; puis il ajouta :
: — Ahl si j'étais tout seul, ça me serait bien égal;
mais il y a le père qui est malade et les petits frères
qui.sont-bien jeunes.
— Tu les aimes donc bien tes parents? demanda
Jean Bleu avec une altération dans la voix.
—.Si je les aime? Mais vous n'avez done pasde
parents «pour me faire une question pareille, mon général? |
Potard, sournoïisement, allongea un coup de pied
discret dans les jambes de Chafineau.
Jean Bleu eut un imperceptible:tressaillement. Puis, très calme en apparence, il répondit :
-— Non, jein'ai pas de parents, jein’aïjamais-connu
mes parents. j
“+ Et, brusquement, ibs’encaila.
M: Quandiilfut/loin, Potard dit à Chafineau : | . :—As-tu remarquéiles-regards qu'ilt’alancésparles - trous de son masque? |
D — Non.
…—Ah! mon garçon, moi:j'en avaisila petite mort
. dans le dos! Aussi quelle drôle d’idée de l’interroger sur sa famille ? J'ai vu un moment où ça allait mal
tourner. Enfin ça s’est fini comme ça,tantmieux;
seulement, fais attention; maintenant, al te connaît,
il t'a parlé; äi va avoir l'œil sur toi, etrsi cette nuit,
au feu, tu as l’air de bouder, il te.casseraila tête
commesà un chien. Méfie-toi, fiston.
Et, sur cette consolante pensée,:le:sergent Potard s’en alla, car sonctour de garde était venu.