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beaucoup de chapeau et qu’à rejoindre les camaredes.
« C’est dit, hein!
— Ce n’est pas dit du tout, sergent, reprit obstinément Chafineau; je ne veux pas insinuer que les brigands soient méchants, mais je crois que nous deux, le lieutenant et moi, nous vous soignons mieux qu'eux et que vous seriez bien malheureux si nous n’étions plus là.
Le vieux soldat secoua la tête.
— Tu parles comme un brave cœur, petit, il est évident et certain que je préfère considérablement voir vos bonnes figures « amis que leurs vilains museaux de Chouans; mais quand le devoir commande, il n’y a qu’à obéir.
— Cependant, sergent.
— Ah çàl reprit Potard en s’animant, vas-tu m’apprendre les règlements, ne du quand les camarades se battent, qu’on n’est pas blessé, ni prisonnier non plus, et qu'on ne rejoint pas son corps, on est coupable. Voilà!
Chafineau voulut se récrier.
Le lieutenant lui imposa silence.
— Potard a raison, vois-tu, mon pauvre Chafineau, notre place n’est pas ici et, puisque nous sommes libres, il faut partir et très vite même.
— Et le sergent?
— Ne vous occupezpas de moi, mille millions !
— A la grâce de Dieu, reprit Dormel.
— Tiens!dit Chafineau, étonné, vous y croyez done, vous, lieutenant, à Dieu?
— Quelquefois, dit le lieutenant très gravement.
Chafineau n'’insista pas.
. — Maintenant que notre départ est décidé, reprit Dormel, occupons-nous un peu de savoir comment nous rejoindrons les amis.
— Ah! oui, voilà le difficile, dit Chafineau.
— Où sont maintenant les troupes républicaines?
— À Vannes.
PE vous dit que Vannes n’ait pas été enlevé?
— Ïmpossible.
— Pourquoi ?
— La ville a une garnison solide.
— Les Chouans sont bons soldats,
— Les brigands sont trop peu nombreux.
— Cadoudal les commande,
À ce nom de Cadoudal, ils cessèrent de parler tous les trois; ils venaient de penser à Jean Bleu. 6
— Et le général? dit enfin Chafineau à voix basse,
Il y eut un silence.
— Ils auront fusillé, sans doute, dit Dormel.
— C'est dommage! dit Potard, c'était un beau soldat,
— C'est une misérable fin, dit le lieutenant, alors qu’il pouvait tomber dans la lutte.
— Les pauvres parents! dit Chafineau,
— Ah! tu les plains, toi, gamin, quand ce sont eux qui le font fusiller |
— Pourquoi les a-t-il quittés ?
— Ah! dit Potard assez embarrassé, ce sont là des affaires de famille qu’il est inutile et inconséquent d'approfondir.
— Revenons à notre départ, dit le lieutenant.
« Vous croyez, Potard, que nous trouverons encore des républicains à Vannes.
— Et à Auray, aussi.
— Oh! Auray doit être pris à l’heure présente.
— Ah çà! mais, lieutenant, vous voyez tout en noir, vous, aujourd’hui,
— Mon ami, c’est que je commence à comprendre seulement des choses qui pour moi jusqu'alors avaient été lettre close.
— Vous dites, lieutenant? fit Potard légèrement ahuri.
— Je dis, mon ami, que je commence à me demander si la guerre que nous faisons en ce pays est une guerre juste,
— Oh! lieutenant! dit Chafineau scandalisé.
— C'est mon avis, mon enfant ; nous sommes venus en Bretagne opprimer des Français qui sont nos
FE
__ frères ; nous avons voulu leur arracher leur foi, leurs
. croyances ; ils défendent tout cela comme ils peuvent;
‘je ne les crois pas coupables. é Æ — Comment |! mon lieutenant, vous voilà du parti
. desbrigands!
. — Je ne suis pas de leur parti; je ne puis pas en
être; mais croyez-vous que la République — que
j'aime et pour laquelle je me ferais tuer s’il le fallait — soit plus solide parce qu’elle a fait de l'échafaud un symbole, Ce qu’on bâtit dans le sang n’est jamais
durable. 2 . — C'est peut-être vrai tout ce que vous dites là, quoique je ne comprenne pas bien, dit Potard tout
songeur.
En ce moment on frappa à la porte.
— Entrez! dit le lieutenant.
La porte s’ouvrit, livrant passage au docteur Martin.
que chose comme un sourire glissa sur le rude visage de Potard.
— Bonjour, messieurs, dit le docteur de sa voix bien timbrée.
Les deux hommes lui rendirent son salut.
Puis s'adressant à Potard :
— Eh bien! mon vieux brave, comment cela va-t-il aujourd’hui?
— Très bien, citoyen guérisseur, très bien. Ah! vous êtes un rude médecin tout de même!
— Voyons la blessure.
Et pendant que Chafineau ouvrait les rideaux, le docteur écartait l'appareil et les bandes et visitait la plaie du blessé.
Après un examen minutieux, le docteur se releva.
— Tout va bien! dit-il, | Puis étalant sur la table sa trousse et le linge il % refit le pansement avec une légèreté merveilleuse.
#3 Quand il eut fini le docteur se releva et fit un pas
Ur
A vers la porte.
AE Potard l’arrêta d’un mot :
D + . — Citoyen!
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Le docteur revint sur ses pas.
— de me voulez-vous ?
— Vous dire quelque chose.
— Parlez, mon ami.
— Voilà, citoyen, je veux vous dire ceci : Vous, décidément, vous êtes un brave homme.
Le docteur sourit doucement.
— C’est tout ce que vous aviez à me dire? demanda-t-il.
— Oui, tout.
— Bon, reposez-vous et tâchez de dormir.
Encore une fois le docteur fit un mouvement pour se retirer.
Cette fois, ce fut Chafineau qui le retint.
— Dites done, docteur, interrogea-t-il, c'est-y vrai que nous sommes libres ?
— en marquis vous l’a dit, je crois?
— Oui.
— Eh bien! que demandez-vous de plus?
— Dame ! répliqua Chafineau en se grattant la tête, c'est que vous comprenez, docteur, deux assurances valent mieux qu’une et tant que je ne vois pas les choses écrites.
— La parole du marquis vaut toutes les signatures du monde, mon enfant. Ainsi, tu és libre et vous aussi, lieutenant.
— Alors je partirai, dit Chafineau avec un soupir.
— Qu'est-ce que tu as, dit le docteur ! tu ne veux plus aller à la guerre? |
Chafineau devint tout rouge.
— Oh! ça n’est pas ça, docteur ! dit-il avec indignation.
— Pourquoi ce soupir, alors?
— Parce que.
Et Chafineau hésita.
— Allons, parle!
— Parce que le pauvre sergent va rester tout seul ét je suis bien perplexe, allez ; car, si d’un côté je grille d'aller retrouver les camarades, je euis bien triste aussi de penser que je vais quitter Potard.
— Ne t’occupe pas de moi, que je te réobtempère! clampin ! hurla Potard.
— Vous êtes tous de bons cœurs, dit le médecin après un court instant de silence ; ah! pourquoi tous ne sont-ils pas comme vous!
— Nous sommes tous honnêtes gens dansla troupe, dit vivement Potard.
— Ah! vraiment,
— Oui, certes.
— Appelez-vous de l'honnêteté l'enlèvement d’une jeune fille avec violence?
— Ah! non, par exemple.
— Eh bien, voilà ce que les vôtres ont fait.
— C’est impossible !
— Demandez à ses parents qui pleurent.
— Mais quand cela a-t-il eu lieu ?
— La nuit du combat; Mlle de Falouët, qui jusqu'alors était restée au milieu des combattants, se retira dans sa chambre vers la fin de la bataille pour prendre quelque repos. Deux misérables, qui s’y étaient cachés, la saisirent, la lièrent, étouffèrent ses cris sous des bâillons et l’entrainèrent, Dieu sait où!
— S'ils ont fait cela comme vous dites, c’est une vilaine besogne, et que ne devraient jamais accomplir ceux qui ont l’honneur perpétuel et intégral de porter un fusil.
— Poursûr, d’abord, s’écria Chafineau, c'était pas des grenadiers.
Le docteur ne put s'empêcher de sourire.
Mais bientôt sa physionomie reprit son air grave.
— N'importe! dit-il, les gens qui ont fait cela sont des misérables et ces gens sont des hommes qui servent votre cause.
— Ah! je savais bien que vous n’étiez pas républicain, dit Chafineau avec un découragement comique.
— C’est une belle chose que la République, mon enfant, répondit le docteur ; c’est l’idéal des gouvernements et il est impossible d’en trouver un meilleur.
— Eh bien?
— Malheureusement pour ce gouvernement-là, il faut des hommes parfaits, sans passions et sans vices et des hommes comme cela, c’est difficile à trouver.
Chafineau resta tout pensif.
Alors on frappa à la porte.
Un laquais entra, et dit : 4
— M, le marquis voudrait voir ces messieurs. Il fait demander si cette visite ne les dérangerait pas.
— Qu'il vienne, puisqu'il est le maître, grommela Potard d’un ton bourru.
Le lieutenant se hâta de répondre.
— Dites à M. de Falouët que nous serons honorés de sa visite, répondit-il.
Le valet s’inclina et sortit.
— Oh! malheur, dit Potard, quand la porte se fut refermée. Oh! là làl en voilà des histoires. Est-ce qu'il ne pouvait pas venir tout bonnement lui-même cet homme. Il serait entré et puis aurait dit : Bonjour lieutenant, bonjour Chafineau |... Comment que ça va,mon vieux Potard! Voilà comment qu'il aurait dû faire s’il avait été un bon garçon et un vrai patriotel —
Le docteur ne put s'empêcher de rire de la colère comique de Potard qui grommelait encore quand la porte s’ouvrit.
Le marquis entra,
Il était tout vêtu de noir et paraissait plus pâle encore que de coutume.
— Bonjour, messieurs, dit-il de sa voix claire.
Potard grogna, Chafineau marmotta des mots incohérents, le lieutenant salua.
— Etes-vous contents de l'hospitalité du château, messieurs ? demanda-t-il.
— C'est selon, grommela le sergent qui avait la rancune longue.
— Comment! dit vivement le marquis en fronçant les sourcils, auriez-vous été mal traités par hasard?
— Je ne veux pas dire ça, citoyen marquis, reprit Potard, ça ne tient pas à votre bonne volonté indis-
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