‹ Jean BleuChapitre 23 sur 39 · OPEL ES SP LE ES RS JE RP LT OR · texte numérisé non relu

OPEL ES SP LE ES RS JE RP LT OR

cutable et humanitaire, mais, sauf respect, je serais content de retrouver les camarades et de faire encore le coup de fusil.

— Contre moi? demanda le marquis avec un demi-sourire.

— Ne me parlez done pas de ça; vous savez bien que nous arrangerons cette affaire-là tous les deux, comme nous pourrons.

Le lieutenant s’avança.

— Monsieur, dit-il au marquis en désignant Chafineau, ce garçon et moi, nous voudrions rejoindre notre Corps.

— Eh bien! qui vous en empêche?

— Nous sommes libres, alors ?

Le marquis se redressa et, d’un ton de dignité suprême :

— Ne vous l’ai-je pas dit une fois déjà, monsieur ? Vous avez ma promesse, cela suffit.

— Alors, nous partirons ce soir.

— Bien, je donnerai des ordres pour que vous ne soyez pas inquiétés jusqu'aux lignes républicaines. Adieu, messieurs, je vous laisse.

5, saluant de la main, le marquis allait se retirer quand Potard le rappela :

— Pardon, excuses, citoyen, c’est bien Falouët, que vous vous appelez?

— Marquis de Falouët, oui, mon ami.

— Vous n’avez jamais porté un autre nom?

— Si, mais pourquoi ces questions ?

— Je vous le dirai tout à l’heure. Et de quel nom vous appeliez-vous ?

— Quand mon père vivait encore, je portais le nom de comte de Locréan qui était une petite.

— Locréan! Locréan! c’est cela! s’écria Potard en se redressant sur son lit.

Le docteur Martin s’élança et le recoucha presque de force.

Potard semblait soulevé par une émotion extraordinaire.

Le marquis étonné considérait Potard,

Potard tout haletant et les yeux toujours fixés sur le marquis, reprit d’une voix tremblante :

prune souvenez-vous de York town?

— Vul.

— Avez-vous oublié Royal-artillerie ?

— Oh! non!

— Et le sergent La Cocardel

— Quoi? dit à son tour le marquis tout remué, bu serais...

Le sergent se redressa avec un éclair de fierté dans les yeux et son bras esquissa gauchement le salut militaire.

— La Cocarde ! mon colonel.

Le marquis s’avança vers le vieux soldat et lui prit les mains.

— Et tu m'as reconnu, malgré les années enfuies ?

— Ah! mon colonel, j'ai une rude mémoire, allez, F j'aurais eu un peu plus d'instruction, j'aurais été

oin.…

Potard eut un soupir.

— Au fait, mon vieux camarade, qu’es-tu devenu depuis que nous nous sommes séparés ?

t le marquis transformé, ayant sur le visage

comme un reflet de jeunesse, s’assit, sans façon sur le

lit de Potard en le regardant avec une sorte de joie.

— Pardon, monsieur le marquis, dit doucement le docteur, mais vous alleztuer mon malade.

— Allons, dit tristement le marquis, à demain, =. "sos parlerons d’autrefois, du bon temps, enfin!

— Oh! oui, mon colonel, vous rappelez-vous à l'attaque du fortin…

Et Potard, entrainé par ses souvenirs, allait sans doute se lancer dans des histoires de guerre interminables quand le docteur lui ferma doucement la bouche et le força à se taire.

Et Chafineau complètement ahuri, netrouva à dire, lorsque le marquis fut parti en saluant toutle monde,

— Ah! bien, en voilà des aventures!

Re - GE RE Co EN

Le docteur s’approcha de Potard et prépara un verre d’eau dans lequel il mit quelques gouttes d’un liquide brun. Puis il fit avaler au blessé ce mélange et bientôt le sergent dormait tranquillement.

— Laissez-le reposer, messieurs, dit le docteur à voix basse ; moi je vais m’oceuper de votre départ.

Le soir Potard se réveilla et se sentit beaucoup mieux ; il resta quelque temps les yeux mi-clos, se trouvant parfaitement bien et cherchant à grouper ses idées encore un peu flottantes au sortir du rêve.

Puis, peu à peu, ilse rappela tout ce quis’était passé le matin : son entrevue avec le marquis, dans lequel il avait retrouvé le comte de Locréan, tandis que lui était redevenu pour un instant La Cocarde ; La Cocarde! et ce nom rappelait au vieux soldat tout un passé de gloire, de force, de jeunesse! Et à tous ces souvenirs le sergent sentait quelque chose d’humide sous sa paupière.

Il ouvrit les yeux.

- Chafineau était près de lui, épiant son réveil.

— Eh bien! sergent, ça va?

— Mais oui, petit, ça va pas trop mal.

— Nous allons vous dire adieu, sergent.

La figure du vieux soldat se rembrunit.

— C'est triste, mon enfant, mais faut pas hésiter, vois-tu.

— Oh! je n'hésite pas, sergent.

— Bien, c’est bien, ah! on frappe.

— Entrez ! dit le lieutenant qui cherchait à donner une apparence un peu convenable à son vieil uniforme tout râpé.

+ marquis et le docteur Martin parurent sur le seuil,

— Le colonel! murmura Potard.

Le marquis alla droit au lieutenant et lui tendant une très belle épée qu’il tenait à la main.

— Monsieur, lui dit-il avec cette noblesse suprême qu'il avait à un si haut degré, on vous a pris votre sabre et malgré toutes les recherches, il n’a pu être retrouvé. Veuillez accepter cette épée.

— Mais, monsieur, balbutia Dormel... je ne sais. si je dois.

— Oh! cela ne vous engage à rien envers moi, monsieur, vous êtes un officier et vous êtes mon hôte; vous n'avez plus d'armes, je vous en donne une; je ne fais que mon devoir strict et vous me chagrineriez fort en me refusant.

Plus ému qu'il ne voulait le paraître, le lieutenant s’inclina et prit l'épée. Quand eant l’arme dans ses mains, il se redressa tout à coup et dit simplement - au marquis:

— Merci.

— Toujours le même, murmura Potard dans son coin, les cheveux sont devenus blancs ; mais le sang est toujours aussi rouge.

Le marquis s'était tourné vers Chafineau et prenant des mains du docteur un fusil et un sabre, il tendit le tout à Chafineau qui rougit de plaisir.

— Tiens! toi, voilà aussi des armes.

Chafineau restait muet.

— Veux-tu bien dire quelque chose au colonel, clampin |! s’écria Potard.

Et, galvanisé sans doute par l’accent menaçant du vieux soldat, Chafineau dit au marquis :

— Merci, mon colonel.

— Tu ne me dois pas de remerciements, mon enfant, ce que j'ai fait, je devais le faire.

— Vous n’avez pas encore dit bonsoir à La Cocarde | grogna une voix dans les profondeurs du lit.

Le marquis sourit :

—— Je reconnais mes torts, mon vieil ami, dit-il en venant au chevet du blessé, et je vais tâcher de les réparer.

— Bien vrai!

— Oui.

— Comment cela ?

— En restant avec toi, quelque temps.

— Mille millions | quelle joie.

— Diable ! reprit le sergent aussitôt, et la consigne du docteur.

Page 1