‹ Jean BleuChapitre 25 sur 39 · RES · texte numérisé non relu

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« Ah! seulement, j'oubliais quelque chose, et ça j'y tiens. Avant de partir vous me permettrez de vous embrasser. Hein! pas vrai, que vous voudrez bien ?

Le marquis, sans répondre, donna une longue accolade au vieux soldat.

— Tiens ! dit Potard ; comme ça, c’est plus sûr, je suis payé d'avance.

— Allons, messieurs, dit le docteur, l'heure s’avance, la nuit vient; tout est prêt pour votre départ. Faites vos adieux au sergent et en route!

e lieutenant donna une poignée de main au sergent et Chafineau très attendri par tout ce qu'il venait d'entendre et par l’idée de la ‘séparation, ‘embrassa Potard en pleurant à chaudes larmes.

— Allons! allons! du courage, mon fiston, on se reverra, lui dit le vieux grognard très ému.

Après avoir salué le marquis, le lieutenant dit au vieux gentilhomme :

— Nous ne servons pas la même cause, monsieur, nos drapeaux n’ont pe la même couleur, mais je serais profondément heureux de vous serrer la main.

— Vous êtes un brave et digne officier, monsieur, répondit lé marquis, et les honnêtes gens s'entendent toujours.

- Et leurs deux mains s’unirent dans une loyale étreinte.

Quant à Chafineau, il ne disait rien, mais tournait autour du marquis avec une anxiété visible.

— Mon colonel, dit-il enfin, si jamais vous reprenez du service dans l’armée où je servirai, si c'était un effet de votre bonté, j'aimerais bien à être dans votre régiment.

— Accordé d'avance! dit le marquis.

Enfin, tous sortirent.

Le marquis resta seul avec Potard qui regardait 5 son ancien colonel avec des yeux de chien

èle.

— Quel dommage! dit-il enfin, quel dommage, mon colonel, que vous ne soyez pas républicain |

— Quel dommage, mon vieux La Cocarde, répon-

dit le marquis avec un soupir, quel dommage que tu serves la Républiquel

Et sur ces derniers mots, après une dernière poignée de mains, le marquis quitta Potard.

LE PLAN DE JEAN-MaRre.

Il nous faut maintenant retrouver les Chouans dans la lande de Vannes. On se rappelle que nos principaux personnages doivent s’y rencontrer : Louis de Falouët qui commande toujours les gars, Cadoudal si audacieusement échappé aux républicains et Jean-Marie qui après avoir conversé tour à tour avec Jeanne et avec Jean Bleu a eu l'inappréciable bonheur de se retrouver sain et sauf sur la lande. ;

Sur le chemin de Vannes à Auray, un peu à droite de la route qui vient de cette dernière ville, sur un des versants de la vallée du Loch, se trouve un endroit sombre, mystérieux, tragique, qui a pris le en, du village voisin et qu'on appelle les Pierres de

rech.

Ce lieu sauvage, horrible, mérite une description spéciale.

Qu'on imagine cette chose insensée : un géant ayant dans ses mains de monstrueux quartiers de roc et les lançant au hasard sur la terre; ces rochers tombant dans un enchevêtrement étrange et s’y figeant pour l'éternité; on aura ainsi une idée du Chaos granitique de Brech, surmonté d’un énorme roc allongé comme un bec d’oiseau de proie, qui remue quand un enfant le touche et que cent chevaux n’ébranleraient pas.

Au bas des pierres, parmi des buissons toujours

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