AN ST GA D LE
Ltd.
TLC
PNR Re DU ES ET Cle MMS EI A ON MP qe v? ' C' s PE 43) En
z n et Le:
Les fugitifs marchaient lentement et silencieuse-
ment dans les rues désertes de la ville. Par instants ils 4 s’arrêtaient en entendant un bruit suspect.
Ils atteignirent sans encombre les dernières maisons des faubourgs.
Là, derrière une vieille masure écroulée, trois chevaux tout sellés attendaient.
— Allons, dit Jean-Marie à voix basse, vite à cheval!
Il aida Mile de Falouët à se mettre en selle.
— En avant ! commanda Jean-Marie.
Les chevaux s’élancèrent en avant.
Ils allaient franchir la porte Sainte-Anne quand Jean-Marie s’écria :
— Malheur ! malheur | = — Qu'y a-t-il ? demanda Mile de Falouët, ; — Les Bleus ! Les Bleus sont derrière nous !
La jeune fille se retourna sur sa selle.
A deux cents pas des fugitifs, une troupe de hussards s’avançait au petit galop.
Aux clartés de la lune, on pouvait déjà distinguer les plumets de leurs shakos et les torsades de leurs dolmans.
Une voix forte s’éleva dans le silence de la nuit :
— Arrêtez | commanda l'officier.
— Au galop ! cria Jean-Marie en frappant sa monture des deux talons.
La petite troupe détala à fond train.
Les hussards prirent la même allure.
La distance entre les poursuivis et les poursuivants restait toujours à peu près la même.
On était maintenant en pleine campagne.
Des deux côtés de la route, les arbres, les rochers, les maisons, fuyaient comme emportés dans une course folle.
Jeanne très pâle, mais résolue, excitait tant qu’elle pouvait sa bête.
Tout d’un coup, Jean-Marie chancela.
; — Ah! mon Dieu! murmura Jeanne.
LUE — Ne vous inquiétez pas, la demoiselle, dit-il
TRE OO EE EE TN PP TE 0 0 Den T0 SP
vivement, c’est la sangle de ma selle qui vient de casser.
— Mais malheureux ! tu vas tomber.
— Oh! que non! vous allez voir.
Déchaussant aussitôt ses étriers, le mutilé avec une adresse incroyable glissa jusqu’à la croupe de son cheval ; puis une fois là, il saisit la selle et la jeta sur la route.
Les hussards semblaient gagner un peu.
— Arrêtez | commanda encore une fois l'officier.
«Arrêtez ! ou je tire
Les fugitifs se gardèrent bien de répondre.
— Feu ! alors |
Quatre détonations retentirent et une balle siffla aux oreilles de Jeanne.
— Vous n'êtes pas touchée, dit le mutilé avec inquiétude.
— Ne crains rien pour moi! si le cheval n’est pas atteint, morte ou vivante, ils ne m'auront pas.
Comme si les cavaliers républicains eussent entendu cette réponse, une nouvelle décharge déchira l’air calme de la nuit.
Le cheval de la jeune fille broncha et faillit tomber.
— Dieu ne veut pas que je sois sauvée, murmura la jeune fille, en relevant sa monture d’une main ferme.
— Ah |! damnation ! dit Jean-Marie, la bête en tient !
— Laïisse-moi, Jean-Marie, et sauve-toi !
Le mutilé eut un éclat de rire.
— Vous voulez rire, la demoiselle, là où vous mourrez, je mourrai.
Le cheval de la jeune fille maintenait son allure, mais son galop inégal et le souffle bruyant qui lui sortait des naseaux montraient assez qu'il n'irait pas bien loin. Enfin il trébucha encore une fois, se releva, faillit retomber.
Jean-Marie vint mettre son cheval à côté de celui de la jeune fille, et d’un seul bras lui enlaçant la taille, avec une force incroyable, il la souleva et la mit en travers de sa selle.
Ü de.
PONT PH AMERETE
Il était temps, le cheval blessé s’abattait presque aussitôt.
Les bussards, qui gagnaient toujours du terrain, tirèrent encore une fois.
— Jésus, Marie! dit le vieux Lestram en étendant les bras, je suis mort |
Et il roula lourdement sur le sol.
— Ah | c’est horrible ! murmura la jeune fille.
— Le cheval ! le cheval ! il faut reprendre le cheval! s’écria Jean-Marie.
Mais l’animal se sentant libre avait quitté la route, franchi d’un bond le fossé et galopait à traversla lande.
Il n’y avait plus maintenant cent pas entre les cavaliers et Jean-Marie.
Le cheval écrasé sous son double poids se fatiguait visiblement.
Un hussard qui galopait un peu en avant de sa troupe et qui semblait être l’oflicier fit feu à son tour sur les fugitifs.
Le cheval fit entendre un hennissement douloureux et tomba comme une masse,
Avec un incroyable bonheur, les deux jeunes gens se relevèrent sans aucun mal. D’un bond Jean-Marie entraîna la jeune fille dans un fossé, se jeta devant elle et, tirant de ses poches deux pistolets, il attendit bravement le choc des hussards. gs
— Allons ! rendez-vous | dit en arrêtant son cheval l'officier qui voyait reluire à la lune les canons des pistolets, <
— Jamais | répondit intrépidement le mutilé.
— Alors tu vas mourir |
Et l'officier arma son pistolet.
Soudain, au-dessus de leurs têtes, sur le haut du talus auquel ils étaient adossés, une fusillade bien nourrie éclata.
— Ah! dit Jean-Marie avec joie, les Chouans |!
Deux hussards étaient tombés.
Les autres hésitaient.
— En avant | dit l’officier en déchargeant son pistolet sur Jean-Marie qui ne fut pas atteint.
ve ‘ 2% +
RTE LR PRE NERU RL PE
à Mais, en même temps, des coups de feu éclataien de l’autre côté de la route. ++ L'officier et les quatre hommes qui restaient encore roulèrent foudroyés. pal
Jean-Marie poussa un rugissement de joie. Un En même temps, un homme sautait sur la route, brandissant son fusil encore tout fumant et criant : Victoire | s
C'était Cadoudal.
Il vint s’inclinant vers la jeune fille.
— C'est une grande joie pour moi de vous savoir sauvée, mademoiselle, lui dit-il.
La jeune fille restait pensive :
— Je vous remercie, Georges, dit-elle.
— Vous semblez toute soucieuse ?.… Jeanne regardait toujours les taches noires que faisaient les cadavres sur le sol blanc de la route. — Tant de morts pour ma vie! murmura-t-elle.
A la lune, les Chouans qui peu à peu s'étaient rapprochés, formaient de pittoresques groupes, Jeanne reporta son regard sur tous ces hommes, héros obscurs, dévoués jusqu’à la mort à une cause sacrée, et une parole de reconnaissance lui monta aux lèvres. Elle s’avança au milieu des paysans et avec sa voix de cristal et son sourire de sirène elle dit à tous :Mercil
FALOUÊT CONTRE FALOUÊT.
La lune maintenant avait disparu. a
Sur tous les objets glissait cette obscure clarté grise qui vient avec le froid du matin, la lande prenait, par places, des reflets d'argent et les arbres” semblaient de lourdes masses confuses et noires sous le ciel où couraient de grosses nuées. “F4
Les Chouans allaient se remettre en marche.
Aussi bien, Louis qui attendait depuis le milieu de la nuit aux pierres de Breck devait être dans une mortelle angoisse.
Jeanne adossée à un rocher, et bien enveloppée d'un manteau que Gadoudal lui avait jeté sur les épaules, rêvait les yeux perdus dans le vague.
Assis au rebord d’un fossé, Cadoudal attendait que ses hommes aient fini de se préparer pour le départ.
Des Chouans, quelques-uns enlevaient les cadavres des hussards tombés sur la route.
Soudain, Jean-Marie qui, jusqu’alors, s’était tenu caché dans quelque coin aux yeux de tous, grimpa sur un grand rocher gris qui dominait, d’un côté la route, de l’autre, la lande, et là, le corps tout droit, les cheveux tordus par la -brise, il eria de sa voix rauque :
— Écoutez ! Écoutez |
« Voyez-vous, comme le ciel est noir, comme les feuilles frémissent | C’est qu’une horrible chose va se passer à cette place même. Oh! vous tous qui avez vu des bataïlles, qui avez vu des carnages où les hommes se déchirent comme des fauves, vous tous qui connaissez la souffrance et’ la douleur, qui avez senti la vie couler hors de vous avec votre sang, maintenez votre cœur à deux mains pour qu'il n’éclate pas, tant est épouvantable le spectacle qui va remplir vos yeux! ;
Chacun écoutait, saisi d'horreur, tant la voix du mutilé était froide, tant ses paroles étaient étranges.
I! reprit après un silence et d’une voix plus douce :
— L'un disait jadis à l’autre : Mon frère; car les mêmes flancs les avaient portés et le même lait avait coulé entre leurs lèvres de petits enfants. Mais, lun était bon, l’autre était mauvais et, quand ils eurent Pâge de porter l'épée, ils se séparèrent, ennemis mortels et irréconciliables, car jadis, ils s'étaient
aimés.
« Ab ! je vois leur cœur à tous deux, maintenant! la
fs
haine et le fiel y ont remplacé le sang et leurs mains s’avancent avides d’être rouges |
La voix du mutilé se fit alors dure et rauque et c'était comme une clameur désespérée qui, lugubre aiasi qu’un chant d'oiseau de nuit, passait sur la lande ssbtnante de l’aube prochaine.
— Ils viennent, maintenant ; les deux haines vont se rencontrer, les deux hommes vont s’étreindre. O la lutte sacrilège et impie! Que le soleil s'arrête et n’éclaire pas de pareilles horreurs! que la terre s'effondre pour engloutir les deux fils de Caïn!
« Ils viennent ! ils viennent |
« Ils vont vite comme des goélands dans la tempête !
« Mettez-vous entre eux deux, vous tous qui m’écoutez | Empêchez que leurs yeux se voient, que leurs mains se touchent.
« Allons ! barrez la route, mettez vos corps entre leur folie de meutre !
« Les voilà ! les voilà !
Et Jean-Marie se tut; mais resta debout sur la roche les bras en croix, les yeux au ciel,
Personne ne respirait plus, le cœur serré par une
incompréhensible angoisse.
En ce moment, dans le silence que faisait la stupeur
de tous, un galop de cheval retentit très distinct sur
la route qui venait d’Auray.
Chacun se retourna, fouillant le chemin de regards anxieux.
Puis, — était-ce l'écho, était-ce un autre cavalier ? un bruit pareil se fit entendre sur la route de Vannes.
Les cœurs battirent dans toutes les poitrines.
Soudain, sortant de l'ombre qui blanchissait, un cavalier parut.
Quand il fut au milieu des Chouans il arrêta son cheval si brusquement que l’animal poussa un hennissement de douleur.
Un autre hennissement lui répondit dans la nuit,
— Le comte Louis! murmura Cadoudal.
— Jeanne ? où est Jeanne ? dit le jeune homme avec
CET Ass
une inquiétude dans la voix, voilà trois heures que j'attends et rien ne vient.
— Me voici! s’écria la jeune fille en sortant de l'ombre.
Passionnément, d’une étreinte farouche, Louis serra Jeanne contre son cœur.
Soudain un cri terrible s’éleva.
— Enfin ! disait une voix forte et sonore, je savais bien que je les retrouverais |
Et campé sur sa selle, comme une statue de bronze, un cavalier qui arrivait du côté de Vannes venait de s'arrêter au milieu de la route.
Un murmure s’éleva parmi les Chouans.
C'était bien lui, en effet, \
Fièrement planté sur son cheval noir, un mauvais sourire aux lèvres, avec, derrière lui, le soleil qui levant son large disque de cuivre rouge lui faisait comme une sanglante auréole, Jean Bleu semblait un
énie du Mal; puis son apparition rapprochée de ’arrivée de Louis et des paroles du mutilé avait quelque chose de tellement surnaturel que tous se sentaient frissonner.
— Ah! ah! ricana Jean Bleu en promenant son regard froid autour de lui, il paraît qu’on ne m'attendait pas ; je trouble des fêtes de famille sans doute!
Louis fit un mouvement pour s’élancer vers lui; mais Cadoudal le retint pendant que quelques Chouans mettaient en joue le général républicain.
— Vous serez donc toujours des assassins | dit Jean Bleu de sa voix mordante, et vous ne serez donc jamais courageux que lorsque vous vous trouverez cent contre un |
« Me voilà seul au milieu de vous ; je viens pour combattre votre chef, seul à seul, homme contre homme : je croyais qu’il y avait encore du courage dans sa poitrine de femme, Je vois que je me suis trompé. Allons |! bourreau | fais-moi tuer.
Un coup de feu partit. Mais Jean Bleu ne fut pas atteint.
— Allons, feu ! feu ! bandits, dit le jeune général avec une sorte de fureur.
Soutenue par Cadoudal, Jeanne semblait prête à mourir; elle regardait de tous ses yeux ces deux hommes qui voulaient s’entre-tuer pour elle.
Louis avait, d’un geste impérieux, écarté tout le monde. Il fit faire quelques pas à son cheval et se trouva ainsi si près de son frère qu’il pouvait remar- La que sa main frémissait sur la poignée de son sabre.
rh minute, les deux hommes s’étreignirent du regard.
out le corps de Louis était agité d’un tressaillement nerveux, son visage était très pâle et, machinalement, ses mains se crispaient.
D’une voix sourde il dit à Jean :
— Pourquoi-êtes-vous venu sur ma route, Monsieur mon frère ? pourquoi votre folie vous a-t-elle encore une fois poussé en face de moi?
Jean eut un ricanement.
Louis poursuivit :
— Tournez maintenant la tête de votre cheval vers la ville et partez sans regarder derrière vous.
— Oui, interrompit Jean Bleu, c'est très joli; mais je déteste recevoir des balles dans le dos!
— Oh! monsieur !.. répliqua Louis avec un mouvement d’indignation ; je vous donne ma parole de gentilhomme que vous rentrerez à Vannes sain et sauf, HART)
— Ah çà! Monsieur mon frère, rêveriez-vous par hasard, et avez-vous pu croire un seul instant que je suis venu ici tout simplement pour jouir de l’agrément de votre conversation? Allons done, Louis, mettons pied à terre ou restons à cheval, comme vous voudrez. Mais il ne sera pas dit qu'ayant pu, d’un seul coup, assouvir notre haïne, nous ne l’ayons pas fait. Eh bien! Vous hésitez ?.…
Louis était devenu encore plus pâle.
Il se contenta de répondre d’une voix sourde :
— Ce que vous me proposez est impossible, Jean,
— Et pourquoi donc, je vous prie?
— Parce que nous sommes frères et.
— Ah! vous vous rappelez cela, vous; moi je l’avais tout à fait oublié. Et c’est ce seul sentiment fraternel qui vous empêche de croiser le fer avec moi?
— Oui. :
— Avouez donc la vraie raison de votre refus, mon cher, dit Jean Bleu d’une voix sifflante,
— Avouer quoi?
Jean Bleu poussa un terrible éclat de rire.
— Que vous avez peur | Parbleu |
Louis poussa comme un gémissement. Il ferma les
ux, puis les rouvrit fixant son frère. De ses ongles, il se déchirait les mains.
Jean Bleu impassible en apparence regardait son frère.
Enfin il se tourna vers Jeanne et à haute voix lui cria:
— Tu te rappelles, dans la prison, Jeanne, tu me disais que Louis, ton fiancé, était un brave gentilhomme et qu’un cœur d'homme battait dans sa poitrine | Tu te trompais, je crois, le paladin est soudain devenu le dernier des lâches.
À ces mots, comme s’il avait été frappé d’une blessure mortelle, Louis poussa un cri de douleur et mit la main à la garde de son épée.
— Enfin! gronda Jean avec un mauvais sourire.
Mais l'épée ne sortit point du fourreau.
Les deux chevaux s’écartèrent sous un choc puissantet, entre les deux frères, à cheval aussi, un homme parut tout à coup qui dit d’une voix brève:
— Arrièrel mes fils!
Le marquis Alain était devant eux.
Et il avait fière mine ainsi : le corps mince et souple encore, bien assis sur la selle, la main étendue dans un geste impérieux, la tête fine encadrée de cheveux blancs, les yeux ayant une flambée de jeunesse.
— Ah! dit-il avec un accent triste et profond, j'ai vécu trop vieux, puisque aujourd’hui j'ai vu mes deux fils cherchant à s’égorger. Dieu a permis que j'arrive
à propos. En quel temps vivons-nous, où les frères tirent l’épée l’un contre l’autre, où le sang ne reconnaît plus le sang, où la haine déchire les familles
Puis s'adressant à Louis:
— Retirez-vous, mon fils.
Louis hésita un instant, mais devant le regard de flamme de son père, il obéit.
Puis se tournant vers Jean Bleu.
— Vous, partez à l'instant.
— Je n’ai d’ordre à recevoir de personne ici! répliqua avec insolence le jeune homme.
Le marquis tira sa montre.
— Vous avez deux minutes pour vous décider:
repartir sur-le-champ, ou être fusillé tout à l’heure.
— Ah! c’est un guet-apens ! ricana le jeune homme.
Le marquis haussa les épaules.
— Vous êtes fou; sil'on vous avait tendu un guetapens vous seriez mort depuis une heure.
Un violent combat semblait se livrer dans l'âme de Jean Bleu.
Enfin, il se décida.
— C’est bien, je partirai, dit-il.
Et rassemblant ses rênes, il tourna du côté de Vannes la tête de son cheval.
— Deux fois déjà je vous ai fait grâce, dit le marquis ; si jamais je vous retrouve, je serai inexorable.
— Nous nous retrouverons, répliqua Jean Bleu avec véhémence; mais alors les rôles seront changés ; vous serez les vaincus et moi le vainqueur. Alors, il n’y aura ni grâce ni merci; car moi, quand je le puis, j'écrase mon ennemi, froidement, sans pitié. Les morts ne sont plus dangereux.
« Quant à toi, continua-t-il en s’adressant à Louis, la partie n’est que remise entre nous deux. Je n'aurai peut-être jamais Jeanne, mais je jure Dieu que tu ne l'auras pas |
«'Au revoir! . d
Et, enlevant sa monture d’un bond formidable, il s’éloigna au galop et se perdit bientôt dans la brume du matin.
Lu à NT TD TR) - il AR, :2"2