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Nous ne saurions mieux faire que d'emprunter à -
un écrivain (1) de grand talent la description de ces lieux qui rappellent tant de souvenirs.
L'auteur se trouve à la pointe de Saint-Gildas où nous venons de placer notre dernière scène:
« La vue dans cet endroit est magnifique. Au bas de l’espèce de terrasse sur laguellenous noustrouvions s'étend la plage où l’on va prendre les bains. Directement en face de nous, le passage du Béniguet,
entre l’île de Houat et le fanal de Teigneuse, qui est *
tout proche de la pointe extrême de la presqu'île de Quiberon; plus loin encore, comme une sentinelle avancée, Belle-Ile; après Belle-Ile, l'Atlantique dans son immensité ; sur la même ligne que Saint-Gildas, en suivant la côte et en appuyant vers la gauche, l'embouchure de la Vilaine et le littoral du varts: ment de la Loire-Inférieure, qui monte jusqu’au Croisie; à notre droite, Arzon, Shoes Carnac, Plouarnel, qui forment comme le fond de la baie; enfin la falaise de Quiberon, qui va en se rétrécissant jusqu’au fort Penthièvre et qui, s’élargissant ensuite usqu’à la commune de se située non loin de a pointe extrême de la falaise, représente tout un côté du littoral qui sert de ceinture à la baie. La mer, ce jour-là, était unie et calme, elle semblait nous sourire; mais, quand la mauvaise saison arrive, la mer est souvent furieuse, et l’on entend, au sein du silence de la nuit, comme des coups de canon : c’est la vague qui va frapper la côte; elle a creusé des cavernes dans les rochers, comme un marteau patient qui s'ouvre sa voie : quand la mer est basse, on descend avec une lanterne dans ces sombres profondeurs.
« Après avoir, en 1860, contemplé de la terrasse de Saint-Gildas la baie de Quiberon et sa plage, je voulus, en 1868, me rapprocher du théâtre où se passèrent les premières scènes de cette lamentable
tragédie qu’on appelle le désastre de Quiberon.
(1) Quiberon, par M. Alfred Nettement Lecotire, édit,
- Je me dirigeai donc du côté de la plage de Carnac. « D'abord, je donnaiï un coup d'œil à ces champs de pierres debout qui font à la fois l’admiration et le désespoir des archéologues, car, malgré leurs investiations, ils n’ont pu rien découvrir de certain sur origine de ces monuments qu'aujourd'hui les hommes les plus savants du pays s'accordent à regarder comme de beaucoup antérieurs aux temps druidiques. La journée était splendide et quoique la chaleur fût accablante, il n’y avait pas un nuage au ciel. La plage où s'étaient succédé des scènes de guerre et de meurtre s’étendait déserte et silencieuse sous mon regard. Les vagues de la marée, qui montaient avec une paisible lenteur, reflétaient les rayons éblouissants d’un beau soleil de septembre, avant de venir expirer doucement sur le sable. La nature semblait répandre à plaisir sur ces lieux, attristés par le souvenir du désastre, un calme et une paix qui remontaient dans mon âme. Les champs sont couverts d’un tapis de mousse brodé d’œillets agrestes, de petites immortelles et de rosiers nains. »
Voilà donc le cadre où vont se retrouver et se mouvoir tous les personnages que nous avons mis en scène,
Nous avons laissé Georges et Tinténiae au moment où d’après les ordres d’Hervilly, ils allaiant déloger les républicains du mont Saint-Michel. Quand nous les retrouvons l’attaque a commencé.
Les colonnes volantes sont déjà anéanties et maintenant, sous les feux plongeants des Bleus, les Chouans montent à l’assaut.
Le haut de la butte est couronné de flocons de fumée blanche ; les Chouans tirent peu mais avancent toujours, laissant derrière eux des cadavres.
n moment pourtant, le feu devient si violent qu’ils hésitent.
Georges et Tinténiac se jettent en avant et bran- . dissant leur épée :
— Vive le roïf crient-ïls.
Et ils s’élancent presque seuls.
Un cri terrible leur répond et les Bretons, honteux de leur hésitation d’une minute, se précipitent comme des lions sur les traces de leurs chefs.
Cadoudal le premier arrive au retranchement; il est debout sur l’épaulement, une seconde il reste ainsi, environné de fumée, les oreilles assourdies par les détonations.
Il ferme les yeux et saute parmiles républicains.
Une minute — un siècle — seul, il lutte contre ces Bleus qui l’assaillent de toutes parts. Un charme semble le protéger, les balles sifflent autour de lui sans l’atteindre, les coups de baïonnettes n'arrivent pas Xe sa poitrine.
Mais Tinténiac arrive à son tour et, derrière lui, les Chouans.
Alors la lutte est finie; les Bleus, épouvantés de tant d’audace, jettent leurs armes et se rendent.
Cadoudal s’empresse pour empêcher un massacre inutile.
Dans un coin cependant, un homme seul, sanglant, luniforme déchiré, le visage noir de poudre, se défend en désespéré.
Les Chouans l'entourent : l’homme va périr.
Cadoudal et Tinténiac s’élancent pour le sauver.
A leur voix les Chouans s’écartent.
L'homme n’a plus dans la main qu'un tronçon d'épée, mais, devant les deux partisans survenus tout à coup, il se redresse et se met en défense.
Cadoudal le salue de l'épée.
— Vous êtes un brave, monsieur, rendez-moi votre épée; vous serez bien traité.
L’officier républicain eut un froid sourire.
— Je suis déshonoré, monsieur; je n’ai plus qu'à mourir.
— Vous, déshonoré | comment cela ?
— Je suis le général Roman et c’est moi qui commandais ici.
— C’est une malheureuse journée pour vous en eflet, général; mais la fortune ne sourit pas tous les jours.
— Il ne me reste qu’une ressource et je vais l’employer.
— Laquelle?
Pour toute réponse le général Roman se baissa, ramassa un pistolet et ouvrant la bouche il y introduisit le canon.
__ voulut faire un mouvement; il était trop tard.
Le malheureux roulait sur le sol foudroyé.
— C'était un brave, dit Cadoudal.
Les deux amis, après un dernier regard au cadavre défiguré du général républicain, se dirigèrent vers la gere la plus élévée de la butte où flottait encore le
rapeau tricolore.
D'un coup de sabre, Tinténiac abattit les trois coueurs. +
Puis les deux partisans se regardèrent.
— Nous n'avons pas de drapeau blanc, dit Tinténiac.
— Diable | murmura Cadoudal.
— Ah! il me vient une idée.
— Laquelle ?
— Vous allez voir.
Et mettant aussitôt habit bas, Tinténiac enleva Do sa chemise de fine toile qu’il attacha au
âton encore debout (1).
Cela fait, le partisan remit tranquillement son habit.
— Drôle de drapeau tout de même, dit Tinténiac en se reculant avec un demi-sourire,
— Drapeau + pe lriposta vivement Cadoudal, avant de servir il y a déjà du sang dessus,
En effet, à la place de la poitrine il y avait une longue trace rouge.
inténiac ouvrit son habit avec étonnement.
Une baïonnette glissant sur l’épiderme lui avait fait une magnifique estafilade.
— C'est bizarre, murmura le partisan, je ne m'en étais pas aperçu.
(4) Historique,
Et les deux hommes commencèrent à rallier leurs gars et à s'établir solidement dans la position qu'ils venaient d'enlever. k