LE SECRET
Après avoir marché pendant quelques minutes, T4 dans la plaine, Jean-Marie tourna brusquement dans sh les rochers. va
Il fit encore quelques pas, puis, s’arrêtant devant 4
une roche énorme, il appuya légèrement sur un endroit de la pierre; le bloc colossal bascula sur lui-même, découvrant une béante ouverture.
Jean-Marie tira de sa poche un briquet, le battit et alluma une chandelle de résine puis, faisant signe à ses compagnons de le suivre, il s’engagea le premier dans l’étroit couloir.
Le roc semblait taillé de main d'homme et le: passage était assez large pour que deux personnes pussent passer de front ; l'élévation était médiocre, mais cependant un homme de taille ordinaire pouvait y marcher sans se baisser.
La pente était assez douce et le pied se posait sans bruit sur le sable fin qui couvrait le sol.
Le couloir fit un brusque crochet et Potard et Chafineau poussèrent un cri de satisfaction.
Devant eux, une grotte immense, haute et profonde comme une cathédrale, déroulait sa prodigieuse étendue.
Jean-Marie considéra un instant les têtes ahuries des deux grenadiers, puis il leur dit :
— Parici.
Les deux hommes reprirent leur marche; le blessé avait complètement perdu connaissance, il ne gémissait même plus.
Ils traversaient maintenant la grotte où des fissures inconnues laissaient pénétrer l’air frais de la mer. Un bruit sourd venant du dehors résonnait côntinuellement comme si un organiste invisible eût joué d’un gigantesque instrument : c'était le bruit des vagues, heurtant les rocs.
os trois personnages arrivèrent le long de la paroi à un endroit où le rocher se fendait subitement. Une très riche tapisserie en masquait l’ouverture et par dessous une lueur filtrait.
Jean-Marie s’effaça et soulevant le rideau murmura :
— Entrez.
Le mutilé parlait bas, comme on parle dans une église ou dans un cimetière.
OR ET ES Or: TC PS ORNE LCR 27 né. 4 D r eû À
Les deux grenadiers pénétrèrent dans l’intérieur et Potard ne put s'empêcher de murmurer :
Mie mâtin! que voilà un particulier qui se loge ien
Chose étrange en effet — en sortant de l’éternelle nudité des pierres, le contraste semblait plus violent encore — cette chambre, où venaient d’entrer les deux soldats, était un modèle de luxe et de goût.
Une lampe accrochée au plafond jetait ses rayons roses sur les murs où s’accrochaient de vieilles verdures de Flandre; des fauteuils de tapisserie et des chaises recouvertes de soie étaient symétriquement rangées autour de la pièce. Dans le fond, un grand canapé de damas broché s’étendait et le pied enfonçait dans un épais tapis d'Orient.
Au mur, sur les meubles, partout des tableaux et des bibelots de prix.
— Mettez-le là, dit Jean-Marie aux deux hommes immobiles de surprise.
Le mutilé désignait le canapé.
— Mais il est plein de sang, hasarda Chafineau.
— N'importe.
Les grenadiers obéirent.
Quand le jeune homme fut étendu, Jean-Marie dit aux grenadiers :
— Cachez-vous derrière ces rideaux.
— Pourquoi? interrogea Potard.
— Je vous le dirai plus tard.
— En voilà des mystères, enfin.
Et Potard grommelant se résigna à se cacher avec Chafineau.
Alors le mutilé s’approcha du mur et appela doucement :
— Hélène!
Une portière se souleva et une femme parut dans l'encadrement que formait la draperie relevée.
Elle pouvait avoir vingt ans; son visage très pâle aurait semblé de cire sans l’éclat étrange que jetaient deux grands yeux noirs profonds, brûlants; de longs cheveux bruns sans poudre tombaient sur son cou
AS DREET RTS