‹ Jean BleuChapitre 5 sur 39 · L’ATTAQUE · texte numérisé non relu

L’ATTAQUE

Le château de Falouët se dressait sombre dans la nuit, éclairé seulement par places de blanches lumières de lune. De la mer, pas un soupir ne montait et les grands boïs recueillis n'avaient pas un murmure.

Tout semblait être silence et solitude.

Par petites escouades, se glissant le long des chemins creux et des sentiers, les républicains arrivaient. Personne ne parlait.

Marchant seul, à pied comme tout le monde, Jean Bleu, enveloppé dans un grand manteau, semblait courbé sous le poids d’une lourde pensée qui venait sans cesse lui battre le front.

Parfois des soldats ou des officiers venaient lui parler. Il donnait un ordre et retombait dans son abattement.

Enfin, il releva la tête, ôta son chapeau comme pour baigner son front dans l’air pur de la nuit et appela doucement quelques hommes qui marchaïent un peu en arrière.

Deux officiers et deux sergents s’approchèrent.

— Faites arrêter tout le monde, commanda Jean Bleu, d'une voix brève. Nous allons attendre ici le retour des éc'aireurs.

Les quatre hommes s’inclinèrent et s’enfoncèrent dans la nuit.

Les Bleus étaient arrivés dans ce bois de mélèzes que coupait la grande avenue qui menait au château.

Jean Bleu regarda autour de lui. Ges lieux semblaient lui être familiers.

Il murmura :

— Pourvu qu’elle soit au château !

C'était la compagnie dont faisaient partie Potard

et-Chafineau qui marchait tout à fait en tête. f: Le petit soldat glissait de temps en temps des regards inquiets du côté du vieux sergent qui, grave et raide comme à la parade, murmurait seulement de temps en temps :

— Si je pouvais seulement dire deux mots à Françoise |

Chafineau avait entendu déjà le sergent répéter trois fois cette phrase : à la quatrième répétition il n’y tint plus.

Et à voix basse, à Potard :

— Dites donc, sergent, sans vous commander, c’est donc votre épouse la citoyenne Françoise?

Potard haussa les épaules.

— Sache, petit, que je suis célibataire et vieux garçon.

— Oh! pardon, sergent... murmura Chafineau,

— Il n’y a pas d’offense, car, vois-tu, Chafineau, si je ne me suis pas marlé, comme mon père et ma mère, c’est parce que je n'ai jamais eu le temps.

— Mais alors. la citoyenne Françoise ?

— Imbécile | c’est ma pipe, répondit le sergent en laissant éclater sa mauvaise humeur. Il ajouta : ma pipe que je ne peux pas fumer à cause de ces satanés Chouans. Aussi, tout à l’heure, ils vont me le payer. Attends un brin |

— Sergent ! dit à coup Chafineau.

— — que tu as encore ? gronda Potard.

— Voyez donc là-bas au pied de ce gros arbre !...

Potard courut à l'endroit indiqué, suivi de près par Chafineau.

— Diable! murmura le sergent en se penchant, c’est un cadavre!

Chafineau tremblait de tous ses membres.

— Dépose ton fusil sur l'herbe, continua le sergent, et prends-moi un peu ce particulier par la tête, nous allons voir ce que ça peut être ; il y a justement un peu de lune...

Chafineau hésitait.

— Tu as donc peur, petit?

— Oui, sergent, répondit bravement Chafineau, j'ai peur des morts, moi.

— C'est pour ça que tu vas le prendre par la tête et l’amener avec moi à la lune ; çat’habituera. Allons! et vivement. Ïe militaire doit avoir le cœur insengible et bien placé entre ie triple rein, comme disait le citoyen Horace dans une tragédie en vers rimés.

Vaincu sans doute par ce dernier argument, Chafineau se-décida et prit la tête du mort.

Les deux hommes le trainèrent entre deux troncs d'arbres où passait un rayon de lune.

Le mort portait l’uniforme des grenadiers républisains. Potard lâcha un effroyable juron.

— C'est Vanot, ce pauvre Vanot, de la troisième.

Où l’ont-ils frappé ?.. Ah voilà, au cœur. un coup de couteau! Oh! oh! les brigands! les brigands! rugié le sergent en serrant les poings.

— C'est malheureux, sergent, dit Chafineau ; mais ils se défendent ces hommes |

Cette réflexion de Chafineau lui valut immédiatement de Potard un formidable coup de pied dans la partie la moins noble de son individu.

— Touché! murmura Chafineau.

Un à un les soldats arrivaient faisant cercle autour du cadavre.

Un jeune lieutenant fendit la foule et examina le mort un instant.

— Les Chouans sont sur leurs gardes, murmurat-il, il faut prévenir le général.

Et se relevant.

— Halte ! commanda-t-il, Pas un pas de plus.

Ouvrons l'œil; les brigands ne sont pas loin.

Il prit quelques mesures pour ne pas être surpris et faisant signe à Potard,

— Viens ii, ‘toi. |

Le sergent s’avança, la main au chapeau.

— Tu vas aller prévenir le général de ce que tu as vu, lui dire que je suis ici avec mon escorte et que j'attends ses ordres.

JEAN BLEU sl

Potard salua encore et partit à grandes enjambées.

Il fut arrêté plus d’une fois dans sa route par les compagnies qui avançaient en échelons ; mais il parvint enfin auprès de Jean Bleu.

C'était le moment où le général républicain venait de donner des ordres pour faire suspendre la marche en avant.

Potard salua militairement.

— C'est moi, mon général.

— Qui ça, toi?

— Moi Potard, sergent à la quatrième du premier,

— Bon. Que me veux-tu?

— Nous venons de retrouver Vanot, mon général.

— Qui ça Vanot?

— De la troisième, mon général, Vanot... un de ceux ge éclairaient la marche.

— Eh bien?

— Le pauvre diable est mort.

— Mort! s’écria Jean Bleu avec un ‘tressaillement,

— Oui mon général, un coup de couteau au cœur... ah| ça n’a pasété long.

— Trahison! murmura le général.

— Le lieutenant Dormel m'envoie vous prévenir qu'il s’est arrêté immédiatement et qu'il attend vos ordres.

Jean Bleu passa la main sur son front,

— Conduis-moi, dit-il au bout d’un instant, j'y vais moi-même,

Et, suivant le sergent il se mit à marcher très vite,

Ils retrouvèrent bientôt la compagnie de Potard.

La scène avait reu changé d'aspect.

On avait adossé le cadavre à un arbreæt,.sous les rayons blancs de la lune, son visage bouleversé montrait les angoisses de l’agonie trop prompte.

On avait entr'ouvert son uniforme et la ‘blessure apparaissait terrible, très nette, très étroite avec une frange rouge aux lèvres.

Quand Jean Bleu arriva, tous s'écartèrent. Le général considéra un instant le pauvre diable, puis faisant signe au lieutenant Dormel.

ct AUET Het

— Combien avez-vous d'hommes, lieutenant?

— Cinquante, mon général.

— Ils n’ont pas froid aux yeux?

Un murmure se fit entendre parmi les soldats les plus rapprochés.

— C'est bien, dit le général, en les apaisant d’un geste.

— Jls répondent d'eux-mêmes, mon général, répliqua le jeune homme.

— C’est que la mission que je vais vous confier est périlleuse.

— Tant mieux.

— Vous êtes lieutenant?

— Oui, mon général.

— Si vous vous en tirez, vous reviendrez capitaine,

L'’officier s'incline.

— De quoi s'agit-il, mon général?

— Voilà. Pendant que tous les autres vont rester ici, vous allez partir avec vos cinquante hommes et vous allez remplacer nos éclaireurs qui doivent tous avoir été frappés de la même façon que celui-là. Vous marcherez, aussi serrés que vous pourrez, Si vous êtes attaqués, ripostez à coups de fusil. Nous sommes découverts maintenant; il n’y a plus rien à ménager. La seule chose qui nous reste à faire, c’est de savoir où est l’ennemni. Partez à présent, il est temps.

L’officier salua de l’épée, réunit ses hommes et, au lieu de couper à travers bois, s’engagea héroïquement dans la grande allée.

Jean Bleu, tout pensif, écoutait le pas de ces hommes qui marchaïent sans doute à la mort.

Cependant les soldats, presque tous des vieux de l’armée du Rhin, s’en allaient gaillardement dans la nuit, il n’y avait guère que Chafineau qui commençait à trouver que c'était beaucoup d’émotions pour un homme seul et pour une seule nuit.

— Et nous allons loin comme ça, sergent?

demanda-t-il timidement et à voix très basse.

— Eh! eh!petit, peut-être jusqu’au sombre royaume du triste Pluton, comme disait l’ex-abbé Delille,

a Ça ne peut pas être un royaume; sergent, y ena plus.

— À ces moments-là, vois-tu, Chafineau, que ce soit un royaume ou une république où l’on va, j'te réponds que ça n’inquiète guère.

a petite troupe était arrivée. à la grille du château, s

Cette grille était fermée.

Le lieutenant saisit les barreaux des deux mains et voulut secouer la lourde machine. Comme il n’arrivait à aucun résultat, les hommes se ruèrent sur l'obstacle.

Alors une voix étrange s’éleva dans la nuit :

— Feul les Chouans

L'ombre s’illumina comme déchirée par un éclair, et une vingtaine de détonations retentirent.

Deux hommes tombèrent,

— Couchez-vous, commanda le lieutenant qui resta debout.

— Comment que ça va, petit? demanda le sergent à l'oreille de Chafineau.

— Ça pourrait aller mieux, sergent; mais je crois qu'on s’y fera (out de même.

Jean Bleu avait entendu les coups de fusil.

Le doute maintenant n’était plus possible,

Il y avait trahison et les Chouans étaient sur leurs gardes.

Aussi il n’hésita plus et, sur son ordre, tout le monde prit le pas de charge,

11 marchait en tête.

| ae les premières compagnies, il vint se heurter à

a grille. L se frappa le front avec impatience.

— Pas par icil nurmura-t-il.

Et se redressant, il commanda de sa voix brève :

— Capitaine Durieu, vous resterez ici avec trois cents hommes; faites ouvrir le feu immédiatement Pour occuper les brigands.

« Moi, je vais tourner par le potager.

Jean Bleu dirigeait sa troupe sans une hésitation :

tout lui semblait familier. Il longea le mur du pare et arriva bientôt au pied du mur du potager. À un angle, la muraille écroulée livrait passage.

n quelques instants la troupe fut massée dans le: jardin.

— En avant! commanda-t-il.

On partit au pas de charge.

Sous les pieds des soldats, tous les légumes, toutes les fleurs, tous les fruits étaient tordus, arrachés, broyés.

Jean Bleu pressait toujours la marche.

— Il n’y a pas de temps à perdre, murmurait-l.

Il ne savait rien, il ne voyait rien; mais son merveilleux instinct d'homme de guerre lui disait que le danger l’environnait de toutes parts, qu’il était trop tard pour reculer et que le seul moyen de salut: était le château, le château qu’on pouvait enlever et où l’on pourrait se maintenir.

Soudain il commanda : Halte!

La troupe s'arrêta.

Devant eux le château se dressait sombre, sinistre.

Une porte se dessinait par une marque plus noire sur la muraille.

Jean Bleu s’appuya contre cette porte et pesa de toutes ses forces.

La porte résista.

En même temps, comme à un signal inconnu, toutes les fenêtres de cette partie du château s’illuminèrent.

Les coups de feu éclataient avec un pétillement sec.

Il y eut un mouvement de recul parmi les républicains.

En ce moment la fusillade commençait, vive et serrée sur la gauche,

Jean Bleu n'hésita plus,

I fallait rejoindre à tout prix le reste de la troupe.

— Par colonnes, commanda-t-il.

Les républicains se formèrent comme à la parade,

— En avant!

Et, au pas de charge, les Bleus s’ébranlèrent.

Hs repassèrent par la brèche du mur et bientôt,

guidés par le bruit, arrivèrent sur le lieu du combat.

Le capitaine avait habilement profité de tous les accidents de terrain pour protéger ses hommes; mais pris entre deux feux, il était évident qu’il ne pouvait plus opposer une longue résistance, k . Dans le bois, les Chouans étaient arrivés, tiraillant sans cesse et à coup sûr.

Une longue clameur salua l’arrivée du reste dela colonne. ‘

Sans s'inquiéter des balles qui pleuvaient dru, Jean Bleu s’avança rapidement vers le capitaine :

— L'ennemi est en face seulement, n’est-ce pas, Durieu? demanda-t-il de sa voix brève.

— Je l’espère, mon général. ; — C'est certain, continua Jean Bleu avec insistance et, comme s'il voulait se rassurer lui-même, il: est. impossible que les brigands soient en force suffisante Con nous arrêter. Nous allons les déloger d’abord du

ois et de là nous reviendrons au château.

Et se redressant de toute sa hauteur :

— Bayonnette au canon! En avant!

— Vive la République!

Les tambours battaient la charge.

Avec un élan furieux, les soldats s’élancèrent,

La fusillade redoublait. Les premiers rangs touchaient déjà aux premiers arbres.

Soudain une clameur immense monta vers le ciel.

— Vive le roil

Cela venait sur la droite et en même temps on entendit des coups de feu.

Les Bleus s’arrêtèrent, indécis.

Jean Bleu voulut enlever ses hommes.

Il était trop tard.

Lentement, mais invinciblement les soldats de la République reculaient avec des regards inquiets.

e général appela deux grenadiers, les mit côte à côte et grimpa sur leurs épaules : de là il embrassa toute la scène.

Les Chouans arrivaient par deux côtés, rétrécissant peu à peu autour des républicains un cercle de feret.

de feu; du ehâteau l'on tirait toujours. Une seule voie restait libre. L’avenue. Mais comment s’engager dans ce chemin encaissé où l’on serait impitoyablement fusillé des deux côtés ?

Jean Bleu sauta à terre en mâchant un effroyable blasphème.

La situation était terrible.

Les morts s’entassaient déjà du côté des républi cains: ils tombaient sous les balles ennemis comme des fruits mûrs sous la grêle.

Soudain l’allée de mélèzes s’illumina à son tour de cette lueur de mort qui avait déjà éclairé d’abord le château et ensuite le bois,

C'était Kervallon et ses bandes.

Plus tôt que Cadoudal ne l’espérait, le Chouan,

idé par les premiers coups de feu, arrivait sur le ieu du combat.

Devant cette troisième attaque, les Bleus furent pris d’une panique folle.

N’entendant plus rien des ordres donnés, sentant la mort à droite, à gauche, en face, partout, les soldats de la République tourbillonnaient comme des feuilles sèches enlevées par un coup de vent.

Jean Bleu, une seconde fois, monta sur les épaules de deux hommes et jeta un rapide regard circulaire sur la scène qui se déroulait,

C'était un cercle de feu, sans issue.

Tous ses soldats allaient être massacrés.

Il baissa la tête une seconde, mais ce mouvement n’eut que la durée d’un éclair.

Il releva le front avec une indicible énergie.

Dans ses yeux, son indomptable orgueil se lisait en rayons de flamme.

Sa voix, vibrante comme un clairon, domina un instant le tumulte de la bataille.

— Mes enfants, un espoir nous reste : au château Nous avons été trahis, nous n’aurons que plus de gloire à être victorieux. Vive la République!

— Vive la République! répondirent les soldats républicains ranimés par cette voix mâle qui parlait

encore d'espérance et de victoire alors que tous désespéraient et n’attendaient plus que la mort.

Ils se ruèrent comme des furieux sur la grille qui plia et s’abattit sous cet effort.

Jean Bleu, en tête, le sabre au poing, les entrainait.

: Des fenêtres du château, on avait recommencé le eu.

Les Bleus se dirigeaient vers l'entrée principale qui se trouvait, ainsi que nous l’avons dit, entre les deux grosses tours.

Cette ouverture avait été grossièrement barricadée avec des charrettes de pierres, des troncs d’arbres.

Comme les Bleus étaient tout près, il se passa quelque chose d’étrange.

La barricade semblait se démolir d'elle-même; ue tombait, tout s’écroulait et la voie paraissait libre.

Mais derrière, s’entassant, on distinguait une foule où passaient des éclairs soudains quand on remuait une faux ou une baïonnette.

Toute cette masse mouvante s’ébranla tout à coup avec de grands cris et se précipita sur les Bleus,

C'était Cadoudal et ses hommes.

Alors il se passa une scène atroce.

Les républicains, pris d’épouvante, couraient en tous sens, jetant leurs armes, puis tombaient bientôt sous le feu de l'ennemi,

Seuls, cent ou cent cinquante braves s'étaient groupés autour du général et continuaient à charger, allant au-devant des Chouans.

Le choc fut terrible,

Ce furent les Chouans qui plièrent,

Cela ne dura qu’un instant.

Ranimés par Cadoudal qui, les animant du geste et de la voix, semblait un dieu de la guerre, les Chouans, à leur tour, firent reculer les Bleus.

Alors la lutte s’engagea corps à corps, efroyable, sans merci, dans cette obscurité grise que faisait la june à demi voilée.

.Jean Bleu n’était plus le même homme.

Sentant la défaite irrémédiable et sa mort prochaine, il luttait en désespéré; il s’était emparé d’un fusil et assommait à grands coups de crosse tous ceux qui voulaient l’approcher.

Les balles semblaient glisser sur lui et ses soldats, électrisés par son exemple, se battaient avec le courage du désespoir.

n à un cependant, tous ces braves tombaient.

Presque seul, Jean Bleu luttait toujours. Ses bras: semblaient infatigables, il frappait sans relâche comme un batteur de blé. Les Chouans, quis’y connaissaient en courage, admiraient ce beau soldat qui se battait comme un héros.

— Écartez-vous tous! commanda tout à coup Cadoudal avec sa voix sonore.

Les Chouans reculèrent.

Alors, le regardant bien dans les yeux, marchant sur lui, les deux mains ouvertes, Cadoudal s’avançait sur Jean Bleu.

Le voyant venir, le général républicain leva sur lui son arme tordue, faussée, et dont la crosse était couverte de boue sanglante.

Cadoudal s'arrêta à deux pas.

L’arme siffla en retombant.

Mais l’arme n'atteignit pas son but; avec une force et une adresse incroyables le partisan avait saisi le fusil, au vol, pour ainsidire.

Tout frémissant, Jean Bleu désarmé, restait immobile et hautain.

Cadoudal jeta l’arme loin de lui, puis bondissant sur le général il l’étreignit à bras-le-corps.

Jean Bleu soutint bien le choc et Cadoudal ne put le faire plier.

Après quelques minutes de lutte, tous deux, épuisés, râlant presque, roulèrent sur le sol sanglant,

Mais Jean Bleu avait le dessous et Cadoudal le maintenait fortement, l’enlaçant des bras et des cuisses.

— Des cordes! cria le Chouan.

Un solide filin de chanvre lui fut tendu.

Avec l’aide de deux robustes gars, il eut, en un tour de main, emprisonné dans des nœuds solides le: général républicain.

On le releva.

e Il pouvait marcher, on lui avait seulement lié les ras.

La bataille alors finissait.

Parmi les Bleus, le plus grand nombre, cerné, traqué, écrasé, s'était rendu.

Les autres étaient morts.

Quelques-uns, plus adroits ou plus heureux, avaient . pus’échapper, grâce à la nuit.

Déjà les prisonniers arrivaient, désarmés, par petites bandes; on les amenait au château.

Un groupe était particulièrement intéressant.

Sur deux fortes: branches, liées grossièrement, un républicain était couché; c'étaitun sergent, très pâle, une marque rouge à la poitrine; on l'aurait cru mort sans les tressaillements nerveux qui l’agitaient par instants.

Deuxhommes le portaient : un petit soldat imberbe et un lieutenant.

Ils allaient lentement, entourés des Chouans qui les regardaient avec respect.

e sergent n'était autre que notre vieille connaïissance Potard, porté par Chafineau (Désiré) et par le lieutenant Dormel. :

Tout en combattant, le vieux soldat avait reçu une balle en pleine poitrine. A ce moment, Chafineau qui se conduisait comme un ancien, avait senti sur son crâne comme une masse qui s’abattait ; plus loin, le lieutenant écrasé par le nombre, saisiaux bras et aux jambes, s'était rendu.

Alors, pieusement, les deux hommes avaient mis le vieux sergent sur deux branches et l'avaient emporté au milieu des vainqueurs.

Le petit groupe dont nous venons de parler rejoignaït presque Jean Bleu, prisonnier.

Toute la troupe, vaincus et vainqueurs, s’enfonça

sous la voûte que formait la réunion des deux tours. Au lointain on entendait encore de rares coups de fusil et quelques cris de mort.

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