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dats du roi. Et même, continua-t-il, que je vais chanter en plus; ce qu’ils n’ont jamais fait, eux, pas …__ vrai, citoyen?
ie Le sergent était livide, le visage ravagé par une atroce souffrance endurée sans plainte.
Il commença d’une voix affaiblie :
Nous étions trois du régiment d'Champagne Qui revenions un beau soir au pays :
premier dit.
Potard:s’arrêta, ferma les yeux et retomba sans mouvement sur le lit.
Chafineau se précipita.
— Ne craignez rien, dit le docteur, il est simplement évanoui,
Puis le médecin sortit après avoir donné ses ordres à Chafineau qui, en brave garçon qu'il était, s’installa comme garde-malade au chevet du vieux soldat.
Le marquis était remonté dans sa chambre où deux fois déjà, nous avons mené le lecteur,
Debout en face de lui, Louis, très animé, parlait.
— Maïs, mon père, disait-il, nous ne pouvons l’abandonner ainsi; les ravisseurs n’ont pas encore dû faire beaucoup de chemin, nous sommes presque sûrs de les rejoindre; pourquoi ne pas essayer? Je vous en supplie, mon père, laissez-moi partir, laissez-moi la sauver!
— Maintenant, ilest trop tard, Louis, répondit
avement le marquis, déjà Mlie de Montfort et les
andits qui l’ont enlevée sont à Vannes,
— Qu'en savez-vous ? .
— Tout le prouve : les misérables ne devaient être que deux, trois au plus pour accomplir leur rapt; ils ont dû, aussitôt leur crime consommé, avoir hâte de gagner une ville où ils pussent se mettre à l'abri. Ils sont à Vannes, vous dis-je.
— Alors que faire? dit le jeune homme découragé.
— Attendre,
— Quoi?
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— Le jour qui nous permettra de suivre les traces, le jour qui nous ramènera Cadoudal.
À ce nom de Cadoudal prononcé par l’un, eutendu Le l’autre, les deux hommes, malgré eux, tressail-
lrent,.
Car tous les deux connaissaient l’implacable justice du partisan, clément aux ennemis loyaux, impitoyable aux ennemis sans foi et sans honneur, :
tous les deux semblaient avoir la vision de la même scène : Jean Bleu, entrainé dans la nuit en un endroit sauvage, puis après quelques mots de Cadoudal et quelque temps pour faire une prière, le général républicain adossé à une roche ou à un trone d'arbre; ensuite, ils croyaient avoir dans les oreilles . comme un bruit de coups de fusil et tous deux croyaient voir tomber le cadavre sanglant d'un homme que l’un avait appelé : mon fils, que l’autre avait appelé : mon frère!
— Pauvre Jean! murmura Louis après un silence.
— Vous le plaignez, dit le marquis avec véhémence, vous le plaignez! eh bien, moi, je l’envie.
— Vous!
— Oui, il doit être mort à l’heure présente, conti-: nua le marquis de sa voix glacée, et voilà pourquoi Je le jalouse!
— O mon père!
— Que m'importe la vie à présent! toutes mes espérances ont fui, toute ma joie s’est envolée, tout mon bonheur est détruit, je n’ai plus dans le cœur que des larmes et je ne peux plus pleurer |
Le marquis qui s’était levé, retomba accablé dans son fauteuil, la tête penchée sur sa poitrine.
Louis fit quelques pas et vint s’agenouiller devant son père.
— Et moi, lui dit-il, moi qui ai toujours été un fils respectueux et soumis, je ne suis done plus rien pe vous, je ne vous inspire done plus que de
indifférence, moi qui ai toujours pour vous dans le Cœur un immense amour ?
Le vieux gentilhomme leva les yeux sur le comte toujours agenouillé et, lui prenant le front entre ses deux mains il le considéra longtemps.
— C’est vrai, vous êtes un bon fils, Louis, et, sous mon aspect rude et malgré mes manières froides, j'ai pour vous une très grande tendresse. J’ai été faible tout à l'heure, injuste et méchant; il faut me pardonner; je suis si malheureux.
Un silence de mort se fit, encore une fois, entre les deux hommes.
A ce moment les bougies pâlissaient dans les grands chandeliers d’argent. Par la haute fenêtre le petit jour venait gris, morne, d’une froide tristesse.
Combien de temps restèrent-ils ainsi, ce père et ce fils abimés dans des pensées lugubres, écrasés sous l’inexorable fatalité ?.…
On frappa à la porte.
Ils n’entendirent point.
On frappa de nouveau et plus vigoureusement,
Les deux affligés n’entendirent rien encore.
Alors la porte s’ouvrit et, tout enveloppé de la buée grise du matin, un homme apparut et resta quelque temps immobile sur le seuil.
Enfin il s’avança avec précaution, contemplant avec une grande pitié ces deux êtres épuisés par la souffrance et qu’il avait devant les yeux.
Au milieu de la chambre, il heurta une chaise qui tomba. Au bruit, les deux hommes levèrent la tête.
Ils reconnurent Cadoudal.
Tous deux se levèrent très vivement et vinrent audevant de Cadoudal; mais là, ils ne purent rien dire ni faire de “Apai ils restaient immobiles, considérant avidement le partisan, ayant dans les yeux un atroce désir de savoir, une angoisse infinie de la réponse attendue.
Le partisan comprit en une seconde tout ce qui se passait dans ces âmes et, très vite, il prononça :
— Il n’est pas mort!
Louis se mit à pleurer et un léger tremblement agita le marquis qui revint s'asseoir près de la table.
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— Que s'est-il passé? dit-il au Chouan, parlez, Georges.
Très succinctement, le partisan raconta comme quoi Jean l’avait joué, l’avait emmené près de la mer et que là, il s’était jeté à l’eau. Il raconta aussi ses recherches infructueuses dans tous les sens et de la peine incroyable qu’il s'était donnée sans résultats.
— Îlest peut-être noyé? articula difficilement le marquis.
— Lui! s’écria Cadoudal, allons done!
— Mais cependant.
— Voulez-vous une preuve qu’il est vivant et bien vivant ?
« J'avais oublié de vous conter ce détail. Quand je suis remonté prendre mes vêtements sur la pointe, j'ai bien retrouvé mon chapeau et mon habit; mais pour mon fusil que j'avais cependant caché sous une roche. Adieu ! Adieu, aussi ma poudre et mes balles.
Quelque chose de vivant anima le visage pâle du vieux gentilhomme.
Était-ce de la joie ou de la colère, ce rayon furtif qui venait de passer dans les yeux du marquis?
— Ce qui est fait est fait, dit-il; occupons-nous maintenant de l’avenir.
Les deux hommes se rapprochèrent.
— Vous savez, Georges, continua le marquis en s'adressant au partisan, vous savez que ma nièce a été enlevée cette nuit.
— Oui, répondit Cadoudal.
— Quel est à votre avis le meilleur plan à suivre pour la sauver.
; Le Chouan réfléchit un instant ; enfin, il releva la ête,
— Deux hypothèses se présentent, dit-il; ou bien les Bleus sont partis avec la demoiselle pour Vannes, ou bien ils se sont cachés dans le pays. Je ne crois pas qu’ils aient adopté ce dernier parti; ils ont dû connaître la défaite des républicains et n’ont pas voulu courir les risques de tenir la lande; je crois qu’ils se sont dirigés vers Vannes.
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— C'est ce que je disais tout à l'heure à Louis, interrompit le marquis.
Cadoudal continua:
. — Alors rien n’est perdu. Les Bleus ont peu de, troupes à Vannes; avec mes gars je me charge bien d'arrêter tous les convois qui sortiront. S'ils gardent Me Jeanne dans la ville, nous le saurons bien et alors nous aviserons.
« Voilà donc ce que je conseille : Mes gars vont occuper au petit jour toutes les routes qui mènent à! la ville; pendant ce temps on enverra un homme adroit à Vannes pour tâcher de savoir où l'on a enfermé la demoiselle.
— Qu'en pensez-vous, Louis? dit le marquis en se tournant vers son fils. |
Celui-ci, morne, les yeux rougis, écoutait attenti-! vement tout ce que disait le Chouan. |
— Je suis de l'avis de Georges, mon père, réponditil, et e’est moi qui irai à Vannes.
— Ah! mais non, fit Georges vivement; vous n’irez pas là-bas, vous, monsieur Louis.
— E£ pourquoi donc?
— Parce que vous n'avez pas l’habitude de ces. expéditions-là : c’est moi qui irai.
— Je ne veux pas que vous vous exposiez pour moi, mon ami; j'irai, vous dis-je.
— Et puis, ajouta le marquis, tout le monde vous connaît à Vannes, vous ne feriez pas quatre pas sans être arrêté,
— C'est justement parce qu'on me connaît, répliqua le Chouan avec un mouvement superbe de fierté, que personne ne m'arrêtera. Ils savent tous que celui qui me dénoncerait signerait-au moment même sa sentence de mort.
— Cependant, Georges. commença le marquis ébranlé.
— Suffit; c'est décidé, j'irai. J’ai la tête très dure, ajouta le Breton en se frappant le front avec ce sourire de fine bonhomie qui lui était particulier.
— Je ne ferai donc rien pour sauver Jeanne, moil
Fu
s" ( — Pardon, monsieus Louis, vous commanderez les gars en mon absence; c’est bien quelque chose cela, et quisait? c’est peut-être vous qui aurez tout le beau rôle.
— Non, dit vivement le jeune homme en serrant rudement les mains du partisan, non, c’est toi, toujours toi qui auras le beau rôle, le rôle du courage et du dévouement.
— Du courage, je ne sais pas : pourtant les gars qui’
me conniissent bien disent que je ne boude pas trop aux dangereuses besognes ! du dévouement, j'en suis sûr, et le beau mérite que j'ai là, en vérité; n'avezvous pas tous ici été toujours pour moi et les miens bons et compatissants! Eh bien, je cherche à vous
rendre en services tout ce que vous m'avez donné en.
bonheur; mais j'ai beau faire, vous êtes toujours en avance et j'ai encore bien des choses à payer.
— Je sais combien vous êtes bon, Georges, répondit le marquis, et je sais que jamais plus noble cœur que le vôtre n’a battu dans la poitrine d'un homme,
— Pardon, monsieur ie marquis, si je vous interromps, dit Cadoudal, mais trêve aux compliments, je vous en prie. L'heure est précieuse : il faut agir : nous parlerons plus tard.
— Vous avez raison, Convenons bien de tout.
En ce moment, on frappa à la porte.
— Entrez! cria le marquis.
— Ah! ce sont les gars que j'avais mis en chasse, dit à mi-voix Cadoudal.
On poussa la porte et quelqu'un entra.
C'était Jean-Marie.
I! alla tout droit au comte, sans s'inquiéter des autres personnages,
— Vous pleurez, monsieur Louis, dit le mutilé avec douceur, vous pleurez et les larmes coulent de votre cœur comme le sang d’une blessure ouverte ; vous pleurez parce que votre fiancée, la demoiselle aux cheveux d’or, a été enlevée cette nuit par les Bleus qui l'ont conduite à Vannes...
cria le comte en frappant du pied avec colère.
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