‹ Jean Bourdon, 1634-1668 [microforme]Chapitre 4 sur 6 · DENT · texte numérisé non relu

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i les unes après les autres, avec l’étonnement des Français et bien plus des Sauvages, qui n’avaient jamais rien vu de semblable; ils admiraient la pluie d’or, ou de feu, et les étoiles qui retombaient | de fort haut...

« Assez proche de là, on avait dressé un petit château, fort bien proportionné et enrichi de diverses couleurs: il était flanqué de quatre tourelles remplies de chandelles à feu, qui faisaient voir par leur clarté toute cette petite batterie à découvert. Il y avait à | l’entour de cette machine seize grosses lances à feu, revètues de

saucissons. Aux quatre coins d’icelle, on voyait quatre roues mouvantes, et une autre plus grande au-dessus du château, qui tournait à l’entour d’une croix à feu, éclairée de quantité de chandelles ardentes qui la faisaient paraître comme tout: couverte } de diamants. De plus, on avait mis à l’entour de cette forteresse, | en égale distance, quatre grosses trompes, d’où l’on vit sauter | treize douzaines de serpenteaux, sortant six à six avec une juste distance, et quatre douzaines de fusées, qui se devaient enlever | | douze à la fois... (4). »

| Ce que le P. Le Jeune ne décrit pas ici, c’est la scène pleine de grandeur où se passait cette action : cette colline escarpée de Québec, d’où l'œil embrasse un des plus beaux panoramas qu’il soit possible de concevoir, se dressant fièrement au confluent de { la rivière Saint-Charles et du grand fleuve Saint-Laurent, mais à | cette époque de l’année (18 mars) paraissant comme emprisonnée dans cetie large étendue d’eau recouverte de glaces solides; ce | vaste plateau, revêtu lui-même d’une épaisse couche de neige, sur ) } laquelle l’éclat des feux produit mille effets fantastiques, et se projettent comme des spectres bizarres sur les costumes si étranges | et si variés des sauvages; au-dessus de ce plateau, comme un immense pavillon, le sombre rideau de nos nuits de mars, sur lequel, comme sur le fond d’une chambre obscure, les fusées reproduisent les plus délicieuses arabesques ; le grand calme de la nuit tombante, troublé de temps en temps par la voix majes- | tueuse du canon du fort et par les cris aigus des sauvages qui ne | peuvent contenir leur admiration.

Le feu d'artifice du 18 mars 1637, sur la colline de Québec, eut | un succès indescriptible, et remplit d'enthousiasme les Français

(1) Relations des Jésuites, t. 1, 1637, p. 7.

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de la colonie, aussi bien que les pauvres indigènes 1ecourus de bien loin pour jouir du spectacle.

Ce succès était dù en grande partie à l’art et au talent de Jean Bourdon. Les Pères Jésuites, enchantés de l’éclat qu'il avait su donner à leur fête de Saint Joseph, firent graver la représentation des ouvrages qu'il avait préparés pour la circonstance, et cette gravure fut imprimée dans la Relation qu'ils envoyèrent en France l’année suivante (4).

Bourdon paraît d’ailleurs avoir toujours été en excellents termes avec les Pères de la Compagnie de Jésus, comme il le fut plus tard avec Mgr de Laval : on n'eut jamais qu’à se louer de « la sûreté de ses relations, de la douceur de son commerce, de la fidélité tenace de ses affections. » Le Journal des Jésuites mentionne plusieurs détails intéressants : tantôt ce sont les Pères qui, à l'occasion de la nouvelle année, lui envoient comme étrennes « une lunette de Galilée où il y avait une boussole, » ou bien l’invitent à porter le dais à la procession du Saint Sacrement ; tantôt c’est Bourdon lui-même qui cherche à leur être agréable, et travaille à la décoration du maitre-autel de la nouvelle église paroissiale, ou bien se joint au gouverneur pour leur offrir quelques présents utiles : « M. le Gouverneur et M. Bourdon, commisgénéral, nous firent force présents de gibier, de viande, de poisson, et d’un baril de vin d’Espagne (2). »

D’après cette citation du Journal des Jésuites, Bourdon était à cette époque (décembre 1647) commis-général de la Compagnie des Habitants, laquelle, moyennant certaines obligations, venait d'entrer dans tous les droits de la Compagnie des Cent-Associés, pour la traite des fourrures. Quelque temps auparavant, dans une élection publique, Bourdon avait été choisi par les citoyens de Québec comme leur procureur-syndic, afin de représenter leurs intérêts et leurs vœux auprès des directeurs de la Compagnie. Il avait même exercé par intérim, en 1645, les fonctions de gouverneur des Trois-Rivières. Il jouissait donc véritablement de la confiance générale de ses concitoyens.

Cette confiance, il en reçut un gage précieux dans la mission

(1) Edition de Jean Le Boulanger, publiée à Rouen en 1638, Elle se trouve aussi dans l'édition de Québec.

(2) Journal des Jésuites, p. 24, 42, 98, 10,

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