‹ Jean Cabot [microforme]Chapitre 2 sur 31 · ER · texte numérisé non relu

ER

De là sont venus, à l’origine de la colonie, les empiétements réciproques, entre le 40e et 50e degré de latitude, qui ont eu pour résultat la question des limites de l’Acadie.

Sans discuter le mérite des prétentions anglaises, je vais exposer simplement les notes que j'ai pu recueillir sur le découvreur €e l'Amérique du Nord.

L'histoire de Jean Cabot est plus connue depuis quelques années, grâce à la découverte de documents ignorés des premiers historiens de l'Amérique du Nord, et du Canada en particulier.

Il est possible, à l'heure présente, d ‘ifier les anciennes chroniques du seizième mieu, v. g. celles de Pierre Martyr,(1) historiographe des rois d'Espagne et auteur des Décades, dédiées à Lion X ; celles de Ramusio (2), secreétaire du Conseil des Dix à Venise. Ces deux écrivains étaient amis de Sébastien Cabot. Les Décades de Pierre Martyr, les Navigations et

1—Pierre Martyr d'Anghiera, 1455-1526, historien italien, employé à la cour d'Espagne, publia “ De rebus Oceanicis et de Orbe Novo decades ”, où se trouvent beaucoup de détails sur les voyages de Christophe Colomb, et sur ceux de ses contemporains.

2—Jean-Baptiste Ramusio, 1485-1557, cosmographe vénitien, fut secrétaire du Sénat, puis du Conseil des Dix, et publia un recueil des Navigations et Voyages en italien. I] était l'ami de Sébastien Cabot et du cardinal Bembo.

0 0 ne ee ce qe ot 0e com me ee ce me

n JEAN CABOT

Poyages de Ramusio, renferment beaueouy:r d'inexactitudes, toutes au détriment de Jear Cabot, que ces auteurs dépouillent, au profit de Sébastien, son fils.

Il semble, au moins. que les auteurs anglais de Ia méme époque auraient pu retoucher l'œuvre de Ti. devanciers. Point ! Richard Hakluyt (1), Eden (2), Purchas (3), n'ont guère fait se de Ja traduction, eopiant Pierre Marty ret Ramusio. Cinquante ans après la mort de Jean Cabot, on semblait ignorer, er Angleterre, l'existence des pitces officielles relatives au voyage de découverte.

N'en soyons pas surpris. Jean Cabot eut cela de commun avec Chnstophe Colomb et Fernand Cortez, que, après avoir donné J'impulsion au ae de l'Angleterre, créé sa marine par l'appropriation de pays lointains et inconnus. il resta oublié de ses contempo-

1— Richard Hakluyt, 1553-1616. gradué d'Oxford, publia divers ouvrages sur les principales navigations et les principaux voyages et trafics de Ja nation anglaise. Pour honorer sa mémoire on a fondé, en 1846, la Société Fiakluyt.

2— Eden, ami de Sbastien Cabot, 1559 (2?) nu fait des collections de récits de voyages.

3—-Sam Purchas, 1577-1626, gradué de Cambridge, publia des récits de voyages :

Purchas, lis pilgrimages or relations of the world and the religion. 1613.

D mere gaimtiemtene votes prrnees nai

rains et consuma dans la douleur les jours de sa vicillesse,

Notre si'cle à rompu avec les vieilles traditions, Des hommes sérieux se sont mis à Feouvre avec le plus grand succ's. fn IK51, Richard Biddle, avocat de Pittsburg, a tiré de l'oubli bon nombre de documents. mis en lumi re plusieurs faits oubliés, et rectin des asertions inexactes des chroniqueurs Gi si Zi me si'cle, Toutefois son œuvre = Memoir of Sebastian Cabot” n'est qu'une longue po logie du fils, qu'il considire comme l'auteur des découvertes anglaises en Amérique. Plus r cemment d'autres chercheurs, Nich HS Brevoort, Steven, Kidder Koll. d'Avezac Henri Harrisse, ete. ont traité le mme auiet soit directement, soit indirectement.et Tucidé certains points se rapportant à l'histoire de

M. Justin Winsor, bibliothécaire à PUniversité de Harvard, s'est mis à l'œuvre à son tour, et, utilisant tous les matériaux anciens et modernes, il a pu arriver à des conclusions enti rement nouvelles, ‘rrice À ces ouvrages pr. cieux, où nous avons puis” abondamment, il devient facile de mettre sous les yeux des lecteurs une esquisse de la vie et des œuvres de Jean Cabot.

Zuan Caboto naquit à Gînes ou dans les

environs, si l’on en croit quelques documents anglais et espagnols où se trouve lexpros

sion de “ (renoa’s son (1)” en parlant du fils de Jean, et celle de # Crenoese ” lorsqu'il s’agit du père.

Toutefois, comme on ne peut en établir la certitude, les conjectures vont leur train.

D'après M. J.-C. Brevoort, de Brooklyn, Jean Cabot pourrait être savoyard. Voici ce qu'il insinue à l'appui de ses dires. Dans les Lettres et documents relatifs au règne de Henri VIEIL (HE. pt. p. 939, doc. 5639), il trouve le texte suivant (2) : 27 nov. 1514 : “ Patent denization to Anthony C'habo, surgeon, native of Savoy ”,et deux ans auparavant, il constate qu'une récompense de 20 louis à été accordée au même personnage. M. Brevoort se demande si les Cabot ne sont pas originaires de la Savoie ? Cet Anthony n'est-il pas un quatrième fils de Jean, venu en Angleterre après la mort de son père et le départ de son frère Sébastien pour l'Espagne (3) ? D'autre part, il est notoire que le Cabot du Languedoc,

1--Lettre de l'ambassadeur d’Espagne, De Avyala, 25 juillet 1498, traduite par J. Winsor, ELLE, 67.

John Stow, Chronicle of England, cite un passage de Fabian relatif à l’ann‘e 1498 :

‘ his year one Sebastian (rabato, à (renoa's son..." J. Winsor, Nar. and Crit. IT, ILI, 37.

2—Justin Winsor : Narrative and Critical history of America, 1884, IIT, 18.

3—J. Winsor, Varrative and Critical history of America, LT, 18, note.

aussi bien que ceux de Jersey et de la Nouvelle- se prétendent issus de Jean

Cabot (1). Est-ce que les petits fils du grand A TER en passant de l'Angleterre au Sud de la France, n'auraient fait que revenir au berceau de leurs ancitres 7...

L'insinuation de M. Brevoort ne semble pas concluante. A la rigueur, le scribe saxon a pu écrire C'habo pour Cabot, mais le fait est peu probable, De 1496 à 1512, on trouve à maintes reprises les noms de Jean et de Sébastien Cabot.

On ne voit que les lettres ©. À G...

jamais Ch. dans les pitces officielles. Une seule fois, le 9 octobre 1547, en parlant de S{bastien, on l'appelle SAabot, pilote.

Dans l'Histoire générale des voyages (2), en parlant de Jean Cabota l’auteur dit qu'on a défiguré ce nom en Chabot, mais il n'apporte aucune preuve de son avancé,

S'il y a des Cabot en France, les Chabot n'y sont pas ctrangers, même à cette époque !...

l’un deux à pu franchir la Manche... et voilà !

Donc, rien n'empêche Jean Cabot d'avoir été le compatriote de Christophe Colomb, avant de passer au service de Venise, où il obtint droit de cité. Toutefois, son nom ne se trouve dans les archives de cette ville qu’à la

1— Louis de la Roque, Armorial de la noblesse de Languedoc, Paris, 1860, IT, 163.

2——Didot, Paris, 1746, [. Introduction, p. 10.

date du 2$ mars 1476 (1). Le S'nat vote à l'unanimité une lettre de naturalisation en faveur de Zuan Caboto pour la raison suivante : “ Quod fiat privilegium civilitatis de intus et extra Joanni Caboto per habitationem annorum XV juxta consuetum ”...; après quoi se trouve indiquée une r'férence à une lettre du m°me genre accordée à un autre individu quatre ans auparavant, Dans cette pièce, ‘a condition du séjour continu de 15 années à Venise est déclarée nécessaire, de mime que Faccomolissement id le de fousles devoir d'un bon citoyen, Ni jamais l'on trouve une entrée sh cale pour Jean. efle devra donner e eur de sa naissance, De 1. il suit que Jean Cabot est venu à Venise en 15, au plu ad, ct dans un âge assez avancé pour v reniplir les devoirs d'un bon citoyen, c'est-ùdire . sa majorité où à peu pr's. La date de su naissance doit donc se trouver vers 1435, comme celle de Christophe Colomb, Je donne sous toute r'serve ces dates approximatives, n'avant pas eu Je plaisir de trouver mieux :

les documents font d faut sur les jeunes années de Jean Cabot,

FT en est de même à propos de son départ de (rênes. Toutefois, l'histoire de cette ville peut nous amener à des conclusions assez probables ; mais de 1 à la certitude, il y à loin. En 1451, Gènes était ruinée : Venise lui avait

1—Justin Winsor, VNarrative and Critical history, WT, p, 52, note,

A 0 ne ee tm 6 2 À ms de ie oem ninttf

ravi le commerce de Ia Méditerranée, et les dissensions des Genois plaçaient la République dans la triste n’cessité de se livrer aux Francais pour goûter quelques instants de repos, C'est à cette occasion que Louis XE Hit à leur supplique l'accueil suivant : # Les &nois se donnent à moi, et moi je les donne au diable !”... Pour Cabot, quise livrait aux études cosmographiques et à la navigation, (rênes n'offrait que des avantages bien m'diocres :

et Fon sait que Christophe Colomb ne put rien obtenir de cette ville, lorsqu'il voulut lui consacrer son talent et ses esprances,

Jeune ét instruit, Cabot jeta les yeux sur Venise, où l'avenir semblut plus assurs Ce tait vers 1461, la république avait besoin d'hommes, Cette ann’e mîme, Venise avait à défendre ses colonies contre Mahomet FT maitre de Constantinople depuis 1453. Dans ccttte guerre, qui dura 16 ans, Venise S'honora par une défense glorieuse. Néanmoins, elle se fit enlever par Mahomet plusieurs îles de F'Archipel. entr'autres N 'grepont et toutes les places de la Morée.À Ta mort de l'invincible Scanderberg, elle poss‘da momentanément quelques districts de l'Albanie, Scutarie en particuher, qu'elle dut remettre à Mahomet maloré sa noble résistance,

Quel était le rôle de Jean Cabot ? TT était arrivé à Venise au commiencement de fa guerre en 1H51--Nous savons qu'il servit la république pendant 15 ans, au moins.——De quelle manière ?.., comme soldat ?—-Peut-ôtre :'ear,

en ces temps de crise, les marins de la République de Saint-Marc faisaient la lutte avec les fiottes musulmanes, Que Jean Cabot soit devenu soldat fantastin, c’est chose asséz peu probable, Qu'il ait servi comme marinier, où soldat dans l'armée navale, il serait téméraire de le nier. Un bon citoyen, possédant l’art de la navigation, ne pouvait guère refuser une telle demande de la part de ses chefs, si jamais elle eut lieu.

Cependant Venise, en dépit des efforts de Mahomet, ne n'gligeait pas les aflaires commerciales ; es vaisseaux sillonnaient la Méditerran(e comme aux jours les plus prospères de la république. C’est dans la marine marchande, je crois que nous devons chercher Jean Cabot. Il aimait le commerce et dut lui garder ses préférences, même pendant la guerre ; d'autant plus que les occasions ne durent pas lui manquer pour faire, par-ci par-là, le coup de feu avec les Turcs.

Nous avons encore la certitude que Cabot était bien paisiblement à Venise vers 1470, au milieu de la guerre contre Mahomet. Ily épousa une vénitienne, dont il eut trois fils : Louis, Sébastien, r ‘ vers 1472 ou 1473 (1), et Sancius. Cette circonstance porte à croire que le marin ne prenait pas une part très active à la guerre,

Puis l’histoire se tait jusqu'au moment où

1—Opinion de d'Avezac, citée par Justin.

Winsor, Var, and C. Hist., LI, 52, note.

centrée mater ce remcnedetntnntntate genre mme mesrine éme nement tue mnt

le Sénat récompense Cabot, comme nous lavons vu, en lui accordant le droit de cité, le 28 mars 1476, deux ans avant la fin de la guerre avec les Turcs.

Silence parfait, jusqu’à présent, sur la vie de Cabot depuis l'obtention du droit de cité jusqu’à son départ de Venise... Néanmoins, nous avons leu de croire qu'il continua ses voyages de commerce sous le drapeau vénitien. D’ après les chroniques, Cabot eut occasion, à une époque quelconque, d'aller jusqu’à La Mecque, en Arabie (1), et de rencontrer les caravanes du Levant qui apportaient jusqu'à Alexandrie les richesses de la Chine et du Japon. Il a questionné les habitants du désert pour connaitre l’espace parcouru par ces caravanes (2).

Pourquoi est-il allé si loin ?... Ce dut être dans un but purement commercial : les interrogations qu'il pose aux voyageurs du Levant ne peuvent laisser entendre autre chose.

À quelle époque a-t-il fait ce voyage à La Mecque ?—Viraisemblablement, c’est après 1478. Le voyage était impossible à Jean Cabot,domicilié à Venise pendant la guerre contre les Turcs. Mahomet IT, maître de l'Arabie, n'aurait pas toléré semblable voyage, et Jean Cabot aurait commis une grande imprudence

1— Lettre de l'abbé Raimondo de Soncino, Envoyé du duc de Milan, 18 déc. 1497. J.

Winsor, Nar. and Cr. Hist., IIT, 54.

2— Lettre de Raimondo, 18 déc. 1497.

et +

en s'aventurant aussi loin sur le territoire en. nemi. 1, la gucrre ne se termina qu'en l'année IATK. Donc le voyage à La Mecque n'eut leu qu'après cette date.

C’est une preuve que Jean Cabot ne quitta pas le service de Venise en 1477, comme le veulent certains auteurs ; d'autant plus que

sa présence en Angleterre n'est signalée que le 21 janvier 1496, Je crois done que Cabot resta sur les navires vénitiens jusqu'au :

de Christophe Colomb, en l'année 1493. C'est aussi vers cette date qu il dut faire son voyage à . a Mecque et s'enquérir de la marche des

“anes de l'Orient. En effet, le frère de Baise [l, linfortun Zizim, était entre (és mains du Paje un gage de la bienveillarec du sultan à l’'Cgard des “chrctiens : et Dajazet s'exposait à une guerre civile, du moment qu'il mécententait le Pape ou ses alliés, Les circonstances étaient done des plus favorables pour permettre à Jean Cabot de faire son voyage.

Après mûre défbération, croyant à Ja rotondité de la terre, disent les chroniques, il en arriva à ce résultat, qu'un pussuge maritime à l'oucst serait plus commode qu'une triple série de caravanes, Or, Jean Cabot n'a pu arriver à cette conclusion qu'après le retour de Colomb en 1493, car partout l'on mit en doute le succès du grand voyage jusqu’à l'ar rivée de Colomb. Mais les récits de ce dernier firent une véritable révolution dans l’art de la pavigation. C'était le triomphe des idées

nouvelles, savoir la rotondité de la terre et la possibilité d'atteindre, par la route de l’ouest, des terres nouvelles ou les côtes orientales de Asie.

Cabot était alors à Venise ; c'est 1à qu'il médita son projet de chercher le passage de l'ouest, car Venise en eut les prémices. Dans ce cas, je comprends facilement qu'il cherche à entraîner Venise dns ces expéditions lointaines, sans aucun succès : la République

rait dans le moment des affaires trop sérieuses À démêler en Italie, —où Charles VITE passait en triomphateur, allant à la conquête de Naples—pour : s'occuper de voyages peu rémunérateurs dans les régions de l’ouest.

Que l'Espagne n ‘accepte pas ses services lorsqu'il passe à Séville, après avoir dit adieu à Venise, je n’en suis pas étonné : elle possédait Christophe Colomb ; d’ailleurs plusieurs marins espagnols se disputaient la gloire de continuer l'œuvre du grand navigateur, tandis qu'elle avait tout à risquer en commettant ce soin à des mains étrangères (1).

Pour le Portugal, jaloux de l'Espagne, les plans de Cabot n'avaient pas d'actualité (2) : Emmanuel dirigeait ses flottes Île long des côtes d'Afrique, et méditait le grand voyage exécuté par Vasco de Gama en 1497 : avant

1— Lettre de Don Pedro De Ayala, 25 juillet 1498, ) RE

2—Lettre de Don Pedro De Ayala, 25 nillet 1498. 2

tm ——— sm hache étonne bon

mo

tout il fallait doublerle “ Cap des Tempétes ”, découvert par Barthélemy Diaz dès l’année 1486... Le Portugal, plus heureux que ses voisins, allait ouvrir le vrai chemin des Indes Orientales, via le Cap de Bonne-Espérance, le seu] que les vaisseaux europ'ens aient suivi jusqu’au percement de l'isthme de Suez par Ferdinand de Lesseps en 1869.

Quelques autres preuves viennent encore à l'appui de ma thèse, savoir que Jean Cabot resta à Venise jusqu'au retour de Colomb.

Les auteurs qui adoptent la date de 1477 comme celle de son départ n'apportent que des raisons peu concluantes. Lorsque Jean Cabot quitta Venise, disent-ils, son fils S{hbastien n’était qu’un Jeune enfant, pene infans, selon l'expression de Pierre Martyr (1). De son côte, Sébastien a déclaré, pendant son séjour en Espagne, nous assure Ramusio, qu'il était très jeune quand son père le conduisit en Angleteri e, mais qu'il avait déjà “ quelques connaissances des Humanités et de la Sphère (2)... Comme on le voit, il n’est plus pene

1—< Sebastianus quidem Cabotus genere Venetus, sed à parentibus in Britannium insulam tendentibus transportatus pene infans.”

Pierre Martyr, Ed. 1574, Cologne, Dee. TIT, Lib. VI, p. 267.

2—Ramusio. Conversation de Caphi. “Quand mon père, il y a plusieurs ann'es, partit de Venise pour aller demeurer en Angletert re, dans le but de s’y livrer au commerce, ilm'em-

me

infans. Plus tard, Eden, qui semble avoir été l'ami intime de Stbastien, affirme que le fils de Jean cst né à Bristol, et ose dire qu'il tient ce détail de Stbastien lui-même (1). Voilà bien une contradiction susceptible d’intirmer les deux autres témoignages ; mais Eden est seul pour affirmer le fait contre deux autres témoins qui tiennent aussi leur information de Stbastien, e. à-d. P, Martyr et Ramuio.

D'ailleurs, S{bastien est né vers 1473 (2). Ii

mena avec Jui en la cité de Londres, lorsque J'étais encore très jeune, mais possédant néanmoins quelque connaissance des humanités et de la sphère—che egli assai giovane, non gia perû che non havesse imparato et lettere d'humanità, et la sphera.”

Ramusio. Navig. et Viaggi, Venise, 1554, I, p. 416.

1—-Richard Fden, dans le folio 255 de ses Décades, rapporte la conversation de Caphi et note en marge : © Sebastian Cabot told me that he was born in Bristowe, and that at ii years old he was with his father to Venise, and $0 returned again into England with his father after certain years, whereby he was thought to have been born in Venice.”

J. Winsor, Nar. and Crit. H., TIT, 50.

2— Lettre de Gasparin Cantarini, amb. vénitien pris Charles V, Valladolid, déc. 51, 1522. Cantarini raconte une entrevue avee Scbastien Cabot : “ My lord Ambassador, dit Sébastien, to tel you the whole truth, Ewan

faut que ee soit à Venise, ear son pire y fui gratiftié du droit de cité trois ans plus tard em 1476, après 15 ans de séjour continu. Picrre Matyr et Ramusio ont donc raison jusque À ; . ils ont torts de le faire partir de suite en 1477, puisqu'il a grandi à Venise où il a pu aie certaines études des Humanitis et de la Sphère au témoignage même de Ramusio, Dans quel but, en effet, son père aurait-il fait des démarches pour se faire reconnaître itoyer vénitien en 1476, s'il devait laisser Venise l'année suivante ?... 11 devait alors avoir en perspective un avenir assez avantageux... If est difficile de croire qu'en moins d’une année, ces espérances soient devenues vaines, la Reépublique de Saint-Marce étant encore très florissante,

Et pourquoi Jean Cabot aurait-il pris Ja route d'Angleterre en 1477 ? C'était quitter une ville riche, faisant grand eommerce, pour aller chercher fortune dans un pays pauvre :

en 1477, l'Angleterre gémissait sous le joug d'Edouard IV. Celui-ci n'avait pas no de temps pour satisfaire ses vengeances et se livrer aux plaisirs. Le commerce anglais était à peu près nul. Aussi ai-je peine à croire au voyage de Jean Cabot à Bristol en pareilies cireonstances.

Non, il resta à Venise jasqu'au retour de

born in Venice, but was brought up in England (To naqui a Venetia, ma sum nutrito in Engelterra).—J. Winsor, ITE, 49.

Colomb ; il conçut alors son grand projet de chercher le passage de l'Ouest.”

Et s'il n'est permis de faire une insinuation, dans le sens de ma thèse, j'oscrai affirmer que Sébastien bien loin d’être enfant “ pene infans.” était, lors de son voyage à Bristol, un jeune homme de 22 ou 23 ans. ayant des connaissances assez complètes # des humanités et de la sphère ”. Dirai-je plus ?... IT s'était probablement marié... à Venise même —En effet sa femme, Catalina Medrano, était vémitienne, (1) nous disent les chroniqueurs. Or, si Sébastien Cabot avait été “levé à Bristol, où les Vénitiens ne paraissent pas nombreux à cette €poque, il eût probablement: recherch® quelque alliance anglaise, dans lint'rét même de son commerce et de ses entreprises.

M. D'Avezae, (2) le 16 avril 1869, déclarait à la Socité géographique de France qu'il venait de recevoir, de la part de Valentinelli, vénitien, une photographie d'un portrait de Sébastien Cabot, peint à l’âge de 20 ans par Grizellini, e.-à-d. en l'année 1493. I] croit le portrait authentique à cause de certains traits de ressemblance avec le portrait fait par Holbein, lorsque S'hastien tait âgé de 85 ans. — Donc Jean Cabot est resté à Venise jusqu'en 1493 environ.

Voilà, il me semble, un rapprochement de

1—J, Winsor. IT, 4, 48, 49.

2—D'Avezac, Bulletin de la société génqraphique, 1869, 5e s'rie, t. 17, p. 406.

me ce

circonstances qui né permettent pas de croire à un départ de Venise antérieur à cette date.

À cette époque, Jean Cabot, intimement convaincu de la rotondité de la terre et de la possibilité de trouver un passage de l'Ouest, offrit tour à tour ses services à Venise, à Séville, à Lisbonne, sans recevoir de réponses favorables. C’est alors qu'il dut connaître les intentions du roi d'Angleterre et se diriger vers le port de Bristol, avec sa famille, à la fin de l'annte 1495.

Ïl ne sera pas inutile, pour apprécier à sa

juste valeur, l'œuvre de Cabot, de jeter

un coup d'œil sur l'état de l'Angleterre à la fin du X Vème siècle,

Lorsque Jean Cabot vint offrir ses services à Henri VIT, l'Angleterre était bien déchue de son ancienne splendeur. Le titre de ‘ roi de France ”, disputé aux Valois depuis Edouard TT, avait coûté bien du sang, causé beaucoup de revers et amené des pertes irrépaables.

La France, mourante après les journ ‘es de Crécy et de Poitiers, s'était ranimée à l'appel de Bertrand Duguesclin, dont les succès attristèrent les derniers moments du Prince Noir et d'Edouard IIT. Plus tard, Dieu, qui voulait la conserver, après les humiliations d'Azincourt et de Troyes, lui avait donné la Pucelle d'Orléans... Enfin, après cent ans de

lutte, l'Angleterre, mutilte, se renferma en elle-même, disant un éternel adieu à ces vastes et belles provinces de France qu'Eléonore de Guyenne avait données à Henri IE d'Anjou, trois siècles auparavant : adieu à la belle Normandie ! adieu au pays d'Anjou, berceau des Plantagenets ! Puis était venu la guerre des Deux Roses, où Yorkistes et Eancastriens s'étaient ruints en eflorts stcriles.

Enfin, le sort des armes venait de remettre l'Angleterre épuisée d'hommes et d'argent, entre les mains de Henri VII, premier roi Tudor, La tâche qu'il avait à remplir était grande et difficile, mais on avait droit de compter sur-les forces et les talents’ du nouveau chef.

La fortune, jusqu'ici, n’avait-elle pas été prodigue à l'égard de cet enfant, issu d'Owen Tudor et descendant des vieilles races cambriques ? Dieu n'avait-il pas guidé ce dernier rejeton de Lancastre, d’unemanière évidente, au milieu des horreurs de la guerre des Deux Roses ?... À l'heure marquée par la Providence, il était venu punir lesexcès dont Edouard IV et Richard III s'étaient rendus coupables, venger Henri VI et l'enfant de Marguerite d'Anjou Jâchement assassinés, et terminer la carrière de celui qui avait eu le triste courage de faire étranglerses neveux Edouard Vet Richard, à la Tour de Londres.

Oui, le 22 août 1485 fut un beau jour pour Henri Tudor, lorsque sur le champ de battaille de Bosworth, il ceignit la couronne ar-

mem ni "

rachée sanglante du front de Richard expi- ‘ant à ses pieds. Avec ce dernier finissait la dynastie des Plantagencts, et par un étrange retour du sort, qui semblait réaliser les vieilles prophtties des bardes gallais, les Léopard S des Plantagenets ? ’tombaient devant le “ Dragon rouge et la Vache brune ?” de Galles associés à l’étendard de St-Georges (1).

Les premières mesures prises par Henri semblèérent motivées par un but louable, Son union avec l’héritière d'York était un gage de tranquillité : les deux Roses allaient con-

fondre leurs couleurs et fleurir également sux le même trône.

À son tour, la vieille aristocratie, décimée par le glaive des batailles et par la main du bourreau, devait descendre du haut rang qu'elle avait occupé depuis la conquête normande, Les hommes du peuple, jusque-là humbles vassaux, devinrent libres, maîtres du sol, dans les fiefs où la pauvreté s'était mise au logis seigneurial. Avec Henri VIT et la complicité d'un parlement sans énergie les Tudors édifièrent le despotisme sur les ruines de la féodalité Malheureusement, Henri n'était pas le médecin habile qui sonde les plaies pour les guérir. Au lieu de faire oublier les maux de la guerre par des efforts sérieux pour maintenir le calme parmi le peuple, il pressura celui-ci pour repaître sa misérable passion, l’avarice. Le trésor était

nest ms

Page 1