Todière, “ Guerre des Deux Roses
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vide, insuffisant pour solder les dépenses et indemniser les compagnons d'armes : alors, sans tenir compte des mnrmures du peuple, Henri confisqua les biens d'une trentaine de gentilshommes qu'il envoya à lechafaud ; il révoqua touts les concessions faites par la couronne depuis la 3ème année de Ienri VI, c.-à-d, depuis 1453 ; en un mot, il mit à sa discrétion la plupart des adhérents de la maison d'York. V
Ces mesures arbitraires n'étaient pas aptes à lui attirer la sympathid de ses sujets ; on explique ainsi la tire avec laquelle les prétendants se firent accrédifer dans le royaume. L'élève du prêtre Richaÿd Simons d'Oxford, Lambert Simnel, recomnença la guerre civile sous les noms de duc dAYork d’abord, puis de Warwick. Aux acclamations du peuple Frlandais, qui le prit pouigle fils de Clarence, l'imposteur se fit courorgyer roi de Dublià ! Henri VII dut faire de näveaux sacrifiés d’hommes et d'argent peur amener dans ses cuisines ce roi éphémère (J487). Comme toujours, les sacrifices furent compens's par d'abondantes confiscations.. Henri voulait étouffer l'esprit de révolte : était le calme qu'il prétendait rendre à l'Angleterre. Mjÿis, 6 surprise ! le malheureux duc d'York toujours prisonnier à la tour de Londres, subit une nouvelle mitamorphose : Warbeck, installé au château des Tournelles, près de Charles VIIT, fit un appel nouveau aux partisans d'York 1... Nouvel” ennui pour Henri VII, C’est en ces conjonc-
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tures que Barthélemy Colomb vint faire miroiter à ses yeux les pierres précieuses du Cathay et uu Zipangu, et demander les avances ntcessaires à la grande expédition projette par Christophe Colomb ! Le projet ctait beau... [lenri se contenta de faire des promesses tardives, à l'exemple de son voisin, le roi de France. Avec un peu plus de diligence
de sa part, le grand voyage de découv erte de 1492 aurait été fait au nom de l'Angleterre, Christophe Colomb appareillait dans le port
de Palos, au nom de l'Espagne, lorsque Bar-
thélemy Jui apporta la réponse du roi d'Angleterre,
Imaginer le dépit de Ilenri au retour de Colomb, n'est pas facile. —On avait enfin pénétré les mystères de l'Ouest : il y avait, là peut-être, un monde nouveau ; et pour sûr, on tenait le passage de la Chine et du Zipangu (I dut, pour une fois, regretter sa parcimonie ! Avec lui, les Juifs, les Maures et les Sarrasins ne s'en seraient pas portés plus mal, en dépit des promesses de Colomb, mais l’Angleterre, @.-à-d, Henri, aurait vu son trésor bien rempli et son ambition satisfaite.
Il ne fallut pas de longues réflexions au rot avare pour réaliser la position nouvelle résultant de la dtcouverte de l'Amérique : l'avenir appartenait aux peuples maîtres de la mer ; et pour tenir son rang parmi les nations de l'Europe, il fallait à l’ Angleter re une marino puissante et des colonies.
Cela nécessitait un peu de repos. Aussi,
s'empressa-t-il de faire sa paix avec Charles VITE, soutien de Warbe-k, et d'envoyer à l'échafaud quelques amis ‘u prétendant, pour concentrer toute son énergie contre Jacques IV d’Ecosse.
Dans le plan de Henri, l'Angleterre, Londres surtout, devait revivre et arracher à la péninsule Ibérique le monopole commercial du Levant et du Couchant ; Londres sortirait même de la position secondaire que lui faisait la Ligue Hanséatique. Oui, la Hanse, qui tyannisait (1) l’Europe depuis deux sitcles et demi, serait humilite, vaincue, malgré l’union de ses 85 villes sœurs en Allemagne, et ses immenses comptoirs dans tous les pays de l'Europe. Ils allaient disparaître ces jours où les richesses de l'Orient, venues à grands frais du fond de l'Asie jusqu'au bord de Ta Méditerrannie, s’entassaient sur Îles navires de Venise-la-Grande, pour enrichir les marchands de la Lombardie et de la vallée du Rhin, depuis l’Adriatique jusqu’à Brême, Lubeck, Hambourg. Le monopole devait se d'placer et c'était à l'Angleterre qu'il appartiendrait,
En un jour la Ianse, partant le commerce de l'Allemagne, se vit à son déclin ; mais n'allons pas nous apitoyer sur son malheur.
Luther grandit à l'ombre du sanctuaire ; et
1--Griefs de l'Angleterre contre ]a Hanse sous Henri IV. Hakluyt. Voyages, I, p. 185, seq.—Rapines, trahison, exertions contre les marchands anglais, [bidem, p. 193,
les biens de l'Eglise iront bientôt combler le déticit.
Tel était l’état de l'Angleterre, en 1495, après deux longues guerres suivies d'agitations sans cesse renaissantes. John Bull se trouvait accul. en son île, et il nous semble voir son regard interroger l'horizon, cherchant d'où lui viendrait le secours.
C'est au moment où tout semblait perdu que le ciel se montra favorable à Ifenri VITE Un étranger, Cabot, vint lui faire connaître ses projets. Pauvre, il avait besoin de protecteur ; m connu à Venise, à Séville et à Lisbonne, il venait mettre au service de FAngleterre son expérience dans les voyages, et ses longues ‘tudes cosmosraphiques. Grâce à cet étranger, établi à Bristol depuis quelques mois, la marine anglaise, développe par les courses lointaines, allait faire, des villes de l'Angleterre, les entrepôts du Levant, et répandre dans tout le royaume ses richesses légendaires : c'était l'œuvre rêve par Henri depuis quatre ans.
[l'est probable que Jean Cabot ne tarda pas à aller se fixer à Londres. Sa présence y est signalée le 21 janvier 1496 (1).
1—Dr de Puebla. Lettre à Ferdinand et à Isabelle, d’Espagne, 21 janvier 1496, Winsor, Var. and Crit. Hist., LI, 52.
L'historien Strachey, vers 1612, dit que Jean Cabot fut naturalisé sujet de Henri VIE, et qu'il fixa sa résidence dans la rue des Blackfriars : was idenised his subject and dwelling into Blackfriars 7 (1).
Le fait du séjour de Jean Cabot à Londres en 146 ne nous surprend pas : il y était plus à méme de faire valoir les motifs qui devaient amener l'acceptation de ses propositions par Henri VIT Mais je ne crois pas que Jean ait été naturalisé citoyen anglais, On lappelle toujours “le Vénitien Cabot 7 (2), soit dans les actes officiels, soit dans les actes privés.
il fut cordialement aceucilli par le roi d'Angleterre, Jean Cabot était en effet l'homme dont Henri VIT avait besoin.
Ses offres de services furent promptement acceptées et le 5 mars 1495, Pieux Style (3),
1—Strachey, {istorie of Travaile into Virginia, 1612-1619, p. 0.
Winsor, Var. and Crit. I., IIT, 58.
2— Voir la charte du 5 mars 1496, et l'ordonnance royale du 5 fév. 1498.
Hakluyt, Foyages, Narigations.…. IT, p.30.
Clement Adams, Légende de la carte attribufe à Séb. Cabot, citée par Iakluyt, Voyages, Navigations..…. FT, p. 51, etc.
3—L'Angleterre faisait alors commencer l’année le 25 mars ; elle suivait le calendrier julien.—En 1752, elle accepta l6 calendrier grégorien,
D'après notre manière de compter, le 5 mars
c.-à d. le 5 mars 1496, Style Nouveau, le roi accorda des Lettres patentes à Jean Cabot et à ses trois fils, Louis. Sébastien et Sancius.
Voici la Commission donn’e à Jean Cabot par le roi Henri VII (1).
[enri, par la grâce de Dieu, roi d'Angleterre et de France, et seigneur d’frlande : à tous ceux qui les présentes Lettres verront, Salut,
‘ Seavoir faisons que nous avons donné et accord, et par ces pr'sentes donnons ct accordons, pour nous et nos successeurs, à notre bien-aimé Jean Cabot, citoyen de Venise, à Louis, Sébastien et Sancius, fils du dit Jean, et à leurs héritiers et associés, et à chacun d'eux, pleine et libre autorité, permission et puissance de naviger dans tous les pays, contres et mers d’orient, d'occident ct du nord, sous nos bannières ct drapeaux, avec cinq vaisseaux de quelque charge et grandeur
1496, ctait le 5 mars 1495 du cal. julien. La réforme grégorienne avait eu lieu le 5 oct.
1482, sous le pontificat de Grégoire XITT, par la suppression de 10 jours : le 5 octobre fut compté comme le 15... En 1752, en Angleter, le 2 sept. fut suivi du 14, par la suppression de 11 jours.
La Russie et la (rrèce suivent encore le calendrier julien et ont 12 jours en retard sur nous,
1—Traduction prise dans l'Histoire navale d'Angleterre, Lyon, 1751.
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qu'ils puissent être, et de prendre dans les dits raisscaux autant d'hommes et de matelots qu'ils jugeront à propos, à leurs propres frais et dépens ; de chercher, d‘couvrir et trouver quelques isles, contr'es, régions où provinces que ce puisse être, appartenantes aux Païens ou intidèles, et dans quelque partie du monde que ce soît, Jusqu'à présent inconnue à tous les Chrétiens : Nous leur avons permis à eux, leurs h{ritiers et associ’s, et à chacun d'eux, et leur avons donn‘ pouvoir d’arborer nos drapeaux et pavillons dans tous les villages, villes, châteaux, isles ou terre ferme qu'ils auront nouvellement découverts ; 6t voulons que ledit Jean et ses fils, ou leurs h‘ritiers ct associts, soumettent, occupent et possèdent toutes les dites villes, cités, châteaux et isles ar eux d'couvertes, comme nos vassaux et tue nous réservant le domaine, la souverainneté et la juridiction des mêmes villages, villes, châteaux et terre ferme ainsi découverte ; à condition cependant que ledit Jean et ses fils et héritiers et leurs d’putts seront tenues et obligés de nous payer en argent ou en marchandises, la cinquième partie du profit entier de tous les fruits, profits, grains et marchandises qui proviendront de cette navigation pour chacun de leurs voyages, toutes les fois qu'ils arriveront dans notre port de Bristol (où ils seront oblig‘s de débarquer et non ailleurs), déduction préalablement faite de toutes les dépenses ; leur accordons à eux et à leurs héritiers et associés que
toutes terres fermes, isles, villages, villes, chteaux et places quelles qu'elles puissent être, qu'ils auront le bonheur de découvrir, ne pourront être fréquentées et visities par aucuns de nos sujets sans la volonté dudit Jean et de ses fils et leurs associ’s, sous peine de confiscation tant des vaisseaux que de toutes et chacunes des marchandises de tous ceux qui auront la tém'ritf de naviger dans tous les lieux ainsi d'couverts ; voulant et enjoignant très express ‘ment à tous et chacun de nos sujets, tant par mer que par terre, de prêter assistance audit Jean et à ses fils et à leurs associés, et de leur donner aide et secours tant pour équiper et fournir leurs vaisseaux, que pour que les provisions de nourriture et de vivres nécessaires pour la dite navigation, leur soient fournies en payant.
“ [En t'moignage de quoi nous leur avons délivré les présentes, sos notre propre:sceau, à Westminster, le 5 mars de la onzième ann‘e de notre règne.”
Hakluyt (1) nous à conservé le texte latin et met en marge ‘ À. D. 1495 7”, ce qui est vrai en vieux style ; mais le Rymer’s Fædera, en reproduisant la même commission, lui donne la date du 5 mars 1496, ce qui est conforme au nouveau style. Dans les deux cas l'on ne sort que de la onzième année du règne de
Henri VIE.
1—Hakiuyt, Coll. of Voyages... VIT, p. 25.