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donner cette traduetion tout à fait littérale de l'autorisation du 3 février 1498, pour que le lecteur puisse juger par lui-même du peu d'attention de certains écrivains, même anglais. Les découvertes de l’annte précédente y sont rapportées si clairement qu'il est impossible de supposer une simple mission de chercher les terres et les îles encore inconnues. Le plan d'une colonie s'y trouve même ébauché, Pourtant, jusqu’à ces dernières années, les écrivains anglais ont considéré cette lettre comme étant l'autorisation accorde pour faire le premier voyage de découverte, Bien plus, les autres écrivains se sont autorisés du même document pour nier aux Anglais la priorité de découverte et de prise de possession, (1) vu que cette dernière expédition n'eut pas le succès attendu.
Mais on peut se demander pourquoi Jean Cabot se trouve seul mentionné dans la présente lettre, lorsque ses trois fils étaient nommés dans celle de 1496. D'après Biddle (2), les raisons de co changement sont que les fils aimèrent mieux donner à leurs efforts une direction autre que l'entreprise de leur père, et que le chef de la famille crut sage de retenir, soumis à son pouvoir discrétionnaire, le placement projeté de son capital restant, On dit,
1—R. Biddle, Memoir, p. 77.
2—R. Biddle, Memoir, p. 50.
d'après Campbell (1), que l’un des fils alla s’établir à Venise et l'autre à Gênes. Quant à Scbastien, tous le font rester pour accompagner l'expédition.
Peut-être le roi eut-il regret d’avoir conféré des pouvoirs aussi étendus à des jeunes gens qui n'avaient aucun établissement en Angleterre et qui, probablement, ne s'y fixeraient jamais d’une manitre permanente, De l,révoquant ses premières lettres,dit R. Biddle, Henri trouva plus profitable de n'intéresser que Jean dans les d'couvertes qui restaient encore à faire.
Cette explication de Biddle ne semble pas mauvaise, à première vue. Mais elle n'est pas soutenable aujourd'hui. En effet, la lettre accordée à Jean Cabot, en date du 3 février 1498, ne contient qu'un permis de prendre six vaisseaux et d'enroler des volontaires. On n’y trouve aucune révocation des privilôges accordés par les lettres patentes du 5 mars 1496, mais plutôt des ordres formels donnés à tous les sujets anglais pour faciliter l'ex ‘cution des plans de Jean Cabot,
Les premiers parlent des héritiers ou ayants cause ; celle de 1498 ne cite que Jean Cabot, son ou ses repésentants bien et dûment autovisés pour faire les préparatifs du voyage. Remarquons encore que les lettres de 1495-6
1—Campbells Lives of the Admirals, I, 310." :
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sont écrites en latin, et aue celle de 1498 est en anglais ; or le latin Ctait la langue employce > dans les proclamations solennelles.
De son côté, R. Iakluyt (1) dit ce quisuit, relativement à cette autorisation :
‘# Bilia signata anno 13 Ienrici VIT. Rex tertio die Februarij, anno 15, licentiam dedit Joanni Caboto, quod ipse capere possit sex naves Anglicanas, in aliquo portu, sive porüibus regni Angline, ita quod sint de portaoio 200 doliorun, vel subtüs, um apparatu requisito, & quod recipere possit in dictas naves omnes tales magistros, marinarios, & subditos regis, qui euin 60 exire voluerint, &c.” C'est-à-dire : % (2) Bils signés l'an 13 ns règne de Henri VII Le 3 fevrier de ln 13e année de son règne, le Roi a permis à Je an Cabot de prendre six vaisseaux Anglais dans tel port ou ports du Royaume d’Angleterre qu'il voudra, pourvu qu'ils ne soient que de la charge de 200 tonneaux et au-dessous, avec toutes les provisions nécessaires ;. comme aussi de prendre uvec lui sur les dits raisseaux tels maîtres, mariniers et autres sujets du Roi qui voudront bien laccompagner, ” Ce langage semble bien indiquer un simple permis,
Done, la charte de 1496 resta en force Jjusqu'au retour du voyage de 1498.
1— Navg. ITT, 2
2—-Traduction de llist. navale d'Angleterre, Ï, 183.
Mais, alors il semble qu'elle fut révoquée à
use de l'issue malheureuse de Fexpédition.
Cabot et sa famille ne purent trouver grâce Rp Henri VIT ils perdirent leurs privilèges. Plus tard, en 1550, Sébastien, revenu d’Espagne en Angleterre, lit renouveler par Edouard VI la charte de 1496, dans le but de faire un nouveau voyage ti)
Il fallut3 mois pour terminer les préparatifs de l'expédition. Pierre Martyr dit, en par- Jant de ce voyage, croyons-nous,que Sébastien Cabot (il ne nomme jamais son père) fournit deux vaisseaux à ses frais (2) ; selon (Gomari (3) et Ramusio (4), le roi les lui fournit tous les deux, laissant à supposer que les Marchands
1—J. Winsor, Nar. and Crit. IT., IT, 56.
2—Pierre Martyr, De Orbe Novo, Dec. ITT, 3 VI: % Duo is (Cabotus) sibi navigia propria pecunia in Britannia ipsa instruxit.”
3—Gomara, cité par Hakluyt (Navig. et Voyages, I, p. 30) et Fumée (éd. 1577, L.
[I, c 39): “Sébastien Gavoto Véntiien.….
équipa en Angleterre aux dr du Roy Henry septième, deux vaisseaux.
4—Ramusio, dans Hakluyt 1 Naviy. et
Voyages, LL, p. 28) : “ Who (the King) immediately commanded two carvels to be furnished.” Voir “ Discours sur les Fe 8”, Raccalta Di Viayyi, É [, P. 4Tb et. il,; mi armo due caravelle di tutto cio che era di bisogwno.”
de Bristol équipèrent les trois autres. Or il est à remarquer que ni Jean, ni Sébastien, pas plus que Colomb, n'étaient en état de se pourvoir. de navires. Aussi Ramusio dit d'une manière générale que le roi les lui fournit (D.
Raimondo donne comme preuve que Jean Cabot était pauvre, le fait seul qu'il accepte de
petits présents de la main du roi. Les riches marchands de Bristol ont pu lui offrir un crédit assez considérable, tandisque le roi lui-méme donnait quelque argent (2) En eifet, parmi les dépenses de la caisse privée du roi, à Iæ date du 22 mars et du ler avril 1498, on voit que quatre versements furent payés à diférentes personnes à titre de prêt ou de récompense parce qu'elles vont partir pour l'ile nouvelle : “for their going towards the new Isle.” —Un certain Lanslot Thirkill de Londres, et probablement maître de navire, regoit 40 louis, en deux versements ; le même, avec Thomas
1—Ramusio, dans Iakluyt CNavig. et Voyayes, 28), dit. er parlant de S'‘bastien : “ who sailed... at the ch: ges of king Henry the seventh...” Voir préface du V ol. LEE, éd. de 1606, Venise : il quul havea navicato... a sprese già del Rè Ienrico VIT...” et Discours sur la Nouvelle-France, éd. 1565, Venise.
[ON ci A
2—J. Vinsor, Nar. and Crit. IT, III, 57.
Lettre de Raimondo 18 déc, 14ÿY4.
JEAN CABOT Rq
Bradley, reçoit encore 30 louis, à titre de prêt ; äun John Carter on donne 2? louis de r'compense ‘% for his going to the new isle (1).”
Au commencement de mai, la flotte portant 300 hommes appareillait à Bristol (2).
Ces 300 hommes ne devaient pas être des eriminels (conviets), comme lavait proposé Cabot, d'après Raimondo. Le permis roval autorise le navigateur à n'enriler que les volontaires ; 1 n'y à pas un mot qui se rap porte au choix de criminels. IHakluyt, en reproduisant le manuscrit de Fabyan, n'en dit pas davantage.
Jean Cabot avait encore avec luison fils S°bastien, L'ambassadeur d'Espagne, De Avala, assure que l'expédition devait rentrer au port en se ptemi! )r'e.
La merse montraincel mente, et l'un des navires,en grande détresse, dut relâcher en Frlan-
1—-RK. Biddie, Memoir..,. 86.3. Winsor, Mur.
and Crit. AT. ILE.57.
2— Pierre Martyr, De Novo Orbe, Dec. IT, hb. VIE p. 267 : “ tendens cum hominibus tercentum ad septentrionem.” |
Gomura (troduct. de Fumée, él 1577 Lire 2, c. 39) : “ Il (Sébastien) mena avec soi trois cents hom n24.,°
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h) JEAN CABOT
de:il y trouvait à bord un moine Auqustin {Black friar) nommé Puel. Cabot continua son voyage avec les quatreautres navires (1).
La flotille, sinous en croyons Pierre Martyr et Ramusio, cimgla vers le nord-ouest, à la recherche du ( ‘athay. Longtempsilssuivirent la côte du Labrador, courant vers l'oc'an arcetique, Mais au mois de juillet, selon Pierre Martyr, et le 11 juin, d'après Ramusio (2), Cabot rencontra des glaces qui étaient de nature à fatiguer ses navires ; les jours avaient une durée presque continuelle, ce qui lui fit redouter la longueur desnuts à certaine époque de Fannee, Pour ne pass'exposer à de tels dangers avec un personnel aussi nombreux, Cabot vira de bord bien convaincu qu'iln'y avait pas de pass age de ce côté, Pierre Martyr (3) donne ie méme récit : “ tendens......ad septentrionem donecetiam Julio mense vastes repererit glaciales moles pelago natantes : et lucem ferè perpetuam, tellure (men libert gelu lique- Jacto : “ quare coactus fuit, uti ait, vela ver- {ere et occidentem sequi.” Les mêmes détails sont narrcs dans Ramusio (4) er Gomara (5),
1—-J, Winsor, Nar. and Crit. 1, VI, 57.
Lettre de De Ayula, 25 sel 1498,
2— Préface du FFF vol, p. 6.
3—De Orbe Novo, De. IE, EL VI, 267.