‹ Jean Cabot [microforme]Chapitre 4 sur 31 · JEAN CABOT DO · texte numérisé non relu

JEAN CABOT DO

ee es

Remarquons en passant que les privilèges garantis par les lettres patentes sont très étendus et illimités quant à la durée. Le droit de posséder et d’administrer toute région ou terre nouvellement découverte, au nom du roi, à titre de vassalité, celui d'y exercer le monopole commercial, sous peine de saisi au détriment des contrevenants, et cela sans restriction aueune, montre que Jean n'agit pas seulement en son propre nom. La famille Cabot, selon la charte et la remarque de Biddle (1), semble former une compagnie rs où le père et les trois fils confondent leurs int‘rêts ; et le roi, comme prix de sa haute protection, exige que le cinquième des profits nets soient rservés à la couronne.

Les démarches de Cabot auprès de IFenri VII avaient excité les esprits ; on en parlait à la cour. Le Dr de Puebla, ambassadeur d'Espagne, à la première nouvelle de l'arrivée de Cabot, s'en était ouvert à Ferdinand et à Isabelle, dans sa lettre du 21 janvier 1496 (2). La réponse des deux rois est datée du 28 mars (3) suivant et on y lit ce qui suit :

“ Vous nous parlez, disent ils, d'un personnage qui, à l'exemple de Colomb, essaie de persuader ie roi d'Angleterre de faire une entre-

1—R. Biddle, Memoir of Seb. Cabot, p. 50.

2—J, Winsor, Nar. and Crit, Hist., LIT, 52.

3—]hid.

—— mm — ———

Le]

prise aux Indes, ss préjudice pour l'Espagne et le Portugal : : il est libre d'agir à son gré... Mais sous cette tranquillité apparente, les rois dissimulent assez mal leur inquiétude... Dans Ia même lettre, Puebla est chareë de voir si le roi d'Angleterre n'est pas dupe en cette affaire, car une entreprise semblable ne saurait avoir lieu sans inconvénients pour l’Espagne et le Portugal. Hs vont jusqu'à insinuer que le roi de F "ance, Charles | VIIT. pourrait bien être le tentateur de IHenrt F VAL t F Is se trompaient à l'égard de Charles V ITT. Î Le pauvre roi de France, après son voyage | triomphal à Florence, à Rome et à Naples dont il fit la conquête, avait perdu toutes ses possessions d'Italie à Ia fin de 1495 ; Gonzalve

: de Cordoue avait eu promptement raison de À la poignée de Français laissée à Naples. Mais | Charles VIII ne voulut en rien modifier ses | prétentions chevaleresques contre les Aragon-

nais de Naples : il préparait une vengeance éclatante, lorsque la mort vint le surprendre trois ans plus tard.

D'après la lettre des deux rois, on peut raisonnablement eéroire que Jean Cabot venait d'arriver en Angleterre pour faire part de ses k projets à Henri VIT, comme l'avait fait Chris- { tophe Colomb par l'entremise de son frère.

| Puebla ne sachant quelle attitude prendre, signale la présence de Cabot dis la fin de jan-

vier. Il aurait agi de même si quelque tentative antérieure eût été faite. —Les lettres patentes, accordées le 5 mars, sont une preuve que le projet était conforme aux goûts du roi, puisque un mois avait suflit pour régler laffaire. Aussi la re SR des rois arriva-t-elle trop tard pour que l’ambassadeur espagnol pût faire échouer l’entreprise. Que fit Puebla ? Adressa-t-il quelques remarques à la cour ?

Probablement. Le retard d'une année fut-l dû à son influence ?.. On ne sait, mais il est certain que Jean Cabot ne partit que l’année suivante, 1497. L'année se passa à recruter l'équipage et à intéresser les citoyens de Bristol dans cette entreprise.

Enfin Jean Cabot leva l'ancre au eommencement de mai, probablement le 2, 1497. I montait un petit navire, le “ Mathew ”, portant 18 hommes d'équipage, parmi lesquels devait se trouver Sébastien, le second de ses fils. L'abbc Raïmondo de Soncino, envoyé du duc de Milan près la cour d? Angleterre, dit que Ur équipage se composait d’ Anglais choisis à Bristol, à l'exception d’un bour quignon et d’un génois, et remarque que les chefs étaient grands navigateurs. (1)

Voici le précis du voyage

Après une course de 700 lieues, à l'ouest, Cabot découvrit la terre qu'il supposa ‘ partie

1— Lettre du 18 déc. 1497. Winsor, ar.

and Crit. E., VIT, 54

du territoire du Grand Khan On était au 24 juin, fête de Saint-Jean-Baptiste

Jean Cabot prit possession de cette côte au nom du roi, selon la teneur des lettres patentes, par l’{rection d’une croix portant les armes d'Angleterre et de Ja République de Saint- Marc. Il n'y vit pas d'être humains, d'où il conclut que ces terres ctaient inhabitées Au retour, il apereut, à tribord, deux grandes îles, mais il ne put s’y arrêter faute de vivres. L'expédition rentra au port de Bristol au commencement d'août, le 6 probablement.

Avant de voir les résultats de la dcouvertç. il est Important de traiter plusieurs questions qui surgissent d'elles-mêmes à l’occasion de ce voyage.

D'abord l'auteur de l'Aistoire générale des Voyages (1) émet certains doutes sur ce voyage. “ Les Lettres Patentes de Henri VIT, qui subsistent encore dans les collections anglaises, dit-il, ne laissent aucun doute que le premier Voiïage des Cabots n'ait été entrepris pour la dé couverte d'un passage aux grandes Indes, par le Nord-Ouest de l'Amérique. Jl paroît certain que Jean Cabot partit de Bristol dans cette vûe, au printemps de l'annce 1497 avec un petit Vaisseau équipé aux dépens du Roï, et trois ou quatre petits Na-

1—Didot, Paris, 1759, XV, 92

vires fretés par quelques marchands de la même Ville.”

Et précédemment (1), l'auteur fait les remarques suivantes, à propos du permis de Henri VIL

“ Plusieurs écrivains, se fondant sur la date de ces Lettres, qui est lonzième ann'e du rconce de Henri, font partir Jean et S'bastien Cabot dès lan 1467, leur font reconnoître alors l’Isle de Terre-Neuve et la terre du Labrador, et supposent qu'ils s’élevèrent jusqu'au cinquantième degré de latitude du Nord. Mais d'autres raisons portent à croire que ce Voïage ne fut entrepris que plusieurs années après, et qu'il est postérieur à celui de Corte- R'al.? En marge, on lit “ Leurs découvertes sont douteuses ”,

Voici les preuves sur lesquelles il s'appuie :

‘“1o. Les patentes de Henri VIT ne contiennent que la permission vague de partir et de faire des découvertes ; et ce prince n'y Joignit que deux ans après, celle de prendre un certain nombre de vaisseaux dans les Ports d'Angleterre. Hakluyt rapporte aussi cette seconde permission.

“20 Pierre Martyr, Gomara et Ramusio, qui parlent du premier voyage de Sébastien Cabot, ne marquent point l'année, et ne nomment point son père.

“ 30 Sébastien Cabot même, dans un discours que Ramusio (2ème tome de son recueil)

Sérmnnnaren mme

1— Didot, 1754, NI. 99.

fl il - RE DRE

| rapporte de Tui à Galeas-Butrigarius, Iégat | du Pape en Espagne, avoue que ce fut apris | la mort de son père, et lorsqu'on sçut en An- ! gleterre que Christophe Colomb avoit décou- | vert les côtes de l'Amérique, qu'il fut envoïé | par Henri VIT pour trouver un Chemin au

l Catbay parle Nord. A la vérité il ajoute ‘| que, “ si sa mémoire ne le trompe point, ce fut À en 1496 ”. Mais il paroît évidemment que sa | mémoire Ja trompé, puisque Christophe À Colomb n’avoit pas encore découvert le Continent de l'Amcrique en 1496, et puisqu'il n'est | pas moins certain, par les patentes d'Henri | VIT, que Cabot le père vivoit alors.

«Aussi l'Auteur de l'Introduction à l’Histoire Universelle, ne met-il ce Voïage qu’en 1516, sans dire néanmoins sur quel témoignage il se fonde, chap. 10, de l'Amérique, p.

La solution de ces difficultés sera complète lorsque j'aurai prouvé que le voyage eut réellement lieu en 1497, et que le permis de la

| treisième annce du règne de Henri VII ne | peut convenir qu'au second voyage de Jean | Cabot en 1498. Pierre Martyr, Ramusio, et,

| après eux, (tomara, ne parlent pas de Jean

| Cabot, et ne fixent les dates que d’une manière approximative, mais ils ne disent absolument rien qui soit contraire aux documents trouvés depuis quelques années, I]1s font allusion aux récits de Sébastien, leur ami commun, et lui donnent Je beau rôle.

or rm

se

sr:

JEAN CABOT o,

Quand à la Conversation de Caphi (À), Pauteur en question nest pas véridique en tout. Ramusio, écrivant en 1550, rapporte en substance une conversation entendne dix ans auparavant chez Jérôme Fracastor, médecin et poëte, à Caphi, près de Vérone. L'orateur qui cite les paroles de Sébastien Cabot est allé à Stville, où, vers 1540, il entendit parler Sébastien, Ramusio le pr ésente comme profond philosophe et grand mathématicien.Cet orateur est Gian Giacomo B ardolo, de Mantoue, et non pas Galcacius Butrigarius, de Bologne, légat du Pape en Espagne. M. D'Avezac à prouvé, en 1869, que Butrigarius est mort en 1518, vingt-deux ans avant la conversation tenue à Séville en présence de Bardolo. Durant ce laps de temps, Ramusio à pu aussi bien oublier la date précise.

Discutons maintenant l'opinion des auteurs relativement à la date du premier voyage de Jean Cabot.

D'abord Pinkerton, D’Avezac et Asher, ere que l’expédition de 1497 n'est pas la plus importante, et que la découverte des terres ci-dessus mentionnées eut lieu trois ans auparavant, en l'année 1494 (2).

1—Ramusio, Wavigationi……. 1, 414-415. Hakluyt, Voyages... III, 28.

2—D'Avezac, Bul. de la Soc. Géog. Quatrième série, 1857, XIV, 271-272.

Asher, Henry Hudson, Hakluyt Soc. 1860.

pp. Ixvüii, 261.

ne

ne ten

Page 1