L'HISTOIRE RELIGIEUSE DE TOULOUSE W
Non tUibi in hœresea armantur severiùs Ugei... qu» fit ut una inter Galliœ urbes immunia sit hœretieâ (abe, nemine in eivem admiiso eujtu turpecta ait apoa» ioliea fidei,
G. B. de Gramond, Premier Président au Parlement de TotUoute, {Hist, Galliœ, lib. 30. ~ 1643.)
Kalle part les lois ne sont années de plus de rigneur contre Thérësie ; d'oh résulte que, seule entre les villes de France, Toulouse est pure de la souillure hérétique, nul n'y étant admis k la bourgeoisie si sa foi catholique est suspecte.
^^ns la dernière moitié du dix-huitième siècle , il n*y ^ P^s encore cent ans accomplis, la population presque enti^j-e d'une grande ville de France et ses magistrats de ^^t ordre, ont été convaincus que Jean Calas avait étran- 8^^ lan de ses fils pour rempôcher d'entrer dans l'Eglise
Cl) K Annales (inédiles) des CapUouls (Aux arcbives de la vvUe). ij^ Histoire de Figilance, esclave, prêtre et réformateur
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Romaine, et qu'en commettant ce crime atroce, il n'avait fait qu'obéir à une loi établie parmi les protestants, ouvertement promulguée par Calvin dans son Institution Chrétienne, et rég'ilièrement observée au sein de l'Eglise Réformée. Galas est mort victime de cette monstrueuse erreur, qui, chez presque tous, était sincère et qui non-seulement fut admise, publiée, affichée, plaidée, prêchée, accueillie à cette époque par les tribunaux et par le Parlement lui-même, mais qui, aujourd'hui encore, est considérée à Toulouse comme une vérité par un grand nombre de personnes de toutes les classes et vient d'être soutenue de nouveau par plusieurs écrivains (1).
Nous ne croyons nullement avoir à réfuter une opinion si absurde et qui suppose une si profonde ignorance de l'histoire ; mais il nous paraît indispensable de rappeler les principaux antécédents religieux d'une ville où des préventions aussi singulières existent encore, et où elles ont causé en d'autres t^mps les plus grands malheurs. C'est, d'ailleurs, une histoire tout exceptionnelle que celle d'une ville française, contre laquelle trois croisades ont été non-seulement prêchées, mais exécutées, et qui a vu naître dans son sein les confréries de pénitents et l'inquisition elle-même. Il est impossible de juger l'état des esprits à Toulouse avant la Révolution française,
des Pyrénées au cinquième siècle, par Napoléon Peyrat, i voL in- 1 2. — III. Histoire et Doctrine des Cathares on Albigeois, par M. Ch, Schmidl, 2 vol. 8*. — IV. Les Toulousaines, par Court de Gébelin, i vol. iii-i2. — V. Histoire de Toulouse, par d'Âldeguier, 4 vol. 8°. — VI, Histoire des Institutions religieuses, politiques, judiciaires et littéraires de la ville de Toulouse, par le chevalier du Mège, 4 vol. «". — VII, Histoire du Languedoc, par Dom Claude de Vie el Dom Vayssette, continuée par le chevalier du Mége, lo vol. 8°. — VIII. Biographie Toulousaine, par une société de gens de lettres, 2 vol. 8°.
(i) Voir notre chapitre XIV, Histoire de VOpini<m publique en France au sujet des Calas,
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d'après les sentiments et les idées qui régnaient ailleurs.
Cette capitale du Languedoc fut de très-bonne heure et par excellence, une ville lettrée, spirituelle, savante, où la pensée était indépendante, la parole hardie, la chanson souvent caustique et incisive (i).
On ne saurait dire quand a commencé, dans ses murs, la lutte des croyances. La France méridionale a toujours été un foyer d'opposition au catholicisme, un champ de bataille où l'hérésie et l'orthodoxie de Rome n'ont jamais cessé d'être en présence. L'antique civilisation gréco-romaine y avait de profondes racines(2), dont les derniers vestiges ne sont pas encore effacés. Quand l'autorité du clergé catholique, acceptée par la race germaine, s'établit en France, elle trouva, dans le Midi, l'esprit public, beaucoup plus éclairé et plus vivant que dans le Nord, trèspeu disposé à subir le joug, et toujours enclin à s'en affranchir. Aussi, toute une série de sectes sans cesse renaissantes y parut successivement
On a remarqué que Vigilance, ce prêtre du cinquième siècle qui peut être considéré comme le premier des Réformateurs, et qui s'éleva contre les honneurs excessifs rendus aux saints et aux reliques, contre le célibat et les jeûnes, était né à Galagoris ou Galigurris dans
(1) Dans deux de ses ouvrages, Augustin Thierry a constaté la prééminence iulellectuelle où s'était élevée cette ville dès 1* époque romaine et qu'elle sut augmenter sous les Visigolhs : « Toulouse, avec ses consuls auxquels on donnait vulgairement le nom plus ancien de Gapitouls, fut l'une des cités municipales qui eurent le plus de grandeur et d'éclat; » (Tableau de Vancienne France municipale,)
« La cour des rois Visigoths à Toulouse, centre de la politique de tout l'Occident, intermédiaire entre la Cour impériale et les royaumes germaniques, égalait en politesse et surpassait peut-être en dignité celle de Constantinople. » (Lettres sur rHistoire de France, I* 6.)
(2) Martial, Ausone, Sidoine Apollinaire la désignent comme la cité Palladienne, Saint Jérôme l'appelle la Rome de la Garonne, >
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le pays de Cominges, près de Cazères (Haute -Garonne.) O crinie; s'écrie saint Jérôme dans ses lettres contre Vigilance, des Evéques sont les complices de sa scélératesse ! C'est surtout l'Evêque de Toulouse, Exsupère, qu'il atta^ quait ainsi; ce fut lui qu'il accusa ailleurs d'acquiescer aux fureurs de ce prêtre dans son propre diocèse (i). Ces vives agressions, il faut le dire, eurent un plein succès. Exsupère se prononça contre Vigilance et ses réformes ; il fut canonisé après sa mort, et ses reliques, jointes à celles de saint Sernin, sont peut-être aujourd'hui celles que Toulouse entoure de la plus profonde vénération.
Deux siècles plus tard, Sérénus, évêque de Marseille, brisa les images que le peuple adorait Au cinquième et au sixième siècle, l'Arianisme fut dans l'Aquitaine, lareligion dominante et ne cessa de prévaloir dans la Narbonnaise, même après la conversion au catholicisme du roi Récarède. Toulouse devint ensuite le foyer principal de l'hérésie Cathare ou Manichéenne, qui reçut dans le midi de la Franco son nom géographique d'A/^<^^ow^. Vers 1022, plusieurs adeptes de cette doctrine y furent punis du dernier supplice; ainsi commença cette longue liste d'hérétiques mîsàmort dans Toulouse, qui ne fut close qu'au bout de sept siècles et demi, en l'année 1762, par le nom de cinq victimes dont la dernière fut Jean Calas.
Au douzième siècle, les prédications anti-catholiques de Pierre de Bruis et de son disciple Henri eurent un grand succès dans le pays environnant, sinon dans la ville même, où prévalait le Catharisme, et fondèrent une secte qui, sans tomber dans les erreurs dualistes des Cathares, attaquait l'Eglise romaine au nom de la Bible seule. Saint Bernard a raconté lui-même que, venant en llZi7 avec le cardinal d'Ostie, légat d'Eugène HI, combattre ces sectes, il trouva hostiles à l'Eglise un certain
{i) Ad Eiparium.
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nombre de seigneurs qui n'appartenaient à aucune d'entre elles, et Alphonse, comte de Toulouse, h leur tête.
Bientôt s'organisa dans cette ville riche et puissante une véritable révolte contre Rome (1). Des bourgeois, arrivés à l'opulence par le commerce et l'industrie, rivalisaient avec les seigneurs, étaient poètes comme eux, et comme eux se faisaient bâtir, dans l'intérieur de la cité, des châteaux flanqués de tours. Lorsque, vers 1170, naquit à Lyon l'Eglise vaudoise, elle se propagea rapidement dans le midi de la France et attira ceux que choquait le dualisme oriental des Albigeois. Déjà, en 1163, les Hérétiques de Toulouse préoccupaient très-sérieusement le concile de Tours. Un peu plus tard, Pierre Morand, l'un des principaux bourgeois de la ville, tenait dans sa maison ou plutôt dans son château-fort des réunions de culte, et le peuple enthousiaste le surnommait Jean CEvangélisle.
En 1177, le comte Raymond V se déclara pour l'Eglise Romaine et demandja des secours contre l'hérésie au pape, aux rois de France et d'Angleterre. La lutte s'établit entre le comte de Toulouse et le vicomte de Eéziers, et, en 1181, le cardinal Henri, évêque d'Albano, prêcha une première croisade, non en Terre-Sainte, mais dans l'intérieur de la France, non contre d'infidèles Sarrasins, mais contre des hérétiques français et chrétiens. « Le centre de l'Église cathare dans le Midi était Toulouse, » dit le dernier
(1) U soffil de ciler, comme exemple des poésies anli-romaiïiA qu'on clianlail en Languedoc, un Sirvente du troubadour Guillaume de Figueras, cité dans le Cours de M. Villemain sur la Littérature du Moyen Age (VI* leçon). C'est une longue imprécation en vingt slropheSy de douze vers chacune, dont dix-huit commencent par le mol Roma* Les fameux sonnets de Pétrarque n'offrent ni plus de violence dans l'invective, ni une haine plus méprisante, ni des accusations plus terribles d'irréligion et d'immoralité.
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historien de cette église, M. le professeur Ch. Schmidt de Strasbourg. Le comte Raymond VI devint, non pas comme son père, un des persécuteurs, mais au contraire un des chefs de la secte. En 1208, Innocent III fit prêcher la seconde croisade; Simon de Montfort la commandait, et bientôt Toulouse fut mise en interdit. En 1213, lesprélats assemblés en concile à Lavaur écrivaient au Pape : « Si la perfide ville de Toulouse n'est pas retranchée de l'hydre de l'hérésie dont elle est le membre le plus putride, il est à craindre que le venin du monstre n'infecte de nouveau les lieux circonvoisins déjà purifiés... Nous vous prions donc en toute humilité que cette cité perverse, dont les crimes égalent ceux de Sodome et de Gomorrhe, soit radicalement exterminée, comme elle le mérite (debito exterminio radicibus explantetur), avec toutes les ordures et les souillures qui se sont accumulées sous le ventre gonflé de venin de la vipère. »
La ville se rendit en 121Zi. Cependant l'année suivante, Philippe-Auguste envoya son fils Louis avec une armée contre « les restes des hérétiques toulousains. » Le pape, au concile de Latran, où Raymond VI et son fils se présentèrent en personne (1216), donna à Simon de Montfort leurs fiefs, la ville et le comté de Toulouse, le duché de Narbonne, les vicomtes de Garcassonne et de Béziers. Un tel acte ne pouvait être que le signal d'une nouvelle guerre ; en 1216, Toulouse, assiégée et incendiée par Simon, délivrée par Raymond VI, assiégée de nouveau, respira un instant à la mort de Montfort, qui fut tué sous ses murs. Elle se vit encore assiégée quarante-cinqjours, mais inutilement, parle prince Louis qui, plus tard, devenu roi, fit proclamer à Paris, enparlement, une troisième croisade (1226). Saint Ailtoine de Padoue, venu pour convertir les hérétiques, en fit brûler un grand nombre ; enfin, en 1229, le comte Raymond VII fit amende honorable à Notre- Dame de Paris et Toulouse se rendit.
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Ainsi finît la croisade. Elle eut des résultats politiques importants, mais manqua son but « L'hérésie, dit « M. Gh, Schmidt, subsista dans le Languedoc aussi u puissante, aussi fortement enracinée dans Tesprit du u peuple, » etil ajoute avec raison que « Tindignation produite par les horreurs de la guerre, la ruine du pays Fanéantissement de Tindépendance nationale et reli* gieuse, la destruction de la vie joyeuse et poétique du Midi et de ses traditions chevaleresques, cette indignation amère et profonde, communiqua à Thérésie do nouvelles forces. »
Les bourgeois et les Gapitouls, leurs chefs électifs, restèrent hérétiques de cœur.
Nulle part cependant le catholicisme ne s'organisa plus vigoureusement pour la lutte défensive et offensive. Pendant répoque des croisades, Toulouse avait vu naître les confréries de pénitents. Ce fut entre les années 1209 et 1212 qu'un intime ami de saint Dominique, le fameux troubadour Foulques de iMarseille, devenu moine, puis Evêque de Toulouse, créa la première de ces associations qui ne furent imitées en Italie par saint Bonaventure qu'en 1270. Nous trouverons quatre de ces confréries àXoulouse, au moment de la catastrophe des Galas, et nous verrons la plus ancienne de toutes y prendre une grande et funeste part. Gette institution qui eut un instant, pendant la Ligue, une action redoutable sur l'esprit public en France, existe encore en Italie, et ses membres y sont vulgairement appelés Sacconi, du sac où ils s'enveloppent On sait que les pénitents sont des laïques, soumis à une organisation et une discipline qui ont quelque chose de militaire. Ghaque confrérie a ses chefs, son lieu de réunion, sa bannière et son costume. Ge que ce costume a de plus remarquable, c'est la cagoule, percée de deux trous pour les yeux, qui enveloppe toute la tête et leur permet de tout voir sans être vus et reconnus de