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personne. Il ne faut pas oublier que leur fondateur les avait armés d'une sorte de sabre ou coutelas porté en bandoulière par-dessus le sac et destiné à la guerre sainte contre les hérétiques. Il fallut renoncer plus tard à ces armes, trop dangereuses entre des mains invisibles.
Toute redoutable que fût cette institution, elle ne parut nullement suffire à consolider le catholicisme et à extirper rhérésie.
Dès 1212, saint Dominique, établi à Toulouse avec ses premiers compagnons, y avait jeté les fondements de son Ordre des frères Prêcheurs^ qui, au moment de sa mort, arrivéeen 1221, comptait déjà plus de 60 couvents, et qui en 1233, fut chargé par le pape Grégoire IX du Saint- Office de rinquisition (1).
Raymond VII fut un prince sans énergie ; il laissa Tînquisition brûler vifs les Cathares, et même exhumer des cadavres d'hérétiques pour les jeter sur le bûcher. Tan-
(i) Saint Louis protégea ce tribunal, qui fut confirmé par Philippe le Hardi, lors de la réunion du comté de Toulouse à la couronne, et par Philippe le Bel en 1303.
En 1331, le Parlement conféra le titre de Cour Royale au tribunaldu Saint-Office de Toulouse, et depuis, le chef de ce corps porta le nom à* Inquisiteur en tout le royaume de France, spécialement dcpiUé par le Saint'Siége apostolique et par l'autorité Royale, Charles VII lui donna de plus le titre de Conseiller du Roi.
Les rois et les gouverneurs du Languedoc n'entraient pas dans la ville sans prêter entre les mains de ce redoutable personnage le serment de conserver la foi et rinquisition. Ce fut, selon les temps, le provincial des dominicains ou leur général, ou le pape lui-môme, qui élut cet inquisiteur. Depuis le seizième siècle, ce furent les moines de Saint-Dominique qui le nommèrent à la pluralité des voix, mais déjà son autorité avait reçu quelques atteintes.. L'élection dut être confirmée par le roi et enregistrée au Parlement. On soumit l'inquisiteur à l'appel comme d'abus devant le Parlement, lorsque cette cour siégea définitivement à Toulouse; on lui donna même des adljoinls choisis dans ce corps. Quoique confirmé encore par François l*' en 15 40, son pouvoir ne cessa de décliner. Enfin, \m archevêque de Toulouse, Charles de Montchal; jaloux d'une juridiction étrangère à la
SUR l'histoire religieuse de TOULOUSE. 9
tôt, vivement sollicité par les Capitouls et intimidé par le peuple, il chassait les inquisiteurs ; tantôt, réprimandé par le Pape, il leur abandonnait la ville. En i2Zi2, six d'entre eux y furent assassinés. Les Dominicains eux-mêmes demandèrent alors à Innocent IV d'être déchargés de leur office. Il refusa. Le château de Montégut était l'asile des Albigeois ; Raymond le prit, et les inquisiteurs brûlèrent vifs, sans procès, deux cents prisonniers. Dès lors le triomphe du catholicisme fut assuré, quoiqu'il ait mis encore un demi-siècle à s'affermir. Après Raymond, son gendre Alphonse de France devint comte de Toulouse, et l'antique nationalité, à la fois romaine et hérétique du Midi, s'afi'aiblit peu à peu. Réuni plus tard à la couronne de France, le comté de Toulouse fut en proie, depuis ce moment, à des persécutions plus soutenues. Une recrudescence du Gatharisme à la fin du douzième siècle eut le sort qu'on pouvait en attendre. Philippe le Bel vint à Toulouse en 1304 pour en triompher.
Mais l'ennemi vaincu ne faisait que changer de nature. Les Vaudois se multipliaient de plus en plus, et ce fut
sieuoe,Iafit abolir par arrêt du conseil sous le règne de Louis XIV en 1S45.
Malgré celle abolilion, le lllre d'Inquisileur, désormais sans autorité, mais non sans prestige, subsista à Toulouse jusqu'en 17 06. C'était encore la Congrégation du Saint-Office qui nommait et le roi conûrmait son choix. Le père Antoine Massoulié fut le dernier à porter le titre d'inquisiteur, mais on montre encore la maison où siégeaitle tribunal et qui avait été donnée à saint Dominique pour y établir son ordre. CettB maison est actuellement la propriété et la demeure des jésuites. Elle portait ces deux inscriptions : DomusinquisUionis, — Unus Deus, una fides. Au-dessus de la porte étaient peints à Tresque, à droite et à gauche d'un crucifix, les deux principaux saints de l'Ordre, le fondateur et saint Pierre martyr, (On peut consulter sur cet inquisiteur mes Lettres sur les Beaux- Jrts en Italie, p, i2). Toute celte décoration est détruite, mais on en voit encore les traces. M. du Mège en adonné une représentation à peu près exacte dans son Histoire des Institutions de Toulouse , t. 4, p. 4 80.
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contre eux que les fils de Dominique luttèrent pendant deux siècles.
Enfin arriva la Réformation. Un des premiers martyrs protestants de France fut Jean de Gaturce, licencié en droit, brûlé vif à Toulouse. Pendant trente ans, un grand nombre de huguenots y furent mis à mort, sans que l'Eglise Réformée cessât de s'accroître; le parlement, le clergé et une partie de la population sévissaient en toute occasion, mais en vain. L'édit de janvier interrompît ces persécutions et autorisa le culte réformé; quelques-uns des Gapitouls en charge à ce moment étaient favorables au protestantisme. Us firent bâtir, en dehors de la porte de Villeneuve, un temple qui pouvait contenir huit mille personnes et qui se trouva encore trop petit Cette tolérance publique irrita d'autant plus les adversaires de la Réforme.
En 1562, dix ans avant la Saint-Barthélémy parisienne, Toulouse eut la sienne (1). Des protestants ensevelissaient une femme ; quelques catholiques prétendirent qu'elle était de leur Eglise, attaquèrent le cortège funèbre et s'emparèrent du cadavre. Une rixe violente eut lieu. Un prêtre sonna le tocsin. La population catholique se jeta sur les réformés, beaucoup moins nombreux, et la grande majorité du Parlement prit hautement parti contre eux. Il fit le tour delà ville, en robes rouges, ordonnant aux catholiques, de la part du roi, de courre sus aux réformés, les engageant à adopter une croix blanche comme signe de ralliement et à marquer leurs maisons. Ainsi organisée, la guerre civile devint affreuse ; les protestants se retranchèrent dans l'hôtel de ville, où ils avaient quelques pièces de canon; pour les en déloger, on mit le feu aux maisons contiguës, et le Parlement défendit sous peine de mort d'é-
(0 On verra plus lard que le second anniversaire séculaire de ce massacre coïncida avec les malheurs des Calas, et eut sur leur sort une Tatale influence.
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teindre rincendie ; mais les assiégés abattirent à coups de canon ces maisons enflammées. Alors Fourquevaux, gouverneur de Narbonne, fut envoyé, l'olivier à la main, leur proposer deux articles de paix : ils sortiraient tous de l'hôtel de ville, en y laissant leurs armes et munitions, et, à cette condition, ils se retireraient en liberté où bon leur semblerait. Ne pouvant tenir plus longtemps dans leur asile, ils se résignèrent à prendre ce parti, et le jour de Pentecôte, ils sortirent tous, sans armes, pendant l'heure des vêpres, espérant éviter ainsi la fureur du peuple , qui déjà avait massacré tous' ceux des protestants qu'il avait pu saisir. Mais leur retraite ne pouvait être ignorée. Des cris menaçants éclatèrent de tous côtés ; la foule qui remplissait les églises en sortit précipitamment et massacra sans pitié les huguenots désarmés. Les historiens portent de trois à cinq mille le nombre des victimes.
Loin de sévir contre les assassins, le Parlement fit mettre à mort ceux qui leur avaient échappé. Le cruel Montluc arriva à temps pour en voir quelque chose, et dit dans ses Mémoires (t 2, p. 73) : « Je ne vis jamais tant de têtes voler, n Le parlement s'épura lui-même en destituant vingtdeux conseillers suspects, et ce fut à grand'peine que le premier président de Masencal, soupçonné de tolérance, garda sa charge. Par le même motif, tous les Capitouls de Tannée 1562 furent déposés, leurs enfants dégradés de noblesse, leurs biens confisqués, et cet arrêt inscrit sur une plaque de marbre au Gapitole. Ce massacre délivra Toulouse de l'hérésie qui depuis ce moment, sans être entièrement extirpée, n'y subsista plus qu'à l'état de minorité très-faible, toujours persécutée et détestée.
Alors seulement le catholicisme fut définitivement triomphant dans cette cité, si longtemps et si opiniâtrement hérétique. Les rares protestants de Toulouse, quand ils osèrent y reparaître, se trouvèrent seuls héritiers de