‹ Jean Calas et sa familleChapitre 17 sur 100 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DAVID DE BEAUDRIGUE

ET LE CAPITOULAT.

«... Hodih teunen tx aliù jiidieibtu tuttrpatam, ntici» quomodo juridictionem prœitr jtu exereeru eonununi cerii nottrorum omnium, et quati fatali malo, Nam qui fieri potett ut hijus dieant^ qui juriê eUmenta ntmquam cognoverunt? Crtantur ad id tnunus quotannis oeto viri ex quibtu vix unum et tUterutn reperiae^ qui non imperittu, expen rudieaue rit, nuUam juris ecientiam vel rerum experientiam nabent,

CoRAS(4). [Op. f. 1603. t. II. p. 648.]

Aujourd'hui ils (les Gapitouls) exercent, je ne sais comment, une juridiction illégale usurpée snrd^autres juges, au préjudice commun et pour ainsi dire fatal de tous nos concitoyens. Car comment peut-il se faire que ceux-là rendent la justice, qui n*en ont jamais connu les éléments? Tous les ans on crée Capitouls huit hommes parmi lesquels on en trouverait k peine un ou deux qui ne soient incapables, ignorants, sans culture, n'ayant aucune science du droit ni même aucune expérience des choses.

Il nous semble nécessaire de faire connaître, avant tout, ce personnage et l'autontéquMl exerçait à Toulouse.

(i) Ce célèbre jurisconsulte, né à Toulouse en i 5 13, devint protestant el fat mis i mort comme tel en 167 2. Nous n'avons pas besoin, sans doute, de faire remarquer que sa foi religieuse ne put avoir d'influence sur l'opinion qu'il exprime au sujet du capiloulat; on sait d'ailleurs que, jusqu'au massacre de 1502, celte dignité fut ■cuvent donnée à des huguenots.

32 DAVID DE BEAUDRIGUE

François - Raymond David de Beaudrigue n'était point un scélérat, quoiqu'on l'ait représenté comme tel sur bien des théâtres, en France, en Hollande et en Allemagne (1). C'était un homme naturellement violent, très-actif, ayant des talents réels, comme l'a dit Court de Gebelin(2), « pour exercer la basse police qui n'exige que de l'autorité, » très-habile (3) à prendre sur le fait, avec une rapidité et une précision irrésistibles, les maisons de jeux clandestines. Mais ses qualités môme et l'impétuosité de son caractère « qui l'embarquaient sans réflexion dans les démarches les plus fausses » le rendaient incapable des fonctions calmes et sereines de l'impassible justice. C'était un de ces hommes dangereux qu'une police habile sait utiliser en les dominant, mais à qui le sanctuaire des lois devrait être rigoureusement interdit. Malheureusement, àcetteépoque, cen'étaientpaslàdeuxdomaines distincts, et le vague de ses attributions fournissait au fougueux Capitoul mille occasions d'en dépasser les limites. Il était gonflé de son importance au point de s'attirer sans cesse des mortifications qu'il eût pu éviter en se tenant à sa place. En voici un exemple assez singulier. Il trouva mauvais que les affiches de théâtre ne portassent aucune mention des Capitouls, et fit ajouter, au-dessous de l'autorisation d'usage, ces mots : Et par permission de MM. les Capitouls, Là-dessus réclamation de ceux qui jusqu'alors avaient seuls brillé en tête des affiches toulousaines ; conflit de pouvoirs; dé-

(1) Voir dans la Bibliographie, les drames ou tragédies indiqués sous les n*** 58, 59, 61, 63, 65, 66, 9S, 101, 102.

(2) Les Toulousaines i

(3) Histoire du Languedoc,

ET LE €ÂPITOULAT. 33

nonciation au ministre secrétaire d'Etat ; et le tout finit par une lettre de ce dernier où il blâme l'ambitieux David, et met fin à Forgueilleuse innovation qu'il s'était permise (1).

Un autre esclandre où il parait avoir eu l'avantage, quoique évidemment il eût tort, précéda de peu l'aifreuse histoire des Calas. La Beaumelle (2) que David avait surpris et arrêté dans une maison où l'on jouait (chez la marquise de Fontenelles) , se défendit par de vives réclamations. David en fut blessé et se vengea par un affront impardonnable. Il fit désarmer son adversaire en plein jour dans la rue, comme n'étant pas noble et n'ayant pas droit de porter l'épée. La Beaumelle prouva qu'il avait reçu des lettres de noblesse en Danemark, où il avait résidé quelques années. En tout cas, à cette époque où une multitude de roturiers portaient l'épée sans même avoir de prétexte à donner, l'acte brutal du Capitoul ne valait pas mieux dans le fond que dans la forme.

J'ai cité à dessein ces deuxfaits, parcequ'ils sont complètement étrangers aux Calas, et font connaître le plus acharné de leurs ennemis sans préjuger en rien leur procès.

Nous avons d'ailleurs, pour connaître David, deux sortes de témoignages, également irrécusables, ses propres lettres au comte de Saint-Florentin (3), que nous

(1) Archives Impériales, — Dépèches du Secrétariat.

(3) Bien connu par ses démêlés avec Voltaire, son édition des lettres de M"* de Maintenon et beaucoup d'autres écrits, dont le dernier, publié par sa famille en 1 8 5 5, est une ne de Maupertuis,'^ouB aurons à raconter la part qu'il prit à l'affaire Calas, et qui est à peu près ignorée.

(3) Louis Phelippeaux, comte de Saint-Florentin, né en 1705, mort

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