DAVID DE BEAUDRI6UC
avons copiées sur les originaux aux Archives impériales (1) et celles que lui écrivit le Ministre (2). Les premières décèlent en lui un zèle aveugle pour le service de l'Etat, non sans un vif désir d'en être récompensé, ce qu'il demande sans cesse. Son fanatisme catholique est celui d'un agent subalterne, aux yeux duquel désobéir au Roi ou aux Capitouls, ne pas croire au Pape ou blasphémer contre Dieu, c'est commettre un seul et même péché, le péché irrémissible de la rébellion. Un protestant pour lui est un ennemi de l'Etat, de l'Eglise, de Dieu môme, et par conséquent un protestant est capable de tous les crimes.
Sa présomption, sa parfaite satisfaction de lui-même, éclatent dans une lettre où il rend compte de l'arrestation que nous venons de raconter après lui. Il ne se contente pas de faire preuve de zèle : « Je suis cette procédure avec vigueur et je ne perds pas un moment pour y donner toutes les suites qu'exige une affaire de pareille nature. » Il se vante d'avoir jusque-là bien rempli sa charge, «quoique le chef du Consistoire soit absent et que je le représente par ma charge ; néanmoins mon expérience ne m'a pas laissé douter de procéder ainsi que je l'ay fait. » Nous le verrons dans cette même correspondance se
en 1 7 7 7 , fut ministre cinquante-deux ans. Ses débauches, ses flatteries, sa conduite perfide et cruelle à l'égard des protestants qu'il ne cessa de persécuter, sont les seuls traits caractéristiques de ce ministre de Louis XV, plus véritablement roi que lui, et qui administra la France pendant un demi-siècle avec un pouvoir à peu près absolu. M. deBarante, dans la vie de Sainl-Priest, a tracé un tableau effrayant de ce qu'était l'administration française au XVIIt* siècle.
(i)Voir plus bas : Correspondance du comte de Saint-Florentin, lettres i, 8, 18, 16, 22.
(2) Ibid. lettres 6, 10.
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plaindre au ministre de ce que ses collègues ne secondent pas son zèle. On frémit en l'entendant promettre de redoubler son zèle et son attention pour contenir le bon ordre. On sait ce qu'il entend par là.
Quant aux lettres du Ministre, elles sont peut-être plus significatives encore. Il écrit, le 25 octobre 1764, à l'intendant du Languedoc, M. de Saint-Priest :
« Il y a longtemps que je m'aperçois qu'en général le caractère trop entreprenant de ce Capitoul le porte k vouloir s'emparer de toute l'autorité au préjudice de ses confrères. Je lui écris pour lui en marquer tout mon mécontentement (i). ii
Il s'agit non des Calas, mais d'ime troisième affaire où David laissa percer les défauts de son caractère. Il suffira d'en indiquer une quatrième qui fut la dernière ; il fut révoqué à l'occasion d'un fait qui donne lieu encore à bien des difficultés dans tous les pays ca-
(1) Voici ceue leUre qui porte dam la table, à la fin d*un des vo* lûmes manuscrits des dépêches du Secrétariat, le titre très- exact do semoruei