CHAPITRE III
In hoc tanto, tant alroci, tam tingutari viaUfieio, quod ita rnro exiiiit, ut si quando atuUtum sit, portenti ac prodigii similt numeretur, quibu» ttntdem te argumentû aeauatortm censés utx oportere? Nonne et audaciam ejus qui in critnen vocetur, singularem ostendere, et mores feras, itnmanemque naturam^ CiCKRo yro. Rose. Amer., n. 13.
Vous qui portez une accusation si énorme , ai atroce, si liorH de rordinaIre> qui s'est présentée si rarement qu'on dut la compter au nombre des événements prodigieux et hors nature, si Jamais on en ouït p:irler, queU sont enfin les arguments dont vous pensez vous servir? Ne faudra-t-il pas nous montrer en celui que vous accuses d'un tel crime, et une audace singulière, et des mœurs sauvages, et une âme dénaturée?
Leli oclobre au matiu, maîlre Faget assembla les Capilouls et rendit en consistoire l'ordonnance d'écrou. Jean Calas, sa femme et son fils Pierre, le jeune Lavaysse et même la servante, quoiqu'elle fût catholique, étaient accusés d'avoir étranglé Marc-Antoine par fanatisme protestant, et pour prévenir par le meurtre sa conversion au catholicisme. Cazeing fut renvoyé.
ïly a toujours une forte présomption, contre une imputation aussi abominable, si Ton prouve que le prévenu
a un passé sans reproche, des habitudes douces et pures. Mais cette preuve devient bien plus certaine encore lorsqu'il s'agit de plusieurs accusés. Il n'est pas impossible, sans doute, qu'on découvre un scélérat en un homme qui s'était acquis une estime imméritée. Mais cela est incroyable pour cinq personnes à la fois, surtout quand elles diffèrent d'âge et de position, quand deux d'entre ellesne sont pas du même sang, quand une autre appartient aune Eglise rivale, et quand toutes sont inattaquables dans leur vie antérieure. Nous montrerons qu'on s'est épuisé en efforts pour leur inventer des crimes ou au moins leur prêter des menaces coupables, sans avoir pu donner le moindre fondement à ces calomnies. Leur conduite et leur caractère k tous sont demeurés sans tache.
Né en 1698 à La Gabarède, près de Castres, il y avait quarante ans que Jean Galas était venu s'établir à Toulouse, comme marchand d'indiennes. C'était un de ces hommes simples , laborieux et intègres, qui se créent lentement une fortune bornée mais irréprochable, et dont la religieuse droiture, la vertu sans éclat, étaient l'honneur des vieilles familles de bourgeois protestants. Si plus tard, en face de l'épreuve, au jour du martyre, il se se trouva à la hauteur de sa cruelle destinée, c'est qu'une piété ferme et un sentiment inflexible du devoir l'avaient préparé à tout.
Son caractère était aussi doux que grave. Un jeune homme élevé chez lui attesta plus tard qu'en quatre an-> nées, il ne l'avait pas vu une seule fois en colère (1).
(i) « J'atteste devant Dienqne j^ai demeuré pendant quatre ans à Toulouse, chez les sieur et dame Galas, queje n'ai jamais tu une tamille plus unie, ni un père plus tendre, et que dans l'espace de quatre années il ne s'est pas mis une seule fois en colère ; que si j'ai
L'avocat Sudre, dans son premier Mémoire^ demanda l'antorisaticm ëe prouver que peu d'heures avant la mort de Marc- Antoine , à six heures du soir, une demoiselle étant venue pour acheter une étoffe, Galas père envoya, en lui parlant très-tendrement , ce même Marc-Antoine chercher à l'étage supérieur la pièce d'étoffe que l'on demandait La demoiselle ne fut pas interrogée et M'' Sudre ne fut point admis à prouver le fait.
Après avoir lu avec soin les interrogatoires elles confrontations de Jean Galas, on reste convaincu que son esprit. était solide sans être brillant, sa volonté consciencieuse et très-arrêtée.La conduite et les prétentions de deux de ses fils, Marc- Antoine et Louis, lui donnèrent souvent des soucis. Dans ses rapports quelquefois pénibles avec eux, on le voit toujours doux et paternel, mais inflexible dans sa résolution de rester seul maître de ses affaires, où le pain et l'honneur delà famille étaient engagés. On le voit aussi s'opposer invariablement, soit aux dépenses exagérées, soit aux entreprises commerciales où ces jeunes gens veulent se lancer im- (NTudemment Honneur et fermeté, mais sans aucune rudesse, voilà en deuxipots le caractère de Galas.
n est nécessaire de remarquer que ce père, accusé d'avoir étranglé par fanatisme son propre fils, était au contraire, dans ses relations avec les catholiques, d'une facilité de mœurs et d'une tolérance assez rares alors. A cet égard les preuves abondent ; il était si bien connu sous ce rapport, qu'en 1735, un catholique nommé Bona-
qnelcffies sentiments d^honneur, de droiture et de modération, Je les dois à l'éducation que j'ai reçue chez lui. A Genève, 6 juiUet 1762. Signé J. Galvet, caissier des postes de Suisse, d'AUemagoe et d'Italie. » (L'original de cette pièce est aux Archives Impériales.)
llli LA FAMILLE GALAS.
fous, juge de Ferrières et d'Espérausses, voulant placer ses deux ûlles dans le couvent des Religieuses de Notre- Dame à Toulouse, les confia à Galas, chez qui elles logèrent d'abord. Plus tard, des maladies fréquentes obligèrent r aînée à sortir de ce couvent. Ce fut encore chez les époux Galas qu'elle passa plusieurs mois, à diverses reprises. Devenue plus tard la femme de J. Boulade, maire de Gastelnau-de-Brassac, elle attesta ces faits, ainsi que sa sœUr, dans deux certificats authentiques (1), et M"' Boulade y déclaré que, « tandis qu'elle demeurait chez les sieur et dame Galas, elle y a rempli ses devoirs de catholicité, et fait sespâques, en l'année 1757 ; que le dit Galas la faisait accompagner dans toutes les églises par des personnes de confiance. »
Nous retrouverons la même modération dans sa conduite envers Louis, celui de ses fils qui était devenu catholique, et plus encore envers la servante, qui l'avait aidé dans cet acte si pénible h ses parents.
11 n'est pas étonnant qu'une telle conduite eût valu à Calas le respect et même rafi"ection des catholiques sensés. Aussi n'était-ilpas seulement en relations d'amitié avec ses coreligionnaires. Les papiers de famille , les dépositions du procès nous le montrent en rapports habituels avec des personnes des deux cultes et quelquefois même avec des prêtres.
Parmi les protestants, le marchand de Toulouse était
(l) Arch. Imp. — Le juge Bonafoiis a donné lui-mftme une alteslalionloule conforme. D*aulrcs témoins nombreux, notammenl Houlés-Lagarriguc et son fils, onl déposé dans le môme sens. Tous ces cerlificals qui exislonl encore aux Archives , ne furent produits, comme toutes les pièces ou dépositions à décharge, que plus lard, devant le Grand Conseil et les Maîtres des Requêtes.
•LA FAMILLE GAUiS. U^
plus considéré encore, et quoiqu'il ne jouit que d'une fortune très-limitée, nouslevoyons-, dans les châteaux du Languedoc, admis à la table des seigneurs (1) , dont quelques-uns le traitaient en ami et dont plusieurs étaient ses alliés par son mariage.
11 avait épousé à Paris, en 1731, une femme qui lui était supérieure par l'étendue de l'esprit, et qui était digne de lui par sa force d'âme et l'élévation de son caractère. Anne-Rose Gabibel était Anglaise de naissance, mais Française de race. Elle appartenait à ces familles de huguenots que Louis XIV contraignit à l'exil, après les avoir ruinées. Sa grand'mère était une La Garde-Montesquieu. Le marquis de Montesquieu , ainsi que les Polastron-Lahillère, étaient ses cousins issus de germains, et elle était parente de quelques autres familles nobles du Languedoc et de plusieurs officiers supérieurs, chevaliers de Saint-Louis. Ses amis s'en souvinrent pour elle, lorsqu'il fallut intéresser à elle le public et le gouvernement, lorsqu'elle portait en prison le deuil de son fils suicidé et de son mari exécuté à mort, étant elle-même, ainsi qu'un autre de ^esfils, sous le poids d'une accusation capitale. Mais dans sa boutique de la rue des Filatiers, elle ne songeait guère à ses ancêtres, et si elle eut tout le courage des nobles d'autrefois, elle n'eut rien de leur vanité. Quand Voltaire la connut, elle lui inspira de l'étonnement et du respect, par son énergie calme, par la dignité de son caractère et mie vigueur d'intelligence que rien n'avait pu abattre. Deux ans après la réhabilitation de Jean Calas, Voltaire écrivait encore à l'avocat Elle de Beaumoiit, au sujet de Sirven : « Je vous avertis que vous ne
(i)Arclu lmp«
Ilfi LA PAMILLI CAU&
truHvarM peaMtrepas dans ce malheiirau père àtfh
tiillli» U même présence d'esprit, la mtoie force, les
méuttiM ressources qu'on admirait dans M** Gabs (1). >
\\^\M\i les Juges, ses réponses et ses confronlatioiis
MMil plus roniArquables encore que celles de son mari, (iHif^ qu'olle discerne avec plus de pénétration ^deprémim^ d'iMiprlt les pièges qu'on lui tend, proteste afec \\\m do résolution contre les témoignages faux on mal IMlmillouuiliSi et trouve, dans son cœur de mère, un degré li'uMNUtHUlcn que rien n'égale. On leur répète sans cesse k l(Mi« Am% quo leiur fils Marc-Antoine allait abjurer, \\\\\i\\ m ^\ sftr» que cela est prouvé. Jean Galas ne \mm (|0 iH^|uvudrt> qu'il n'en a jamais entendu parler que do h iMUiohe dt^ ses juges et après la mort de son fils. M*^* OhUm AMw^ haiHliment que cela ne peut être, que «MU nu M\ daus des sentiments tout contraires, qu'dle Mflil s(kro do lui \ U n^aumit pas usé de dissimulation mm MHi«\ diholle (â)« On sent dans toutes ses paro- Imh lu mm\' imx de la mère qui a trop connu, trop Hiuitl 00 ilU Mi umlheureux et si coupable, pour le laisii\i\ «MHmtior Mprès sa mort de ce qui serait à ses yeux MM iMii do |)lutt. £tait«ce donc une fanatique hugue- MMio (|U0 oolio simple et noble mère de famille? Loin de jti. Kllu eut part il tout ce que fit son mari pour les de- MMÛiiollos tluuafuus, )K>ur leur servante, coupable d'avoir ouiiainé un de ses fils à abjurer, pour ce fils lui-même.
(1) IttUre du 90 mars tT6T. — Les aâyertaires des Galas ne peuvent lirélsudre qvk^ivi Voltaire veui tromper l'opiaion publique. \\ éprit, tloui ans apr^s la rdluibiUtatlon du roué, une lettre toute coudenOttlle à uu homine qui eoonaissalt beauooup mieux que lui «Ht dont U parlait.
(t) Aroh. Imp, mm GonAronUtions de la D*** Galas.
LA FAMLLB CALAS. 47
Tout ce qui loi est particulier à Tégard de ce ^ , c'est ce qu'écrit un ami de la famille nommé Griolet: qu'il « a vu plus d'une fois les yeux de M*"* Calas se r^nplir de larmes, toutes les fois qu'elle le voyait passer devant ta maison où il n'entrait plus (1). » Elle en a donné elle-même le motif dans les ternies les plus tou* chants (2) : a L'accmée répond qu'il est vrai que sa aaisibilité se révdllait toutes les fois qu'elle voyait passer Louis Galas, son âb, attendu que depuis quelque temps, Une la reconnaissait plus pour sa mère. »
M^ Galas, plus jeune de dix-huit ans que son mm^ en avait environ quarante^cinq lors de la mort de son fils aîné.
Leur famille se'composait de six enfants, Mare-Antoine^ Jean-Pierre , Louis, Ann&-Rose, Anne et Jesm-Loui** Donat, et d'une servante catholique, ftgée de quarantecinq ans environ, Jeanne Viguier (3). C'est à dessein que je rapproche ainsi de ses maîtres cette fille dévouée > à qui vingt-cinq ans de services (k) et une estime méritée avaient donné des privilèges, dont elle ne crut pas abuser en convertissant un des enfants de la maison (5).
(i) Aréh. hnp. Leure de Grioleu
(t) Jb. Gonfir. de la D"* Galas.
(B) On rappelai! Viguière, Boivant Tiuag* romain, qoi t'en per^ pétné dans le patois languedocien, de donner à une fiUe le nom de ton père avec une désinence féminine. On nomme Viguiëre ta fine de Viguier, comme autrefois H fille de Marecié TttUkn «tait tiaè Tullia.
(4) Déd. de LouU.
(5) On lui demanda dans le cours du procès comment elU a pu mter vingt-quatre ans chez des personnes d'une religion opposée à la sienne. U fallait donc que les protestants n'eussent point de domestiques, puisqu'une déclaration du roi leur ordonnait de n'en
/iS LÀ FAMILU CALAS.
Il est incoûceTable qn'on ait cm fanatiques jusqu'au parricide, des gens qui gardaient chez eux et ne cessaient de traiter presque à Tégal d'un membre de leur propre famille, la serrante qui, à leur insu et contre leur . volonté expresse, avait travaillé et réussi k convertir leur fils. Ce qui, peut-être, est plus étrange encore, c'est de voir cette même servante paraître devant quatre juridictions successives, sous Tabsurde accusation d'avoir assassiné le frère aîné pour empêcher ou punir le môme acte qu'elle avait elle-même fait accomplir par le cadet. Elle partagea tous les périls de sa maîtresse, lui resta inviolablement attachée jusqu'à son dernier jour et rendit encore un témoignage légal à la vérité en 1767. Par cette conduite réciproque de la domestique envers ses maîtres et de ses maîtres envers elle, par son dévouement à toute épreuve, par la liberté extrême que lui avaient valu ses excellents services, Viguière appartient à une classe de domestiques dont on retrouve encore, et surtout dans nos provinces méridionales, quelques rares exemples.
Elle était, du reste, une catholique très-fervente. Des certificats de ses confesseurs sont au procès (1) et prouvent qu'elle se confessait et communiait fréquemment. Au dire de Louis Calas (2), elle entendait la. messe tous les jours et recevait la communion deux fois par semaine. Elle a persévéré toute sa vie dans ces habitudes de piété. On a remarqué avec raison que si elle
avoir que de catholiques ? Viguière répondit que n'ayant jamais été gênée en rien, elle 8*e8t bien trouvée de la condition,
(1) Arch. Imp.
(2) Décl, de L«-C.
LA t'AMILLE GALAS. U^
s'était obstinée par un faux point d'honneur à se parjurer sans cesse en déclarant ses maîtres innocents, elle n'eût pas manqué de l'avouer tôt ou tard au confessionnal; et sans aucun doute la communion lui aurait été refusée. Il n'en fut jamais rien. Supposera-t-on que ses divers confesseurs, à Toulouse et à Paris , aient commis des sacrilèges dans l'intérêt des Galas, en laissant communier toutes les semaines une fille qui se serait parjurée plus de cinquante fois par dévouement pour des hérétiques? (1)
Pour revenir de ces chimères à la réalité, disons simplement, à l'honneur de Viguière, que l'horreur du cachot, la menace sans cesse réitérée de la torture et de la mort, les souffrances qu'elle endura pendant qua- ,tre mois qu'elle eut les fers aux pieds, les promesses de pardon et de récompense, rien ne put la décider à accuser ses maîtres pour se sauver elle-même. Me était digne d'eux.
Nous ne pouvons en dire autant de tous leurs fils. Marc-Antoine, l'aîné, dont le corps mort fut portéà l'Hôtel-de-Ville le 13 octobre 1761, était né le 5 novembre 1732, et par conséquent mourut âgé de 28 à 29 ans. Par ambition, par goût pour les études et [es professions libérales, ilvoulut embrasser une autre carrière que celle du commerce. Il aimaii .^es lettres, et se croyait, non sans raison, quelque talen oratoire. Il avait étudié en droit et fut reçu bachelier par bénéfice d'âge le 18 mai 1759. Un sieur Vidal le prépara pour soutenir les
(i) A chaque inierrogaloire, recolement et confrontatioD, les âc«oués prêtaient serment de dire Ja vérité. On peut se figurer corn- Men de fois ce serinent fut répété dans ce procès quatre fois jugé.
60 hà^ FÀHILIiS GÀL48.
actes nécessaires à la liceace. Hais^ aaHiomeBfcde prendre le tilre d'avocali il se vit arrêté par on ol^stacle invincible (pà le força malgré lui à se ceslena^ 4An» la boutique de son père et k Taider daas ses ocettpAtiieB&. Pour être reçu avocat, un certificat de cath^iitei^ étaift indispensaUe. Quelquefois les pièce» de ce g€a3M; &m%9A donoées par oomplaisaikce et sans examea DisirkwtBiQte avant son suicide, Març-Antoin« éiait allé deiModist UA certificat ée eatk^idté k l'abbé Boyer,. enté d(& k «ithé^ drale et de la paroisse qu'habitaient les Galas. AtvmmmA où lecuré allait donnerkMarc-AiitoineractQcpt'il scdttôtait, son domestique (1) le préviat que ca^ jâuné hammt^ était protestant. Le curé, atn» averti,. refosSé le eerlificatt^ et eiigea pour condition une attestsfkioa signée d'i«ii|Krètrai auquel llarC'^Anloine se serait coofessé el ifoi né^^n^ dit de sa beane foi (3). Ce refus jeta le jeima hoouM dans un anier «hagri». Ton» ses i6^m s'écnmbiîeti devant la nécessité d'un acte qu'il ne voulait pas i»* complir^
Un jour qu'il était debout devant kiboutk|iiev il vil passer M* Beaux, son condisciple, qui revenait du palais oùil avait été reçu, kl'iiistant même, avocat auPaiiement. Beaux lui demanda : « Quand veux^tu en faire autant? n Il répondit que c'était impossible « parce qu^il ne Voulait faire aucun acte decathoUcité (3). n Profondément a£9îgé de M voir ainsi fermer la carrière qu'il avtti rêvée» MarcHiaMiiie chercha en vain quelle autre profession il
(0 Sudre, I.
(2) Déclamtion du curé de Saint-Eiienne.
(S) Arch. Iin^«— Dép^ da M* Beaux, interpellé par huissier à la re«|uète dot GaliM»
IdL TAMILLB CiLAS. 51
poomit adopMr. Tontes lui étaient interdites pur qùeH" qoe Béclaratûm iu JHm{i).
II essaya enfin, non sans une vive répugnance, de se tourner Ters le ^sommerce qu'il avait le tort de dédaigner, mais qui était sa seule ressource. Il allait s'associer avec im marchand d'Alais, lorsque l'impossibilité de fournir à temps un cauticmnement de 6,000 livres lui en fit manquer rocca^on. Il voulut devenir l'associé en titre de son père, quin*y consentit point, quoique depuis quatre ans il l'eût initié à ^utes ses affaires et se fit partout représenter par lui, ler^ardant, dit-il, comme un second luimême (2).
L'intérêt de toute sa famille lui interdisait absolument de donner des pouvoirs trop étendus à un fils qui n'avait aucune aptitude pour le négoce et chez qui des goûts dangereux de jeu et d'oisiveté se développaient toujours davantage. En effet, irrité contre le présent et sans espérance pour l'avenir, ce malheureux jeune homme de-
(i) On peut voir daosle yieux Cévenol de Rabaat SainU-EtioDiie (notesda ch.a)kloDgi]e liste des professions interdites aux protestai) is par Louis XIV. Le commerce seulleur restait, parce qu'ilest impossible, même an despote le plus absolu, d^mpêcberune classe quelconque de ses sujets de vendre et d'acheter. Il fallait se faire calholique poor devenir avocat (Déclaration du Roi du il juillet 1685; Arrêt du conseil du 5 novembre 1685 ; Déclaration du Roi du 17 novembre 1687); — Procureur (Décl. du 15 juin 1682); — clercdeprocarenr (DécL du lo juillet 1685); — huissier, sergeat, archer, reeors (DécU du 15 juin 1682); — imprimeur, libraire, orfèvre, médecin (Arrêt du conseil du 9 juillet i 68 5;)^Décl. du 6 août 1685); — chirurgien, apothicaire et épicier (Edit du 15 septembre 1685); — domestique d'un protestant (Décl. du 1 1 janv. 1 686); — apprenti chez Tin protestant (Sentence de la police de Paris, I62r)« £a 1748, i Ganges, la femme Fesquet fut condamnée à S,00« livres d'amende pour avoir exercé Tétat de sage-femme sans être catheU^e»
(2) Arch. Imp. — Interr,
52 LA FAMILLE GAIiAS.
vint joueur ; les témoins nous le dépeignent passaatau jeu de paums ou de billard tous les moments dont il pouvait disposer. Non-seulement il y était presquertoujours Taprès-midi des dimanches et fêtes, mais il yretooraait chaque jour après le souper de famille. Il y jouait, pour un homme de sa condition, assezgros jeu, jusqu'à y perdre quelquefois, dit un témoin, 6 fr., 12 fr. et même un louis. Le jour môme de sa mort s'était passé presque entièrement au billard et au jeu de paume. Un autre témoin (1) l'a vu jusque vers sept heures dans l'établissement des Quatre-Billards. Il est certain que, dans cette môme journée, son père l'avait chargé de changer des écus contre des louis, qu'il n'en rendit pas campte,.et que cet argent n'a point été retrouvé. Nous avons dit qu'il portait dans ses poches au moment de sa mort (2) des vers et des chansons obscènes.
Cette mauvaise conduite ne l'empêchait point d'être, seul de sa famille, enclin au fanatisme. Sa religion était sombre comme son caractère. Un prêtre a déclaré l'avoir entendu soutenir qu'on ne pouvait être sauvé dans l'Eglise romaine, et que tout catholique était éternellement damné (3). Aussi mon trait-il souvent une irritation amère au sujet de la conversion de son frère Louis. Nous en citerons un exemple attesté par le chanoine Azimond, et il seraitfacile d'en indiquer bien d'autres. « Je l'ai entendu, écrivit plus tard à M"® Anne Galas, le négociant Griolet (4) , se fâcher du changement de religion de monsieur votre frère Louis. » Louis lui-même rapporte que lorsqu'il
(1) Malhey. — Arch. Imp»
(2) Procès-verbal de David, etc.
(3) Arch. Imp.
(4) Ib.
s'informa auprès de son frère, le 12 octobre, du paiement de son trimestre de pension, Marc- Antoine lui répondit brusquement: « Ce ne sont pas mes affaires; vous n'avez qu'à faire comme vous pourrez. » Le 8 janvier 1761, il écrivait h Gazeing, à propos de Donat pour lequel on demandait de l'argent : « Je parlerai à mon père pour lui, quoique nous soyons dans une circonstance critique, puisque nous ressentons beaucoup la misère du temps ; et de l'autre côté, notre déserteur nous tracasse. Il veut faire contribuer et il agit par la force ; ceci soit entre nous (1). »
((Le père, très-bon, dit le témoin Alquier (2), faisait souvent la guerre h Marc-Antoine sur son caractère sombre et mélancolique qui le rendait triste et taciturne, et l'empêchait de prendre part aux amusements innocents que l'on faisait dans la maison. Il paraissait toujours rempli de tout autre objet que de ceux qui faisaient la matière de la conversation, étant la plupart du temps assis seul à l'écart pendant que les autres s'amusaient. » Le chagrin violent de voir la carrière^se fermer pour lui au moment d'y entrer, le dégoût continuel des occupations auxquelles il se voyait contraint, son amourpropre blessé et son humeur morose lui donnèrent l'idée du suicide. Il était fort adonné à la lecture, et relisait souvent dans Plutarque et dans Montaigne ce qu'ils ont dit pour excuser ou louer le suicide (3). Il aimait les beaux morceaux et les déclamait avec plaisir, et avait eu du succès comme acteur dans la représentation de
(0 E. de B. 1.
(2) Arch. Imp.
(9) Cônfront. de M'"' Calai.
M t>A FAMIILB CALAS.
qi)6k|tiM traffédies tfoe les jeunes gens de ToiriOQBe«>- K«uili«^ma alors. C'était le tBupsoàrexanpledeyoHaîre Hvnil iiÛM imrtout en vogue les théâtres desodAlé. Mats on m^ iHMnartjtta que plus tard cpiels étaient les rôles ot Mhiv Vutoim^ avait brillé, les vers qu'il ainnitàredife. tu UMnoiu hodtile à sa famille, P.-J. Mirepdx, d^me qu II (t^uioignait beaucoup de ferveur en jouant le rMede h»ly ntott*, Mirtout dans la scène m* du V' acte. Ce thaatm, Hwi i^artitt |H«u inteliigent, s'imagine Toir dans cetteferveur to i^riMixr ilun ivrtain penchant pour le catholicisme, parée qu^' «"t'tto M^'^no civntient une allusion à la Messe ; il serait n^'ihMk' n^pltquffon montrant dans ce rôle f iconoclaste h\m \\y^ Imtht qui pouvaient plaire à un hfnguenot pasitM\m^: tout ivqtron y dit des persécutions deffinpereur iH^'lo )HH(vail» au^sHi bit^n que VEsther de Radne, don- \m^ \[\H\ ^ ^(^\\\U' allusion au sort des réformés de t^'ii^iHHv II ï^\\\ it^mn^uer tMnfln que la scène où Ton mbMlii^^l MAr\^ \wUMUotr^t i\4leoùPolyeucte s'obstine à \Umm<^m\U'V \f^ uuM t umI^ les instances de Pauline et ^j^^jVHv ««lu rtuhv t^unnu. Jean Capoulac, l'a entendu H^l^^iHMl «»u> A^H'^u^dt^ /N»/%*^Mr^avecleS' JuveneljSonami \\\\s\ *M«U c«^lMi\iut^V U;irv^ Antoine était Polyeucte, et JmwmoL v\ rM\v|c^trx\ ^M^ NHiu-père. Ledit Galas avait le s'^vsw M MMN^V du r\Mo qu il récitait, qu'il paraissait en \ ^^ <i*^' \^^ IrtVUH^t » \uU>in«» IMpech rapporte qu'il avait u^*^ll\H«^H^ U^^ Uvtw^ aux vvttx wi déclamant. D'autres ICuwmi!* m\ ^^tvM^nV* reliai quHI produisait en récitant les nluuvH^ 0\^ IS^Iy vwot^v Ou smiît que l'idée qui y domine \\n\ ^\s\hh\\s'\\s> \W U UHUt, tiUMtcvant de laquelle le héros \<^ s^smUx qu'il ui>\H|w de tous ^^es vœux et qu'il ap-
lVt)ai| ilaiu 1^ w^iw Cv^piit que Marc-Ant<Hne débitait
LÀ PAMILLl GALAS. S5
Mmrent avec emphase une mauvaise tnukietitMi du «oiialogue de Hamlet sur la mort et quelques fragments du Sidney de Gresset, qui sont la glorification du suicide :
«Qa*âBrif«-^oa8foit,voii«-m6me? Anxennois coodanné. Accablé da fardeau d'une .tristesse extrême. Réduit aa sort affreux d*ètre i charge i moi-mèuie, J'épargne aux yeux d*autrui Tobjet fastidieux D'homme ennuyé partout, et partout ennuyeux... J'étais lassé 49 viTre <et Je brise ma chaîne.. . Ma fanent exiptençe est un poids qui m'accable... Ce n'est point seulement insensibilité, Dégoût de runivers â qui le sort me lie; GTett ennni ée moi«méme, et haine de ma vie; Cett ma. brAlant désir d'anéantissement.
Je les ai combattus, mais inutilement ; Cette haine, alUchée aux restes de mon être, A pris an ascendant dont je ne suis plus maître ; Von cœur, mes sens flétris, ma funeste raison. Tout me dit d'abréger k temps de ma prison. Faut-il donc sans honneur aitendre la vieiUaise, Tratnanl pour tout destin les regrets, la faiblesse ; Pour obiei éternel l'affreuse vérité, Et pour tout sentiment l'ennui d'avoir été? ' Cest an stupide, au lâche, à pUer sous la peine, >à ramper^ é vieillir soas le poids de sa chaîne ; •fais vons en conviendrez, quand on sait réfléchir, Ifalheoreux sans remède, on doit savoir finir. D'aiUeurs, que suis -Je au monde? Une faible partie Peot bien, sans nuire au tout , en être désunie : A la société Je ne fais ascun tort; Tout ira comme avant ma naissance et ma mort.
(Act. I, Se. 2. — Act. II, Se. 6. Voir aussi Act. 111, 8e. 1.)
Ces vers, que Marc- Antoine se plaisait à répéter (1), lui offraient bien des points de comparaison avec la si- Ci) Lav. 3, etc.
tuatioûoiiil languissait. Peut-être, ce mot alors fameux, un brûlant désir d'anéantissement, était présent k sa pensée, lorsqu'un instant avant son suicide, il rendit k Jeanne Viguier, qui l'engageait à venir se chauffer : (( Je brûle. » Mais quelle fatale erreur il a commise, s'il s'est appliqué ce vers mensonger : Tout ira comme avant ma naissance et mxi morti Sans doute, il ne se serait pas tué s'il avait prévu à quelle fin horrible il condamnait son père, et quels longs malheurs il attifait sur tous les siens; tant il est impossible de n'être coupable qu'envers soi-même!
Le temps n'était pas encore venu où le suicide devint une mode littéraire et où les malheurs, imaginaires ou coupables, d'un Werther et d'un René bouleversèrent les esprits faibles. Mais les maladies du cœur humain changent de nom plutôt que de nature ; elles se trouvent au fond les mêmes k toutes les époques, et il ne faut pas trop s'étonner « qu'un jeune homme sans état et sans espérance, végétant plein d'ambition k côté du comptoir paternel (1), » tombât de l'orgueil froissé dans le désespoir. Un écrivain moderne, M. Hue, prétend sérieusement que la mélancolie de Marc- Antoine est une invention de Voltaire. Il n'a donc pas lu l'art. 7 du Monitoire, où les accusateurs des Calas disent eux-mêmes qu'il était triste et mélancolique et cherchent k expliquer cet état moral par la peur qu'il avait d'être tué par ses parents? Cette humeur noire, constatée ainsi par l'accusation elle-même dans un des premiers actes du procès et dans le plus hostile de tous, a été confirmée d'ailleurs parune foule detéuîoigriages. Pierre, interrogé si, pen-
(0 Ch, Coquerel, Eglises du Désert,
dant le souper qui précéda sa mort^ son frère était rêveur, répondit naïvement : « Pas plus que de coutume. » Il aurait eu un intérêt évident à répondre tout le contraire, mais le mot est d'autant plus significatif.
Peu de jours avant sa déplorable fin, il dit à un de ses amis nomimé Ghallier, avocat au parlement, qu'il avait un nouveau projet : aller à Genève, étudier pour le saint ministère et revenir se consacrer au service des Églises Réformées de France. Mais Ghallier répondit « que tout métier qui faisait pendre son homme ne valait rien (1). » En effet, dans le moment même où ils parlaient, le pasteur François Rochette était en prison et attendait le supplice. Marc-Antoine était de ceux qui aiment mieux en finir par le suicide que lutter et souffrir, et il est permis de n'ajouter aucune foi à sa vocation pour le saint ministère. A ce mot de son ami, il se leva et sortit, en disant : a Eh bien ! je pense à une autre chose , que j'exécuterai. » Il tint parole.
Son frère, Jean-Pierre, nous arrêtera peu, quoiqu'il ait eu sa large part des souffrances de la famille. G'est lui surtout que David regardait comme l'assassin ; il était évident, en effet, qu'un homme de vingt-huit ans ne pouvait avoir été étranglé par un vieillard : <( C'est toi^ » lui répétait le Gapitoul, « c'est toi qui as tué ton frère. » Nous verrons que, par suite de ces soupçons, il eut matériellement à souffrir, plus que sa mère, ses frères et ses sœurs. Mais c'est une grande et commune erreur de croire qu'à elle seule la souffrance est ce qui intéresse le plus; par elle-même, elle ne peut exciter que
(i) Voir plus loin le texte complet de cette déposition de M* Ghallier, au eh. VII : Xes Calot devant le Parlement.
^ -Là FAiaLLB CALàf.
lapHié; ee qui attendrit, ce qui émeat, ceipi'tBt fllgifc d'attendrir et d'émoiiYoir, c'est la aonffrance èânolq» mCTt sapfport^.€e fils de martyr n'étiU pas d'une sature énergique. Médiocre d'esinrit et nul de evactèn, il n'a rien de grand, ni de bien touctasit. k peine hd reprecherons-nous d'avoir abjuré par peur dans le ooa^ yent où il fut enfermé ; il n'y gagna rien, s'oErfoit dès qu'il put ^ se hâta de rétracter sa prétendue conreniiÉ. Dans toute sa conduite et dans ses réfxmaes devant ta tribunaux, s'il y a peu à blâmer, il n'y a rien àloder. Lotus, le troisième fils des Galas, dott bous arrélar plus longtemps : son rôle dans toute cette histomuit loin d'être honorable. Il prit souvent la défense de ns parents, mais sans suite et sans courage. Un jnge qoi ne peut 6tre suspecta personne, la sœur Anne^Iidie Fraiaae, qui montra tant d'estime à la famille Galas, n'avait nniH vaise opinion que d'un seul de ses membres, celui qdi, étant devenu catholique, avait le plus de titres à son intérêt. 11 vint souvent voir sa sœur au couvent et il était bien connu de la vénérable Visitandine. EHe parle de lui avec une défiance et un dédain qui seraient pins marqués encore, si elle ne s'adressait à sa pnqnre sœur (1). Sa cupidité précoce n'est que trop avouée et malheureusement tout est suspect dans sa carrièie,depids les étranges circonstances de sa conversion «u catfaoU-
(f) Vofr la s* lettre ^e la soeur Fraisse: « Je proSte da \dépÉn 4e M' voire frère, fui dit deveir partir éenaia far k Meaagdrieb Je -dis qui dit ; la confiance ne dépend point de soy ; iKons gavés gne je n'en ay pas de reste, et vous avés bien voulu avoir la bonté dé me le passer. » Dans la lettre suivante elle dit de' lui : M* votre frère en qui, vous savéa^ te rCay jamais eu confiance ; etc. , etc.
Goutt de Gebelin (dans les TovUmsaims) l'aeeuee d'svoir para en habit vert dans les mes de Tonloase après la mort dé «on pèn;
dsme eft 1759, jusqu'au certificait d'excellent jacobin que Barrère hii décerna du haut de la tribune delà Gonventioii en 1792. La kmgae série desi pièces isq^rimées qui parurent dans cette affaire s'ouvre par une Déclara-^ tiondu sieur Louis Codas (1), datée du 2 décembre 1761, qu'il fit suivre quelques semaines plus, tard d'un Mémoire jwiifcatif pour le sieur Louis Calas, de Toulouse (2). Lui-môme dans ces fûècesne se peint nullement en beau. C'est une. sorte de confession qui aurait plus de prix si, sons rimmilktifin des aveimx, on sentait se relever la dignité morde et le repentûr. Son bistoire comm^ice par des contestations d'argent avec son père.
Tout noi» démontre que Galas, par la juste considénh tioo dont il jouissait, et sa femme par ses relalions de parenté, occupaient un rang fort modeste sans doute, mais fort au-dessus de leur très-faible fcortune et de leur situati(m de marchands en boutique. Leurs enfants avai«st reçu une éduûalion a^aérieure àceUe des jeunes gens de la n^me classe ; on a vu qpie Marc-Antoine avait étudié pour di^enir avocat; il est évident que ce dernier et Louis ayaieot de hautes prétentions que leur père eut raison de ne pas satisfaire. Tantôt tous A&ol hiî^ demandment qoelq^t^ milliers de francs pour s'établir, et c'était plus qu'il ae pouvait |«ir donner ; tantôt ils voulaient, l'un ou rotttre». ua habit ^û^conleur claire. Gomme l'a remarqué
•i le fait eftt vtal, ce n'est pas que Louis fût insensible A nn si tef^ rible maUienr^ c'est que le fils du roué n'aura pas osé porter son deuiL<«-Mai8 une preÛTe très-plausible de la fausseté de cette anec^ dote^ c'est <pi'avAQt la mort de sou père, il devait déiji être en deuU de Harc- Antoine.
(1) BibUogr. n* j.
(S) BU>Uogr. n* t» .
Arthur Young, dans son Voyage en France^ à cette épwpe ob la noblesse perdait chaque jour de son prestige^ où le luxe des vêlements devenait la distinction sajuréme^les habits noirs ou gris étaient le signe d'une position infériiîunî, et quiconque avait de Targent à mettre sur «rf, cotnrne on disait alors, portait l'habit ou tout au moins h v(!ste et la culotte de couleurs vives et tranchées. Aussi voyons-nous sans cesse reparaître dans les exigences de I^uis ou de Marc-Antoine la demande d'un habit plus éclatant Leur père leur en donna de tout pareils, en drap bleu, avec des boutons de métal, circonstance qui a, comme on le verra, son importance au procès. Ces puérils griefs, ces vanités et ces impatiences de jeune homme donnèrent lieu plus d'une fois à des disimssions entre les fils et le père.
Depuis la Révocation, les enfants d'un protestant étaient armés contre lui, par les édits royaux, d'incroyables privilèges, pourvu qu'ils se fissent catholiques, et ils le pouvaient légalement dès l'âge de sept ans. Lorsqu'ils réclamaient une pension alimentaire, le taux en était arbitrairement établi par les autorités catholiques (1}. On répondra que des enfants ignoraient tous ces avantages. Mais trop souvent, presque toujours, il se trouvait auprès d'eux des gens très-disposés à les en instruire. La loi, nous l'avons vu (2), interdisait aux protestants d'avoir chez eux des domestiques de leur
(1) La déclaralion du roi du I7 juin 16 81 doûoail aux enfanti de parenls protestanls, dès Tàge de sept ans, le triple droit d'abjorer, de quitter la maison paternelle et de réclamer de leurs parents une pension,
(2) Décl. du roi du 1 1 janvier i08 6, sous peine d'amende pour le mattre et des galères pour le domestic^ue.
Culte, et il arrivait sans cesse que des serviteurs catholiques, dirigés par leurs confesseurs, venaient à bout de séduire les enfants confiés à leurs soins. Ge fut le cas de Louis Calas, que Viguière avait vu naître ; ni lui ni elle ne Tout nié; mais ce qu'ils ne disent pas, ce que le père et surtout la mère ont déclaré devant la justice maintes fois avec une grande chaleur (1), c'est qu'en toute cette affaire Louis, très-jeune alors (2) , fut dirigé par leurs plus proches voisins, autrefois leurs amis, le perruquier Durand, sa femme et l'abbé Durand, leur fils, que Jean Calas appelle son mortel ennemi, et enfin TabbéBenaben, ami de ce dernier. Ce sont eux, dit-il, qui ont fait faire par Louis ses placets au ministre,ce sont eux qui l'empêchèrent d'accepter la place qu'on lui avait procurée à Nîmes. Il se plaint que les Durand lui ont fait tout le mal qu'ils ont pu directement et indirectement. La femme Durand a pleinement avoué qu'elle dirigeait Louis, puisqu'elle a déposé elle-même que, a lors de sa conversion, elle fut obligée de le faire changer trois fois de suite de maison, crainte qu'on ne l'enlevât. » L'abbé se plaint dans sa déposition qu'à ce moment les sieurs Galas cessèrent de se faire raser par son père. Il est facile de s'apercevoir que Jean Galas ne fut très-irrité que contre cette famille et non contre Louis. Marc- Antoine lui-même, plus sévère à l'égard de son frère, a dit
(i)Interr« et Gonrr« de J. Calas et de la demoiseUe Calad.
(2) Je n'ai pu trouver la date précise de la conversion de Louis. Mais comme Tarchevèque François de Grussol-d'Uzës-d'Amboise mourut en 17 58, cette affaire où il intervint datait de quatre ans au moins, i la fin de 1761, et Louis ne pouvait avoir, au plus, que vingt ans. D'après d*Aldéguier, il n'en avait pas encore dix -huit (note 7). Ailleurs, le môme écrivain lui en donne environ dix-neur.
LA TàMSUM GALAS.
un jour qu*U leplmgmait ptaree fm*il tavaii qu^on le hd avait fait fairt. Enin^ le soîii que prirent left D»rand de cacher Lews à ses pw«its proove combien ils crtignaioit leur ini«efice sur le nooTean converti (1). II est imposable de nier qne, soi» cette impulsion étrangère, le jeune Louis n'ait mêlé aux tendances catholiques qu'il avait reçues de la vieille sairante, des vues très-positives et très-inléressées. Sa conversion ne fut pas le premier ni le seul chagrin qm'il donna à ses parents. II dit kukméme de son ahjurati(tt (2) : ti Je la conduisis de concert Hxet d'autres projets sur mon et»? blissement ; bmu père fut presque anssitét instruit de l'un que de l'autre. » Et ailleurs (p. 7) : « C'est la dernière chose qu'il apprit, après tous les sujets ée tracas-*, série que je hn donnai pour bms intérêts. » Voici comment il a raconté la découvH^te de son secret et la part qu'y prk Mare^toine :
Pénétré des sentiments de ma nouvelle reli^on, mo^ zèle trop ardent me porta à méditer un projet dont mon père eut très lieu d'être fâché : j'osai adresser un Placet, sans l'en avertir, à M' l'Intendant, dans lequel je lui demandais sans sujet, de m'obtenir du Roi des ordres pour me séquestrer, ensemble avec mes sœurs et mon frère Jean-Louis-Donat. Je laissai imprudemment tomber de ma poche cet écrit téméraire. Marc<< Antoine mon frère s'en ^sit. C'était uo jour cj^ j'étois dans
(i) Cet abbé Durand mourut, au mois d'octobre 17 63, d'une fièvre maligne qui Temporla en sept jours. La sœur A.-J. Fraisse en raconlant à M"* Calas, pour qu'elle en fasse part à son frère Louis, la mort de cet ennemi de sa famille, ajoule ces mots bien certainement ironiques : Jl est mort en saint comme il avait vécu, La reliçieuse se repentit SQSsitôt de cette Ironie malséante et l'effaça* Hais il est trèsfacile de lire les mots qu'elle a barrés.
(3) Mèm. Justif., p. 4.
le magazin de mon père ; j'essoyaâ de lapart deiaoïi •flualheureux frère, sur cette entreprise, des reproches amers, etsurtou t contre mon inexpérience et mon ingratitude envers un, père qui ne me refusait rien pour mon avancement.
Honteux de ces r^oches mérités, il n'osa pas affronter la douleur de sa mère et la juste indignation d'un père si cruellement offensé. Il s'enfuit chez ses amis Durand, et se ménagea des intelligences avec Viguière, qui lui donnait des nouvelles de sa famille et môme lui porta de l'argent (i). Il se tint caché pendant quelque temps chez les dames Larroque et Peyre. De là il négociait avec son père. La conversion d 'uti protestant était encore à cette époque un mérite dont chacun se faisait gloire et qui pouvait devenir avantageux. Un Conseiller au Parlement, M. de La Mothe, à qui l'on fit honneur de cette abjuration, se chargea d'aller l'annoncer à la famille. Jewi Galas, éclairé par la découverte du placet, ne pouvait que s'y attendre et ne devait pas regretter la présence dangereuse d'un fils qui avait voulu se venger de quelques refus, en lui faisant enlever ses quatre enfants mineurs. De pareilles demandes avaient toujours chance d'être écoutées. Le père répondit froidement au Conseiller de La Mothe, par ces paroles aussi simples que dignes: « J'approuve la conversion de mon fils, si elle est sin- <i cère. Prétendre de gêner les consciences ne sert ja* « mais qu'à faire de parfaits hypocrites qui finissent par «n'avoir aucune religion (2). »
Il est remarquable que les Galas, lorsqu'on les accusa plus tard d'avoir persécuté Louis, qui ne rentra jamais
(0 Conrrontaliou de Jeanne Viguier.
. (2) Déclaration de Louis Calas.
chez eux, demandèrent toujours en vain qu'on fit citer M. de La Mothe, pour rendre compte de ce qu'il avait va et (îutondu. Ce témoignage , trop favorable, fut systématiquement écarte^; c'eût été uu scandale aux yeux des Juges qu'un membre du Parlement parût, dans cette cuuHe, comme témoin à décharge.
Lu négociation entre Louis et son père , toujours par Intermédiaires, se prolongea. Galas lui envoya tous ses elTots, et lui fit faire rhaî)it qu'il demandait, pareil à celui (le son frère atné. Mais il voulait avec raison éloigner son fils des Durand, et il lui avait trouvé une place h Ntmos chez un catholique, fabricant de bas. Louis, soutenu pur ses conseillers, refusa obstinément de quitter Toulouse, probablement parce qu'il voulait la victoire entière (1). 11 l'eut. Il attendit patiemment le retour de l'Archevêque, absent, M. de Grussol, alors Archevêque de Toulouse, manda chez lui Galas et arrangea r affaire. Il va sans dire que ce fut en obligeant le père huguenot à céder au fils converti. Louis fut placé à Toulouse. Son père paya 400 livres pour son apprentissage ol 600 pour des dettes contractées sans son consentement. Cette dernière libéralité prévint un ordre du Ministre qui la commandait. Mais le jeune homme ne se tint pas pour content. Après le Conseiller et l'Archevêque, il lui restait le Ministre à exploiter contre son père.
(t) Le prélexle qu^il en donna lui fut sans doute suggéré; en tout cas, il est caraclérislique. « Ne me croyant pas encore assez affermi dans la nouvelle Foi que je venais d'embrasser, je craignis le danger, pour ma persévérance, d'aller dans une Ville que personne n'ignore être malheureusement infectée, pour la plus grande partie, de l'Erreur que je venais de quitter. » Je suis convaincu que cette phrase n'est pas de Louis, et ce style me semble trahir, même en ce moment où il défend sa famille, quelqu'un de ses conseillers ecclésiaBiiques*
Malgré sa bonue volonté , dit-il dans ses tristes aveux, je ne cessai de lui faire de nouvelles demandes. J'eus même la témérité de lui écrire une lettre pleine de menaces, que s'il ne me faisait pas une pension suffisante et relative à mes besoins, je m'adresserais aux puissances pour Ty contraindre. L'effet le plus prompt suivit de près cette menace : je présentai un placet au ministre, au sujet de ma pension ; demande que mon père improuvait moins que la route que ma trop grande précaution m'avait fait prendre, et, nonobstant ma précipitation, il consentit à régler cette pension avec un négociant, ancien Capitoul de cette ville. Mon père n'insistait que sur la dureté des temps et la médiocrité de sa fortune. Il fut enfm conclu que la somme annuelle de 100 livres me serait adjugée pour mon entretien*
Nous verrons plus tard que le placet de ce fils avide et ingrat lîûssa des traces funestes dans l'esprit du tout-puissant ministre. Sans doute, ces diverses sommes paraîtraient fort insignifiantes aujourd'hui; mais, à cette époque et surtout dans les provinces les plus éloignées de Paris, l'argent était rare. Nous verrons d'ailleurs des preuves trop positives de la gêne où se trouvait Galas (1). Il donnait ainsi au déserteur de la famille plus qu'à aucun de ses frères. Il déclara (dans ses confrontalions) que, depuis cette époque, il lui avait envoyé de l'argent à diverses reprises, en sus des sommes convenues, par l'intermédiaire de M. de La Mothe.
Ces arrangements définitifs amenèrent le père et le fils à se revoir. L'entrevue se passa chez un négociant, l'ancien Gapitoul Borel, et en sa présence. Galas
(1) M. Calas, dit le témoin Alexandre Fabre, n'a pi payer 50 livres échues de la pension de son fils Louis, a malgré menace de lai envoyer la garnison. »
embrassa tendrement son fils et loi dit : a Pourya que ta continues de te bien conduire et d'être sage^ je ferai pour toi plus que tu ne penses (1). »
Dès lors, toute relation directe cessa entre Louis et sa famille, à Texception des réclamations qu'il trouvait moyen de faire parvenir à son père, dès (jfu'ùn des quartiers de sa pension était en retard. Il 6n avait parlé encore à Marc-Antoine, le 12 octobre, veille de sa mort
Afin de rendre moins invraisemblable le meurtre du fils atné, on a accusé les Calas de cruauté envers Louis; il importe par conséquent de se rendre' 'un compte exact de leur conduite envers ce fils devenu- «athoKqoe; nous citerons à ce sujet la déposition très-positive d'un chitnoino, ami de la maison, Tabbé Azimond, que Louis avait envoyé à son père en décembre 1760, potir lui demander des fonds, afin d'établir un magasin en s'associant avec un sieur Bordes. Le père répondit qu'il n'avait point d'argent comptant, mais qu'il consentirait à donner, pour 3,000 fr. en argent,10,000fr. en marchandises; que, du reste, il ne lui conseillait pas de s'établir encore, comme étant tropjeune.il ajouta «qu'il désirait fôh son avancement et qu'il ne l'aimait pas moins, quoiqu'il eût changé de religion (2). » Et comme Marc-Antoine, qui était présent, s'opposait à ce que son père fît un don aussi considérable à Louis, en lui rappelant avec emportement les torts de son frère et son abjuration, le sieur Jean Calas, dit l'abbé Azimond, fut obligé de lui imposer silence. Celte violente opposition n'empêcha pas le père de persévérer dans son offre en faveur de Louis. « Il m'en parla,
(0 Décl,, p. 5 ; /&/df.,p. 5î Mêm.jusU, p. 6. (2) Arcb, Imp. voir aussi Méra. juslif. , ibid.
LA FAMILLE GALAS. jfi7
ajoute le chaaoiiie, avec tout l'amour qu'un père fMiit avoir pour ses eafants, et de toute sa famille qu'il aimait tendrement. Je n'ai conmi en Iui>que*4es s^timeats d'honneur et de probité. »
Loin d'être des fanatiques implacables etdéoalurés, ses parents n'avaient d^nc pas cessé un seul iaslant de le chérir, et unprétreimpartialneus les montre eneorepréts à venir en aide à leur fils, seion la mesure de leurs moyens, dans une entreprise qu'ils ne lui conseillent point, et malgré k colère et les efforts <de son frère aîné.
Il est absolument iaux qu'ils aient reaié ou chassé Loiûs, pour le punir d'avoir ^juré; oe furent au contraîre ses conseillers catholiques fqui^ le tinrent soigneusement éloigné d'une maison où ils craignaient qu'on n'agit sur sa conscienoe et sur son oœur, pour le ramener à la foi protestante. Nous aurions pu supposer, et même conclure de divers indices, qu'il en fut ainsi ; mais un prêtrequi devait le savoir mieux que personne, l'abbé de Gontezat, le déclare formellement, dans sa violente brochure contre Paul Rabaut. (1); il est certain que la séparation de Louis d'avec àes. parents avût été ordonnée par ses protecteurs.
Il résulte d'ailleurs de la déclaration du roi, citée plus haut, que c'était une règle établie, un usage généralement pratiqué, de nejamais laisser retourner chez leurs |)arents un fils ou une fille qui avaient abjuré, de peur qu'ils ne fussent tentés de revenir au protestantisme.
Plus tard, dans tout le cours de cette malheureuse histoire, nous verrons Louis Calas agissant tantôt pour ses parents, dont il prit hautement le parti, tantôt aux
(I) Observations, etc., p, 7, Voir Bibttofr, , ti* 12.
d^jMMw do sa famille et en faveur de l'Eglise à laquelle il »\Hail iwi, mais, toujours et partout, cherchant à se proourt>r de Tarèrent par des moj^ens plus hardis que dèliouts«
Dt^nat, lo plus jeune des quatre frères, le dernier entm\ do la famillo, était apprenti dans une maison de comu\oroo h Ntmos, lors du malheur qui frappa tous les siens. 0\\ lui dimna lo conseil de fuir à l'étranger, pour éviter d'tMrt^ OM\olopi>é dans des dangers qu'il était trop jeune pour alfVtn^UMr utilement. Cette disparition parut suspecte o( \\\k\ no manqua pas d'y chercher un nouveau crime. u A la domonoo de ces calomnies, écrivit plus tard le jeune \M>xM, on ajouta celle de dire que mon père m'avait ansasainô. J'étais alors trés-Ioin de ma famille et je fuâ obligé d'envoyer un certificat de vie(l). » Agé alors dt) quiiuû ans, et fort joli de figure, ce fut cet enfant (juo Voltaire lit venir pour Tinterroger et dont les répimses nuh'os et les larmes gagnèrent à sa famille le prolecleur puissant qui leur lit rendre justice.
Nous n^HYOns rien que d'honorable à dire des deux deluoisolles Calas. Le 13 octobre, elles étaient à Séchabois; (' était la maison de campagne d'un négociant, intime ami lie leur famille, ïeissior. L'accusation a voulu voir dans celte circonstance une preuve de la résolution prise par les parents d'assassiner leur fils atné. 11 serait naturel en effet que, voulant commettre un crime aussi épouvantable, ils eussent éloigné leurs filles, ne fût-ce que par prudence. Interrogée h ce sujet (2) , iM"* Galas répondit
(I) Lellre à l*Archev6qae de Toulouse, p. 2S. Voir RibUographie, n* 19.
(a) Arch. Imp. — Inlerr. de laD°* Galas.
simplement que ce séjour de ses filles au sein de la famille Teissier avait lieu tous les ans. Comme Tannée précédente, leur frère Pierre (1) les avait conduites à Séchabois ; comme Tannée précédente aussi, leur père et leur mère devaient aller plus tard y passer quelque temps avec elles et les en ramener (2) .
Ces deux jeunes filles se ressemblaient, ou plutôt ressemblaient à leur mère, comme du reste, tous ses enfants. Mais rien n'était également réparti entre elles ; beauté, grâce, intelligence, la cadette avait tout en partage.
L'aînée des sœurs, nommée Anne-Rose comme sa mère, était une personne fort ordinaire ; il n'y a pas, dans tous nos documents un mot à relever qui lui soit personnel. Elle mourut sans avoir été mariée.
Il en est tout autrement d'Anne, laplus jeune, qu'on appelait familièrement Nanette (3) , et qui devint plus tard la femme du pasteur Duvoisin. Grimm décrit avec enthousiasme ses traits charmants, sa grâce touchante et naïve. Un juge beaucoup plus sévère rendit souvent l'hommage le plus chaleureux et le plus impartial à son caractère élevé, à sa conduite dirigée par le tact le plus délicat. La sœur Anne-Julie Fraisse, dont elle fut l'élève, en vertu d'une lettre de cachet, au couvent des Vi-
(t) Voir aussi Mém. joslif. de Louis, p. lo.
(2) M* Sudre demanda , dans son deuxième Mémoire, Tautorifationde prouver que Calas avait invité un bourgeois de ses amis à aller avec lui, sa femme et sa jeunesse, passer le dimanche chez Teissier. Ce fait justificatif ne fut pas plus examiné que les autres.
(3) Nous ferons souvent de même, pour éviter toute confusion avec sa mère, sa sœur, et la religieuse de la Visitation qui portaient toutes le m6me nom.
70 LA FAMILLI CALAS.
sitandines, devint son amie, txmt ea se désolaat sans cesse de n'avoir pa réossir à b convertir. Nons publions plus loin la correspondance spiritodle et touchante de cette rdigteuse, déjà avancée ai âge, avec la fille du martyr protestant et la femme du pasteur. Cette correspondance dura douze ans, et la mort seule Tinterrompit. On y verra à quel point Nanette avait gagné le cœur des religieuses et surtout de sa directrice, personne aussi remarquable par sa vive intelligence que j>ar sa pieuse charité, et qui devint un champion courageux et zélé des Galas, défendant par sentiment de justice et de bonté, ces protestants dont elle déplorait la^perdition éternelle, et travaillant ainsi à la même œuvre que Voltaire, dont le nom lui était en abomination.
G^est un honneur pour la cause des Galas que d'avoir ainsi enrôlé dans un même combat, en faveur d'une famille protestante persécutée, les encyclopédistes à Pa< ris et les Visitandines à Toulouse. Nous verrons agir à la fois pour la veuve et les orphelins de Galas, Voltaire, du fond de son château de Ferney, la sœur Anne-Julie, de son monastère de la Visitation, et Paul Rabaut, du Désert.