I-e 18 novembre I76i
Les condamnés furent aussitôt transférés de la prison de l'Hêlel-de- Ville à celle duPalais, et là on leur mit les fers aux pieds, petite torture en attendant la grande, mais humiliante et douloureuse, surtout à la longue. Jean Calas ne quitta les fers que le 10 mars pour être mis à la question et rou^. Les autres les gardèrent quelques jours de plus, quatre mois environ
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Ce fut en vain que David Lavaysse tenta de soustraire son fils à cette gène, ce fut en vain qu'il offrit de payer autant de soldats qu'on voudrait pour le garder à vue, ce qui mettait à néant le prétendu motif de sûreté. Lagane fut inflexible. Il \oulait des aveux et croyait les obtenir par la rigueur.
Ce fut le 5 décembre que le Parlement de Toulouse jugea l'appel, par un arrêt dit interlocutoire^ cassa celui des CapitoulSjleur fit « défense de, à l'avenir, ordonner H que les prévenus seront seulement présentés à la tor- « lure sans y être appliqués , » retint la cause quant au fond et maintint le commencement d'information comme valable. Le conseiller Pierre-Etienne de Boissy fat délégué pour continuer l'inquisition.
Elie de Beaumont fit remarquer plus tard (1) qu'en tout ceci le Parlement, à son tour, agit avec une précipitation extrême.
On mit sur le bureau, dès le 5 décembre, le procès k juger pour le fond, lorsqu'il n'y avait pas même assez déjuges de Tournelle à Toulouse, pour faire arrêt, et lorsque l'appel même du Mo- DÎtoire était pendant à la Grand'Ghambre. On fut obligé d'aller an bureau de la Grand'Chambre, où se trouva seul (n'y ayant alors aucun travail) un conseiller qu'on amena à la Tournelle et qui n'opina certainement pas pour les accusés.
Ainsi qu'on vient de le voir, les prévenus avaient interjeté appel comme d'abus contre le Monitoire. Nous avons prouvé que cet acte scandaleux était rempli d'illégalités et de nullités évidentes; on a pu lire ici même quelques textes de loi d'une précision irréfragable à cet
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égard. Mais ce fut alors que parut dans tout son jour l'abandon où se trouvaient les Calas, et la crainte qu'on avait d'attaquer dans le Monitoire l'œuvre c<Hninune de la magistrature otde l'Ëglise, l'objet de la confiance sans réserve de toute la ville. Personne n'osa soutenir l'appel (1) et la Grand'Chambre rendit un nouvel arrêt portant «qu'il n'y a abus dans l'obtention dudit Monitoire. » Enfin, un troisième arrêt ordonna la quatrième publication de ce même Monitoire pour le 13 décembre, comme nous avons dû le dire par anticipation ; la fulmination eut lieu le dimanche suivant. Seulement, pour couvrir l'illégalité patente qui résultait de ce que cette pièce émanait du Grand- Vicairie et non de l'Official , on Y fit joindre la sanction de ce tribunal; ce ne fut plus qu'une simple formalité, un hommage tardif à un pouvoir dont on avait eu le tort de se passer jusque-là.
( 1 ) En présence d'un pareil fait, il est au moins étrange d'entendre les modernes adversaires des Calas prétendre, sans aucune preuve, comme le continuateur de Dom Vaysselte, que plus de deux cent soixante ramilles du commerce, les nombreux alliés de M"* Calas (tous bons gentilshommes), beaucoup de membres du Parlement et de familles nobles alliées à David Lavaysso s'intéressèrent très-activement pour Calas, pour sa femme, pour le jeune Gauberl. C'est le contraire de la vérité. Tout était dans la consternation, et à peine quelques intimes amis conseillaient les deux jeunes filles restées seules, et Louis Calas, le déserteur du toit palernel.