ET LES PROTESTANTS DE FRANGE
Vox damtmtU m dmtrtn,
a Je ne doute pas, Monsieur, écrivait le C*" de S* Flo-
' jrentin au marquis de Gudane, gouverneur du pays de
Toix, de la sensation que la procédure instruite contre
\Ies Galas a faite parmi les Religionnaires du pais de
Voix. Vous avez très-bien fait d'éclairer leurs démarches
durant le cours de cette affaire (1). »
Ce qui agita et consterna les Eglises réformées de ITrance, plus encore que le supplice du pasteur Rochette ^ de ses trois amis, plus même que le danger des Galas et rhorrible exécution du père de famille, ce fut la calomnie inouïe du Monitoire, accusant au nom de la justice et par la voix du clergé catholique les protestants d'enseigner et de mettreenpratique un système d'assassinat à l'égard
(i) Dépèche du lO juin 1T62, Arch. Imp.
(le leurs propres eafaats. « Chaque protestant, écrivait au duc de Fitz- James sou agent Alison, regardait cette affaire comme personnelle, parce qu'ils prétendaient qu'on avait répandu que la doctrine de Cîdvin permettait aux parents de tuer leurs enfants qui changeaient de religion (1).» Leurs ennemis allaient jusqu'à expliquer par cette loi imaginaire la durée de leur Eglise en France; on ne s'étonnait plus de voir les enfants de ceux qui portaient le titre légal de Nouveaux-Convertis persévérer dans l'ancienne foi de leurs pères, puisqu'ils n'auraient pu la quitter qu'au péril de leur vie; et l'on se disait que la Saint-Barthélémy et la Révocation de l'Edit n'étaient pas des mesures, trop cruelles contre une secte si dénaturée et si sanguinaire. On déclamait contre l'horreur d'une religion de parricides ; et les protestants étaient justement indignés d'une calomnie si criante, si inattendue, après deux siècles et demi de martyres, dans un pays autrefois à moitié réformé, où des milliers de pères avaient vu leurs enfants abjurer de gré ou de force, sans qu'un seul les en eût punis par le meurtre.
Les nations protestantes s'étonnèrent que la France, au dix-huitième siècle, eût des populations entières si peu instruites de ce qui se passait au milieu d'elles, et des juges même, si étrangement ignorants. Quand on apprit en Suisse, en Angleterre, en Allemagne, en Hollande, dans les royaumes du Nord, l'incroyable accusation qui pesait sur le protestantisme en France, on en fut stupéfait.
Cette surprise générale aurait été plus profonde en-
(1) Egl. du Désert, t. i, p. 3Si,
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core si l'on avait pu lire ces paroles de M. le président du Pnget au principal Ministre :
« Mon zèle pour le service du Roy m'engage de vous représenter, Monseigneur, qu'il seroit essentiel de ' trouver des moyens pour empêcher l'entrée des Ministres de la Religion prétendue réformée dans le royaume, et empêcher leur commerce avec ceux de la même Religion qui sont dans les pays étrangers oU ils enseignent des maximes sanguinaires qu'ils viennent répandre dans nos contrées, en procurant par Ik des crimes affi^ux (1 ). »
Ces derniers mots concernaient surtout la Suisse et plus particulièrement encore Genève et Lausanne, où allaient étudier les futurs pasteurs de nos Eglises, depuis la réorganisation par Antoine Court d'un ministère régulier. Le bruit courait d'ailleurs, et nous verrons bientôt que ce n'était nullement au hasard, que Calvin avait formellement commandé aux parents de tuer leurs enfants apostats; on citait l'endroit de V Institution chrétienne où devait se trouver cet infâme précepte.
L'avocat Sudre se vit obligé, pour réfuter cette calomnie, d'appeler en témoignage les autorités soit ecclésiastiques, soit civiles de Genève, et publia dans son Mémoire la déclaration suivante, dont la nécessité bien constatée nous semble humiliante, non pour ceux qui la donnèrent, mais pour ceux qui avaient besoin de l'entendre. Rien ne prouve mieux, selon nous, la sincérité, mais aussi le honteux aveuglement du fanatisme toulousain. De crainte que cette Déclaration ne fût encore suspectée comme venant de ministres, on la fit certifier par les
(1) Voir: Correspondance de M. de Sainl-Florenlio, Lettre 18«
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Syndics (signé : Lullin) et par le Résident de France Baron de Montpeyroux. Elle fut suivie d'une déclaration de la République de Genève (c'est-à-dire des Syndics et Conseil) portant qu'à Genève ni la différence de culte ni le changement de religion ne rendaient qui que ce fût incapable de succéder.