‹ Jean Calas et sa familleChapitre 33 sur 100 · T LB8 PROTESTANTS DE FRANGE · texte numérisé non relu

T LB8 PROTESTANTS DE FRANGE

protestants qui eux-mêmes ne connaissent pas les maximes de sang pratiquées dans leur secte :

«f Leur nuuyaise foi leur fournit assez de moyens pour faire glisser le poison de leurs fureurs dans le cœur de certains de leurs disciples, disposés à le recevoir par caractère, par tempérament ou même par intérêt ; mais ces fanatiques se garderont bien de laisser apercevoir leur système de sang à ces Religionnaires dont la naissance a formé les sentiments, dont l'éducation a poli les moeurs, et qui ne sont attachés au Calvinisme que par indifférence et parce que cette Religion n'impose aucune gtee. »

L'achamem^t de Tabbé de Gontezat contre les Galas est plus grand encore que celui avec lequel il attaque les pasteurs. Voici un exemple où Ton verra à quel point une partialité éhontée peut tout défigurer :

« Si les sentiments de tristesse et d'effiroi sur le sort d'un père, quiremj^ra peut-être toute sa maison de sang,ne nous imposaient silence, nous rappellerions ici tant de propos prononcés avec fureur, d'un air menaçant, les yeux égarés, le visage en feu : combien de fois a-t-on entendu ces parents furieux rendre le Ciel complice de leur colère pour former des vœux homicides, dévouer leurs enfans catholiques à l'exécration la plus affreuse, et regarder leur retour à la vraie foi comme une défection déshonorante? N'a-t-on pas vu des Prélats et des Magistrats se réunir pour essuyer les larmes du fils, réprimer la douleur cruelle du père, et par des ménagements de prudence, ordonner une séparation aussi utile à la sûreté de l'un que nécessaire k la violence de l'autre ?»

Ce qu'il y a de plus curieux dans cet odieux libelle, c'est qu'on y trouve les passages de Calvin et de Luther 8ur lesquels, on fondait raccusation inouïe qui venait de

surgir au bout de deux siècles contre leur mémoire et les Eglises que Dieu a fondées par leurs mains.

Voici d'abord le texte de Calvin. Nous n'avons pas besoin de faire observer qu'il n'y est pas question le moins du monde d'empêcher ou de punir le changement de religion, bien moins encore d'autoriser le meurtre des enfants par leurs pères. Il s'agit de commenter le commandement: Tu honoreras ton père et ta mère, dont la violation dans certaines circonstances était punie de la peine capitale chez les Juifs (Exode 21, 7. Lév. 20, 9. Prov. 20, 20. Deut. 21, 18) comme , au reste, chez les Romains et d'autres peuples anciens.

« Tous ceux qui violent rauthorité paternelle, ou par mespris ou par rébellion, sont monstres et non pas hommes. Pourtant (c'est pourquoi) nostre Seigneur commande de mettre à mort tous ceux qui sont désobéissants à père et à mère : et ce à bonne cause. Car puisqu'ils ne recognoissent point ceux, par Iç n^oyen desquels ils sont venus en ceste vie, ils sont certes indignes de vivre. Or il appert par plusieurs passages de laloy ce que nous avons dict estre vray : asçavoir que l'honneur dont il est ici parlé, ha trois parties: Reuerence, obéissance et amour, procédant de la recognoissance des bienfaicts. La première est commandée de Dieu, quand il commande de mettre k mort celuy qui aura détracté de père et de mère, car en cela il punit tout contemnement et mespris. La seconde en ce qu'il a ordonné que l'enfant rebeUe et désobéissant fust aussi mis à mort.... (Inst. L. 2. ch. 8. sect. 36. ) »

On peut trouver très-sévère cette législation de l'Ancien Testament qui punissait de mort les fils rebelles ; mais il est trop évident qu'il n'y a aucune espèce de rapport entre la peine capitale prononcée dans ce cas, et l'ordre donné à des pères de tuer leurs enfants s'ils

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