ET LU PROTESTANTS DE FRANCE
voulaient se foire catholiques. Court de Gébelin a parfoitement prouvé d'ailleurs (1) qu'il n'y a aucune différence entre les commentaires des protestants sur ce texte et ceux des catholiques. Il a choisi pour cette démonstration les Institutions de Mgr de la Poype de Vertnea, Evéque de Poitiers, publiées en 1732 dans sa ville ^iscopale, en 5 volumes in-12. On y trouve (t. 2, p. 209-215) les mômes textes de l'Ancien Testament cités et commentés de la même manière. Il serait trèsfacile d'ajouter à cet exemple une multitude de citations analogues et de prouver que si la doctrine du parricide est dans Calvin, elle n'est pas moins chez une foule de théologiens catholiques, qui disent identiquement ce qu'il a dit Catholiques et protestants ont eu longtemps le tort de ne pas comprendre que les lois des Juifs ne 9mt nullement applicables à la chrétienté, ni aux temps modernes.
Quant au passage très-violent tiré d'une lettre de Lather, on peut y voir à bon droit le souhait coupable d'une sorte de croisade ou expédition à main armée contre ceux qu'il appelle : Hos magistros perditimis, lios Cardinales, hos Papas ettotam istam Romanœ SodanuB colliviem, quœ Ecclesiam Dei sine fine corrumfit (2) . Hais rien, en tout ceci, ne ressemble à l'ordre d'é-
(i) Toaloasaines,
(2) mSiimpendlei larrons au gibet ^ si on châtie les brigands avec le glaive et les hérétiques par le feu, pourquoi n' attaquons-nous pas de toutes nos forces cet maîtres de perdition, ces cardinaux, ces papes ei toute cette racatUe de la Sodome Romaine qui ne cesse de corrompre l'Eglise de Dieu? Pourquoi ne lavons^nous pas nos maku dmsê Uur sang ? »
Cet paroles affreuses, inexcusables, écrites dans un moment de colèrei et conrormes à la doctrine catholique sur le prétendu de>
se trouvait point (1) , et d'éviter soigneusement que ce nom fût prononcé. A vrai dire, ce que M. de Saint-Florentin aurait préféré, c'était que Rabaut quittât le pays; c'est dans l'espoir de l'y résoudre parla terreur qu'il consent aux poursuites projetées contre son Mémoire, autorisant même le Procureur général à le faire arrêter, s'il a encore l'audace de se montrer après ce décret, mais en prenant de bonnes mesures pour prévenir toute secousse.
Soit excès de zèle, soit qu'un des membres de la Cour eût prononcé le nom interdit, soit plutôt que la lettre du Ministre qui est du 2 mars ne lui fût point parvenue le 6, M. de Bonrepos nomma (jusqu'à six fois) Paul Rabaut dans ses réquisitoires, mais non dans le texte même de l'arrêt qui fut rendu à sa requête.
Il se plaint de ce que Paul Rabaut prend le titre de Ministre du Saint-Evangile, de ce qu'il a osé dater son ouvrage du Désert, de ce qu'il prétend tous les protestants enveloppés dans l'accusation de quelques particuliers. — Le lecteur a pu juger si Rabaut avait tort de le prétendre.
Le Procureur général se plaint enfin de ce que l'auteur du Mémoire insulte à la religion en rapprochant la conduite des premiers chrétiens de celle des nouveaux prosélytes de la R. P. R. (2) Ce que veut cet auteur séditieux, en bravant à la fois l'autorité séculière
(0 Nous ne pensons pas qu'il en existe où sou nom se trouve; au moins en avons-nous eu plusieurs entre les mains, tous anonymes, et Rabaut le dit lui-même dans le Mémoire qu'on lira plus loin.
(2) Rabaut avait dit avec raison que pour trouver un exemple d'une calomnie aussi inique, il fallait remonter jusqu'aux crimes Tabuleux dont les chrétiens des premiers siècles étaient accusés par leurs persécuteurs.
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et raïUoriti ecclésiastique^ c'est préparer ceux dont il a surpris la confiance par ses déclamations^ à redouter et cependant à mépriser toute autorité. On passe aisément du mépris à la révolte, et c'est le peint de vue de cette fmdede ministres obscurs qui n'attendent leur considérathn et leur fortune que du trouble et du désordre.
Tout ceci aboutit à une théorie complète du despotisme le plus illimité, au point de reléguer dans l'autre monde Tantorité de Dieu même pour tout laisser icibas & celle dn roi, et cela sous prétexte d'une parole de Jésus-Christ :
Le royaume de Dieu n'est pas de ce monde; il ne veut régner que sor les cœurs et les oonscienees ; il laisse aux rois de la terre un empire absolu sur les actes extérieurs de leurs sujets.
En conséquence, si F. Rochette vient d'être condamné à iBOTt, ce n'est point eommt mauvaU raUonneur, mais comme scdptimx ei réfraekdre aux ordres du rm,
Paul Rabaut écrivit immédiatement un nouveau Mé« moire fort court, qu'il envoya au Procureur général et au Ministre» et qui n'a jamais été publié. Nous l'insérons tout entier, d'après l'exemplaire adressé à M. de Saint- FiorentiD et qui est de l'écriture de Rabaut St-Etienne (Arch. Imp.)- Cette humble réclamation nous parait un modèle de dignité, de simplicité et de modération. Jamais un innocent calomnié ne s'est plus noblement souvenu a qu'il était personne proscrite et qu'il fallait respecter les lois. »
MÉMOIRE IH)UR PAUL RABAUT (MiM indiaUion de lieu ou de date, ni signature,)
C*e8t avec la plus vive douleur que le S' Paul Rabaut apprend de toutes parts qu'il a eu le malheur d'indispof^cr cou-
20/l PAUL RABAUT
tre lui premièrement Monsieur le Procureur général du Parlement de Toulouse, par la lettre quHl prit la liberté de lui écrire le 5* du mois de janvier, et par la qualité de ministre qu'il ajouta à sa signature ; et en second lieu le gouvernement qui est informé de ces choses.
Si P. Rabaut avait pu prévoir que sa lettre et la manière dont il l'a signée pussent produire un pareil effet, assurément il n'y aurait eu de sa part, ni lettre, ni signature. Jamais il n'eut intention de provoquer ni les Magistrats ni le Gouvernement; ceux qui le connaissent savent que c'est un sujet paisible, dont Tunique ambition est d'être utile à sa patrie, et qui, en plus d'une occasion, a donné les plus fortes preuves de son zèle pour le bien de l'Etat, de son attachement respectueux pour le Roi et de sa profonde vénération pour tous ceux à qui Sa Majesté confie une portion de son autorité. Il supplie très humblement qu'on lui permette d'exposer avec simplicité comment les choses se sont passées afin qu'on soit instruit des raisons de sa conduite Si nonobstant ces raisons, on persévère à le trouver coupable, gémissant de son malheur, il n'aura plus qu'à demander grâce pour une faute tout à fait involontaire.
On sait quelle horrible accusation a été intentée aux protestants du Bas-Languedoc ; on a voulu que dans un synode, ils aient délibéré le parricide pour cause de religion. Ne point réfuter une calomnie aussi atroce, c'était l'accréditer. On fut donc obligé d'en montrer la fausseté et c'est ce qui produisit le Mémoire qui a pour titre : La Calomnie confondue^ etc.
Si P. Rabaut avait voulu faire ostentation de son titre, il l'aurait mis avec sa signature dans le Mémoire imprimé ; il n'en fit pourtant rien, se souvenant qu'il était personne proscrite et qu'il fallait respecter les lois.
Mais réfléchissant d'un autre côté qu'un Mémoire sans nom d'auteur n'aurait ni authenticité, ni force par conséquent, et que, pour détruire la calomnie, il était nécessaire qu'on sût d'où partait le Mémoire dont il s'agit et qu'il avait pour auteur un